Auprès de toi

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La Nuit, j'arpente les contrées de mon vaste imaginaire afin de relier tout ce que j'entrevois en songe, depuis que j'ai atteint l'âge de raison. Le loup est l'animal qui me reflète, l'écriture la  [+]

D'aussi loin que je peux me souvenir, j'avais toujours été un élève exemplaire et dévoué à mes études. Le genre d'enfant parfait dont les parents étaient si fiers. À un tel point, qu'ils ne pouvaient s'empêcher d'en vanter les mérites à quiconque voulait l'entendre. Le genre d'élève si doué, si appliqué et si bien éduqué, qu'il faisait la joie de tous les professeurs. Mais par conséquent, j'étais également le cliché de l'adolescent qui n'avait pas d'amis ( mais d'un certain côté, c'était préférable ). Et cette absence d'amitié dans ma vie, était-elle du à mon nom ? J'étais persuadé que seul Balavoine connaissait la réponse à ce mystère, puisqu'on m'avait nommé « Henry ». Encore heureux que je ne m'appelais pas Rémi, car ma famille était le seul cercle social qui me liait à l'humanité. Enfin... Si on pouvait réellement nommer cela un « lien ». Car en réalité, je n'avais rien de très « humain ». Contrairement aux autres personnes que je côtoyais, je ne riais, ni ne pleurais, ni ne souriais jamais. La notion du « bonheur » des uns ou le « malheur » des autres me laissait complètement indifférent. Tout comme celle des sentiments me laissait totalement insensible. Je ne vivais que pour moi et uniquement, pour moi et moi seul. Après tout, si je ne pouvais pas comprendre les subtilités du monde qui m'entourait, en quel honneur devais je m'en soucier ? Et bien, en rien. Pourtant, lors d'une nuit de tourmente, un visiteur improbable vint me rendre visite. Sombre spectre qu'il soit, il vint me marquer au fer rouge, ce qui me faisait cruellement défaut : une conscience. Et depuis cette nuit, jamais plus il ne me lâcha, préférant hanter mon esprit incessamment. Comme d'ordinaire, je m'étais plongé dans mes cours, espérant sincèrement qu'il finisse par se désintéresser de moi, mais au contraire, car une nouvelle fois il frappa. En effet, car si les études étaient peut être des clefs qui ouvraient les portes de l'avenir, elles possédaient toutefois un lourd tribut de souffrance, que j'avais pourtant toujours ignoré avant l'arrivée de ce spectre, le cruel prix de la solitude. On disait parfois que cette dernière pouvait être comblée, si on se jetait corps et âme dans ce qui nous passionnait réellement. Seulement, là était bien là l’entièreté du problème, car aucune passion ne m'animait au fond de mon être. Enfin, cela n'était qu'une demi-vérité à dire vrai. Hormis les études, j'avais bien deux autres passions, dont l'une d'elle venait de naître apportant dans un même temps ce visiteur nocturne. La première n'étant guère très saine d'esprit, en aucun cas vertueuse pour le commun des mortels ( sauf pour ceux qui respiraient le même parfum dans l'air que moi ), je ne voyais pas l'intérêt d'en vanter ses mérites. Et la deuxième... Et bien, c'est de cela qu'avait découler la renaissance de mon âme. Cette passion inédite fut si enivrante, qu'elle chassa, de par sa seule présence, mes précédentes passions. Cependant, ce fut grâce aux études que j'eus la chance folle de la rencontrer. Intéressé par les sciences, aussi bien physiques que chimiques ou terrestres, j'avais intégré la regrettée filière S en passant en Première, au lycée. À cette époque, la présence de la solitude se faisait toujours plus pesante que n'était réjouissante la gloire du dur labeur. Pourtant, le Spectre ne m'avait pas encore fauché, car j'allais seulement faire sa connaissance. Et je ne pouvais m'empêcher de penser que rien n'endiguerait ce fléau nocturne, pas même provoquer un gargantuesque raz de marée, qui aurait tôt fait de me faire échouer sur la grève de mes passions délaissées. Mais arriva un jour où je pris conscience, que pour la première fois de ma courte existence, quelqu'un s'intéressait à moi. Signant par la même occasion, la nuit venue, ma rencontre avec ce visiteur inattendu. Elle se nommait Layna. Ce n'était pas le genre de fille parfaite, ni le contraire pour autant. Elle n'était pas studieuse, sans pour autant être une mauvaise élève, loin de là. Contrairement à moi, elle était pleine de vie, savourant chaque instants de la vie comme si il eut s'agit du dernier. Et malgré le fait qu'elle savait que je m'intéressais tout juste à elle, elle ne semblait pas souffrir du Spectre qui me hantait incessamment. De nature douce, compatissante et curieuse, elle s'était approchée de moi sans hésitation, ni crainte aucune. La première fois, je fus si surpris que j'étais devenus muet. Je ne sais pas si elle avait vraiment trouvée ma soudaine gêne drôle, ou si elle cherchait à percer l'abcès d'un silence pour le moins embarrassant. En tout cas, ce qui était sûr, c'est qu'elle en avait rie jusqu'à ce que ses larmes viennent chatouiller ses joues. Je demeurais interdit. Je sentais naître en moi ce qu'on nommait couramment une « émotion », alors que jusqu'à ce jour, je n'avais jamais eu conscience d'en avoir éprouvé, ne serait ce qu'une seule d'entre elles. Seule la sonnerie était parvenu à me secouer de ce terrible malaise. Après m'avoir salué d'un sourire, elle était repartie avec ses amies. Persuadé qu'il s'agissait d'une mauvaise farce, je ne voulus plus y repenser, mais le Spectre de la Conscience ne m'avait pas réellement laisser le choix. Torturé par d'étranges pensées autres que les miennes d'ordinaires ( bien que pour le commun des mortels, ce soit le contraire ), je me sentais dangereusement glisser sur une pente qui me séparait de « ce que j'étais », des frontières angoissantes de l'Humanité. Au fil des jours, j'étais si éreinté, qu'un soir, alors que je rentrais chez moi, pour la deuxième fois, elle était encore venue à ma rencontre. À défaut d'être silencieux cette fois-ci, je fus pris de plusieurs bégaiements. Alors que dans mon esprit je bouillonnais, moi qui d'ordinaire possédait un sang froid qui n'avait d'égal que mon calme légendaire. Encore une fois je la fis rire. Et puis indépendamment de ma volonté, en l'écoutant attentivement, je fus saisi par la beauté de cet éclat cristallin, qui n'avait certes rien de mesquin, voir de malsain. Finalement, le soleil se couchant, elle se hâta de rentrer chez elle. Mais avant de partir, elle m'avoua pourquoi elle tenait tant à me parler:

« - c'est que je ne supporte pas de voir les gens autour de moi souffrir ainsi. Tu sais... la solitude cela doit être très pénible. Et puis, peu importe le contexte personne ne mérite d'être seul. »

« Mais de quoi je me mêle ? » pensais-je sur l'instant, froidement. La solitude ne me gênait pas le moins du monde avant que je ne fasse sa rencontre. Maintenant, elle me pesait sur la conscience que le Spectre m'avait apporter lors de sa venu. Soudain, sans que je ne puisse l'anticiper, elle s'était levée sur la pointe des pieds et avait déposé sur mes lèvres, un court baiser. Après quoi, me jetant un dernier sourire, comme s'il eut s'agit d'une missive silencieuse pleine de promesses, elle s'en était allé en trottinant. Sans savoir pourquoi, j'étais paralysé le temps de suivre sa course jusqu'à ce que ce qu'elle disparaisse à l'horizon. À cause de son geste, je demeurais interdit. Des sentiments, qui m 'étaient dès lors inconnus, naissaient en moi aussi vite que l'éclair qui m'avait foudroyé par ce baiser. Je sentais que la solitude qui m'oppressait avant commençait tout juste à partir et étrangement, je ne craignais pas que mon ancienne amie puisse me quitter. Ce pourrait il que cette fille devienne une de mes nouvelles passions ? Soudain, me rendant compte que la nuit venant, je devais rentrer chez moi, je remis à plus tard cette réflexion qui, sans que je ne m'en rends compte pour l'instant, était entrain de changer le cours de ma vie. Les jours suivants, Layna ne me lâcha plus. Pas un seul jour ne se passait sans elle. Elle me racontait absolument tout et rien, me présentant ses ami(e)s par moment et à nouveau, elle se rapprochait de plus en plus de moi. Si bien qu'un jour, je délaissa ma plus importante passion, répondant à l'appel d'une dépendance bien plus forte, bien plus tentatrice, bien plus provocatrice. Finalement, j'écoutais la lointaine voix de ma conscience, au grand plaisir du Spectre qui me l'avait offert. Au grand regret des enseignants de notre établissement, j'avais décroché de mes cours. Et à la déception, mêlé d'effroi et d'étonnement, de mes parents, pour la première fois je m'étais rebellé afin d'imposer ma volonté de préserver cette rafraîchissante liberté sentimentale. Et puis, mon cœur, que Layna avait finalement fait naître, avait eu raison de moi et de mon ancienne vie, que j'abandonnais sans un regret, sans un remord. Alors que Layna sortait des cours, j'étais venu la voir voir et lui avais déclamé mon amour. Folle de joie, elle m'avait étreint et parsemé de baisers amoureux. Quant elle me relâcha, c'était comme si je l'avais observé pour la première fois. Elle était si agréable à regarder, mais que dis-je ? À admirer ! Ses petits yeux noisettes seyaient bien avec ses fines petites lunettes d'un étincelant vert émeraude, mais dans ce cas que dire de sa flamboyante chevelure rousse ?! Par moment, j'avais l'impression de voir en elle la merveilleuse fille du Chevalier Wellan d’Émeraude, la tant désirée Jenifael. Mais alors, cette charmante déesse, que me trouvait-elle au juste ? Mes cheveux blonds étaient raides comme de la paille, si bien qu'ils me faisaient ressembler à un épouvantail. Quant à mes yeux, à par le fait qu'ils soient gris comme la brume, ils n'avaient rien de franchement attrayant. En fait, c'était comme si Layna et moi étions deux faces d'un même miroir. Alors qu'elle vivait baignée dans la lumière, auparavant perdu dans les ténèbres, dorénavant je la suivais comme son ombre. Et ce ne fut qu'un tragique jour venu, que j'eus pris conscience de la chance que j'avais d'être ce reflet obscur du miroir, dont la contemplation et la fascination étaient réciproque. De ce qui allait découler, j'allais me rendre compte que seul l'art d'une passion que j'avais abandonné, serait en mesure de la sauver. Alors que nous étions en classe, un jour qui pourtant paraissait ressembler à tant d'autres, Layna tomba brutalement à même le sol. Puisque nous faisions de la chimie, j'avais pensé qu'elle s'était évanouie suite à l'inhalation des vapeurs, qui provoquaient tant de maux et d'étourdissements. Mais le drame qui allait se jouer, pour sa première représentation sur la scène, était d'une toute autre nature. En la relevant doucement, je fus non seulement surpris qu'elle n'eut pas sombré dans l'inconscience, mais également qu'elle cracha subitement du sang. Recevant quelque gouttelettes sur le visage, d'anciennes pulsions dénuées de toute raison tentèrent de corrompre mes prochaines actions. En vain. Ce fut son visage livide, devenu presque aussi blanc que de la craie, qui me fit entendre raison : elle devait être soignée de toute urgence ! Pourtant, le temps s'était arrêté en cet instant. Incapable, tout comme moi, de ne dire ne serait ce qu'un mot, elle me regarda fixement, les yeux lourds de tristesse, chargés de chagrin, jusqu'à ce qu'ils se ferment. Craignant qu'elle ne meurt, je ne voulais plus la lâcher. Quand les ambulanciers l'emmenèrent, ils n'eurent, ni la cruauté, ni l'envie de me déloger. Une fois à l'hôpital, même le médecin et son harem d'infirmières n'eurent essayer de me dégager une fois passée l'heure de pointe. L'une d'elle, par bienveillance, déposa une chaise à côté du lit de ma bien aimée à mon intention. Je la remerciais d'un pâle sourire, ce qui me surprit moi même, sans trop la regarder, mon attention étant uniquement dirigée sur celle qui m'avait offert le goût de la vie. D'une nouvelle vie. Sachant que si elle ne survivait pas à son mal soudain, je n'hésiterais pas à la rejoindre. La liche que j'étais devenu ne pouvait vivre sans sa nécromancienne. Selon moi, c'était inconcevable. Je ne voulais pas devenir à nouveau le mort-vivant que j'avais été, l'être sans désir qui se pliait face à l'ennui. Où à ses pulsions qui le conduisaient à la plus sublime de ses passions. Mais personne ne devait jamais connaître ma véritable nature, du moins tant que je pouvais m'en passer. Maintenant, j'étais un nouvel être plus « humain » qu'autrefois, amoureux de surcroît, le genre qui se soumettait à la vie, sans plus lui opposer une quelconque résistance digne de ce nom. Les jours passèrent sans que Layna ne s'éveille réellement. Par moment, elle se réveillait un court instant, me remerciant de lui tenir compagnie et rassurée, par ma constante présence, elle s'assoupissait de nouveau. Il est vrai que je ne quittais presque jamais la pièce. Les seuls instants que je passais en dehors étaient consacrés à me laver, aller chercher à manger et changer mes vêtements. Mes parents ne me parlaient presque plus, ne comprenant pas mon attachement pour Layna. Cela me laissait indifférent, contrairement à l'angoisse de la perdre. Les siens étant mort depuis longtemps, elle n'avait plus que sa grande sœur et moi même. De ce fait, craignait-elle de mourir ? Car après tout, il y avait il vraiment un « après » ? Je n'osais vouloir connaître la réponse de peur d'essuyer le dur revers d'un « non ». Imaginer un instant de vivre sans elle me faisait bien plus mal, que de la voir faillir chaque jours. Elle qui d'ordinaire respirait la joie de vivre, faisait bien pâle figure dans son sinistre lit d'hôpital. Tandis que je me torturais la pensée, je ne vis pas la jeune femme qui était entré dans la pièce. C'est lorsque sa main traversa mon champs de vision, que je pris soudain compte de sa présence. Sursautant, je me levais brusquement.

« - Excuse moi, fit-elle, je voulais seulement savoir si tu étais réveillé ou si tu dormais les yeux ouverts. Désolée de t'avoir effrayé.

-Ce n'est rien, mentis-je ( car elle m'avait vraiment surpris ), que puis je pour vous ?

-Rien en particulier, Henry. Je voulais juste venir voir ma petite sœur, même si j'ai beaucoup de mal à me souvenir d'elle. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle ne me parle pas beaucoup.

-Oh... Je vois. Vous êtes Eliaenne. Celle qui suite à un grave traumatisme crânien est devenue amnésique. Sa grande sœur donc... Je suis sincèrement navré de ce qui vous est arrivé, il y a quelque années de cela.

- Je te remercie, Henry, fit-elle, essuyant une larme qui frôlait sa joue. Je suis bien contente qu'elle est trouvée quelqu'un d'aussi gentil que toi.

Hélas, c'était bien loin d'être la vérité. Si elle savait l'étendue de la plus sublime des passions, à laquelle je m'adonnais avant de rencontrer Layna, elle ne penserait pas cela de moi.

-En vérité, cette soudaine attitude changeante de ma part, je lui dois, avouais-je, gêné par ce compliment que selon moi je ne méritais pas.

-Cela ne m'étonne pas vraiment, c'est dans sa nature d'âme et d'esprit. Cela ne te dérange pas si je reste un peu ? J'aimerais qu'elle prenne conscience que je tiens à renouer avec elle, malgré tout.

-Oui, naturellement. Je vous amènerais à manger.

-Tu es vraiment gentil, aussi je t'en prie tu peux me tutoyer. Ah et tiens... Prend mon argent, je ne tiens pas à m'imposer malgré ta bienveillante bonté.

-Oh si vous voulez... Je... Euh, je reviens. Je n'en aurais pas pour longtemps. Et si elle se réveille, empêchez... Empêche là de m'attendre. Je veux qu'elle conserve le peu de force qu'elle peut obtenir.

-Soit, j'y veillerais.

Alors que je m'apprêtais à sortir, je crus qu'elle me rappelait. Mais en revenant à l'intérieur, je vis que Layna s'était réveillée. Malgré le fait qu'elle semblait auparavant en froid avec sa grande sœur, c'était comme si son état lui avait contraint à laisser son orgueil blessé de côté, elle était heureuse de l'avoir auprès d'elle. Puis, en posant ses yeux noisettes sur moi, elle se força à étirer un sourire. Dans un murmure à peine perceptible, d'un ton néanmoins sérieux, elle me dit ceci d'une voix fébrile :

-Henry, mon amour, pourrais tu me rendre un dernier service ?

-Tout ce que tu voudras mon cœur, l'assurais-je.

-Merci. Maintenant, je t'en prie, débranche moi s'il te plaît, met fin à mes futiles jours. Je veux que ce cauchemar cesse, acheva-t-elle, les larmes aux yeux.

Sa supplication inattendue fut si déroutante, qu'elle me laissa sans voix tout autant qu'Eliaenne. Interdit, je la fixais d'un regard qui disait : « Comment pourrais-je me séparer à jamais de toi ? »

-Je sais ce que tu ressens, reprit-elle, mais je ne peux continuer de vivre ainsi... C'est trop douloureux d'attendre une guérison miraculeuse qui ne viendra jamais.

Au moment de finir sa phrase, j'aurais juré que j'eus crus qu'elle avait fixée sa sœur avec reproche. Si c'était le cas, Eliaenne n'en laissait rien paraître. Mise à part le fait qu'elle semblait mal à l'aise. Mais qui ne le serait pas, lorsque un être qui vous est très cher, en vient à supplier de le tuer ? Même victime d'amnésie, cela ne laisserait personne d'indifférent, même moi ! Comme pour s'excuser de ce qu'elle a pu autrefois oublier, Eliaenne renoua un lien fraternel avec sa sœur, en la prenant doucement dans ses bras. Layna fut si émue, qu'elle ne chercha pas à se dégager.

-Layna, repris-je, je n'ai pas le droit de faire ce que tu me demandes , mais si c'est vraiment ce que tu veux, aurais je le droit de te suivre ?

Je simulais de mon mieux des larmes. Bien que fausses, elles exprimaient ma véritable douleur. Tout comme Eliaenne et sa sœur en cette heure de malheur.

-Mon amour... C'est la douleur qui t'ordonnes de me dire ceci, si ce n'est la peur de me voir partir.

-Non mon cœur, c'est l'Amour je le crains. Tu m'as offert une nouvelle vie dénuée d'obscurité, au contraire rempli d'amour, de bonheur et de bienfaisance. Je ne peux m'imaginer exister sans toi . Avant j'étais perdu dans de lointaines ténèbres, mais quand tu es venu à ma rencontre, la lumière bienveillante qui émane de ton aura les irradia sans crier gare. Ce jour là, enveloppé dans ton auréole de bonté, je me suis sentis renaître. Alors désormais, que deviendrais-je si je ne demeure pas auprès de toi ?

N'ayant rien à perdre, puisque Eliaenne l'avait lâché un instant plus tôt , je l'embrassais avec une passion nouvelle qui, malgré sa grande fragilité, ne la laissa pas indifférente. Au même moment, ce qui semblait être un docteur entra dans la pièce. Je relâcha doucement ma tendre amie, espérant qu'il serait porteur de bonne nouvelles. Ce n'était qu'après l'avoir eu en face de moi, que je remarquais qu'il ne ressemblait en rien à un médecin. Il portait une élégante chemise noire, qui seyait bien avec son jean aussi sombre que son haut. À mon avis, il était albinos. En raison de sa chevelure blanche quasi-transparente et de ses yeux, d'un rouge sanglant. Il était également aussi pâle que la lune. En réalité, il nous faisait froid dans le dos car, il avait tout l'air d'un vampire. Et c'était peu dire. Ce n'était qu'après l'avoir bien vu, que je le reconnus. Je ne pouvais pas en parler aux filles sans trahir mon ancienne identité et de ce fait, ma nature véritable. Mais je connaissais le lourd passif de cet homme, au passé aussi obscur que le mien. Si ce n'était plus.

-Mr. Henry Soy, c'est cela ? Demanda-t-il, d'une voix tout aussi glaçante que son apparence.

-Oui, lui répondis-je, d'un ton faussement assuré, vous êtes ?

Je ne pouvais pas me permettre de montrer aux filles que je le connaissais. En réalité, pour la première fois de ma vie, j'avais très très peur. Car en quelque mots, cet homme pouvait faire basculer le cours de ma nouvelle existence. Qu'arriverait-il s'il décidait de révéler ma véritable identité ? Je perdrais à jamais Layna. Je ne voulais même pas envisager cette éventualité.

-Je suis Loik Aethner, le directeur de la clinique psychiatrique de Castlaether. Si je suis ici, c'est pour vous offrir une chance de guérir votre amie.

Sentant l'espoir renaître de ses cendres fumantes, oubliant alors mes précédentes craintes, je prononçais rapidement ceci :

-Que dois je faire pour la sauver ?

-Suivez moi et je vous le dirais. Le temps que vous vous acquitterez de votre tâche, mme Layna Neaths sera traité par le docteur Anyeth Aethner, ma femme. Elle sera placée en soins intensifs. Nous faisons de l'excellent travail, il suffit de regarder sa grande sœur Eliaenne.

Cette dernière baissa la tête en guise de remerciement. Layna m'observait d'un air inquiet ne sachant plus quoi penser de la situation, elle qui était prête à mourir un instant plus tôt. Finalement, elle obtempéra.

-Comme je vous le disais, elle sera bien traitée par nos soins. Vous la reverrez, une fois votre mission accomplie.

Dès qu'il eut fini de parler, je fis mes adieux à ma bien aimée, implorant Eliaenne de la surveiller en mon absence. D'un sourire, elle me le promit. Rassuré, je sortis de la pièce, détachant difficilement mon regard de celui de Layna, la conscience à la fois inquiète et tranquille.

-Alors mr.Aethner, que dois-je faire ? Demandais-je, à brûle-point.

-Êtes-vous vraiment prêt à tout pour la sauver ?

-Quitte à donner ma vie, s'il le faut !

-Et à prendre une ? Fit-il le plus sérieusement du monde.

Et voilà. Mon secret inviolable était révélé : il savait parfaitement qui j'étais.
-Si cela est vraiment nécessaire, Seigneur vous savez bien que je vais laisser un long sillage de morts derrière moi, déclarais-je.

-Bien. Je vois que les présentations sont inutiles, Kitter. Je ne trahirais pas un mot de votre secret, autrement vous feriez de même et nous serons tous deux une proie facile pour les Connor. Si vous acceptez le contrat, voilà votre cible, dit-il en tendant une photo.

Maintenant que notre lien réciproque de secret était établi, je n'avais plus peur de lui. Plutôt de moi, à vrai dire. Pour le Seigneur, j'allais partir dans une véritable croisade meurtrière, devenant pas la même occasion le tueur enivré par la plus sublime des passions : le meurtre. Ou plutôt dans mon cas, le sang. J'aimais voir cette couleur dans tout son éclat, dans toute sa splendeur. Cependant, je ne voulais pas que Layna découvre cet aspect de ma personne. Elle qui s'était donnée tant de mal pour me purifier, elle ne survivrait pas à la résurrection du monstre originel. D'un autre côté, elle ne survivrait pas tout court si je ne le devenais pas une ultime fois.

-Seigneur, j'accepte le contrat. Ma volonté et ma lame seront vôtre jusqu'à la fin de cette mission.

-Bien, très bien. Au sujet de votre cible, elle se nomme Mireina Loster. Par le passé, elle a assassinée Loan Tepes, mon bras droit. Il était comme un fils pour moi.

Il prit un instant pour pleurer, ce qui m'étonnait pour un homme d'une telle réputation, aussi cruelle, froide et sinistre que lui. Comme quoi, il ne fallait pas juger quelqu'un par son apparence. J'étais bien placé pour le savoir. Puis, il reprit :

-Alors, mon contrat vous convient-il Kitter ? Dit-il en essuyant ses larmes.

-Vous savez bien que vous avez frappé à la bonne porte. En tant que Juge Exécuteur, il en est de mon devoir d'établir une sentence sur le crime de cette femme. Cet affront ne restera pas impuni plus longtemps !

-Je vous remercie Kitter. Comme convenu, nous sauverons votre amie d'une mort certaine. Si vous voulez bien me suivre, m'invita-t-il.

Alors qu'il s'en allait, je regardais une dernière fois en direction de sa chambre. La main droite sur le cœur, je jurais ceci :

-Layna, archange de ma résurrection, je te promets de ne plus basculer tel l’Élu ailé dans les ténèbres . Je te promets que ce monstre qui s'éveille en moi ne sera là qu'une ultime fois, après je le pourfendrais lui aussi de ma lame. Et enfin, de par ce serment, je te promets que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour revenir auprès de toi. »
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Aurélien Azam · il y a
Ah un fan des chevaliers d'Emeraude ! Je le suis un peu aussi, j'ai lu le cycle des Chevaliers d'Emeraude et celui des Héritiers d'Enkidiev (mais j'ai arrêté aux Chevaliers d'Antares). Perso, c'est Onyx qui a ma préférence ^^
Ton histoire est intéressante car elle allie à la fois des sentiments qui sonnent fort, avec des éléments de fantasy qui brillent de passion. La fin manque de clarté à mon goût, mais j'ai lu avec plaisir ton récit. :)

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Lyshinyr Wos · il y a
Oui un fan de "Sa Majesté" Onyx qui n'aime pas que l'on le nomme ainsi ^^ ! J'aime bien mettre des références, par moment, et moi aussi je préfère Onyx, avec Wellan, Sage et Kira je dois l'avouer =) Pour ce qui est du cycle d'Antares, la fin des Héritiers m'ayant quelque peu déçu j'ai décidé de ne pas m'y replonger pour le moment --' Pour ce qui est de la clarté, puisque la trame de mon univers principal, que j'essaye de présenter, au fur et à mesure dans tous mes écrits ( oui ils sont tous liés ^^ ) , est sombre et mystérieuse j'ai décidé de la laisser pour ne pas ruiner le suspense du roman ( qui sera donc le premier à dévoiler cet univers ) qui détiendra toutes les réponses aux mystères de mes écrits. ^^ Mon explication est sûrement confuse, j'en suis navré mais c'est ainsi que je m'exprime, que j'écris et que je pense =)