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Boîte d'allumettes

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Hypatie Teiko

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Parfois, la vie ne nous laisse pas d’autre choix que de compter les jours.
Le bonheur finit par devenir banal, et son terme se remplace lentement par celui de quotidien. Le malheur, lui, quand bien même pourrait-il s’imposer jusqu’à devenir la routine, trouvera toujours le moyen de nous surprendre.
Je pensais qu’il suffisait d’errer sans but, d’avancer sans espoir, pour que tout soit plus simple. Si perdre ce que j’aimais, ce qui me faisait sourire, m’effrayait ou me blessait à ce point, je n’avais qu’à ignorer, ne plus espérer. Le désespoir et proportionnel aux attentes.
Pourtant, ce n’est pas à nous de décider de ce qui nous brûle et, contrairement à ce que je pensais, il ne suffisait pas de s’éloigner de ce que l’on aime et ce que l’on désire pour miser moins de chose, agir de la sorte est inutile, de la même façon que poser des coussins pour préparer la réception d’une chute ne sert à rien si l’on tombe à côté.
Et Dieu sait combien de fois je suis tombée à côté. Rarement je m’en suis vite relevée, parfois on m’a aidé à me remettre debout, et, dans les cas les plus extrêmes, on m’a porté, non, même ramassé !, éloigné du vide sans fin dans lequel j’étais en train de tomber, serré cœur contre cœur, les jambes flageolantes gisant sur le parquet.

On commence toutes notre vie de la même façon, sans discrimination, sans jugement, sans différence. Ce n’est que plus tard qu’on nous extirpe du moule, qu’on nous sort de la boîte, qu’on apprend ou qu’on nous apprend, les différences qui feront qu’on ne sera plus jamais pareil. C’est une étape qu’on ne peut pas passer, aussi douloureuse soit-elle, à moins de se briser dès le départ, à moins d’être difforme dès le début ou alors de s’être perdu en route.

Au début on suit un schéma, même la douleur s’y prépare, même la mort à un plan. Bien vite les choses changent, bien vite, nos problèmes s’écartent de ceux des autres, s’inversent, deviennent fous, improbables, incompréhensibles, inavouables. Alors, on préfère lutter seul, car au début, les tentatives de nous faire brûler échouent, nous touchent peu, s’éteignent vite. Elles ne nous touchent pas, nous frôlent, nous font croire qu’il n’y a rien de plus à voir. Grave erreur ! Car quel qu’en soit le nombre d’échecs qui ont précédé, quelqu’un finit toujours par nous anéantir, à moins qu’on se brûle soit-même les ailes, à trop vouloir, à trop espérer, même un petit rien, tant qu’il est hors de notre portée...

Alors, le feu se propage, il finit toujours par atteindre bien plus que la zone qui a été touchée. Il nous brûle le cœur, nous carbonise les membres. On ne comprend que trop tard la gravité de ce qu’il est en train de nous arriver. Souvent, notre souffrance sert à quelque chose. Elle donne de la satisfaction à certains, en aide d’autres, qui, par ce billet, se sentent moins seuls. Mais parfois, on nous laisse brûler dans la simple idée de s’amuser. C’est drôle, de voir quelque chose se faire lentement carboniser, de voir une flamme hurler sans un mot, pleurer en silence.
Non, on ne pleure pas, on ne pense plus. On abandonne. On laisse faire. A ce moment, peut-être a-t-on de la chance, peut-être que quelqu’un viendra nous secourir, laissera sa main brûler et ses doigts fondre pour nous extraire du bûcher. Et pourtant, ha ! Si c’était si simple ! Il arrive trop fréquemment que la seule raison qui pousse quelqu’un à nous secourir soit l’idée de nous jeter par la suite, dans une poubelle, la nouvelle boîte, loin de celle à laquelle on croyait appartenir, celle qu’on a quittée, celles que l’on aura plus jamais la possibilité de rejoindre. Soit ! Ce n’est pas si grave, on finit toujours par s’adapter à notre nouvelle vie, pas vrai ? A notre nouveau quotidien, ni bénéfique ni tragique, pas même un mixte des deux, juste un monde perdu au milieu de nul part, pas tout à fait sûr, pas tout à fait dangereux. Étrange.
Mais bon, peut-on vraiment leur en vouloir ? Après tout, que faire d’un bout de bois déjà réduit en cendres ?
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