Balthazar et le tableau magique

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Image de Printemps 2020

Il y a bien des siècles, le prince Balthazar et son père, le roi Léopold, chassaient le gibier sur les terres du royaume. Balthazar détestait manier les armes pour tuer des bêtes affolées, et ratait sa cible à tous les coups. Au cours du repas suivant, il eut un malaise et perdit brusquement connaissance. Transporté dans sa chambre, il fut veillé sans relâche par ses parents et son médecin. Hélas ! Aucun traitement, aucune supplique n’eut d’effet. Les jours défilaient sans changement de l’état de santé de leur enfant. Le prince dormait d’un sommeil sans fin.
Un matin, un vieil homme se présenta au château et demanda à rencontrer la reine Alicia. Il souhaitait lui remettre un tableau pour son fils, car cette œuvre lui apporterait la guérison et l’amour. En détaillant cet ouvrage, elle y découvrit des personnages peints avec un tel réalisme qu’ils semblaient vivants. Elle s’empressa de le porter dans la chambre de Balthazar et le fit accrocher juste en face de son lit. Hélas ! Ce tableau aux pouvoirs magiques parut sans effet sur la santé du prince.
Un matin, une voix inconnue résonna dans la pièce.
— Balthazar ! Balthazar ! Réveille-toi !
Il entrouvrit ses paupières, lourdes comme une chape de plomb.
— Regarde par ici ! Mais non, nigaud, par là !
— Qui parle ?
Son regard flou se promena dans la pièce à la recherche du petit plaisantin qui le narguait.
— De ce côté-là ! Enfin, quand même, tu es aveugle ! J’agite ma main en face de toi, dans le tableau ! Me vois-tu ?
Le regard du jeune homme se posa sur un cadre inconnu, animé de personnages.
— Ah, enfin ! Je commençais à avoir des fourmillements dans le bras.
Il se redressa pour examiner avec attention les sujets de cette peinture. Il y avait un homme âgé assis dans un fauteuil, le doigt dressé à l’attention d’une jolie jeune fille. À côté de celle-ci se tenaient une femme d’un certain âge et, en retrait, un individu, qui avait l’air contrarié. À son grand étonnement, la jeune fille agitait la main dans sa direction !
— Mais, je rêve !
— Pince-mi, pince-moi, pince-toi, mais non, tu ne rêves pas, gros bêta ! Un rire cristallin résonna dans la chambre. Tu es tombé gravement malade il y a plus d’un mois, et mon devin a apporté ce tableau pour que tu guérisses. Avec l’aide des Dieux, évidemment, et ma bénédiction. Et voilà le travail !
— Je suis au lit depuis tout ce temps, et je ne me souviendrais de rien ?
— C’est pourtant la stricte vérité, monsieur. Tu es parti chasser avec ton père, et, plouf ! Tu es tombé dans les pommes. Depuis quarante jours, tu ne fais que dormir sans jamais ouvrir l’œil. En plus, tu avais une fièvre de cheval au point qu’on aurait pu cuire de la viande sur ton ventre !
— Je n’ai pas de fièvre, dit-il en posant la main sur son front. Alors, je suis guéri ?
— Oui. Enfin, pas tout à fait, mais tu es sur la bonne voie. Avant tu étais raide comme un bout de bois, sans parler de ton corps qui bouillait. Et puis, ton médecin t’a fait boire une étrange potion, mais ça devait être franchement infect, parce que tu as vomi toutes tes tripes. Beurk ! C’était vraiment dégueu, pourri, noir !
— Merci, c’est gentil, dit-il un peu vexé. Comment t’appelles-tu ?
— Héloïse.
— Et quel âge as-tu ?
— Seize ans, petit curieux ! Et, toi ?
— Je vais avoir dix-sept ans dans quelques semaines. Ce sont tes parents qui sont près de toi sur le tableau ? Et ce jeune homme, c’est ton frère ?
— Oh ! dit-elle avec une grimace. Je te les présente ? Alors, pour commencer, voici mon père, M. Grincheux, avec son sourire en banane, hé, hé, et puis, cette femme, c’est ma mère. Elle est gentille, car à cet instant, elle essaie de prendre ma défense, mais d’une manière si nulle que je pense qu’elle va tout faire foirer avec ses arguments à la gomme. Et puis ce jeune homme, eh bien, c’est le prince Gromeluche que je dois épouser. Je le déteste, et en plus, il sent le crottin de cheval !
Balthazar éclata de rire.
— C’est pas drôle ! s’agaça Héloïse.
— Eh bien, mon père n’est pas facile non plus. Il souhaiterait que je sois un excellent chasseur. Comme lui. Mais je refuse de tuer les animaux et de les manger.
— Ah, tu vois ! Nous avons tous les deux le même problème avec nos pères casse-pieds. Fais ceci, fais cela ! (Elle réfléchit) Tu as de la chance, il ne t’oblige pas à te marier.
— C’est vrai. Mais pourquoi exige-t-il que tu épouses cet homme-là ?
— C’est un prince. Il est riche, et possède des terres et des châteaux. Mon père pense que ce serait bien pour moi. Mais je refuse de me marier, et surtout pas avec lui. Je n’imagine pas faire « hum, hum » avec lui, si tu vois ce que je veux dire ? Je l’ai dit à papa qui est furieux.
— Je te crois, dit Balthazar en éclatant de rire.
— Chut ! On va t’entendre, dit-elle en se pinçant le nez pour retenir son fou rire.
— Moi aussi je possède des terres et des châteaux ! Et je suis riche.
— C’est vrai que MONSIEUR est prince ! Votre Majesté ! se moqua Héloïse.
— Je n’y suis pour rien, je suis né comme ça, répondit Balthazar vexé.
— Je rigole ! Moi, je suis la fille du comte et de la comtesse Borini. C’est la classe, quand même !
— En tout cas, tu es bavarde comme une pie, et espiègle…
— Hou, là, là ! chuchota Héloïse. J’entends des pas dans le couloir.
Elle s’empressa de reprendre sa pose figée et son air éploré dans le tableau. Quelle comédienne ! se réjouit Balthazar.
La reine fut la première à découvrir sa guérison miraculeuse. Elle pleurait, riait, embrassant son fils entre chaque exclamation de joie. Au grand désarroi de Balthazar qui craignait que sa nouvelle amie ne se moque de lui. À peine Alicia quitta-t-elle la chambre, qu’il entendit Héloïse soupirer. Assise sur le bord du cadre, elle piaffait d’impatience.
— C’est fou comme elle est collante, ta mère. C’est ahurissant, elle te traite comme un bébé. J’ai cru qu’elle allait y passer la nuit ! Et des bisous, et des bisous…
— Je suis son fils unique, et j’ai failli mourir, protesta le prince. Toi, tu as bien besoin de la tienne pour te défendre quand ton père te gronde.
— Hou, là, là, voilà monsieur qui monte sur ses grands chevaux ! Il faut voir les colères de mon paternel, il vaut mieux être deux pour le calmer.
Balthazar la dévisagea, perdu dans ses pensées. Il la trouvait si belle, si drôle qu’il n’aimerait pas qu’elle disparaisse de sa vie. Que faire pour la garder près de lui ?
— Hé, tu t’endors !
— Ha ! s’exclama-t-il. Je réfléchissais.
— Quand même, il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Alors ?
— Qui es-tu, petite fée ? Pourquoi le peintre t’a-t-il emmenée jusqu’à moi ?
Il s’approcha de son amie et caressa son joli visage. Les yeux d’Héloïse s’embuèrent d’émotion.
— Les Dieux m’ont envoyée jusqu’à toi, pour que tu guérisses, dit-elle, soudain sérieuse.
— Mais si tu disparais, je tomberai à nouveau malade.
— J’aimerais rester près de toi, mais que dirait mon père ?
— Je vais lui demander ta main. Un prince, ça ne se refuse pas. Mais comment faire ? dit-il en examinant la toile.
— Bon courage si tu dois affronter M. Grincheux, ricana-t-elle.
— J’ai une idée, déclara-t-il. Retourne auprès de ta famille, et demain je te promets une belle surprise.
— Mais…
— Chut ! chuchota-t-il en l’aidant à remonter dans le tableau.
Puis il s’en alla trouver Polémée, le peintre du château, et le ramena dans sa chambre. Balthazar lui fit découvrir la fresque, et désigna le prince Gromeluche.
— Peux-tu faire mon portrait à la place de celui-ci ? demanda-t-il.
— Comment, prince Balthazar, vous voulez que j’efface le visage de ce jeune homme pour y peindre le vôtre ? Voilà bien une idée bizarre !
Mais il s’exécuta, et très vite, en deux ou trois coups de pinceau, le prince Gromeluche disparut, laissant place à Balthazar. Alors, celui-ci put se présenter au comte Borini et solliciter la main d’Héloïse. Celui-ci se gratta la tête en le dévisageant, comme s’il cherchait à remuer sa mémoire. Le prince Gromeluche oublié ? Sans doute, car le comte quitta son siège pour serrer sa fille bien-aimée contre son cœur, et accorder sa main à Balthazar.

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Lasana Diakhate · il y a
Un beau texte , très riche, attirant et bien rédigé . J’aime bien ce texte .Bravo
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Eric diokel Ngom · il y a
Découvrir ta page est un réel plaisir J'ai bcp aimé ..un texte original et bien structuré.. une maîtrise des mots .. un style particulier merci de m'aider à progresser en donnant un commentaire à mon texte je suis nouveau mes voix
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Catherine Denninger · il y a
Merci bcp. Je vais lire ton texte bien sûr
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Ozias Eleke · il y a
Très belle plume Catherine. Ce fut un plaisir de vous lire. Vous avez mes voix.
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Brandon Ngniaouo · il y a
Très beau conte. Bravo à vous, il est plaisant à lire.
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Et à me laisser quelques commentaires si l'envie vous vient.

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Catherine Denninger · il y a
Merci beaucoup Firmin. Je ne manquerai pas de vous lire.
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Firmin Kouadio · il y a
Mme Catherine, vous avez toutes mes voix***** ; j'avoue que je suis fort heureux de vous lire et de vous relire, j'irai même plus loin, pour dire que je suis amoureux de votre manière d'écrire. Je me demande si vous voudriez bien m'accorder la grâce de vous lire sous mon texte en lice aux jeunes écritures ! Cela me ferait vraiment plaisir. :)
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Catherine Denninger · il y a
Merci !
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Oka N'guessan · il y a
bravo vous avez mes voix , je vous invite aussi a aller me découvrir et de voter pour moi au passage https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-lumiere-10 merci .
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Marie Juliane DAVID · il y a
Un très beau texte Mme Catherine.
Toutes mes voix et bonne chance pour la suite.
Si vous avez un peu de temps, passez me lire. J'en serai ravie que vous découvrez mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures 2020.

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Catherine Denninger · il y a
Merci, j vais bien sûr découvrir votre histoire
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Marie Juliane DAVID · il y a
De rien. Bonne continuité!
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Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Catherine, mes 5 voix :). Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne chance :).

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