Axel au pays des touille-lettres

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J'écris pour oublier la tristesse, car les larmes sont plus jolies quand elles ont la couleur de l'encre...

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Axel a huit ans. Il est en CE2, dans la classe de madame Louise. Il la trouve gentille, mais pourtant, il n'aime pas l'école. Il faut dire que le petit garçon à un gros souci : il est dyslexique. Axel ne sait pas exactement ce que cela veut dire, mais il a bien compris que cela lui pose de gros problèmes, car quand il veut lire, les lettres s'emmêlent dans sa tête et finalement, il n'arrive pas à déchiffrer ce qui est écrit au tableau ou dans son livre.
Sa maîtresse lui répète souvent que ce n'est pas si grave et qu'en travaillant bien, il va apprendre à déjouer les pièges que lui tend cette maudite dyslexie. Elle dit aussi que très bientôt, il saura lira aussi bien que ses camarades. Axel aimerait vraiment la croire, mais en attendant, il doit faire avec les remarques de Lisbeth, la pire langue de vipère de toute la classe.
Aujourd'hui, elle a d'ailleurs encore fait très fort en criant « Écoutez : il y a Dysl-Axel, le débile, qui sait toujours pas lire ! », juste après qu'il se soit trompé sur un mot en lisant une poésie à voix haute. Toute la classe a aussitôt éclaté de rire, sauf Axel bien sûr, qui, rouge de honte, a vainement tenté d'expliquer qu'il ne l'avait pas fait exprès. Heureusement, madame Louise est vite intervenue pour prendre sa défense.
Mais maintenant, alors qu'il est couché depuis longtemps, Axel ne dort toujours pas : il n'arrive pas à oublier ce qu'il s'est passé et est vraiment très en colère contre cette vipère de Lisbeth et contre sa dyslexie, qui prennent l'une comme l'autre tellement de plaisir à lui gâcher la vie ! Heureusement, la fatigue finit par l'emporter et il ferme les yeux. Enfin, pas pour longtemps, car très vite, une voix inconnue résonne dans ses oreilles :
— Debout ! Lève-toi et viens avec moi remettre de l'ordre dans nos mots, avant que tous nos livres ne perdent définitivement leur bon sens !
Axel ne bougeant pas, la mystérieuse voix élève le ton et crie si fort que cette fois, il se réveille d'un bond.
— Qui parle ? demande-t-il vivement
— Je m'appelle Aria. Je suis cheffe des gardes du royaume des contes. Le roi m'envoie te chercher pour que tu remettes de l'ordre dans les histoires qui ont été emmêlées par les touille-lettres. Dépêche-toi : la survie de beaucoup de livres dépend entièrement de toi ! assène la voix d'un ton décidé.
Axel n'a rien compris de ce que vient d'expliquer Aria et d'ailleurs, il ne l'a toujours pas vue !
— Si tu veux me parler, commence déjà par te montrer ! ordonne-t-il.
— Tu n'as qu'à regarder : je suis juste là, sur ton oreiller ! réplique l'intéressée.
Il attrape son oreiller et le fixe avec la plus grande des minuties pour finalement crier de surprise : Aria se trouve bien là, haute d'à peine cinq centimètres, à sautiller sur place pour attirer son attention !
Ce n'est pourtant pas le plus surprenant, car si elle a bien une bouche, un nez, deux yeux et deux oreilles, son corps est entièrement fait de papier !
— Qu'est-ce que tu es au juste ? lui demande timidement Axel, sans la quitter des yeux.
— Je te l'ai dit : je fais partie de l'armée du royaume des contes, lui répond Aria. Là-bas, nous protégeons tous les livres du monde, dans lesquels vous les humains aimez tant conserver vos plus belles histoires ! Vu qu'ils sont tous faits en papier, c'est donc logique que nous le soyons aussi, non ?
— Pas faux, admet Axel. Mais, au fait, contre quoi défendez-vous les livres ?
— Contre ces affreux touille-lettres, bien sûr ! réplique la jeune combattante de papier, comme si c'était une évidence.
Elle raconte ensuite comment, il y a déjà très longtemps, les hommes ont dû s'organiser pour protéger les histoires qu'ils écrivaient.
— Les livres sont vraiment quelque chose de précieux, car à partir d'un seul d'entre eux, beaucoup de monde peut découvrir une magnifique histoire ou apprendre quelque chose de nouveau. Quand les humains ont commencé à en imprimer, cela a fait très peur aux habitants du monde magique, qui ont alors craint de voir les hommes devenir suffisamment malins pour leur voler leurs pouvoirs ! Pour s'assurer que cela n'arriverait jamais, les sorciers se sont finalement unis et ont créé les touille-lettres ! Ce sont de petites créatures viles et très méchantes qui n'aiment qu'une chose : mélanger ensemble toutes les lettres d'un livre pour le rendre illisible !
Aria décrit ensuite un à un tous les ravages, comment pendant des siècles, ces odieux touille-lettres ont ravagé toutes les bibliothèques du monde, en entraînant la perte de nombreux contes fantastiques, qui faute de ne plus pouvoir être lus ont fini par être définitivement oubliés.
— Personne n'a rien fait ? l'interroge Axel, complètement stupéfait.
— Sans pouvoir magique, c'était juste impossible de lutter contre ces affreuses bestioles ! Heureusement, le hasard a fait qu'un jour, une jeune sorcière du nom d'Hikma a trouvé un livre, qui avait survécu. Par curiosité, elle a décidé de le lire et les fables qui s'y trouvaient l'ont tellement charmée qu'elle a décidé de faire quelque chose pour protéger tous les autres survivants. Avec sa magie, elle a fondé le royaume des contes, afin que toutes les histoires du monde puissent s'y réfugier et pour les protéger, elle nous a crée, nous, les soldats de papier, explique Aria, visiblement émue.
Elle s'interrompt ensuite quelques secondes et tourne la tête pour cacher la grosse larme, qui coule sur sa joue et finit par tremper son armure en carton. Finalement, elle reprend :
— Jusqu'à aujourd'hui, tout allait bien dans le royaume, mais ce matin, un drame s'est produit quand un touille-lettres a réussi à forcer nos lignes de défense. Il a aussitôt commencé à mélanger les lettres de tous les livres qu'il a croisés sur sa route. Comme si cela ne suffisait pas, d'autres touille-lettres en ont profité pour le suivre et ont eux aussi tout dévasté sur leur passage ! Suite à cette attaque, beaucoup d'histoires ont désormais perdu tout leur sens. Notre roi m'a donc envoyée te chercher pour que tu viennes les sauver !
— Je voudrais bien vous aider, mais je ne vois absolument pas en quoi je pourrais être utile, déplore Axel.
— Notre souverain t'a choisi sur les conseils de madame Louise, ton institutrice. Elle a dit que tu étais l'enfant de la situation !
Le jeune garçon est sous le choc d'apprendre que sa maîtresse connaît les touille-lettres et les soldats de papier. Il veut en savoir plus.
— La légende dit que pour sauver un livre qui a subi la colère des touille-lettres, il faut qu'au moins un humain arrive à en lire l'histoire, malgré que ses lettres soient toutes dans le désordre. D'après ta maîtresse, tu vois les lettres mélangées quand elles sont bien rangées. Elle est donc sûre que tu sauras les lire correctement, maintenant qu'elles sont toutes chamboulées !
— Ça se tient ! concède Axel.
— Donc, tu vas nous aider ?
— Je crois bien que oui.
— Je cours en informer le roi et je repasse te chercher ! avertit Aria, avant de disparaître comme elle était venue.
Axel se rallonge alors dans son lit et repense à tout ce qu'il vient d'apprendre. Très vite cependant, une nouvelle voix commence à résonner dans sa tête ! Sans vraiment comprendre ce qu'il se passe, Axel sent également qu'on le secoue. Serait-ce les touille-lettres qui l'attaquent ?
— Debout ! Dépêche-toi, sinon tu vas être en retard à l'école ! Allez, marmotte : il faut sortir du lit !
Axel ouvre les yeux et voit sa mère qui est venue le réveiller. Déçu, il réalise qu'il était en train de rêver, mais très vite, sa bonne humeur revient quand sa maman lui rappelle qu'aujourd'hui, à l'école, a lieu le concours du meilleur conte fantastique. Il bondit aussitôt de son lit, en réalisant qu'il tient enfin sa chance de battre à plate couture cette maudite Lisbeth, grâce aux touille-lettres et aux soldats de papier ! Franchement, comment pourrait-elle trouver une histoire plus géniale ?
Vingt minutes plus tard, pendant que sa mère le conduit à l'école, une drôle d'idée lui vient en tête : « Et si les touille-lettres existaient pour de vrai ? »
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Conscience Collective · il y a
Eh bien bravo ! Très beau conte et très belle leçon. Je clique j'aime. Je vous invite aussi à lire mon œuvre Le rêve prémonitoire (Conscience Collective) en lice pour le prix des jeunes écritures AUF-RFI 2022.
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M. Iraje · il y a
Un joli conte, une belle leçon contre le harcèlement.
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Pat Vermelho · il y a
Touiller ne consisterait donc pas seulement à mélanger des aliments. Maicenfe, pardon, méfiance. Mais cette jolie histoire soulève un vrai mal qui fait de vrai dégâts, détournant certaines personnes définitivement de la lecture.
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Laurence Guillemin · il y a
Très joli conte !
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Roll Sisyphus · il y a
Trop bon!
Ben moi, hier soir, j'ai lu un trouille-lettres et même que "j'n'ai pas eu peur!
Merci!

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Manuel Sartrault · il y a
Beau et touchant.
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Mica Deau · il y a
Excellent récit !
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Lyne Fontana · il y a
Un conte encourageant et sympathique
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Mireille d agostino · il y a
Oui, on peut y arriver ! Un conte bien encourageant.
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Maria Angelle · il y a
Une charmante histoire.

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