Blanche-Yvonne et les sept musaraignes

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Les mots m'ont toujours passionnés et je les emploie quand le besoin se fait ressentir pour m'exprimer, me défouler, faire passer un message,... L'écriture est une manière d'expression très  [+]

Image de Automne 2015
Il était une fois Dame Kastou qui se piqua le doigt avec un pic à brochette (nous avons, ici, censuré sa réplique trop prosaïque), et voyant plein de sang sur la viande, elle songea qu’elle aimerait avoir une petite fille (cherchez pas, il n’y a aucun rapport, fallait bien trouver quelque chose pour commencer l’histoire).

Ce qu’elle avait souhaité si fort se réalisa. La petite fille fut appelée Blanche-Yvonne.

Mais peu de temps après, Dame Kastou mourut, et ce qui lui servait de mari se remaria avec une femme très.... très carnivore (beh oui, fallait bien parce Dame Yvonne s’était fait un stock si gigantesque de pics à brochette que le mari ne savait quoi en faire).

Elle était extrêmement vaniteuse, si bien qu’à tout moment, elle se tournait vers la porte du placard (désolée mais je n’ai pas trouvé de miroir dans c’te fichue maison – et puis un placard vaut bien un miroir, c’est comme les prunes, ça a plus de valeur qu’on ne le croit) et lui demandait :

— Placard ! Gentil Placard, dis-moi qui fait les meilleures brochettes du Hainaut ?

Et comme qui ne dit mot consent (puisqu’un placard, ça ne parle pas, déjà que pour le miroir, je doute), elle se disait qu’elle était la meilleure d’entre toutes.

Les gens de maison avaient tous entendu parler de la porte magique, leur curiosité étant, ils avaient tous bien essayé une fois de tenter de la faire parler en leur posant la Fameuse Question et à chaque fois, à leur grand étonnement, la porte s’ouvrait toute grande et s’élançait de toutes ses forces pour se claquer dans leur tronche (Ne vous étonnez donc pas, si vous allez en ces lieux, de constater que chacun d’entre eux a un défaut de prononciation « Bonfour, fé pourquoi ?, feuillez pafienter, f’il fous plaît, etc... » Beh oui, une porte dans la tronche, ça laisse des traces ! )

Et la mégère, quotidiennement, posait la Fameuse Question.
Évidemment, la porte agissait différemment avec elle.
Vu qu’elle était propriétaire, la porte savait pertinemment bien qu’elle aurait fait vite d’elle du bois de chauffage.
Mais un jour, la porte lui répondit ceci :

— -..-...-.-... –. ..-..-...-.. -.-.........-. .-..—-.–.-.–.–.... .-...-.-.-. -.- –.-..-....-..—-. .-...- -.-.—-. .—......-........- –. -.-.-....-. -.-.—-.-..-.......

(Oui, c’est du morse. Pour les curieux, démerdez-vous, il y a de quoi trouver sur le net pour traduire. Et puis, un placard n’a pas de lèvres, c’est donc le seul moyen que j’ai trouvé de la faire parler).

Une haine féroce envahit la mégère. (Mais où avait-elle bien pu apprendre le morse ???) Elle ordonna au boucher de tuer Blanche-Yvonne (On appelle ça vengeance gratuite parce que la gamine n’y est pour rien dans l’histoire), et de la rapporter en morceaux de trois centimètres de côté (je pense que je vous vexerais si je vous disais à quelles fins).

Le boucher qui avait reçu les ordres entraîna l’enfant dans les bois. Mais là, son bras se figea dans l’air, il n’eut pas la force de la tuer. (Non pas qu’il fut ému par son innocence et sa beauté parce que Blanche-Yvonne était plutôt grande gueule. Quant à sa beauté, on ne sait pas de quoi elle a l’air vu qu’elle a tellement de cheveux qu’il est impossible de distinguer le dos du devant et que pour savoir, faut regarder ses pieds – y’a bien des coiffeurs qui ont tenté de l’approcher mais comme elle devient hystérique comme pas deux, ils ont vite fait demi-tour) mais plutôt parce que c’était quand même un travail considérable étant donné la quantité de viande à couper et qui en plus n’est pas tendre à la cuisson.

Il lui dit de s’enfuir très loin, de courir sans jamais s’arrêter.

Il tua alors une autruche (Oui, je sais, il n’y a pas d’autruche dans les bois du Hainaut, mais on s’en fout, y’a pas de nains non plus dans les bois) et la rapporta en morceaux à la mégère. Celle-ci, ne se doutant de rien, les empala un à un sur les pics en croyant que c’était ceux de Blanche-Yvonne.

Dans la forêt, Blanche-Yvonne s’arrêta de courir à la nuit tombée. Tremblante de faim et de froid, elle aperçut une lumière. C’était une cabane. Elle s’approcha, frappa, il n’y avait personne. Elle y pénétra.
A l’intérieur, elle trouva un ordinateur. Elle s’installa devant l’écran afin de trouver un contact qui la sortirait de ses ennuis.
Lorsque tout à coup, elle sentit une caresse à son genou.
Pas effrayée mais étonnée, elle se leva et vit une ombre noire passer à toute vitesse. Elle ne s’en inquiéta pas trop et continua sa tâche sur l’ordinateur.
Après un temps, elle se sentait fatiguée et alla s’étendre sur un canapé disposé en plein milieu de la pièce.
Elle s’endormit très vite, la journée ayant été éreintante vu les événements.
Son sommeil fut bref. Elle fut vite réveillée en sentant qu’on lui tirait sur des mèches de cheveux. Lorsqu’elle réalisa qu’il y avait une présence, elle se leva très vite et c’est là qu’elle aperçut encore une fois, cette même ombre filer à toute vitesse dans un coin de la pièce.

Elle monta vite sur le canapé en criant : « (a2 x 109) + h = cri yvonnesque » (j’ai réduit sa réplique en formule sans quoi ça prendrait trop de place).

Entre-temps, sa marâtre questionnait de nouveau la porte. Elle fut très surprise lorsqu’elle reçut la porte dans la tronche avant de l’entendre dire :

— .... .–. -.-. . / -.. . / -.-. — -. -. .-...... . / -.-.– / .-.. .- / -... .-.. .- -. -.-..... . -....- -.–...- — -. -. . / -. .—-. .... – / .–. .-... / — — .-. – . .-.-.- / – ..- / – .—-. .... / ..-. .- .. – .... / .- .-. -. .- –.- ..- . .-. .-.-.- »

Elle décida cette fois d’agir elle-même. Elle mit du poison dans une belle tablette de chocolat et déguisée en témoin de Jéhovah, elle se rendit dans les bois.

Blanche-Yvonne continuait sa réplique : « { (a² x 109) + h = cri yvonnesque} x 6minutes, 37 secondes et 20centième »

C’est alors que la petite ombre apparut. Une petite musaraigne grise en criant :
— Hé ho ! Tu vas te calmer oui ? On ne s’entend plus ici !!!
Blanche-Yvonne stoppa son cri aussitôt :
— On ? Mais pourquoi ? Vous êtes combien ?
— Moi, c’est Bougie (parce qu’il est loin d’être une lumière) et voici Pédoncule (meuh non, pas parce qu’il rote hein !), celui qui est allé sur tes genoux, Tif (qui a toujours rêvé d’être coiffeur), celui qui t’a réveillé. Et il y a aussi Linux (un maniaco-dépressif parano qui a voulu un jour s’en prendre à Bill Gates d’avoir remplacé Windows XP par Vista et qui ne peut plus depuis faire ce qu’il veut avec son pc et que depuis il se sent épié par Big Brother), Pilule (tripote toujours dans son nez), Fa dièse (c’est la seule clé musicale qu’il connaisse) et enfin Cruchniole (bête comme une cruche – Déjà je me demande quand même en quoi on ose qualifier une cruche de bête, déjà, si elle a été inventée, c’est qu’elle est pas si bête que ça et puis y’a jamais personne qui lui a fait un test de QI à c’te cruche !)

— Bon, nous on veut bien que tu restes ici, dit Bougie, mais à la condition que tu nous fasses de la confiture de sauterelle.
— De la confiture de sauterelle ??? Mais où je vais trouver des sauterelles moi !!!, demanda Blanche-Yvonne.
— Oh hé !!! Y’a bien une porte qui parle en morse et des autruches dans le bois, alors viens pas nous faire ta mijaurée pour trouver des sauterelles hein !, répondit Bougie.

Et les sept musaraignes se mirent en route pour aller travailler.

Blanche-Yvonne se retrouva seule dans la cabane à se demander comment ferait-elle bien pour trouver des sauterelles, lorsque tout à coup, on frappa à la porte.
C’était, bien évidemment la mégère déguisée en témoin de Jéhovah que Blanche-Yvonne ne reconnut pas.

— Je t’apporte la paix et la sérénité par ce modeste morceau de chocolat, lui dit la mégère.

A peine avait-elle avalé le premier morceau qu’elle tomba paralysée.
La mégère s’enfuit en riant.
Lorsque les sept musaraignes revinrent du travail, ils trouvèrent Blanche-Yvonne étendue sur le sol. Elle leur expliqua que depuis le morceau de chocolat, elle ne pouvait plus remuer un seul petit doigt.
Ils firent tout pour la faire bouger, mais elle resta raide comme un bâton.

Ils pleurèrent pendant trois jours (non pas pour elle mais bien parce qu’ils n’avaient pas eu de confiture de sauterelles. Pfff, qu’est-ce que vous croyez ! )
Blanche-Yvonne, pour les consoler, leur chantait des blues, ce qui n’était pas pour leur déplaire.
Du coup, ils décidèrent de l’installer dans le salon et de la faire chanter pour les longues soirées d’hiver.
Depuis, la Blanche-Yvonne attend dans l’espoir qu’un semblant de ménestrel ou autre, viennent la délivrer comme dans les contes de fées. Les musaraignes ont beau lui dire que ça n’existe pas mais Blanche-Yvonne leur répond toujours que puisqu’il y a bien une porte qui parle en morse et des autruches dans le bois, elle voit pas pourquoi elle y croirait pas.





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Coraline Parmentier · il y a
Très très bon écrit, vous avez mon vote !
A présent, si vous voulez lire mon royaume embrumé en lice pour Imaginarius, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Guilhaine Chambon · il y a
Je viens de découvrir votre texte qui m'a enchanté .
Je vous invite à découvrir Au fait qui est en finale et pour faire plus ample connaissance visiter ma page . Bonne journée

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Il y a bien des musaraignes qui parlent aussi ! Comme je suis chanceuse en me promenant sur les textes de mes abonnés de trouver cette pépite ! C'est un magnifique détournement de conte plein d'humour, à consommer sans modération, pas comme le chocolat !
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Yasmine Kasbi · il y a
Merci beaucoup. Vos compliments sont mon salaire ;-)
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Keith Simmonds · il y a
Joli texte! Mon vote! Mes trois poèmes sont en FINALE pour le Prix Haïkus d’Hiver 2016. UN LINCEUL BLANCHI est le préféré de la plupart des lecteurs. Moi aussi, j’ai une préférence pour lui! Je vous invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous en dit! Merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/linceul-1

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J.M Capu · il y a
Très marrant !
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Virginie Colpart · il y a
Mon vote pour vous remercier du conseil, que vous n'avez pas écrit en morse mais en subliminal dans votre conte revisité : je ne dois pas accepter les Mon Chéri que ma belle-mère m'offrira à Noël ;-)
N'hésitez pas à lire mon délire perso : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/lecon-particuliere

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Yasmine Kasbi · il y a
HA HA, pauvre belle mère ;-)
Merci pour votre passage, vos mots et votre vote. Je vais de ce pas vous visiter ;-)

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Naliyan · il y a
Réecriture fort humoristique d'un conte qui effectivement est fantaisiste: le miroir, les nains... Merci d'avoir souligné les invraisemblances par d'autres invraisemblances :) La brochette d'autruche à la confiture de sauterelles semble goûtue.
J'avais aspergé Le petit Chaperon Rouge de sauce chimique l'année dernière : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/un-conte-chimique

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Yasmine Kasbi · il y a
Merci pour votre passage. Je me suis aussi régalée avec la vôtre
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Lumiyah · il y a
Je suis vraiment étonnée Yasmine que vous n'ayez pas plus de votes !!!!! car c'est excellentissime, sublissime, j'ai rigolé, j'ai rigolé, votre créativité est énorme, transformer le conte de Blanche Neige en Blanche Yvonne, et les dialogues sont sulfureux, très originaux, si je pouvais voter plusieurs fois je le ferais, je vote et vous soutiens +1 bravo !

Dans le partage, je vous invite à venir me lire http://short-edition.com/oeuvre/poetik/lui-15 merci

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Yasmine Kasbi · il y a
Oh Lumiyah, vous me comblez ! Si je n'ai pas beaucoup de vote, c'est sans doute que je ne visite pas les autres par manque de temps mais le vôtre en vaut 100 dans mon coeur. Merci !!!! Je vais de ce pas vers votre plume. A tout de suite
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Stéphane Sogsine · il y a
Bravo. J'ai bien ri... ll y a du Tex Avery dans votre texte.
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Yasmine Kasbi · il y a
Woaw, tu Tex Avery. Voilà un beau grand compliment. Merciiiiii ;-)
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Réjane MichaelJackson · il y a
BONJOUR un très bel écrit explicatif une imaginante surprenante bravo a vous
j'ai apprécié vous lire
si le temps vous dit j'ai un bal des souvenirs en finale ravie je serais que vous lisiez même si cela est un autre registre amitiés réjane

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Yasmine Kasbi · il y a
Merci Réjane, je suis également passée chez vous ;-)

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