Berbère (ou dix-huit mètre-carrés Loi Carrez)

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Un jour on écrit. Puis un autre jour, on a besoin d'écrire. Alors les écrits se succèdent, et ce n'est que plus tard qu'enfin on comprend qu'on a besoin de partager et, tout doucement, on ouvre  [+]

Image de Automne 2020
Pourquoi l’appelait-on Berbère ? C’était sans doute un genre de pseudo. On disait aussi « Berbère le brutal ». Cela sonnait bien ce redoublement des « b » avec les « r ». Cela ressemblait à un nom de chef de bande et pourtant il n’en avait ni l’allure ni le charisme. Il était du genre doux Berbère, plutôt comme un agneau. Certains l’appelaient Bébert lui donnant ce diminutif plus familier soit parce qu’ils avaient mal compris soit, plus probablement, parce que cela collait mieux au personnage. C’est au café du coin qu’on lui avait donné ce pseudo, un vieux café genre bistrot qui datait du temps de Billancourt, je veux dire de la « Régie ». Berbère n’était pas un pilier de comptoir, mais il passait là assez régulièrement pour retrouver quelques habitués et se donner l’illusion d’appartenir à une compagnie où quelqu’un peut-être aurait une pensée pour lui s’il lui arrivait quelque chose.
Berbère marchait. Il aimait bien marcher. Que faire d’autre ? La soixantaine plutôt bien sonnée, il était seul le plus souvent, pour ne pas dire tout le temps, d’ailleurs c’est ce qu’il préférait. Il n’était pas vraiment misanthrope, mais la compagnie des autres ne lui manquait pas et les autres ne couraient pas après sa compagnie : qu’en auraient-ils retiré ? Il ne parlait pas, il n’avait presque jamais rien à dire. Il ne fuyait pas la compagnie, mais il n’y recherchait que cette douce chaleur faite de présence, de voix, d’échos plus ou moins embrumés qu’il ne démêlait pas toujours, mais dont la musique le berçait doucement lui rappelant les veillées d’autrefois lorsque, pendant les vacances chez ses grands-parents, les grands devisaient le soir au coin du feu et, qu’enfant, il s’endormait au son de ces voix familières et graves dont le timbre peu à peu s’amenuisait à moins que, s’endormant, ce fût lui qui finissait par ne plus les entendre tandis que sa mère l’emportait jusqu’à son lit.
Berbère ne marchait ni rapidement, ni doucement, il allait d’un bon pas. Il aimait les grandes virées parcourant au hasard les rues et avenues de la ville, avec une prédilection pour ces quais, parce que peu fréquentés et comme abandonnés en cette saison. Longue avenue courbe bordée côté fleuve de hauts platanes longeant le cours paresseux de celui-ci et, de l’autre côté, de palissades enfermant le chantier qui livrerait bientôt un lot de nouveaux bureaux ou d’habitations luxueuses faisant front aux quais arborés et à la boucle tranquille de la Seine et dont les affiches aguicheuses des promoteurs immobiliers baptisaient déjà du nom de « marina ». Pour le moment ce chantier créait une espèce de « no man’s land » qui convenait bien à Berbère en le protégeant de la vraie ville, celle des passants, des gens pressés et affairés, des gens qui savaient où ils allaient parce qu’ils avaient quelque chose à faire. D’ailleurs les services de la ville semblaient avoir eux-mêmes mis en quarantaine ces quais abandonnés dont le trottoir était couvert d’un épais tapis de feuilles mortes qui, en obligeant Berbère à lever les jambes, lui donnait la démarche pataude d’un promeneur s’aventurant au petit matin sur un épais manteau de neige tombé dans la nuit.
L’automne était doux et seuls les grands platanes du bord de Seine, plus exposés à la brise ou plus sensibles à celle-ci, avaient laissé tomber leurs feuilles en quantité. Les autres essences, encore flamboyantes rivalisaient de générosité, livrant chacune sans retenue l’éclat de leurs teintes les plus vives dans un camaïeu de bruns-orangés allant de l’or au rouge sombre. Le soleil déclinant déjà, les ombres peu à peu envahissaient le trottoir enveloppant alors ces feuillages qui, un à un, abandonnaient leur éclat pour décliner petit à petit une infinité de nuances grises dont ils drapaient insensiblement le jour finissant. Puis ce seraient les candélabres hauts perchés qui commenceraient à diffuser leur lumière blafarde croisant les ombres et éclairant les voies où fileraient quelques voitures pressées s’autorisant une pointe de vitesse pour la traversée de ce semi-désert urbain.
Côté Seine, la vie semblait aussi comme un souvenir que l’on fuyait. Aucune navigation, les seules péniches qu’on y voyait s’accrochaient depuis si longtemps au quai qu’elles avaient oublié que leur mouvement put être autre que le long d’une verticale. Certaines avaient été converties en bureaux d’autre en ce qui avait peut-être été des restaurants ou des boîtes de nuit aujourd’hui délaissées, quelques-unes en habitations pas obligatoirement très engageantes. Un court instant Berbère se surprit à inventer une réhabilitation pour chacune d’elles tant il ressentait la tristesse, la morosité, le manque d’âme de ces épaves en devenir. C’était là une de ses rêveries préférées : refaire le monde en inventant des maisons, nids douillets pour une vie harmonieuse et riche. Son regard glissa sur les passerelles qui les desservaient. Étroits fétus métalliques d’allures branlantes qui n’incitaient guère à l’abordage. Puis il imagina que ces habitations délaissées étaient les repères verrouillés de quelques marginaux tapis là le jour, attendant le crépuscule pour sortir et s’emparer de la nuit au nez et à la barbe du bourgeois qui bientôt serait le maître de ce rivage.
Il devait maintenant piquer au centre pour regagner son poste, car ce serait bientôt l’heure de la sortie des bureaux et celle des dernières courses de la journée, créneau encore favorable à la sollicitation de quelques piécettes de la part des nouveaux arrivants, ces actifs affairés, représentants en c.d.i. de la gent péri-énarquienne, nouveaux investisseurs immobiliers ou « start-upper » ambitieux, pressés, avant de rentrer chez eux, de faire leurs emplettes au tout nouveau minimarché « bio » du quartier.
Il vérifia sa tenue, ni trop propre ni trop minable, il pourrait passer pour le digne semi-vieillard dont il revendiquait l’allure. Bonhomme contraint d’arrondir sa maigre pension pour manger et se loger. Il était tout nouveau dans la « profession », mais n’en concevait aucune honte, c’est sans complexe qu’il s’essayait à jouir de cette sorte de liberté qui consistait à ne dépendre que de la générosité des autres. Arrivé à son poste, entre le restau à sushis et le café-tabac, il s’accroupit, s’adossa au mur et, comme il l’avait observé maintes fois, il prit un air détaché fixant les yeux droits devant lui, ne tournant la tête que rarement pour accrocher un instant le regard des personnes les plus enclines à l’empathie et se rappelant alors que ces personnes c’était lui il y a peu de temps encore. Lui sur qui immanquablement tombait ce regard implorant qu’il ne pouvait éviter et qui, le plus souvent, le faisait fuir ! Un jour tu es d’un côté, et le jour d’après… Il ne savait pas encore très bien de quel côté il était, disons qu’il s’estimait, en période d’essai. Il était « stagiaire », en quelque sorte, dans ce nouveau job, un peu comme dans une espèce d’emploi aidé qui lui permettrait peut-être de découvrir, à défaut d’une vocation, tout au moins le b, a, ba de son nouvel emploi.
Il entendit soudain le tintement d’une pièce dans sa gamelle, c’était une jaune, c’était pas mal ça, il leva la tête pour remercier, mais la personne était déjà loin, il avait pris la précaution de mettre quelques pièces de vingt et cinquante centimes dans la gamelle comme pour indiquer la barre et pour amorcer la générosité des passants, mais il savait qu’il y en avait qui mettrait des petites rouges sans aucun état d’âme et il avait déjà le réflexe de se dire que plusieurs rouges feraient une jaune et plusieurs jaunes une baguette de pain frais… Il eut donc une sincère gratitude pour la générosité anonyme de cette femme et poursuivit sa faction. Assis par terre maintenant, le regard fixe devant lui, il ne voyait défiler que des entre-jambes, des fesses, le bas des parkas, le haut des bottes, les poussettes, les caddys, tout cela passaient sous ces yeux perdus sur le trottoir d’en face à fixer la rôtissoire du traiteur.
Berbère ne dissimulait pas. S’il tentait ce nouveau « boulot », ce n’était pas par une espèce de voyeurisme pour se mettre dans la peau d’un mendiant, c’est qu’il était maintenant dans la panade et il lui fallait absolument arrondir sa pension pour survivre dans son « dix-huit-mètres-carrés-loi-Carrez » et manger à sa faim. Ce soir il lui fallait trouver de quoi acheter outre sa baguette, une demi-douzaine d’œufs, des pommes de terre et un pack de lait avant de rentrer chez lui dans son petit studio très propre, dans un immeuble sans ascenseur, dans un quartier pas si lointain, mais en train de devenir chic.
Comme le lui avait dit sa femme en le lui abandonnant, c’était une petite fortune ce « dix-huit-mètre-carré-loi-Carrez » et elle avait gardé le petit pavillon qu’ils occupaient naguère en banlieue.
Pour lui ce n’était qu’un toit, son toit et il y tenait beaucoup, juste un toit, mais bien à lui, son abri, sa loge, sa cabane dans un improbable bidonville que les promoteurs se hâtaient déjà de phagocyter avant même que la faune qui n’aurait pas manqué de venir squatter le quartier n’aie eu le temps de se donner le mot. Un chez soi où il pouvait encore économiser le chauffage en se contentant de quelques degrés de moins que ses voisins dont les appartements enveloppant le sien le dispensaient de chauffer presque dix mois sur douze si l’hiver n’était pas trop froid.
Juste un toit, son toit depuis des lustres, dont le prix du mètre-carré avait bondi ces dernières années, mais qu’y pouvait-il ? Il était là chez lui, dans sa case chèrement acquise, dans son quartier, dans son coin de vie. Qui pourrait le nier ? Qui pourrait lui faire admettre que son minuscule logement dans un immeuble même pas vieux, au milieu de tant d’autres dans cette ville en devenir serait trop beau pour lui, trop cher pour qu’il puisse y rester ? Son « chez lui » n’était-il pas le fruit d’une épargne laborieuse accumulée naguère pour ce petit bout de « copropriété » qu’on voulait lui faire payer de plus en plus cher ? Non, cela restait son lopin de terre, son gîte, son abri, celui qui précisément le distinguait des sans-abris, et si sa pension devait y passer, il était prêt à assumer c’est pourquoi il lui fallait bien trouver un moyen d’arrondir celle-ci.
Perverti naguère par des idées gauches, il croyait fermement pouvoir bénéficier d’un droit au logement, celui qui orne les slogans des hommes et femmes politiques les plus compatissants le temps d’une campagne électorale. Il ne comprenait donc pas pourquoi il devrait abandonner sa part d’habitat sous prétexte que celui-ci avait pris trop de valeur et pour aller où ? De quoi était-il responsable ? Il habitait là, chez lui, point-barre ! Alors il avait résolu de tenir quitte à quémander auprès de la nouvelle population des quartiers voisins déjà rénovés qui finalement lui devait bien ce petit complément qu’elle pourrait mettre au bénéfice de sa « ba » quotidienne, puisque la pension qu’on lui versait s’avérait insuffisante pour lui permettre de vivre même chichement dans sa niche « dix-huit-mètres-carrés-loi-Carrez ».
D’autres peut-être auraient manifesté, tempêté, auraient même sorti des armes, d’autres encore auraient tout bazardé pour s’installer vivre comme des petits riches chez plus pauvres qu’eux, outre-mer, dans des pays exotiques bien meilleurs marchés : Ces grandes vacances forcées sous un autre soleil ne l’avaient pas tenté au point de passer à l’acte. Il y avait pensé, certes, il avait même failli se laisser convaincre par son « Ex », mais il n’avait pas pu rompre ses amarres… Il y en a des, comme ça, qui, pour on ne sait quelle raison, restent attachés à leur destin comme un chien enchaîné à sa niche. Ce sujet fut, les dernières années de leur couple, un sujet de dispute plus que de discussion puisqu’il était incapable d’expliquer pourquoi il se refusait à l’exil. Oui, ils auraient peut-être pu, petits riches minables en sursis, rester allongés les doigts de pieds en éventail sur un rocking-chair face à la plage privée de leur résidence tandis qu’une jeune autochtone leur aurait fait les courses, le ménage et la cuisine pour tenter de faire vivre sa famille dans un quartier ou un village périphérique quelque part sous les tropiques. Là, sollicité par la communauté des compatriotes avides de jouissances aussi navrantes que stéréotypées, il n’aurait pas pu partager bien longtemps ce bonheur factice qui demande impérativement à s’afficher comme s’il était indispensable, pour s’en convaincre réciproquement, d’en jouir ensemble à intervalle régulier.
On a déjà dit que Berbère n’était pas causant. Il était convaincu que ses pensées, qui par ailleurs ne pouvaient qu’être bien banales, étaient d’une telle transparence qu’il eut été aussi inutile que bien fat de vouloir en faire état. Il estimait que ses opinions, ses sentiments mêmes ne pouvaient qu’être connus des autres par on sait quelle communion naturelle qui fonctionnerait comme une espèce de vase communicant. C’est pourquoi il se dispensait le plus souvent de les formuler et s’insurgeait en toute bonne foi contre ceux qui lui prêtaient trop souvent à son goût des pensées ne lui appartenant pas. Pour autant, il était incapable d’exprimer clairement celles-ci et se contentait de protestations finalement peu convaincantes. Il restait donc une sorte d’incompris.
Pour les autres, sa réputation était faite : il était taciturne, plutôt introverti, sans doute un brin naïf, et d’une pâleur frisant définitivement la transparence. Il n’approuvait ni ne rejetait ce jugement se complaisant à se fondre dans le mobilier jusqu’à disparaître aux yeux de la compagnie gagnant ainsi un statut d’observateur privilégié comme l’enfant qui naguère était le meilleur à « cache-cache ».
Avec les siens c’était un peu différent même si sa place était au second rang sur la photo qu’il exhibait maintenant à ses potes de comptoir, là où on place habituellement les plus grands ce qui était tout à fait naturel puisque c’était son cas. Sur cette photo usée bien des figures s’étaient éteintes. Les places libres s’étaient vues occupées progressivement par des petits d’ici ou d’ailleurs qui posaient sur ce même perron de la vieille maison. Il avait du mal à leur donner un prénom et à en reconnaitre la filiation, mais l’émotion le gagnait à l’idée que cette tradition de la photo de groupe sur le perron de l’ancienne demeure familiale perdurait encore, bien qu’en vérité la photo datait de plus de trente ans !
C’est avec un certain fatalisme qu’il considérait ces liens si distendus que pas même une lettre n’était venue rafraîchir depuis bien longtemps. Lui, de son côté, s’interdisait de bouger pour tenter de renouer quelque lien que ce soit craignant d’importuner et considérant que si l’un peut-être souhaitait soudain en renouer le fil il saurait bien le faire sans lui.
Ainsi, c’est ici qu’il avait sa vie aujourd’hui. Ici, seul, au milieu de la foule anonyme et condescendante qui le tolérait encore. Ici qu’il s’accrocherait coûte que coûte à son « dix-huit-mètres-carrés-loi-Carrez » comme à une bouée de sauvetage, ici qu’il s’y accrocherait encore et encore comme une moule à son rocher !
Les marées feraient le reste…
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Etienne Mutabazi · il y a
superbe texte...
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Silvie DAULY · il y a
Un texte triste et beau, au héros tellement réaliste qu'on est plein de compassion pour lui.
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Zou zou · il y a
A chacun sa bouée...merci, Gécé ...
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Jeanne en B · il y a
Contre vent et marées, chacun s'accroche à son rocher. Beau texte.
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Gilles Cé · il y a
Merci d'être passé par là.
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Joëlle Brethes · il y a
Je suis triste pour Berbère, si touchant dans son opiniâtreté et sa... fierté, même s'il fait la manche maintenant qu'il est tombé dans la dèche ("Un jour tu es d’un côté, et le jour d’après…")
Vous suggérez une rupture et le fait qu' "elle" a gardé le meilleur pour elle... Il n'en a aucune rancœur et semble attendre la fin avec un détachement étonnant...
La roue tournera peut-être : bon courage à lui !

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Gilles Cé · il y a
Merci, Joëlle, pour votre commentaire qui me touche.
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Keith Simmonds · il y a
Une superbe histoire bien menée où on est attiré par le personnage volontaire et atypique ! Mon soutien ! Une invitation à venir soutenir Katherine la Combattante dans sa lutte courageuse et acharnée contre l’épouvantable maladie du cancer du sein. Mes remerciements d’avance!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/katherine-la-combattante

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Gilles Cé · il y a
Merci pour votre commentaire
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Fredo la douleur · il y a
Un personnage touchant et plein de ses rêves mais cependant confronté à la dure réalité d'un quotidien où la Vie est un combat de chaque instant...
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Gilles Cé · il y a
C'est ça, mais il faut dire que, lui, a bien du mal regarder la réalité en face.
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Julien1965 · il y a
Un style qui accroche dès le début et un texte riche pour entrer dans la tête d'un propriétaire d'un dix-huit mètres carrés Loi Carrez. Le temps qui passe, la démagogie électorale qui se renouvelle et ce taiseux tente de se débrouiller comme il peut dans une solitude qui prend de plus en plus d'ampleur. Un seul bémol, l'absence d'espaces, de paragraphes, c'est pour moi plus facile à lire avec quelques blancs qui respirent quand il s'agit d'une lecture numérisée...Mais le fond, et c'est le plus important, est vraiment de qualité...
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Gilles Cé · il y a
Merci de votre lecture perspicace et de votre commentaire élogieux.
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Paul Jomon · il y a
Un portrait dense et profond d'un propriétaire pas tout à fait comme les autres, prêt à tout affronter pour garder son dix-huit mètre-carrés Loi Carrez, point d'ancrage de son monde.
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Gilles Cé · il y a
Merci de votre lecture.

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