Au-delà de l'envers 5/7

il y a
18 min
26
lectures
9

Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

CHAPITRE SEPTIEME

"Jeff, vois-tu ce que je vois?"
"Absolument. On se croirait dans un labyrinthe... dont les murs... sont des murs aux contours de lumière verte, dont l'intérieur ressemble à des écrans de télévision brouillés. Mais qu'est-ce..."
Une image venait d'apparaître. D'où ils se trouvaient, compte tenu de l'absence de distance, ils voyaient un visage ovales aux formes changeantes, troué de deux yeux immenses, dépourvu de nez et de bouche. Cette apparition de couleur rouge, baignait dans un halo blanc. Elle se mit à parler.
"Pour votre première épreuve, vous voyagerez dans l'espace et dans le temps. L'avenir de votre planète est en jeu. Le 21 juillet 1969, pour la première fois, des hommes vont alunir. Il est de votre devoir de les en empêcher. Ainsi, l'argent que la NASA dilapide allègrement dans la recherche spatiale pourra être utilisé à des fins utiles, notamment à nourrir les habitants du Tiers-monde et des pays occidentaux qui meurent de faim."
__ Enfin, Ray! Enfin il y a un sens à ce que nous faisons ici!!! Nous sommes les sauveurs de l'humanité!
__ Ou plutôt nous le serons, enchaîna Ray. Mais qui êtes-vous? Pourquoi devrions-nous subirent encore de nouvelles épreuves. Nous ne sommes ni morts ni vivants. Nous ne sommes même pas fatigués. Envoyez-nous au Paradis, en Enfer si vous voulez, ou sur Terre ou bien ailleurs, mais arrêtez de nous solliciter! Vous êtes maudits... et nous nous devons sauver la planète? la nôtre? Mais d'où? d'ici?
Ray hurlait.
"Je suis votre guide, reprit la voix. Vous devrez changer le destin de votre planète pour l'harmoniser avec le niveau d'évolution des autres planètes, plus civilisées et plus développées que la vôtre, et ce afin d'entrer dans la confrérie interstellaire.
"Lorsque vous aurez accompli vos missions, six au total, vous, les blanchisseurs du passé, reposerez sur votre bonne nouvelle terre, en paix. A sept heures très exactement, lorsque le chiffre sept sera projeté sur PULSAR, qui est la septième planète de notre galaxie, vous plongerez à travers l'écran de la paroi spatio-temporelle du labyrinthe. Alors, ce sera à vous de jouer. Attention, c'est à vous dans 3... 2... 1..."
"Saute Jeff! saute!"


31


"Apollo... ici Houston, me recevez-vous?"
__ Roger Houston... Ici Collins qui... c'est merveilleux!
__ Confirmez votre trajectoire.
__ Roger, nous sommes en orbite autour de la lune. Elle est si belle, on pourrait presque la toucher et y aller à pied! Pardon. Depuis dix-huit minutes, nous sommes en orbite sélénite. Nous allons effectuer quelques révolutions... Nous approchons de la face cachée. Nous effectuerons la descente après la deuxième révolution. Le LEM (1) tourne bien, belle machine...

Ils abordaient à présent la face cachée. Ce fut le black-out total pendant la durée de la traversée, le silence radio sur toute la ligne.
Après avoir survolé la mer de la Tranquillité (2), endroit très prisé des astronomes, ils côtoyèrent ce que personne encore n'avait vu: la face cachée de l'astre de la nuit. Ils étaient en proie à une insoutenable émotion.
__ Neil, Neil! s'exclama Aldrin, regarde! Ce n'est pas possible! Mais c'est une bulle!
__ Oui, mais le phénomène que nous observons n'est pas humain. Je crois que nous sommes confrontés à une manifestation extra-terrestre.
Amstrong, Aldrin, et Collins restèrent consternés. Ils n'éprouvaient absolument aucune envie de changer de trajectoire. En face d'eux: une énorme bulle transparente entourée d'un halo de lumière rouge. Deux corps flottaient à l'intérieur, ceux de Jeff et de Ray portant une combinaison blanche moulante, une ceinture et des bottes noires, ainsi qu'un casque entièrement vitré. La sphère mesurait une trentaine de mètres de diamètre. Telle une projection holographique, la paroi de la boule affichait les douze planètes de l'horloge universelle. La septième, opaque, indiquait qu'ils avaient encore du temps pour accomplir leur mission. Aucune commande, aucun cadran ne se trouvait à bord. Les deux pilotes savaient exactement le faire agir.
L'énorme ballon transparent faisait office de vaisseau spatial formé d'énergie, ainsi que de condensateurs de pensées, ce qui leur permettait de bénéficier, dans cet univers empirique à cinq sens, de dons tels que la télékinésie et la télépathie.
Les deux vaisseaux avaient maintenant cessé toute rotation. Ils flottaient, immobiles dans l'espace, à l'abri des témoins-radio et des télescopes.
Le puissant halo rouge avait enveloppé le module lunaire expatrié par la fusée Saturn V. Il éclairait également le sol poudreux de la face sombre de la lune.
__ Ma tête, oh mon Dieu, ma tête! J'entends une voix dans ma tête! Neil!!!
__ Ne t'affole pas Aldrin! Je crois que Collins et moi l'entendons aussi.
"N'ayez pas peur! Vous n'avez rien à craindre. Nos intentions sont pacifiques. Nous savons qui vous êtes. Nous nous prénommons Jeff et Ray. Nous ne sommes pas des extra-terrestres. Nous sommes des Terriens, tout comme vous. Simplement, nous disposons d'une technologie plus avancée que la vôtre, et ce , malgré nous, après un détour forcé par d'autres mondes. Mais ce serait trop long à vous expliquer, et de toute façon, vous ne comprendriez pas.
"Passons donc au but de notre rencontre: Depuis quelques années, des milliards de dollars sont investis, tant par les Américains que par les Russes, dans le développement de la conquête spatiale. Pendant ce temps, des hommes, des femmes et des enfants de tous pays sont en proie à la famine et à la maladie. Il est temps de mettre un terme à ces extravagance financières autant qu'énergétiques. Il est temps d'en revenir, si je puis dire, à des préoccupations plus terre à terre.
"Prenez donc l'ultimatum suivant très au sérieux: nous allons libérer votre vaisseau de sa prison de lumière. Vous effectuerez une deuxième révolution autour de la lune, puis vous repartirez vers notre Terre, annoncer à votre gouvernement qu'il est dans l'intérêt de l'humanité d'arrêter les voyages dans le cosmos pour les décennies à venir. Vous, Neil, vous ne marcherez donc pas sur la lune, et vous ne prononcerez jamais ces mots "c'est un petit pas pour moi et un grand bond pour l'humanité". Sachez, messieurs, qu'il n'y a rien dans l'espace qui soit à votre portée pour l'instant et qui justifie de telles dépenses. Vous reprendrez dans un siècle, lorsque vous serez plus responsables. Car aujourd'hui, pendant que vous recherchez s'il existe une étincelle de vie dans l'univers, sur Terre, la vie s'éteint... Allez en paix, messieurs, bonne route et transmettez bien notre message à vos supérieurs.

32

Le LEM reprit sa vitesse de croisière et l'accélération plaqua les trois astronautes -qui n'étaient plus que des cosmonautes- sur leur siège. Leur montre indiquait qu'aucun laps de temps ne s'était écoulé! Comme s'ils n'avaient jamais été immobilisé et qu'aucune rencontre n'avait eu lieu.
Entre temps, la sphère, telle une comète, s'éloignait jusqu'à n'être plus qu'un point lumineux qui s'estompait peu à peu. Elle se plaça en orbite autour de Vénus afin de surveiller virtuellement les conséquences de leur intervention. Le LEM était sur le point de quitter l'obscurité et d'entrer dans la lumineuse "pleine lune".
La conversation radio reprit.
__ Houston, ici la lune! délira Neil. Puis retrouvant ses esprits, le père Noël existe, nous l'avons rencontré!
__ Apollo, ici Houston. Nous vous recevons mal. Interrompez les communications et poursuivez votre mission.
Les trois astronautes se rappelèrent après coup d'une autre phrase du message télépathique: "Rentrez chez vous ou nous épuiserons vos réserves d'oxygène et de carburant".
__ Houston, reprit Aldrin. nous vous informons que nous ne pouvons pas accomplir notre mission: nous ne marcherons pas sur la lune. Nous effectuerons notre deuxième rotation, nous prendrons encore quelques clichés et... nous rentrerons, car nos réserves énergétiques risquent de s'avérer insuffisantes. C'est un petit tour pour nous, mais un grand tour pour l'humanité.

33

La cabine vibrait de toute sa vitesse. Une importante chaleur s'imposa dans l'habitacle. Le thermomètre grimpait à plus de 60° celsius. Heureusement le scaphandre des trois hommes pouvait résister à des températures allant de -100° celsius à +100° celsius, ce qui correspondait respectivement à celles de la face cachée et de la face visible de l'astre nocturne.
Une secousse se fit sentir. La capsule venait de traverser l'atmosphère. Les océans et les terres montaient vers eux. L'Amérique se dessinait, se précisait, se distinguait de plus en plus.
Puis une autre secousse. Les occupants de la capsule Apollo s'apprêtaient cette fois-ci, non pas à alunir ni même à amerrir, mais plutôt à atterrir quelque part dans un désert du Texas, à un endroit où les caméras du monde entier attendaient déjà.
Il leur faudrait raconter leur incroyable aventure à la NASA et aux dirigeants de leur pays.

Quelque part dans l'espace, Jeff et Ray attendaient la suite des événements. Sur leur écran virtuel, des images apparurent: Buzz Aldrin, Mickaël Collins et Neil Amstrong se trouvaient dans un bureau de la NASA, entourés de militaires visiblement courroucés par le refus d'obtempérer des astronautes qui quittèrent la pièce peu après.
"Vous rendez-vous compte, Colonel? rugit le Général Douglas. La mission Apollo XI est à l'eau! Dix-huit milliards pour deux tours de lune, et en plus ils auraient vu deux humains entre guillemets, dans une bulle de savon de trente mètres de diamètre, qui leur auraient donné l'ordre d'interrompre la mission et de dire à la Terre de suspendre l'exploration spatiale au profit des affamés!!? Mais cela n'a aucun sens!"
D'autres images défilaient.
Les trois spationautes se trouvaient à présent dans le bureau du président Jimmy Carter, à la maison Blanche, et lui expliquaient la désastreuse situation économique mondiale ainsi que l'importance injustifiée du budget consacré à la conquête spatiale. Ils l'informèrent de l'échec auquel seraient vouées toutes les missions à venir, et de la nécessité de tout stopper durant au moins un siècle.
Le Président promit d'y réfléchir.
Les futurs candidats astronautes avaient, eux, démissionnés, ayant pris très au sérieux les révélations ultra-secrètes des trois pionniers.
__ Monsieur le Président, entamma le Général Douglas qui avait fait le voyage depuis Houston. Monsieur le Président, aucun homme ne veut aller dans l'espace. Vous ne devez pourtant pas renoncer au programme Apollo. Si aucun homme ne veut plus y aller, et bien nous enverrons des robots, quelque soit le prix!
__ Certes, mais cela ne sera plus pareil. Notre intérêt est de connaître les réactions de l'homme, de tester son endurance et ses facultés d'adaptation dans un milieu qui ne correspond en rien à son environnement naturel. Notre but est que l'homme puisse un jour habiter sur la lune, puis sur Mars, et ainsi de suite... Mais, si nous n'avons pas le choix, je dois effectivement réfléchir à l'éventualité d'envoyer des robots..."

34

"Jeff, nous n'avons qu'à moitié réussi, et il sera bientôt huit heures!"
A ces mots, la sphère s'emplit d'une intense lumière rouge, et se retrouva devant l'écran géant de la première paroi du labyrinthe. Le visage réapparut sur fond blanc.
"Messieurs, bravo pour votre semi-réussite! Je sais que avez fait de votre mieux. Mais, il vous faut trouver une autre solution pour empêcher la conquête spatiale!"
La sphère vola en éclats. Jeff et Ray se posèrent lentement sur le sol.
"Engouffrez-vous dans le labyrinthe. Vos pas détermineront votre prochaine épreuve. Regardez Pulsar. Il est huit heures. Vous avez jusqu'à neuf heures pour accomplir votre deuxième mission. Vous avez trente secondes avant de franchir une autre intersection spatio-temporelle."
Ray courrait, précédé de Jeff. Tous deux s'étonnèrent de leur rapidité. De plus, ils percevaient leurs mouvements au ralenti. Ils alternaient leurs directions, tournant tantôt à droite, tantôt à gauche, faisant des demi-tours ou se trouvant bloqués dans de culs-de-sac.
"Quatre secondes!"
__ Grouille, Jeff!
__ Je n'en ai pas envie!
__ On n'a que...
"Deux secondes!"

Devant eux, John Fitzzerald Kennedy se trouvait à bord de sa voiture, à Dallas.
__ Plonge, on doit être le 23 novembre 1963. Plonge, on n'a plus qu'...
"Qu'une seconde! Jusqu'à Octar, vous avez une heure!"

35

 

Une douce sensation de chaleur s'empara de leur être.

__ Nous sommes certainement à Dallas, d'après la structure des buildings.

__ Ne me dis pas qu'on est sur le même toit que le tueur!

__ tu veux parler de Jimmy Lee Oswald?

__ Oui, exactement, Ray.

__ Regarde en bas, tout y est! Quel moment d'émotion. C'est encore mieux que dans l'espace. On a le pouvoir de tout changer. Il ne faut pas que Kennedy se fasse tuer, car un autre président, en outre Jimmy Carter, continuerait le programme spatial. C'est Kennedy qui en a eu l'idée. A lui de se laisser convaincre de l'annuler, et à nous de faire passer son idée pour ridicule, n'est-ce pas, Jeff?

__ Oui, bien sûr! Il ne nous reste plus qu'à nous organiser, ce qui n'est pas une mince affaire. Pour l'instant, les services de sécurité se mettent en place... La foule est massée en bas avec les journalistes... Il n'y a que nous sur le toit. Nous allons guetter le tueur, le désarmer, le livrer à la police, puis nous retournerons discuter, télépathiquement bien sûr, avec le Président. Cela influera directement sur ce que Buzz, Michaël et Neil lui ont raconté, ou plutôt lui raconteront en 1969! Tu me suis, Ray?

__ Absolument! Un peu complexe mais assez logique! Après tout ce que nous avons vécu, nous n'en sommes plus à une extravagance près! Je me souviens encore de ce que disait Eliot: Ne pensez pas, messieurs, tout ce que vous pouvez penser, vous pouvez le matérialiser!"

__ Dans le parastral, oui, dans l'au-delà aussi. Mais ici, nous sommes sur Terre, Ray!

__ Tu as raison, Jeff. Mais le labyrinthe? Qui te dis que ce que nous vivons n'est pas simplement une projection de notre esprit?

__ Oh, laisse tomber la métapsychique! Nous sommes à Dallas, le 23 novembre 1963! Le président va arriver d'un instant à l'autre et se faire assassiner. Nous devons empêcher cela. Alors, mettons au point une stratégie efficace!

__ Je ne sais pas par où commencer.

__ Moi non plus, mais... vite, cachons-nous. Quelqu'un monte sur le toit. C'est certainement le tueur. Etrange qu'il n'y ait aucun flic ici!

__ Chut! Tais-toi, Jeff!

Ils se cachèrent tous deux derrière une cheminée de béton éteinte, attentifs aux bruits de pas. A une quinzaine de mètres d'eux environ, des hommes, trois ou quatre, martelaient le sol de leurs pas.

Le temps parut s'éterniser. La curiosité gagnait les deux "sauveurs de l'humanité". Dans une poignée de secondes, ils seraient les uniques témoins d'un acte criminel qui, sans leur intervention, aurait des répercussions politiques et scientifiques au niveau planétaire.

Leur coeur, enfin perceptible depuis leur intrusion dans l'univers empirique, s'affolait. Ils n'osaient même plus respirer. Dans quelques secondes, ils verraient les visages des hommes qui, au bruit des+ pas perçu, gravissaient à la hâte les marches de l'escalier en colimaçon menant au toit.

Le premier homme apparut, entièrement vêtu de noir, puis ce fut le tour du second, identique, puis...

__ Ray! Je n'en crois pas mes yeux! Ray, regarde! c'est Kennedy lui-même sur le toit et... regarde! l'homme derrière lui a un fusil. Mais qu'est-ce que c'est que ce délire? C'est de la science-fiction ou quoi?

__ Je n'arrive pas à le croire!... D'après les hurlements de la foule, il devrait être dans sa voiture et...

__ Mains en l'air! Relevez-vous lentement... lentement!

Deux hommes armés avaient surgi derrière eux, révolver au poing.

__ Tom, regarde un peu ça! On n'était pas seuls sur le toit! Je ne pense pas que ces deux-là nous serons très utiles!... Avancez!

Miller et Weacath s'exécutèrent et franchirent la dizaine de mètres qui les séparaient du président, subjugués, abasourdis par le déroulement -non prévu- des événements.

Jeff prit la parole avec une certaine éloquence.

__ Monsieur le Président, n'est-ce pas? Kennedy, je présume... ou bien est-ce l'autre homme, en bas, dans votre voiture?

__ Je suis l'authentique. A qui ai-je l'honneur, je vous prie?

__ Jeff Miller et Ray Weacath... les authentiques aussi.

__ Qui vous envoie? Que faites-vous sur là? Comment avez-vous passé le système de sécurité?

__ Vous ne nous croiriez jamais...

__ Vous m'en voyez désolé, messieurs, mais je dois demander à mes hommes de vous conduire à l'abri. Dans quelques instants... Bref, vous comprendrez en temps voulu. Emmenez-les s'il vous plaît!

Alors que les gardes leur faisaient descendre les marches, une déflagration retentit, suivie de hurlements. Puis Jeff et Ray s'écroulèrent sous deux coups de manchette.

 

36

 

La lumière vacillait dans l'étroit local où les deux prisonniers avaient été conduits. Les deux compagnons d'infortune dormaient, pieds et poings liés à une chaise. Les deux hommes en noir ainsi que le président Kennedy s'affairaient autour d'eux, guettant leur réveil.

__ Ohh!! ma tête! oh, j'ai la tête à l'envers. Où suis-je? Que s'est-il passé? Ray, ça va?

__ Oui, oui... Ne crie pas comme ça!

__ Excusez-nous de cette intervention, mais vous comprendrez certainement monsieur Miller et vous aussi monsieur Weacath, qu'étant données les circonstances, nous n'avions pas le choix! Ne me posez pas aucune question, je vais vous expliquer ce que vous devez savoir, car de toute façon, vous ne le trouverez ni dans les journaux ni à la télévision, du moins pas le fin mot de l'histoire.

__ Que voulez-vous dire? interrompit Jeff.

__ Taisez-vous et écoutez, je vous prie! Je suis lassé des politiciens, lassé des médias, lassé de la corruption qui règne dans ce pays. Il est temps pour moi, en tant qu'honnête homme, de quitter la scène politique. Mais je n'ai guère envie de rendre des comptes à la population, je me refuse à affronter les journalistes du monde entier et à être traqué ad vitam eternam par les paparazzi des quatre coins du globe. Alors, j'ai décidé, avec mes conseillers, ainsi qu'avec l'accord du FBI et du KGB, de me faire disparaître. C'est donc un sosie qui a pris ma place dans la voiture. Grâce aux effets spéciaux du cinéma, tout le monde croira qu'il a -enfin que j'ai- été réellement fusillé. Bien entendu, il faut un coupable, qui n'en est pas un: Jimmy Lee Oswald, un pseudonyme, bien sûr! Lui aussi sera faussement abattu, selon les mêmes procédés. Ainsi, personne n'en saura rien, pas même ma famille. Quant à moi, j'irai vivre dans un autre pays. Ne vous inquiétez pas, messieurs, je ne vous ferai pas supprimer, juste une petite injection de tédanonyl, et après une bonne nuit de sommeil, vous aurez tout oublié et lirez comme toute la population le superflu dans les journaux.

__ Attendez! Nous avons quelque chose à vous dire!

__ Je vous écoute, monsieur Weacath.

__ Un jour vous avez dit que l'homme irait sur la lune.

__ C'est exact.

__ Peut-être, mais il ne faut pas! Des centaines de milliers d'hommes dans ce pays meurent de faim, n'ont pas de logement, et pendant ce temps, l'Amérique dépenses des milliards dans la course aux étoiles! Le tiers-monde aussi crève de faim!

__ L'Amérique? Mais la Russie aussi investit dans la recherche spatiale, et bientôt tout les pays développés feront de même! Notre avenir est là-haut, messieurs, et l'Amérique doit donner l'exemple. Nous ne pouvons refuser le progrès sinon le Tiers-monde, ce sera nous, messieurs, et il y aura alors bien plus que quelques centaines de "crève la faim", et personne ne pourra rien faire pour eux. Voyez-vous, il faut être fort pour aider les autres. Il faut être fort pour maintenir la paix. Il faut aussi être fort pour gagner le respect et engager des relations diplomatiques avec le reste de la planète. "Charité bien ordonnée commence par soi-même" messieurs. La conquête spatiale continuera, que vous le vouliez ou non!

__ A moitié seulement, dans le pire des cas.

__ Que voulez-vous dire?

__ Vous comprendrez dans six ans.

__ C'est ce que nous verrons! D'autres présidents me succéderont et rien, vous entendez, rien n'arrêtera ce qui est dans la logique des choses. Cela dit, il est temps pour vous de dormir. Bonne nuit messieurs, ravi d'avoir pu discuter avec vous et de connaître vos opinions.

__ Attendez, monsieur le Président, atten..

__ Jeff!!!...

Deux aiguilles s'enfonçaient dans leurs épaules, les basculants quasi instantanément dans le monde du sommeil.

Ils reprirent connaissance dans un coin désert du Texas. Tout en sueur, ils ne savaient ce qu'ils faisaient là. Leurs vêtements n'étaient même pas froissés et donnaient au contraire une impression de frais, de propre et de neuf. Pourtant, depuis leur embarquement à bord de l'Eclipse, ils n'avaient guère eu le temps d'en changer.

"Ray, regarde!"

L'énorme sphère lumineuse rouge contrastait avec le ciel bleu et sans nuage. Elle s'immobilisa à une trentaine de mètres au-dessus de leurs têtes. Un rayon de lumière verte les frappa et ils se retrouvèrent à bord de leur vaisseau spatio-temporel.

__ Tiens, remarqua Jeff, nous sommes venus sans lui et c'est avec lui que nous repartons!

__ Que veux-tu, il faut bien que cette baudruche serve à quelque chose!

L'aiguille n'était plus sur Octar; ils allaient bientôt changer d'heure.

"Plus qu'une minute avant le départ" annonça la voix.

__ De toute façon, c'est du pilotage automatique. Enfin Jeff, au moins aurons-nous le temps -du moins je l'espère- de voir les conséquences de nos actions.

__ Il ne peut y avoir de conséquences! Nous n'avons fait que subir. Nous n'avons été que des témoins. Mais quelle belle leçon d'histoire! Personne ne saura jamais la vérité, car nous ne dirons rien. De toute façon, cela ne servirait à rien. Tant de livres seront écrits sur le sujet.

Jeff et Ray étaient bien sûr restés insensibles aux effets du Tédanonyl censés leur faire oublier.

__ D'accord avec toi, Jeff, mais il nous faut absolument empêcher les hommes de partir à la conquête des étoiles. Je ne sais pas comment va réagir l'entité du labyrinthe ni ce que sera notre prochaine épreuve, mais nous devrions désormais agir avec plus de conviction!

"Cinq secondes... quatre secondes... trois secondes."

__ Good bye, Dallas!

"Deux secondes... une seconde.."

La terre s'éloigna si vite qu'ils avaient déjà dépassé plusieurs galaxies. Dans une énorme gerbe de lumière, ils franchirent le mur du temps et se retrouvèrent devant la paroi-écran du labyrinthe. Les rugissements sourds avaient disparu. Ils ne le remarquèrent même pas, trop impatients de revoir la figure rouge sans visage.

 

37

 

"Bravo, messieurs! Joli travail! Vous êtes-vous bien amusés?"

__ Nous avons parlé au président Kennedy, mais il n'a rien voulu savoir. Mais nous avons accompli notre mission, le temps fera le reste.

__ Le temps, Ray? Mais savez-vous ce qu'est le temps? Je vais quoiqu'il en soit vous le rappeler en termes humains, car ici, il existe différemment. Hé bien, cher monsieur, le temps est un rythme. Depuis le 13 octobre 1967, son étalon, la seconde, a été scrupuleusement défini comme la durée de 9 192 631 770 périodes de l'onde électromagnétique émise ou absorbée par un atome de césium 133 lorsqu'il passe d'un certain niveau d'énergie à un autre. Voilà ce qu'est le temps, messieurs! Et du temps, vous en avez perdu! Mais il n'est jamais trop tard. Courez, messieurs, courez dans les dédales du labyrinthe! Vous avez trente secondes avant de commencer votre troisième épreuve. Bientôt le rayon sera sur Nonar.

"Non! Attendez! Je n'ai pas encore donné l'ordre à Chronos et Tempus d'activer le phare du Temps, quoiqu'il s'activerait bien tout seul. Vous devrez courir sans cesse, et dès que vous apercevrez l'image du paquebot le Titanic, vous plongerez comme à votre habitude. Il ne faut pas que ce navire coule. Sinon, la technologie fera mieux, ce qui obligera la NASA à travailler sur de nouveaux matériaux destinés à rendre les coques plus solides. Ce même matériau servira au blindage des fusées lors de leur entrée atmosphérique, fusées qui, je vous le rappelle, ne devront jamais partir dans l'espace, même avec des robots à bords.

"Vous avez vingt secondes... Attendez! Vous contribuez au blanchissement du monde. Vous ferez de la planète un monde sans accidents, sans cataclysmes, sans guerres, sans morts... Partez! Plus que dix secondes!"

La structure électromagnétique du labyrinthe avait changé. Jeff et Ray ne reconnaissaient plus le parcours habituel. Leurs pas résonnaient en parasites sur les images des différents mondes qui défilaient.

Ils négociaient demi-tours et virages sans perdre haleine.

Tout autour d'eux: des volcans, des déraillements de trains, des guerres, des avions en flammes, des marées noires...

__ Le voilà s'écria Jeff.

__ Plonge!

Ils sautèrent au travers de l'image, dans un tourbillon de lumière. Des voix se répercutaient dans ce kaléidoscope aux mille couleurs, entourés de visages inconnus, puis plus rien.

"Aaaahhh...!!!"

Un énorme impact les tira de la transe de ce ballet spectro-luminescent. Ils provoquèrent une fabuleuse gerbe d'eau. A peine ouvrirent-ils les yeux qu'ils comprirent. Ils se trouvaient une dizaine de mètres au-dessous des eaux. Leur vision se fit plus claire alors qu'ils remontaient vers la surface, accompagnés d'une multitude de bulles blanches sur fond bleu-noir.

__ Ouah! Ah! De l'air!

___ Pfouh! Ouf! J'ai bien cru que j'allais me noyer, Ray. Mais où sommes-nous? Ou est le Titanic?

__ Probablement en train de voguer sur l'Atlantique, comme nous.

__ Mais dis-moi, Ray, si nous ne sommes pas secourus, soit nous mourrons noyés, soit nous mourrons de froid. Quoiqu'il en soit, jamais nous ne survivrons!

__ De toute façon, la vie, la mort, après tout qu'importe? De là où nous venons, il n'y a ni l'une ni l'autre. La perception existe quel que soit le corps ou l'état dans lequel nous sommes.

Sur cette phrase, ils perdirent connaissance.

 

Un vrombissement phénoménal retentit; des vagues de plus en plus hautes commençaient à ballotter les deux corps dans tous les sens.

"Deux hommes à la mer!"

Du Titanic, Weacath et miller avaient été repérés et une embarcation à moteur venait à leur secours.

 

38

 

"Comment ont-ils pu se retrouver là, alors qu'aucun navire commercial ou de plaisance n'a fait naufrage, commandant Friedman?"

__ Je n'en sais rien, Monsieur May. Mais votre remarque est tout à fait pertinente. Depuis que nous avons levé l'ancre, nos radars n'ont détecté aucun paquebot à des miles à la ronde, pas même une vedette militaire. A l'exception du troupeau de baleines, rien n'a été signalé. Et ils ne sont tout de même pas arrivés ici à dos de baleine!

Les deux hommes se mirent à rire, d'un rire franc, chaleureux et distingué.

__ Quel est le diagnostique du docteur, commandant? interrogea Monsieur Mey, le responsable des transmissions.

__ Aucune lésion interne ni externe, aucune commotion. Ils ont bu beaucoup d'eau et ont certainement perdu connaissance à cause du froid. Heureusement que nous sommes arrivés. Une minute de plus et ils touchaient le fond. Enfin, ils sont saufs et dornent depuis bientôt vingt-quatre heures.

 

Hors de danger, les deux "ufonautes" demeuraient immobiles, couchés dans les lits de la spacieuse infirmerie du Titanic.

__ Oh lala, Jeff! J'ai la tête grosse comme un ballon. J'ai l'impression qu'elle va éclater!

__ Où sommes-nous, Ray?

__ A bord, je suppose.

__ Parfaitement, messieurs. Bienvenu à bord du Titanic. L'équipage et le Commandant Friedman vous souhaite la bienvenue.

Mélinda, une jeune infirmière de vingt-deux ans, venait de s'adresser à eux de sa voix la plus charmante.

__ Bonjour, voici mon ami Jeff Miller, moi, c'est Ray Weacath. Quel jour sommes-nous, je vous prie?

__ Le 13 avril.

__ 1912?

__ Bien sûr, quelle question!

__ Le Commandant! Nous devons voir le Commandant immédiatement!

Ray commençait à s'emporter.

__ Mais vous êtes à peine rétablis...

__ Appelez le Commandant, tout de suite! Demain, il sera trop tard!

__ D'accord, j'y vais. Ne bougez pas!

Le Commandant Friedman arriva deux minutes, élégamment vêtu de son uniforme blanc.

__ Bonjour, messieurs! Que puis-je pour vous?

Jeff prit la parole aussitôt.

__ Ecoutez-nous, commandant, Commandant. Ne nous posez pas de question sur notre provenance. Considérez simplement que nous sommes deux scientifiques qui détiennent une information capitale et vitale pour tous vos passagers. Je vous le prouve: vous êtes partis d'Angleterre, vous longez actuellement les côtes du Groenland, pour vous dirigez vers les Etats-Unis, n'est-ce pas?

__ Exact. Mais qui vous a renseigné?

__ Peu importe. Vous faites fausse route. Vous devez vous éloignez au plus vite des côtes sinon vous heurterez un iceberg et nous sombrerons.

__ Réfléchissez, messieurs! Notre itinéraire est plus que sûr. Il n'existe absolument aucun risque que nous percutions un iceberg ou quoi que ce soit d'autre. Nos radars n'ont rien détecté, mis à part un troupeau de baleines.

L'oeil amusé, les mains croisées derrière le dos, Friedman ironisa.

__ Dans le meilleur des cas, nous risquons encore de rencontrer encore quelques naufragés à qui nous aurions l'honneur de sauver la vie!

Il ajouta également.

__ Quoiqu'il en soit un changement de cap n'est pas dans mes intentions. Vous pensez bien que notre itinéraire n'a pas été improvisé, mais calculé de longue date et soumis à des autorités compétentes ayant déjà navigué dans ces eaux. Sur ce, messieurs Miller et Weacath, je laisse les détails techniques de côté, et je vous convie à ma table pour le déjeuner. Vos vêtements vont vous êtes restitués, propres et secs. Je vous attends à midi, soit dans deux heures. Puisque vous allez mieux, un de mes hommes vous conduira à vos chambres dans quelques minutes et reviendra vous chercher. A tout à l'heure, messieurs.

La confusion régnait. Un lourd silence s'établit alors que le Commandant Friedman quittait l'infirmerie. Jeff et Ray savaient qu'il ne changerait pas d'avis. Un des membres du personnel apporta leurs vêtements et les conduisit dans leur chambre respective. Sitôt après son départ, Ray alla cogner à la porte de Jeff.

__ Ouvre, c'est moi... Il faut absolument qu'il change de cap, même si nous devons utiliser la violence. Cette fois, nous n'avons pas le choix. Il nous faut agir vite, l'avenir de l'humanité en dépend, et l'humanité commence par les vies de ce bateau en premier lieu.

__ Tu penses à...

__ Oui, à prendre Friedman en otage! Et bien que nous n'éprouvons jamais aucune sensation de faim, nous attendrons symboliquement... le café!

 

 

Ils furent conduits à la table du commandant, une table recouverte d'une magnifique nappe blanche immaculée. L'argenterie se reflétait sur les verres en cristal de bohème.

Des tableaux rares (?? de valeur?) ornaient les murs.

__ Mon Commandant, messieurs Miller et Weacath!

__ Je vous remercie. Messieurs, prenez place, je vous prie.

Ils s'installèrent et prétextèrent des maux d'estomac afin de ne rien avoir à avaler. Ils ne burent pas la moindre goutte non plus. Peut-être ne retrouveraient-ils la faim et la soif qu'une fois de retour sur Terre et dans leur temps d'origine.

Jeff fit du pied à Ray. Ce dernier comprit aussitôt. Il prétendit devoir s'absenter un instant, se saisit discrètement du couteau à viande, se leva, passa derrière le Commandant et pointa l'arme dans son dos.

__ Commandant Friedman, ne vous affolez pas!

__ Je n'en ai pas l'intention.

__ Il ne vous sera fait aucun mal. Nous voulons seulement que vous vous éloigniez des côtes du Groenland. Nous ne voulons pas détourner votre bateau. Vous rejoindrez votre destination initiale mais par un autre chemin. Vous ne préviendrez aucune autorité, vous trouverez un prétexte pour justifier votre changement de trajectoire. Pour l'instant, montez calmement jusqu'au poste de navigation et ordonnez à vos hommes de changer de cap.

Ils gravirent ensemble les marches des deux étages qui les séparaient du poste. Jeff les suivit.

Le commandant annonça d'une voix grave.

__ Monsieur Garrett, veuillez virer à bâbord. Cap Sud est 15°. Nous devons nous éloigner des côtes du Groenland. Cela nous fera gagner du temps.

__ Bien, Commandant.

Ray, pointant toujours le couteau dans le dos de Friedman, gardait un air naturel. Pendant ce temps, Jeff faisait mine de s'intéresser aux instruments de navigation. Ils redescendirent ensuite tous les trois et allèrent dans la chambre de Ray.

__ Commandant, vous m'en voyez désolé mais nous sommes obligés de vous bâillonner et de vous retenir ici le temps que nous arrivions à destination.

Ils le ligotèrent et partirent visiter l'immense navire. A leur retour, deux heures après, le Commandant avait disparu. Consternés, ils restèrent immobiles. Cette fois, c'en était fini pour eux.

__ Bravo messieurs et merci! Nos radars viennent de détecter un immense iceberg qui nous aurait envoyés par le fond. Vous nous avez épargné une énorme catastrophe. Cependant le code maritime est formel: je dois vous mettre aux arrêts pour acte de mutinerie.

__ Vous devriez nous acclamer, espèce d'incompétent! s'énerva Ray.

Des hommes armés apparurent des deux côtés du corridor.

__ Fonce, Jeff, on ne risque rien!

Ils se ruèrent vers le Commandant et ses hommes.

__ Ouvrez le feu!!!

Les balles sifflaient, criblant les portes et les murs du couloir vers lequel s'élançaient les deux amis. A la stupéfaction générale, elles retombaient autour d'eux, comme si elles se heurtaient à une invisible barrière.

De tout leur élan, ils se jetèrent sur les hommes armés qui surgissaient au bout du couloir et les firent valser de tous côtés. Une droite de Jeff atteignit le menton du commandant Friedman. Il s'écroula, bouche en sang, sur le sol.

Bien qu'à l'épreuve des balles, Miller et Weacath devaient poursuivre leur escapade. Ils bousculèrent hommes, femmes et enfants sur le chemin vers le pont supérieur, toujours poursuivis. Sous les regards ébahis des passagers, ils plongèrent dans les eaux glacées du Pacifique. Ils ne refirent jamais surface.

Les voyageurs assistèrent à un curieux spectacle: Une fabuleuse lueur rouge au fond des eaux illumina tout le navire. Jeff et Ray avaient rejoint, via la sphère, le parastral. Une nouvelle mission les y attendait.

Le cadran affichait bientôt Astar, soit dix heures.

"Vous avez une seconde..."

 

 

 

 

(1) module lunaire

(2) cratère

9

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Arizona

LoupBleu

Cela faisait si longtemps que Nick conduisait qu’il ne sentait plus ses membres engourdis, mis à part son dos qui lui causait un mal atroce. Sa bouche lui semblait desséchée... [+]