6
min

Au niveau de la mer

19 lectures

2

Le choix d’avancer ensemble ressemblait fort à un challenge épicurien, force était de constater que le frigo était encore totalement vide et que la coupe affolée de ne rien sentir de liquide en elle, pleurait, le cendrier, lui, était toujours content : rempli de mégots, sorte de fleur nicotine californienne ce qui était plutôt cool, car il sentait son importance capitale dans ce lieu improbable.
Il avait rencontré une vibration humaine hors ce décor au désastre quotidien. Maintenant, il réfléchissait, sans penser à rien d’autre qu’à l’instant. Mais au fond, il n’y avait aucun désastre. Simplement une conséquence d’événements successifs qu’ils avaient choisis mais qui, finalement, lui avait fait douter de lui.
Alors, le repli, le renoncement, l’errance l’avaient habitué à l’essentiel.
Alors, les clopes consumées, le frigo vide et la vasque en attente marquaient le début d’autre « chose », peut-être... Marque d’un certain eudémonisme. Mais comment maintenir la vibration ? Il continuait à y réfléchir sans vraiment vouloir la réponse.
Il butinait dans ses pensées encombrantes, pour parer un éventuel obstacle tout en refusant qu’il y en ait.
Elle était là, et c’est ce qui comptait. Là ou ailleurs, quelle importance ? Il fallait qu’elle soit là.
L’obligation obligée est source de non-sens.
Evidemment, il avait fait des ombres chinoises une partie de la nuit avec comme complice la pleine lune qui apparaissait dans la lucarne. Jeu puéril et éphémère qui ne laisse aucune trace, seule, celle de l’instant présent, C’est ce qui importait, lui importait, se concentrer pour faire naître une tête de chien ou d’un chameau parfait, c’était déjà toucher l’absolu de la réussite.
Genre de truc qui ne sert à rien, ça permet d’évacuer et de retrouver son âme d’enfant, mais, se maudissant, il devait reprendre ses esprits et revenir dans la vraie vie, celle qui était devenue une réalité, du ménage à faire dans la tête, depuis elle.
Elle... qui, au petit matin, se répétait comme une lancinante psalmodie : « Elle tient son sexe en soudaine extase, comme un sax cinglé, soulé au jazz ».
Et tout s’entortillait : les corps, les doigts et les âmes. Les humeurs et les plaisirs.
Là est l’obligation : de ressentir, de dire. De manière nécessairement singulière. Obliger : créer un lien. Le lien n’est pas contraignant. Enfin, peut ne pas être contraignant.
C’est rassurant les « trucs qui ne servent à rien ». On en fait forcément quelque chose parce qu’ils ne sont pas là par hasard. Parce que ce n’est pas n’importe quels trucs. C’est peut-être le lien qui créé l’envie.
Alors, quels « trucs » à inventer ?
Pas facile à absorber ce breuvage délicat fait de forts moments simples, la maison résonnait du ressac des vagues sur les rochers gluants d’algues brunes. L’odeur forte de la cheminée éteinte en ce petit matin sentait encore sa tentative ultime de tenter de faire cuire un potiron entier sans qu’il n’explose. (Raté).
Il humait encore son parfum très délicat, comme la trace de ses doigts sur des parties de son corps qu’il ne connaissait même pas lui-même. Sa mauvaise humeur du réveil s’était transformée en une douce euphorie printanière. Evidemment, il allait jeter un œil dehors, voir le sens de la course des nuages, hier, un blanc lui avait fait penser à ses fesses à cause de la forme, mais surtout de la tessiture.
Il se sentait plein, entier, prêt à faire n’importe quoi, comme ne pas trop penser à ce qui allait advenir, sorte de présage évident.
Retour dans la chambre, et là, outre le chat, il y avait des messages.
« Faire comme si j’étais là depuis tout de suite seulement ».
Et un autre :
« Faire comme si tu es toi »
Et encore un autre :
« J’ai froid. J’ai chaud ».
Puis un dernier :
« J’ai envie de rire, j’ai envie de pleurer ».
150 m2 face à la mer battante, avec une cheminée. Aucun voisin, aucun passant. Silence. Son. Cuisine et vin.
Et :
« Il est quelle heure ? » sans que ce ne soit plus vraiment important.
Et les chats ronronnent...
Ses mots sont comme des papillons, il les colle au mur, il y en a déjà des dizaines, le plus poétique, il l’a encadré : « N’oublie pas le saucisson ».
Car, elle a une drôle de façon de poétiser des moments culte avec lui. Comme : tangentiel, rapport d’angle ; bref, un ange tombé du ciel, enfin, sorte de Lumière céleste qui aurait disjoncté lors d’une secousse orgasmique.
Il se décide de descendre voir les couleurs de la mer, du bas de la colline, il aperçoit le toit du mas qui semble attendre l’éternité.
Spécialité : le cassoulet aux pommes sur son cv demandait des explications, il avait aussi rajouté : Réparateur d’âmes et bulleur à volonté. Evidemment, il n’avait pas trouvé de job adéquat.
De toute façon, cela lui passait au-dessus de la tête, depuis elle.
Dans ses incroyables jongleries verbales et physiques, cette impudique non-pudeur, cette incroyable qualité d’être présente sans rien faire de plus que de se vautrer sur la couette comme l’un des félins de la maison, il aimait elle.
Pour le dernier arrivé, il avait eu envie de lui donner le nom de Hamburger, finalement, il s’était résigné à son choix, après deux heures de débat intense, résultat : Desdémone. Pas facile quand même à porter. Genre : Desdé, à table, ce soir, croquettes au bœuf.
C’est la variété de détail qui fait la culture de la différence et qui devient fusion.
Essentiel. Il n’y a pas d’explications théoriques qui tiennent la route devant le bonheur.
Un type bien a écrit un jour : le bonheur de la solitude, c’est de la partager à deux.
La, tout est dit.
Il glisse voir le poussage des plantes dans la serre. Il aime son odeur d’humus, de végétal, de liberté, d’essentiel, comme lorsqu’il joue avec son corps devant les yeux écarquillés des matous impassibles qui font mine de ne pas voir, façon chat.
L’ultime liberté d’aimer dans l’apaisement, et il en avait besoin, fort, elle aussi.
Voilà, la maison est pleine de trucs à faire. On verra plus tard, déjà le soleil se couche, faut rallumer la vielle carne (la cheminée) pour faire cuire des pommes de terre sous la cendre.
Plein de choses à découvrir pour avancer. Alors, il s’assoit et contemple sa photo prise dans un instant de fou rire incontrôlable, instant magique comme tant d’autres.
Car, vous l’avez compris, ils se voient, vont bien ensemble, simplement.
L’autre soir, juste avant le moment de volupté à s’embrasser à un centimètre, sans s’approcher davantage, car, cela ne sert à rien, elle a plongé encore ses yeux dans son regard. Ultime.
Ils se contemplent tout le temps, se frôlent et s’abreuvent dans l’application de l’autre, tout le temps, tout le temps.
Nul ne peut entrer dans cette bulle créée par eux, pour eux.
Il se décide pour enfin réparer la Méhari, Il aime bien cette voiture ouverte à tous les vents, sans toit, ni loi, la preuve, il allait devoir encore changer le joint de culasse. Sous une bâche, les morceaux de sa moto, explosée. La grange est un vaste dépotoir de trucs dénichés à gauche et à droite, sur l’établi, les outils sont sagement alignés, seul indice de rangement.
Elle ne met jamais les pieds ici, elle, c’est la reine de la déchetterie, autre vaste débat, d’une nuit devant les buches trépidantes, devant l’utile et le futile, à : Cela servira bien à quelque chose un jour s’affrontait le : Franchement, si c’est cassé, on jette, c’est tout. Le débat s’était clos sur un consensus, il fera bien ce qu’il veut dans Son antre, à quoi, il avait répliqué, moi, j’aime bien ton atelier peinture, note que c’est aussi le bordel.
Enfin, c’était juste pour dire que la maison est vaste et qu’ils ont besoin de cet espace aussi.
Ainsi, leurs choix s’étaient portés sur cette demeure centenaire, à l’intérieur chaud, où le modernisme mécanique très agréable s’associait cette touche de rustique, juste ce qu’il faut.
Ce qui va bien avec leurs façons de fonctionner.
L’axe central est une cheminée au linteau noirci par la fumée des ans, mais pas seulement. Un jour, pour faire un test, il a tenté, en plus de l’histoire du potiron (Elle n’était pas là...) de fabriquer de l’huile essentielle à base de thym et de romarin dans un alambic maison fabriqué avec d’anciens tuyaux de cuivre d’avant (Tu vois que tout peut être réutilisé !). Après deux heures de chauffe, le récipient s’est enflammé.
Résultat, des traces indélébiles autour du foyer, bon, il avait tenté cette expérience en prenant la précaution qu’elle soit ailleurs...
A son retour, il avait marmonné une vague explication, elle avait haussé les épaules, avant d’autres questions, il s’était carapaté dans son hangar.
De toute façon, lorsqu’elle avait décidé de « construire » une recette, fallait mieux être à quelques distances de la cuisine.
Mais après, il y a eu l’eau, les fuites, la mer. La mer de nouveau. Des tourments anecdotiques qui quand même, pouvaient s’inviter de manière insolente dans ce « ils sont bien ensemble ».
Il a fui dans son hangar mais en est ressorti pour savoir le raz de marée, ou savoir un phénomène tout autre. Toujours cette distance que l’effleurement peut résorber. Des félins prêts à bondir, avec un mouvement au ralenti. Qui permet tout. De se jeter, d’agripper, de s’accrocher en douceur. Ou de rester suspendu au mouvement.
La ligne d’horizon. La table d’équilibre.
Coup de balancier permis par l’étoile polaire. Il y en a deux. Une au nord, l’autre au sud du nuage-fesse qui passe.
Il paraît qu’il n’y en a qu’une. C’est mieux deux : ça bouge, ça se cache, réapparaît, brille plus que l’autre. Brille moins que l’autre.
« Tant est taquine l’étoile qui tente de tacler la totalité du toit, que la tentante cadette, toute timorée, transperce le tissu céleste tout en tenant tête à l’attaquante. Et caetera ».
Une espèce d’ordre naturel qui s’établit à leur insu.
Ce n’était pas gagné d’avance, tout les séparait, mais, tout ou presque heureusement, les réunissait dans le désordre et l’ordre. Dans l’inverse et sa complicité.
La façon de dormir dans des postures à toujours réinventer, même, si au bout d’un moment, la position 241 du Kamasoutra devenait, un tant soit peut inconfortable, mais, ils persistaient dans ce mélange à ne plus savoir quel morceau de peau appartenait à qui.
Finalement, ils reposent leurs corps sur la couche dans des postures qu’ils affectionnent, torse contre dos, dos contre torse avec le souffle de l’autre qui sent la brise fraiche et le souffle chaud.
Avec cet incroyable envie de se toucher encore, juste un petit morceau de l’autre suffit, parfois le pied, l’épaule avec le bout du doigt, ou bien le nez dans le nombril.
Le mieux, ce sont les mains, ils font l’amour juste avec leurs mains qui se frôlent, se caressent, s’effleurent, s’enlacent, se serrent et se déshabillent. Du tactile puissant.
Dire à quelqu’un que j’ai fait l’amour avec une main, me prendrait pour un fou, sorte de farfadet venu des marais, un danger public.
Oui, mais, avec elles, on fabrique une substance, on créé du plaisir, de la volupté et un doux parfum suave et envoutant, captivant. Mano à Mano.
Cela, personne ne l’enlèvera jamais.
Elle a l’art de décrypter le moindre contact, la moindre sensation avec lui, se qui le rend joyeux, car, on ne lui a jamais parlé comme cela.
Ils s’aimaient fort dans un mouvement non-perpétuel.
Le jour suivant...

2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Porte7 Deconinck
Porte7 Deconinck · il y a
beaucoup de sensibilité