Au pied du mur

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Lucie, 20 ans, humaniste et passionnée d'écriture.

Ne jamais s’approcher du mur.

J’ai toujours connu le monde comme il est aujourd’hui, divisé. J’ai grandi au milieu des murs qui séparent les différents quartiers, les différentes origines, les différentes vies. J’ai appris qu’avoir peur était une réaction de défense, un instinct naturel. La peur est nécessaire à la survie. Voilà ce qu’on nous apprend.

Et surtout, ne jamais s’approcher du mur.

Je croise des gens dans la rue. Bien habillés, bien souriants, bien éduqués. Tout le monde se ressemble, ou cherche à se ressembler. On s’adresse avec des phrases vides de sens mais lourdes de responsabilités. Il faut se tenir droit, faire bonne impression, travailler nos relations pour s’assurer un bon poste dans le futur. Sourire, mais ne pas paraitre trop confiante. Ce n’est pas féminin. Voilà ce qu’on nous répète sans cesse.

Mais quoi que l’on fasse, ne jamais s’approcher du mur.

J’observais la société avec curiosité. Je l’appréhende aujourd’hui avec dégoût. J’espère un jour la voir tomber. J’aimerais pouvoir être libre. Réellement libre. Peut-on parler de liberté quand on est entourés de murs ? On nous dit qu’on les a construit pour nous protéger. Nous protéger d’eux. Les autres. Ceux qu’on a peur de comprendre. Ceux qui nous prenaient tout ce que nous possédions avant qu’on ne trouve un moyen de les exclure. Ceux avec qui on vivaient avant de les voir comme des menaces. Ils nous font peur.

Et si je m’approchais du mur ?

Diviser une société, c’est un projet qui prend du temps. Il faut avoir l’idée de construire dans l’unique but de détruire. C’est une ambition bien réelle. Il faut choisir un endroit opportun, rassembler les matériaux, rassembler des hommes pour poser les pierres les unes sur les autres. C’est amusant. Il faut rassembler pour diviser. L’entreprise de l’homme se rit d’elle-même.

Je suis au pied du mur.

Il est immense, presque majestueux. Je contemple la détermination qu’il a fallu pour le construire. Nous sommes capables de merveilles quand nous travaillons ensemble. Alors pourquoi concentrer cette force au service de la division ? Pourquoi ériger des murs quand on peut construire un pont ? Nous sommes capables de rassembler des personnes malgré les différences pour mener un projet ensemble. Alors pourquoi diriger ce projet contre nos voisins ? Pourquoi attiser la peur pour construire ? L’espoir n’est -il pas aussi puissant ?

Nous sommes au pied du mur.

Nous aurons beau concentrer toute notre force, notre détermination, notre espoir pour le détruire, cela changera-t-il quelque chose ? Nous abattrons un mur, ils en reconstruiront deux. Deux fois plus hauts. Cela prendra peut-être plusieurs années. Plusieurs décennies. Mais l’histoire se répétera. Ici ou ailleurs. Il y aura toujours un autre côté.

A quoi bon détruire un mur si la peur demeure ?
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Patrick Devillé · il y a
Abattre les murs.... quand la poésie s'en charge cela donne de beaux textes.....