Balade en amoureux

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Je suis très énigmatique m'voyez  [+]

(Attention, ce récit se veut purement humoristique, aussi son auteur ne cautionne pas les actions violentes décrites à l'intérieur.)

Si vous ne deviez croire qu'une seule chose dans votre vie, je vous demande que ce soit l'histoire que je vais narrer ici ;
Un jour que je me promenais dans la Sainte ville lyonnaise, je croisai dans un de ces quartiers gris peu fréquentés une jeune femme qui se promenait également. Voilà jusqu'ici quelque chose d'assez naturel. Mais là où les apparences sont simples, les sentiments sont souvent plus compliqués. En vérité, cette jeune femme n'était pas n'importe quelle jeune femme à mes yeux. Je l'avais rencontré dans ma plus tendre enfance et il me semble bien que ce fut avec elle que je découvris l'amour.
Le plus curieux reste qu'après l'avoir perdu de vu des années durant, je ne l'avais jamais oublié et me sentais même prédestiné à la revoir un jour. Aussi ridicule que cela paraisse, ma rencontre d'aujourd'hui justifia bien mon intuition et je sentais bien qu'il me fallait être digne de cette situation providentielle.

Chose pénible pour aborder les gens ; quand ceux-ci marchent avec le regard rivé sur leur portable... C'était bien sûr le cas ici. Quoiqu'il en soit, il fallait avant tout qu'elle me remarque. Rien de plus simple, je pressai le pas pour me placer sur son parcours à quelques mètres devant elle. Sa marche lente me laissait un peu de temps pour opérer. Une fois à destination, je marchai dans sa direction dans l'idée de la bousculer. Le geste se fit peut-être un peu maladroitement mais cela fit l'affaire, son téléphone tomba à terre. Elle leva la tête et me dévisagea sauvagement. Je fis les politesses et les excuses d'usages en espérant faire bonne impression. Je ramassai son téléphone et le lui rendis, sans omettre de la complimenter sur sa charmante allure. Elle ne me remercia pas et sembla même passablement agacée. Je lui confiai enfin que je ne l'avais jamais oublié depuis l'école primaire et que mes sentiments pour elle étaient toujours aussi forts si ce n'est pas plus encore. Je lui parlai de nos courses poursuites qu'on faisait dans la cour de récré, des vols de jouets que l'on faisait discrètement quand nous étions invités chez Louis (Un ancien camarade que je n'appréciais que pour ce que je pouvais lui piquer) et surtout ce baiser échangé la veille des vacances d'été, et après lesquelles nous ne nous sommes plus revu. Je vis bien que son visage n'exprimait rien d'autre qu'une profonde incompréhension. Visiblement, ce n'était pas la bonne personne. Et il est vrai que le doute s'était installé dans mon esprit depuis que je l'observais de près. Quoiqu'il en soit, en matière d'amour, celle-ci faisait parfaitement l'affaire. Je ne pu me résoudre à la laisser partir sans aucune garantie de la revoir. Aussi je lui dis le plus gentiment possible : « Peut-être que pour avoir ramasser ton tél, je pourrai avoir ton numéro ? » Sa réponse fut cinglante et sur un ton qui ne me plut pas : « Heu - je crois pas non !
C'est pas grave, lui dis-je gentiment. Je vais attendre que tu me le donnes pour te laisser partir. »
Hélas pour elle, sa réponse se fit sur le même ton : « Et si j'ai pas envie de te le donner ? » Ces mots, vous en conviendrez, n'étaient pas les plus doux qu'on puisse entendre, aussi je réfléchis soigneusement à ma réponse avant de rétorquer d'une traite : « Écoute sale pute, des salopes comme toi, je m'en tape une par soir alors arrête de faire ta princesse ou jt'en colle une. » En vérité, ma seule expérience sexuelle datait du foyer, et encore avec une jeune autiste sur laquelle tout les autres étaient déjà passés. Ma réponse fit en tout cas son effet : je vis s'effacer de son visage sa petite moue dédaigneuse et être remplacée par un délicieux voile d'inquiétude. Elle marmonna quelque chose à voix basse comme une timide prière, et continua son chemin en pressant le pas. Il fallait bien sûr qu'elle soit vraiment stupide pour croire qu'on en resterai là. Je fis exprès d'adopter une posture exagérément assurée et me mit à la suivre. Je m'amusais de la voir faire des petits coups d'œils furtifs en arrière qui trahissaient sa crainte grandissante. Je n'avais pas du tout envie de la décevoir.
Je la suivis ainsi jusqu'au croisement de la prochaine rue où elle bifurqua à droite, toujours en prêtant une certaine attention à ma proximité. Heureusement, dans ce genre de situation, je sais ménager mes effets et je restai bien à une distance suffisante pour ne pas l'inviter à courir. Dans cette rue plus vaste, de rares silhouettes se pressaient en évitant soigneusement d'intervenir dans notre balade nuptiale. Ma douce me scrutait du regard de plus en plus souvent et accéléra davantage sa marche. Dans son effarement, elle bouscula une certaine personne, et ce n'est qu'à partir de ce moment que je commençai à la plaindre. Car cette personne là n'était justement pas une personne à être bousculée. Son teint mât, ses vêtements caractéristiques de la mafia locale, et son regard sévère trahissaient fortement son caractère. Aussi, quand ma pauvre victime eu dans l'idée de continuer sa course, son bras fut saisit par l'homme qui devenait de plus en plus menaçant. Je cessai immédiatement ma propre marche. Il lui dit quelques choses sans même la regarder dans les yeux. Et de là où j'étais, je crois comprendre qu'elle l'insulta pour se défendre. Décidément, celle-ci n'avait pas inventé l'eau chaude (mais c'est comme ça que je l'aimais.).
Comble de malchance, une petite ruelle sinistre se trouvait juste à coté, et c'est là qu'il l'entraîna. Pour ne pas les perdre de vu, je me hâtais de parvenir à l'entrée de la ruelle où je les vis, déjà presque arrivé au fond, dans une sorte cul de sac formé par des amas d'ordures. Je me faufilais discrètement pour m'approcher, en me dissimulant derrière un bac poubelle puis à un autre. Sans les voir encore, j'entendis bien qu'il la rouait de coup. Dont certains, à en juger par le bruit, devaient faire particulièrement mal. Une fois logé de manière relativement confortable à coté d'un petit hangar à vélo délabré, je pu voire la scène assez nettement. Il se passa là quelques horreurs que je tairai par pudeur mais je restai là, immobile, car il fallait bien que quelqu'un soit là pour la secourir une fois son agresseur parti. Ce qu'il finit par faire, naturellement, certainement occupé par quelques autres vilaines affaires. En passant devant moi, il me fit un bref signe de tête que je lui rendis en toute courtoisie. J'attendis qu'il quitta tout à fait la ruelle pour me précipiter vers ma dulcinée.
En m'approchant, je vis bien que cette dernière était en piteux état, mais malgré les hématomes, les yeux presque éteints, les traces épaisses de sang sur ces vêtements et sur son petit minois, elle conservait très bien, je dois le dire, une certaine beauté. Dans une posture quasi-christique, je lui tendis ma main en attendant sa réponse. À ma grande joie, elle l'accepta en pleurnichant puis se jeta dans mes bras en pleurant franchement.
Après cette aventure, elle accepta de me donner son numéro et m'invita régulièrement chez elle. Six mois plus tard, nous nous mariâmes et eûmes notre premier enfant. Nous en avons trois aujourd'hui : Bastien, Alexandre et Hugo. Et non, ces trois prénoms ne relèvent d'aucune signification particulière. En vérité, j'aurais tout aussi bien pu ne pas les nommer...




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Marie Brevet · il y a
oui, bien!

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