AVEUX ET POT AU FEU

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J'aime écrire. J'aime lire aussi. Les deux sont pour moi indissociables et se nourrissent l'un de l'autre. Les belles histoires me plaisent. J'aime bien aussi celles qui bouleversent, réveillent  [+]

Il est 18h30. Une longue silhouette féminine, cintrée dans un large imperméable beige, franchit à grandes enjambées la centaine de mètres qui sépare l'Hôtel des Flandres de la gare de Compiègne.

Ce crépuscule du 30 octobre 1979 est passablement brouillardeux. L'Oise toute proche amplifie l'atmosphère brumeuse. Les devantures encore éclairées donnent pourtant l'impression d'un quartier animé, davantage même qu'en journée.

Compiègne est alors une vivante sous- préfecture de l' Oise, un des trois départements de la Picardie. Historiquement, elle est connue pour deux événements, deux et demi plus précisément, même si les spécialistes vous diront que cette charmante cité située à une petite centaine de kilomètres au nord de Paris, a vu passer plus d'un puissant et brillant esprit de ce monde. Alors oui, en mai 1430, Jeanne d' Arc s'y fit capturer après ses victorieuses reconquêtes et pour qui ce fut le début de la fin. Destin inverse pour Hitler qui, en perdant, y signa l'armistice en novembre 1918 mais y revint en gagnant, le 22 juin 1940. Au même endroit, exactement à Rethondes, dans un fameux wagon stationné dans une clairière.

On visite encore le lieu où, tous les 11 novembre, les jeunes appelés des trois casernes de Compiègne viennent assister à la cérémonie mémorielle.

Justement, ce sera dans moins de deux semaines, ce qui permet encore aux joyeux bénéficiaires d'une ultime permission de courir, une fois échappés de leur régiment, attraper leur train corail qui en cinquante minutes les mènera à la Gare du Nord à Paris.

Le quartier est donc particulièrement encombré ce vendredi soir et ce sont des mini- hordes de jeunes militaires excités qui la double au véritable pas de course quand ce n'est pas pour un sprint final.

Une sacoche en cuir à la main, la passante semble indifférente, presque fébrile.

Parvenue devant les portes vitrées embuées du hall de la gare, elle vise un secteur dégagé puis s'y engouffre et rabat les bords de sa capuche, en quête d'air frais. Entre les groupes bruyants et disparates de permissionnaires, elle se faufile à la recherche des consignes, face aux cinq guichets pris d'assaut dont les longues files encombrent un tiers du hall. Repérant enfin un casier vide en hauteur, elle entreprend de s'en approcher non sans quelques difficultés

- Oh, les gars, zieutez la pépée, canon, la fille !

-Ouais, et super bien sapée avec ça !

-Mais passez, passez donc par là, mademoiselle ! Pour vous, y'a toujours un p'tit chemin.

 

C'est vrai qu'elle a de l'allure, les traits fins, sobrement soulignés par un maquillage expert, des magnifiques cheveux auburn retenus en un chignon bas, une tenue de grand couturier, une silhouette élancée....mais tout dans son attitude signifie un dédain voire un dégoût de ce qui n'est pas ultra chic ou ultra mode ! Elle ne peut pas passer inaperçue dans ce lieu qui matin et soir principalement voit passer une foule anonyme et hétéroclite allant et venant de Paris ou des communes alentours.

 

Elle enjambe deux ou trois paquetages de ces jeunes soldats qui jouent les jolis cœurs et parvient sans un regard pour eux devant les consignes. Elle procède aux manipulations d'usage et referme prestement la porte en lourd métal gris.

 

Elle se précipite ensuite dehors vers les cabines téléphoniques- celles du hall étant prises d'assaut- devant le bien nommé A la dernière minute, un café brasserie. Elle pénètre dans celle restée libre, l'autre étant devenue, une fois n'est pas coutume , l'hébergement temporaire d'un clochard recroquevillé à même le sol. Un transistor à piles diffuse le dernier tube de Supertamp dont il accompagne le refrain d'une voix éraillée au fort accent local «  good bye stranger, it's been nice, hope you find your paradise.... ». L'air hilare et l'humeur causante, il se retourne vers la nouvelle arrivante :

-Salut ma beauté ! T'as pas une p'tite pièce pour bibi ! Et joignant le geste à la parole, il tend sa main aux ongles crasseux... Vainement !

La paroi de verre souillée d'inscriptions obscènes qui les sépare reste une barrière entre ces deux êtres que tout sépare : la femme se retourne alors ostensiblement en haussant les épaules....

 

Une pièce de 5 francs glissée dans la fente, un numéro composé sur le cadran circulaire, elle piétine sur la surface de zinc qui tient lieu de parquet; elle parle fort, les deux mains accrochées au combiné. Ses gants en cuir d'une grande marque au logo facilement reconnaissable contrastent avec le combiné d'un noir crasseux.

L'appel est expéditif. Elle regarde sa montre, un bracelet or et rubis de grande valeur, soupire et réajuste sa capuche. Puis s'extrayant avec difficulté de la cabine aux lourds vantaux grippés, sans un regard pour le pauvre clochard qui ne l'a pas quittée des yeux et continue de provoquer un rapprochement intéressé, elle tourne ses chics talons.

Dépité mais néanmoins réaliste, il finit pas lui postillonner, l' haleine avinée :

-Va t' faire voir Marquise avec tes bagouses et tes grands airs  de snob! On a rien à s'dire....

 

Elle regagne précipitamment l'hôtel. Elle file vers l'ascenseur telle une automate, le visage fermé, les gestes secs. Déjà occupé, celui-ci est long à descendre; on la sent nerveuse ; elle regarde vers les escaliers.

La réceptionniste derrière le comptoir d'accueil lui sourit comme pour lui insuffler un peu de patience...

La porte s'ouvre enfin sur deux messieurs, élégants dans un style classique ou décontracté; le premier, le directeur de l'hôtel la salue d'emblée, d'un ton à la fois courtois et familier:

-Bonsoir Carole, comment vas- tu?

-Très bien merci, et toi Rémi ?

-Parfaitement, merci. Je ne te présente pas notre auteur vedette, Edouard Labrit, tu l'as entendu ce matin, non ?

- En effet, très honorée, vous êtes mon auteur préféré ! C'est d'ailleurs pour cela que je suis ici ! Votre speech ce matin m'a impressionnée. Longue vie à votre nouveau bébé !

- Enchanté et ravi de vous plaire, chère lectrice.

- Écoute Carole, on a un léger contretemps, Édouard doit regagner Paris dès 21h et non demain comme prévu. On prend un verre tous les deux puis on vous rejoint tous dans une petite demi- heure, en salle de conférence pour la suite de la présentation de ce matin.

 

Les sept participants du stage patientent depuis plusieurs minutes dans le salon où ils se sont rassemblés quand Rémi Croutton, le directeur de l'établissement, la mine décomposée et le souffle court, déboule.

 

-Mesdames, Messieurs, le manuscrit de notre auteur... disparu, volatilisé, introuvable! Absolument inimaginable, nous venons de fouiller entièrement mon bureau ainsi que le coffre dans lequel il était rangé. Rien ! Aucune trace d'effraction mais également aucune trace du manuscrit... Bref! M. Labrit est évidemment déjà en train de s'entretenir avec la police. Vous imaginez son état d'anxiété et de colère mélangées. L'enquête va débuter, le commissaire Bouillon ne va pas tarder.

 

-Ah, non mais qu'est-ce que c'est qu'ce binzz, désolé mais très peu pour moi, les scénarios à la Agatha Christie, j'déteste les polars ! vitupère d'une voix perchée un homme aux lunettes en plastique rouge et jaune. J'sais pas ce qu'en pensent mes petits collègues du groupe mais moi, j'ai pas envie de m'faire une soirée gendarmes et voleurs, rajoute encore ce grand quinquagénaire grisonnant dont le costume à gros carreaux ne passe pas inaperçu.

-Pour ma part, je ne prise guère ce genre de plaisanterie, je pensais m' être inscrite à un séminaire tout c'qu'il y a de convenable, et nous voilà embringués avec la police judiciaire ! Si j'avais su, surenchérit une rondelette bourgeoise à collier de perles et foulard de soie.

 

En effet, moins d'une demi-heure plus tard, c'est un respectable commissaire de la PJ qui fait son entrée, accompagné de deux fonctionnaires. D'une petite soixantaine d'année, grand et carré, il a le teint rosé des natifs de son terroir. Les cheveux étonnamment drus et raides, presque rasés lui donnent un air strict que ses joues rebondies et son sourire affable sous une fine moustache parfaitement taillée contrecarrent aisément. Avec l'assurance d'un professionnel en fin de carrière, digne et estimable, sans détours, il prend la parole:

-Messieurs-Dames bien le bonsoir, comme on dit chez nous en Picardie. On vient de m'apprendre que vous faites tous partie d'un groupe inscrit à un mini séminaire d'écriture et que vous deviez ce soir, assister à la deuxième partie de la présentation du manuscrit par son auteur monsieur Édouard Labrit, que j'ai l'honneur de saluer pour la première fois. Sa réputation le précède et je suis comme vous, certain que sa notoriété est à la mesure de son talent.

-Joustement, l'interrompt un autre des participants au fort accent argentin, nous étions venous pour le voir et découvrir sa nouvelle création, et non, pour qu'il soit oubligé de s'enferrrrmer avec vos sbirrres pour un volé. Comment peut -on imaginer lou voler, lui l'auteur le plus géniaaalll de sa générationne ! Je souis scan- da-li-sé !!!

 

L'avant-présentation du dernier volet de sa trilogie, poursuit l'imposant représentant de la force publique, a commencé mais ce futur ouvrage, qui vient prolonger un immense succès de librairie, n'a beau être que sous la forme d'un dossier de feuilles numérotées de 1 à 319, il n'en demeure pas moins l'œuvre unique et incessible de son auteur. Le manuscrit original est d' une valeur importante voire inestimable d'autant que c'est un original sans copie.

-Et moi, qui justement venais lui proposer un nouveau contrat d'assurance professionnelle pour être à l'abri, car mieux vaut prévenir que guérir, même si on a les meilleurs limiers de France, se permet d'intervenir un petit rondouillard à la calvitie naissante.

-Merci du compliment cher monsieur, mais je me qualifierais plutôt d'homme d'expérience. Alors, oui, pour revenir au manuscrit, il a vraisemblablement été dérobé entre 12h, heure où il a été remis au coffre après le premier volet de sa présentation, et 19h ce jour où M. Croutton a constaté sa disparition. Personne n'a rien vu. Pourtant le voleur est forcément encore dans l'hôtel puisque nul n'a quitté les lieux, personnel de service y compris.

-Mais c'est ef .. ef.. froyable, un vo...voleur de..de..meure par mi.. mi nous, bégaya une jeune fille d'origine asiatique, non, non, j'ai tr...trop peur, je pars im...im...im médiatement !

-Pas possible, mademoiselle, l'enquête a débuté ; vous voilà retenus en qualité de témoins.Vous deviez quitter l'hôtel demain matin alors je vous précise le nouveau programme : pour les besoins de l'enquête, je vais procéder aux interrogatoires individuels, afin de vérifier vos alibis et motivations diverses à vous trouver ici en ce jour.

-Mais que croyez- vous, nous n'avions que d'honorables motivations à nous trouver ici se permet d'ajouter un jeune quadragénaire à la chevelure et la barbe aussi rousses que son pull sans manche pète le vert pomme. Dans le show-biz, on est peut être excentriques mais certainement pas malhonnêtes !

- Certainement, certainement, cher monsieur, mais il est des procédures que je me dois de respecter scrupuleusement. Je vous ferai donc tous appeler les uns après les autres et prendre en photo. Nous allons commencer, galanterie oblige, par les dames.

Si vous coopérez, nous devrions avoir fini au plus tard à l'aube, pour que je puisse vous libérer. D'ici là, deux gardiens de la paix en civil veilleront sur notre tranquillité.

 

Si Mme Jahret de Vaulx veut bien me suivre, je lui en serai très reconnaissant. A sa suite, Mme Desplats Deckoot Carole et Mlle Nina Vet, suivant la liste que vient de me communiquer le patron du lieu. Lui- même et son personnel devront se soumettre à la procédure. Avant demain matin il nous serait profitable, à tous, d'avoir pu recueillir des aveux.

 

Vers 23h, ce fut au tour des quatre messieurs par ordre d'âge, Carlos Amoilhe, Stéphane Palleron, Gérald Poirraut et enfin Jeff Karrot.

 

Tout ce petit monde avait un lien avec l'auteur et à priori une raison d'en vouloir à son œuvre ou à sa personne. Les interrogatoires s'enchaînèrent. Cette nuit à l'hôtel des Flandres fut longue et dense. D'une exceptionnelle teneur ou d'une indigeste saveur selon les protagonistes.

 

Après seulement trois heures de sommeil, reprenant ses notes avec le but espéré de lever un de ses ultimes doutes, le commissaire fit rappeler le directeur en même temps qu'un copieux petit déjeuner. Il était à peine 6 h30.

-Dites-moi Monsieur Croutton, connaissez-vous personnellement un des stagiaires?

-Oui et non, je fus camarade de classe de Carole Desplats, en terminale à Pierre d'Ailly, le grand lycée public de la ville. On ne se côtoyait guère à l'époque, elle était plutôt studieuse et réussissait mieux que les autres, sans compter qu'elle plaisait beaucoup à tous les garçons avec son physique de mannequin.

-Bon, mais son mari belge n'est-il pas écrivain lui aussi? N'est-ce pas lui qui a publié il y a vingt ans déjà une saga historique se passant à Bruges?

-Il me semble que oui, mais il n'a fait que cela. La suite n'a jamais bien marché...

- Et elle, dirige-t-elle bien « Psychée magazine»? J'en ai feuilleté quelques exemplaires sur la table du salon, il y a une belle publicité pour votre hôtel d'ailleurs.

- Ah bon? C'est possible oui...

 

Laissant le directeur sur cette réponse évasive, le commissaire Bouillon, prétextant un besoin de s'aérer, enfile sa gabardine, en donnant l'ordre à ses collaborateurs que tous soient réunis pour 8h précises.

 

Se rendant jusqu'à la gare tout proche, le commissaire présent au personnel de la SNCF les photos polaroïd des suspects. Il fait de même aux conducteurs du bus de l'agglomération qui préparent leur véhicule avant le départ pour leur tournée. Sans résultat !

 

Un clochard qui rode, curieux, s'approche alors.

-Sûr que c'est c'te gonzesse, grommela-t-il, elle a téléphoné hier soir, même qu'elle avait l'air vachement contente mais vachement tendue !Et puis bêcheuse, avec ça, j'vous dis même pas !

 

La mine de Bouillon s'éclaire. Il repart d'un pas léger. A l'horloge de la gare, éclairé par les rayons du soleil levant, s'affiche 7 h 47.

-Bonjour messieurs-dames, mille excuses pour la nuit écourtée et peut-être compliquée pour certains... J'ai donc, comme je vous l'avais annoncé, pris le temps d'interroger chacun de vous. J'ai eu quelques surprises ; et oui, même en fin de carrière, il vous reste toujours des choses à découvrir... Permettez -moi de vous livrer mes conclusions :

Mmes Jarhet de Vaulx et Nina Vet sont innocentées. Certes la première de ces dames pourrait reprocher à M.Labrit son désastre conjugal récent. Ce, après que son ex-mari se soit identifié au personnage du tome 2, quinquagénaire désireux de rompre ses engagements matrimoniaux. On dit souvent que la réalité dépasse la fiction : Mme Jarhet de Vaulx en a fait la douloureuse constatation ! Mais, m'a-t-elle avoué «  jamais, ô grand jamais, elle n'eut été capable de porter préjudice à Édouard Labrit, le Victor Hugo du XX ème siècle ! »

Mademoiselle Nina Vet dont la thèse de fin d'étude a été, d'après elle, mal corrigée par son auteur et professeur préféré, possède un alibi imparable: à l'heure où le délit a été commis, elle jouait au scrabble dans le salon bar en compagnie de Mme Jarhet de Vaulx. Le barman leur a servi un thé au jasmin. Elle m'a avoué avoir pardonné, et redonné toute sa confiance « à son Doudou » comme elle l'appelle. Elle vient de décrocher un très enviable poste de traductrice chez Gallimard.

Ce ne sont pas non plus MM. Karrot et Poirraut, tous deux en lien professionnel assez intéressé, le premier désireux d'obtenir les droits pour le futur ouvrage et le second de persuader son ancien client de reprendre des contrats d'assurance chez lui, qui ont commis le délit. Ils visitaient tous deux l'exposition temporaire du Musée Vivenel.

 

Quant à MM. Palleron et Carlos Amoihle, leur problématique est toute autre Sans rentrer dans les détails, je parlerai d'affaire de sentiments personnels qui les auraient conduits à se rapprocher plus de l'homme que de l'écrivain, l'un pour retrouver son amour perdu, l'autre pour s'en rapprocher encore après une première rencontre dans un salon littéraire récent. Mais j'ai naturellement vérifié leur alibi, tout comme le personnel de l'hôtel.

 

-Ah ouf, oui, un grand ouf, lança Laurent Palleron, vraiment pas drôle d'être soupçonné pour rien !

-Ma, moua je trouve que ce n'est que joustice que les méchants soyeent punis, ceux qui font dou mal doivent payer, un jour ou l'autre et le plus chèèère possible !

-Absolument cher Carlos, il n'y a pas d'indulgence à avoir avec ceux qui commettent le mal, rajoute, péremptoire Emeline Jahret de Vaux

-Surtout quand on a de de la com..com... , tente vainement d'articuler la fragile Nina.

- combativité ? questionna Jeff Karrott

- non, com... com ...

-compensation, essaie alors Jean Marie Poirraut

-compassion ! éructe la pauvre Nina, rouge comme une pivoine.

-Mais il va de soi, chère demoiselle que nous tous ici présents, avons de la compassion pour ce pauvre monsieur Labrit. Cependant deux personnes de notre noble assemblée avaient oublié ce qu'était la probité !

-Je suis absolument formel, mon personnel est parfaitement honnête, appuya Croutton.

-Je suis ravi de vous l'entendre dire, cher Monsieur, car ce n'est pas le cas de son responsable, coupa le commissaire.

Passons donc au dernier chapitre. Voilà, c'est une histoire de jalousie, de triste cupidité aussi. Pour permettre un salvateur succès d'édition à son époux, Mme Desplats Deckoot a probablement proposé un marché à M. Croutton: le code du coffre-fort de son hôtel , ce pour subtiliser le précieux manuscrit ; contre quoi ? En échange de l'embauche de la fille de ce dernier comme reporter photo dans son magazine et, bien sûr, de grands encarts publicitaires, ventant son hôtel à chaque parution de Psychée Magazine.

La présentation du manuscrit devait se faire en deux séances, une hier matin et une ce matin juste avant le départ des stagiaires. Mme Desplats Deckoot prévoyait de subtiliser le document vers 23 h et le remettre à son mari qui l'attendrait derrière la statue équestre de Jeanne d' Arc, à 20 mètres de l'hôtel. Puis regagner sa chambre et y passer la nuit.

Or M. Labrit ayant un impératif aurait du quitter Compiègne en soirée.

M. Croutton en a informé son ex-camarade de lycée. Vraisemblablement en début d'après midi.

 

Cette dernière a changé ses plans. Après la session de 14h-16h, utilisant le seul créneau de libre, c'est- à- dire les deux heures suivantes où M. Labrit avait programmé une visite au Musée de la figurine puis un saut à la Librairie Daelman, rue des Lombards, elle a agi.

Sachant que l'hôtel risquait d'être fouillé, elle a eu cette idée de cachette dans une des consignes de la gare toute proche. Quelle aubaine!

 

Un peu avant 18h, hier, elle a subtilisé le manuscrit et l'a caché dans le casier 125 puis en a informé son mari en téléphonant d'une cabine située devant la gare.

Hélas, un clochard l'a formellement reconnue et m'a retranscrit peu ou prou sa conversation dans la cabine voisine de la sienne: « Ça y est chéri, j'ai le manuscrit, mis en sécurité dans la consigne numéro 125, le code est ta date de naissance. Tu dois en avoir pour deux heures à peine, fais attention au brouillard, bonne route!».

 

Elle est ensuite rentrée discrètement à l'hôtel en espérant ne pas être vue. La réceptionniste l'a aperçue mais a surtout remarqué sa nervosité inhabituelle.

Mme Carole Desplats Deckoot et M.Rémi Croutton, tous deux complices, sont donc ce matin en état d'arrestation.

 

Monsieur Labrit peut désormais être serein, son œuvre a été récupérée et se trouve, maintenant, réellement à l'abri, dans un des coffres fort de la banque de France.

Un humoriste conclurait que nous avons failli nous noyer dans un pot de chambre; je préfère rester sur l'amusante touche de vos patronymes qui, à eux seuls, composent un des meilleurs plats de notre belle gastronomie française: Le Pot au Feu.

 

 

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Ray dit Kourgarou · il y a
HéHéhé !
Étant habitué à concocter ce genre d'histoire jouant sur les mots je me suis rapidement méfié et pressentais bien une chute un peu à la manière Ray dit Kourgarou, je ne me trompais pas.
Une enquête rondement menée par l'inspecteur Bouillon qui tel le fameux Hercule Poirot ne se laisse pas impressionner par les grosses légumes, n'hésitant pas à les faire un peu mijoter avant la conclusion.
Cela aurait pu être le commissaire Magret secondé par l'inspecteur Lognon qui soient chargés de l'affaire mais déjà lancés sur une enquête en Lot et Garonne concernant le vol d'une cargaison de confit de canard il n'étaient pas disponibles j'imagine ?
Néanmoins Bouillon a parfaitement rempli son rôle et mené l'enquête à son terme sans jamais se retrouver dans le potage.
Bravo.

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Hélène CUINIER · il y a
Merci de ce long commentaire élogieux et parsemé de jolis mets aquitains que nous goûtons en commun visiblement....
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Paul Thery · il y a
Effectivement, cela ressemble beaucoup aux intrigues d'Agatha "pot au feu" Christie, toujours agréables à suivre ;-))
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Hélène CUINIER · il y a
merci de votre lecture et votre commentaire...
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Olivier Descamps · il y a
Une affaire qui n'aurait pas déplu à un célèbre détective originaire d'Ellezelles ou à un commissaire au père liégeois. Enquête rondement menée pour une nouvelle réussie.
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Hélène CUINIER · il y a
Hercule Poirot? oui, j'ai pensé à lui en écrivant effectivement... Les picards et les belges ne sont pas trop différents!
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Alain Derenne · il y a
Waouh, rien que ce nom Mme Jahret de Vaulx et ce texte sent le bon...merci de me l'avoir recommandé. Bonne journée.
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Hélène CUINIER · il y a
Une redoutable... cette madame et Mme Desplats de koot n'est pas mal aussi. Merci de votre passage!
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Alain Derenne · il y a
Oui effectivement. bonne journée.
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Carl Pax · il y a
Un récit succulent (avec les jeux de mots culinaires) et des portraits bien dépeints, j'ai particulièrement aimé ceux de l'héroïne et du respectable commissaire. Une ambiance polar qui aurait aussi bien pu se passer dans les années 60 ! J'ai aussi aimé les griefs envisagés envers les suspects. Dommage que Carole n'ait pas fait plus attention au clochard ! :)
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Hélène CUINIER · il y a
et oui, c'est cela, les wonder womens ne s'intéressent qu'à leur réussite et à ceux qui ont réussi...lire l'excellent texte de ce jour Festival de Gali Nette...qui évoque ce type de personnes. Merci de votre retour, pour l'époque, je suis d'accord, cela peut aller de 65 à 85, temps que les jeunes écrivains ne peuvent avoir connu😉
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Randolph B. · il y a
Quel réussite ! Un régal ! Mené tambour battant, ce récit ferait pâlir A.C. si elle était encore ne mesure de.
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Hélène CUINIER · il y a
Merci beaucoup
Je suis admirative de cette grande dame de la littérature policière et aimerais suivre ses traces

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Felix Culpa · il y a
Excellent ! Je retrouve enfin le sourire et le plaisir des bons mots ! Merci Hélène !
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Hélène CUINIER · il y a
tant mieux ...c'était le but recherché!

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