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Bang !

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Poires1947

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Je me lève sans faire de bruit, le plus discrètement possible, sans allumer la lumière, sans même me tenir à quoi que ce soit, car j'ai eu la bonne idée, grosse conne, de ne pas abaisser les volets hier soir, et ouais.
Tu t'en es même pas rendu compte, trop occupée que tu étais à m'engueuler, à me cracher ton venin à la figure, une fois de plus, une fois de trop.
Avant d'ouvrir la porte de la chambre, je me retourne vers toi. Je regarde ta tignasse qu'autrefois j'ai si souvent caressée, enfin au début, avec amour, ouais je l'avoue, avant qu'elle ne m'écœure jusqu'à me faire vomir. Cette chevelure qui dépassait des draps, celle dont tu t'es toujours plus occupée que de moi, ne perdait rien pour attendre.
Profite, profite bien de cette pleine lune qui t'éclaire. Abuse d'elle, n'hésite surtout pas, car demain tu ne verras pas le soleil, je le dis en toute sincérité, profite de cette dernière lumière.
Et puis tiens, si j'étais toi, et bien je me réveillerais pour faire une dernière fois tout ce dont j'ai envie. Va, je te l'autorise !
Mais tu dors, pas de chance. Tu dors à poings fermés en plus, en fin de compte c'est tant mieux.
Au début, notre histoire, c'était bien, ouais c'était sacrément bien même.
On faisait l'amour, ou plutôt, « tu » me faisais l'amour. Cette domination aurait dû me mettre la puce à l'oreille, mais j'étais jeune, sûrement trop jeune et puis naïf aussi et surtout, oui surtout fou amoureux de toi, d'une autre.
Je ne t’ai pas vu prendre le dessus sur tout, maîtriser nos rapports et puis très vite notre vie comme bon te le semblait.
Je ne me reconnais plus. Où est passé l'homme que j'étais, celui que l'on respectait, au moins au travail. Tu ne le sais pas, mais plus je me regarde dans la glace et plus j'y vois quelqu'un d'autre aussi, peut-être le pauvre type que tu me dis être.
Je suis le nigaud de service, celui que tu as encore incendié hier soir, me traitant cette fois-ci de tous les noms. « Loser » voilà le mot qui m'a le plus heurté, même si c'est loin d'être la pire de tes insultes, c'est celle qui ne passe pas, la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
C'est vrai, j'avais oublié de mettre le couvert pour ta sœur, ouais on était cinq à table et alors ? Était-ce une raison valable pour me le faire remarquer une fois de plus devant tout le monde ? De continuer à faire monter la pression jusqu'à ce que l'on s'engueule, pour me balancer une fois de plus, les fois où j'ai oublié de faire le plein d'essence, de n'avoir acheté que trois gâteaux, pas assez de bougies pour l'anniversaire de ton fils, etc.
Tiens, parlons-en justement de tes enfants, ces deux morveux qui me respectent autant que le chien de la voisine, et encore.
Mais bon, ce sera peut-être pour eux que ce sera le plus difficile, quoique, en y réfléchissant bien...
Tu as quand même bien changé, ou alors tu étais déjà comme cela et je ne voyais tout simplement rien. Je me suis fait avoir. En fait, vous avez tous profité de moi.
Car c'est vrai que je suis un peu distrait, admettons, mais était-ce une raison pour mon patron de me virer sous prétexte que je n'avais acheté que deux billets d'avion, alors qu'ils devaient être trois pour sa putain de signature de son contrat de merde à Oslo ? Était-ce vraiment un drame ? Bande de connards !
N'y a-t-il vraiment que l'argent et rien d'autre qui ne compte pour vous tous ?
Allez tous vous faire foutre !
Et dire qu'avant, je me levais avec la boule au ventre à l'idée d'aller travailler, aujourd'hui je me couche avec, car tu es à mes côtés. En fait, la pire des ordures est une femme, et je dors avec.
Mais ne t'inquiète pas, cette nuit tu n'auras plus à recompter, ce ne sera pas la peine de tout vérifier après moi. Cette nuit, je m'occupe de tout, je ferai en sorte que nous ayons tous notre dose, pas une de plus, pas une de moins. Une pour toi, ta sœur et tes deux gosses, la cinquième sera pour moi, mon ticket d'entrée au paradis. Vous ? Vous irez directement en enfer !
Je laisse la porte légèrement entrouverte derrière moi. Je passe par le salon. Ta mocheté de sœur dort sur le canapé, elle ronfle comme un homme bien gras, bien comme elle. Alors, je fais des petits pas, lentement, doucement j'avance à mon rythme, rien ne presse, j'ai tout mon temps. Avant d'allumer la lumière, je referme la porte de la cuisine où je suis.
Avec adresse, sans peur, sans trembler et avec beaucoup de conviction j'abaisse délicatement cette poignée qui mène au garage. Voilà, le plus dur est fait.
Du petit tiroir de mon établi, je sors mon revolver. Un vieux revolver, un cinq coups que mon père m'a donné sur son lit de mort. Je l'ouvre, le barillet est plein. En regardant le cul de ces cartouches, je me demande laquelle d'entre elles sera pour moi. Elles brillent, après tant d'années, elles brillent encore. Là, là je sens que je deviens d'un seul coup quelqu'un d'autre, quelqu'un de bien, celui qui va remettre les choses en place. Cette nuit, je me donne le droit pour une fois de faire quelque chose de net, de propre, un sans-faute.
En fait, je vois en chacune de ces cartouches, la délivrance, la fin de mon cauchemar, la solution ultime et radicale à mon mal-être. Avec ce que je tiens là, je suis le maître du monde et leurs destins sont désormais entre mes mains.
Je voudrais, rien que pour le plaisir, les réveiller et le leur dire. Les obliger à venir me rejoindre, pour une fois ce serait à eux de se déplacer. Je les imagine, les bras en l'air comme des soldats qui se rendent, accourant vers moi, apeurés, se demandant ce qu'il va leur arriver. Je leur montrerais l'arme, je jouerais même avec. Puis, très vite, je leur en glisserais une dans le genou, pour rigoler, histoire de les voir ramper comme des rats se traînant une patte broyée dans un piège. Et puis, je les maintiendrais au sol avec mon pied et BANG !  Dans la tête. Pas de quartier, telle est désormais ma devise.
Voilà, je sors du garage, l'arme bien en main je traverse la cuisine et me retrouve dans le salon. Cette connasse de belle-sœur ronfle toujours, la tête sous le drap, me faisant face. Je distingue nettement le relief de son nez, le creux de ses yeux et sa sale bouche. Quelle sale gueule ! Celle d'un chien serait plus belle.
Ses lèvres qui se déforment à chaque souffle, soulevant légèrement le drap.
Ce drap justement, on dirait un linceul ! Car pour moi ils sont déjà tous morts, l'acte n'est qu'une formalité. Je me dis que c'est vraiment incroyable, je suis le seul éveillé, le seul à pouvoir décider et jusqu'à maintenant tout se passe comme si les dieux étaient avec moi. Même la lune est avec moi, à croire que tout le monde veut vraiment se débarrasser d'eux. Alors, je tends le bras et pose le canon sur son front, progressivement je fais basculer le marteau sur l'arrière. Dans une seconde, un milliardième de seconde, tu seras en enfer ! Grosse truie !
Je reste dans cette position, immobile, songeur. Je me dis que si je tire, si j’appuie maintenant sur la détente, l'autre va peut-être se réveiller, ou alors les gosses, une à droite, les autres à gauche. Je me retrouverais débordé et je n'apprécierais rien. Je les abattrais machinalement sans rien apprécier à coup sûr. Il me faut de la méthode !
En fait, il faudrait que je commence par un bout et finisse par l'autre, buter ces deux salopes et terminer par les morveux, voilà ce qu'il faut faire. En professionnel que je suis désormais, pour cette nuit, j'appuie légèrement sur la détente et avec mon pouce je raccompagne lentement le marteau sur l'avant.
Il me faut réfléchir encore un peu. Ce serait dommage de me précipiter et de tout gâcher. C'est vrai, pourquoi manger le gâteau en une fois, alors que je peux le partager en cinq et en apprécier chaque morceau.
Tu vois je suis bon, lui dis-je, je te fais grâce de quelques minutes supplémentaires sur cette terre. Tu devrais me remercier ! Puis, je l'abandonne et m'avance et entre dans la chambre.
Elle n'a pas bougé. Je fais lentement le tour du lit et me retrouve à ses côtés. C'est maintenant !
Je lui colle le canon sur la tempe, ce contact la réveille brutalement, elle ouvre les yeux au moment même où j'écrase de toutes mes forces la détente, BANG !
La détonation est si forte qu'elle faillit me faire exploser les tympans. « Ouah, putain ! »
Elle a encore les yeux ouverts. L'arrière de son crâne a littéralement explosé et un large bout d'os est même parti sur le côté. Sa tête est en bouillie. Du sang s'écoule maintenant de son nez et de sa bouche. Je distingue un bout de son cerveau sur l'oreiller ensanglanté.
Je mets mes mains sur mes oreilles, ce que j'ai mal, bon Dieu ce que j'ai mal aux oreilles. Je ne pensais pas que ça ferait autant de bruit.
Et puis tout s’enchaîne : « qu'est -ce qui se passe ? » C'est la belle-sœur qui arrive précipitamment dans la pénombre, je l'entends même se prendre la porte dans la figure et se plaindre.
« Ben ouais, regarde où tu vas connasse ! » Que je me dis. Et elle ouvre la porte. Tout en appelant sa sœur elle allume la lumière et entre, moi je lève le bras et pointe l'arme sur elle et BANG !
La seconde détonation est aussi forte que la première. Je vois la balle lui arracher le haut de l'épaule, elle hurle aussitôt de douleur et s'enfuit. Alors je me précipite hors de la chambre à la poursuite de mon gibier. Dans le couloir, un des mioches est là, fait chier ! Il tient sa peluche et suce son pouce, j'entends l'autre chialer dans la chambre.
Je m'arrête à son niveau, il me regarde en levant la tête tout en se frottant le nez avec son index, alors je lui dis : « tiens prend ça !» Et je lui enfonce brutalement le canon encore chaud dans l’œil en même temps que je tire, BANG ! Sa petite tête est violemment projetée en arrière contre le mur en même temps qu'elle l'éclabousse de sa cervelle, il s'écroule aussitôt. Il y a du sang partout, rien à foutre de tout, je reprends ma chasse. Je rentre dans la cuisine, elle est sous la table, elle crie, baigne dans son sang tenant le reste de son épaule déchiquetée. Elle me demande pitié, elle m'implore d'arrêter. Elle gueule, elle gueule, ne fait que ça. Quel plaisir, quel pied de voir sa chair, ce corps se vider de son sang. J'en aurais presque une érection de la voir comme ça. Je m’accroupis et sans un mot, je m'amuse comme un sadique à viser, tantôt son visage, tantôt son pied, son ventre. Je me fais charmeur de serpent. Elle hurle de peur, horrifiée, tremblante, elle suit du regard les mouvements du canon.  BANG !
L'onde de choc soulève la nappe sur les côtés et la détonation me détruit une fois de plus les oreilles, mais je m'y fais ce n'est rien, c'est juste le prix à payer, le prix de la liberté.
Je me relève, sors de la cuisine où son sang se répand et me dirige vers la chambre des mioches. Je me fais un malin plaisir à marcher sur le corps du petit dont le sang continue de s'écouler de la tête par petites saccades, puis je pousse la porte. La gamine pleure, elle aussi, décidément. Enveloppée dans son drap, c'est dingue comme c'est con un gosse, elle croit que je ne la vois pas. Alors j'allume sa lampe de chevet, histoire de mieux apprécier.
« Police ! Ouvrez la porte ! Police ! » Je les entends, ils défoncent la porte.
Merde, je n'ai plus le temps. Comme pour sa pute de mère, je colle l'arme sur le drap qui recouvre sa tête et BANG ! La balle l'a carrément décapitée. Quel pied !
« Police, ne bougez plus ! » Alors je me retourne, les regarde et souris. En une fraction de seconde je m'introduis le canon encore bouillant dans la bouche et appuie sur la détente en fermant les yeux, CLIC ! Merde ! Clic, clic clic clic......
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