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Audrey

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Aleph

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Il y avait une histoire à raconter pour toute personne présente sur l’ile de l’amour ce lundi 8 août 1926. Je crois qu’il s’appelle Cédric, ce garçon qui venait de me demander son chemin et qui essayait de disparaitre dans la foule clairsemée de la rue Charles 2. J’avais pu lire sur le badge qu’il arborait « vacancier ». Mais qui peut avoir l’idée de signifier à tout le monde qu’il est en vacance ? Intrigué je le suivais toujours du regard, mais le feu venait de passer au rouge et il fallait que je traverse la route, devant laquelle je me tenais depuis un moment et un léger sentiment de désespoir m’anima, mais j’avais déjà deux minutes de retard sur le planning que Rumus, mon patron avait établi. Le temps, un peu nuageux me forçait à regagner la bibliothèque à grandes enjambées cependant je ne pus me défaire de l’image du sourire de Cédric, comme s’il avait fallu juste une minute pour qu’il imprime son image dans mon esprit.

J’avais emmené un trésor pour Rumus ; le tome 2 de «  la plume noire » écrit par Henry Nadjala. Rumus avait veillé dans la nuit du jeudi au vendredi de la semaine passée à cause du décalage horaire, pour pouvoir commander cinq des trois cent mille exemplaires mis en vente. L’adaptation cinématographique du tome 1 avait créé un vrai engouement pour le tome 2, mais, Rumus n’est pas de ceux qui aiment regarder la télévision pour se distraire, il préfère les livres ; parce-que, selon lui, en plus de l’histoire que nous pouvons y lire, il y a le style et la personnalité de l’auteur qui se prêtent à différentes interprétation, et Henry Nadjala faisait parti des rares auteurs que Rumus pouvait lire plus de trois fois la même œuvre. Il avait quitté l’arrière-boutique où il pouvait passer des heures à bouquiner, pour me remplacer dans la boutique à cause de mon retard. Mais à mon arrivée, il se contenta de jeter en regard dans ma direction et d’hocher la tête, je reconnaissais l’espoir, la joie et l’impatience que ce signe représentait. Il y avait déjà des clients qui voulaient emprunter les bijoux de Rumus, mais il n’était pas possible de prêter tous les cinq romans ; Rumus m’aurait crucifié la tête en bas si je l’avais fait. Trois minutes après mon arrivée, la pluie que j’avais redoutée se mis à tomber. Parmi les clients qui se retrouvaient coincé avec nous, un groupe de cinq jeunes gens attira mon attention, leurs visages m’étaient un peu familiers. Je m’approchais donc pour assouvir ma curiosité. Mais, lorsque je fus un peu plus près d’eux, je reconnu les badges qu’ils portaient « vacancier », Les même que ceux de Cédric. Ils m’avaient répondu avec un accent étranger à l’île, que ces badges les aident à éviter l’agacement des autochtones lorsqu’ils se renseignent. La seule fille du groupe, Clara ou plutôt Timoyet de la très populaire série « la plume noire », m’avait demandé si je pouvais garder un secret, avant de me confier qu’ils doivent tourner quelques scènes du dernier roman d’Henri Nadjala sur l’île de l’amour. Les premières scènes commenceront ce soir.


Cédric était un des réalisateurs du film, il me paraissait un peu jeune pour être réalisateur mais Clara m’avait expliqué qu’il avait été appelé par Roger, le réalisateur principal à cause du concours du plus jeune réalisateur qu’il avait remporté, l’hiver passé, avec son court métrage « les amis du roi ». Elle m’avait proposé de les suivre pour rencontrer l’équipe de tournage, mais cette proposition était un peu étonnante. Pourquoi moi ? J’avais accepté sans trop réfléchir et il me fallait donner des explications à Rumus. Même si je savais qu’il me laisserait partir je n’aimais pas laisser ce septuagénaire seul ; il m’aime comme la petite fille qu’il aurait aimé avoir et moi je n’aimais pas le voir faire les efforts qu’il faisait pour satisfaire la clientèle, Mais je ne pouvais pas laisser passer l’opportunité de revoir Cédric. Rumus m’avait laissé partir à deux conditions : rentrer avant quinze heures et lui amener du « djongons ». Je pouvais rentrer après quinze heures mais sûrement pas sans son « djongons », le savais-je.


A notre arrivé j’avais pu voir, Cédric, assis devant son ordinateur portable, regardant un dessin animé, toute l’agitation autour de lui ne semblait pas le déranger. Je m’étais alors figé pour le regarder, Clara qui était à deux pas de moi me tapa trois fois sur l’épaule gauche en me demandant de le rejoindre si je voulais lui parler ; j’étais un peu intimidé par sa beauté, mais le sourire avec lequel il m’avait regardé, avait dissipé toute crainte en moi, cependant, je ne pus avancer, puisque mes pieds refusaient d’obéir à mon esprit ; comme s’il avait deviné la confusion dans laquelle je me trouvais, il m’avait rejoint et avant que je puisse me présenter, il se mit à me remercier, parce qu’il m’avait reconnu. Il m’avait avoué que me demander son chemin était un prétexte pour me parler mais qu’il n’avait pas eu assez de courage pour me demander un rendez-vous, et il voulait se rattraper en m’invitant à suivre le tournage de ce soir. Le tournage était prévu pour dix-sept heures, soit deux heures avant la fermeture de la bibliothèque, mais j’avais accepté l’invitation sans trop considérer mes obligations surtout qu’il s’agissait du tournage de la série que le monde entier attendait.

L’orage avait fait place à un temps légèrement ensoleillé, un temps qui donne à notre ile un aspect de paradis. Un léger vent entrait par la fenêtre de ma chambre où j’avais du mal à choisir une tenue pour ce soir. Je trouvais toutes mes tenues indignent de l’évènement de ce soir, mais il me fallait choisir une tenue. J’espère revenir écrire un nouveau chapitre de ma vie ce soir.


Quel est la règle qui stipule que les garçons doivent faire le premier pas en amour ? Je pense avoir trouvé le prochain titre de mon long métrage. Ce matin, j’ai aperçu une de ces filles qui sont belle mais qui ne le savent pas, sans artifices, sans suffisance mais tellement belle. C’était la première fois en cinq ans que je perdais les mots devant une fille. Les cinq dernières années passées dans le monde cinématographique avait anéanti ma timidité. Ce matin, face à l’authenticité de cette inconnue j’étais comme un adolescent tentant maladroitement de dragué la fille de ses rêves, Mais je pouvais toujours compter sur Clara, ma grande sœur, celle qui m’a toujours inspiré, pour m’éviter le regret de n’avoir pas essayé d’approfondir mes relations avec cette inconnue que j’avais rencontré ce matin. Même si je sentais mon cœur battre à toute allure, je me sentais dans l’obligation de respecter la règle qui stipule que les garçons doivent faire le premier pas en amour, lorsqu’elle fit son entrée dans le jardin de notre hôtel. Lorsque je m’étais approché d’elle j’avais compris à quoi ressemblait l’amour dès que je pus voir mon reflet dans ses grands yeux marron. Je lui avais demandé son nom, mais je crois que je n’ai rien compris, mais ce n’était pas bien grave vu que j’avais son numéro dans mon répertoire, son nom devait y figuré surement.

Ma belle inconnue c’était présentée avec la tenue approprié pour me suivre dans ce vacarme coordonné. Elle avait porté un jean avec un simple t-shirt blanc. Avec elle a mes côté je me sentais spéciale et amoureux, mais ce bonheur dura à peine vingt minutes. Le cascadeur de la première prise, dans une manœuvre incontrôlée avait percuté violemment ma bien-aimé. A la clinique sainte Lucie le docteur m’avait affirmé qu’elle était dans le coma et qu’il fallait espérer un miracle pour qu’elle puisse se réveiller. Mais mon réconfort fut grand à la sortie de l’hôpital lorsque je vis des centaines de personnes avec des bougies priant pour elle. Elle devait être spéciale.
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Aleph · il y a
Merci pour le compliment.
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Image de Ginette Vijaya
Ginette Vijaya · il y a
Une île , une histoire , un drame .
Un peu le scénario d'un court métrage .
Une écriture ciselée dans la terre de l'île .

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