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Au commencement était la fin

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ikram

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Toute histoire commence un jour, quelque part...mais pas la mienne, la mienne n’a pas de début, je crois qu’elle a juste une fin.
Je suis ce genre de personne qui n’aime pas lire les premières pages d’un roman , vous pouvez juger cela incongrus ,mais les dernières sont pour moi les meilleures, elles m’épargnent une montée inutile d’émotions ,je hais les surprises faute des écrivains qui s’acharnent à nous gaver avec leurs fins trop heureuses ou trop dramatique...
1
On est en Janvier, mon histoire ne commence pas ici je vous rassure, J’attendais le bus sous une petite pluie, j’étais seule, cela faisait une demi- heure que j’étais debout et je m’impatientais déjà.
je regardais nerveusement avec un brin d’excitation ce qui m’entourait, j’eus ce sentiment de fierté mélangé à de la turpitude assaisonné aux remords comme quand on fume sa première cigarette en cachette, j’étais là, debout telle une demeurée ;mon plan s’arrêtait là pour l’instant, je ne savais guère ce que j’espérais en regardant ainsi mon entourage, j’espérais c’est tout.
Tout aussi Fascinée je m’égarais dans des paysages dégoulinant d’eau ; le ciel, la terre, les arbres, tout était trempé même noyé ne donnant aucun signe de vie, en même temps tout donnait l’air de renaître, de ressusciter.
« Tu es folle de vouloir sortir par un temps pareil ! Regarde-toi !» était la dernière chose qui a effleuré mes voies auditives, la persistance de son écho me chamboulait, me ramenait sans cesse vers cette scène, dans cette chambre, avec elle.
Oui maman je suis bien folle !ta fille est folle, complètement dérangée !nous le sommes tous après tout !
Mes oreilles succédèrent mes yeux, Le bruit des gouttes de pluie était si doux qu’il me semblait caresser le sol, le débarrasser de toute ses impuretés, si seulement elles pouvaient en faire autant pour moi.
Moi cet être impure aux contours flous et incertains.
Pourquoi m’avoir mis au monde maman ? Je relâchais mes muscles et au fur et à mesure que la nature m’absorbait je me laissais aller, flotter, je baissai mon parapluie et m’écroulai dans l’herbe mouillé, je fermai ensuite les yeux et ouvrit les bras .Qu’importe, il pleuvait, il pleuvait et cela me faisait du bien, des souvenirs remontaient en moi, un en particulier me chiffonnait, je n’aurai pas du laisser mon sac sur ce banc, il y avait des cigarettes, toute une boite.
Qu’importe, ça sentait bon la terre mouillée, ça sentait la nostalgie, ça sentait papa...
Un bruit de moteur retentit soudain, je sursautai me tordant les deux jambes avant de rejoindre essoufflée l’autocar encombré de visages étrangers.

« Je vais être en retard, il va surement se fâcher. »


J’évitai les rétroviseurs et mis ma capuche, drôle de réflexe que j’ai développé au fil des années, je ne me protégeais pas de la pluie ou du froid dehors, je me protégeais du regard des gens. C’est plus fort que moi ; leurs réactions m’exaspèraient ,ils ont toujours cet air de pitié ,de : « ce n’est pas de notre faute » qu’ils exhibent j’en suis sûre sans le faire exprès quand ils me voient , la première des chose est qu’ils me regardent sans trop me fixer ce qui ne marche absolument pas ,puis deuxième des choses ils baissent les yeux gênés et perturbés, ensuite ils hocheront légèrement la tête de gauche à droite et enfin, il m’éviteront le plus possible.
Je les comprenais un peu, moi non plus je ne saurai pas réagir, d’ailleurs je n’ai jamais été douée pour cacher mes émotions, je n’ai jamais cherché à le faire, contrairement à d’autres je n’ai pas honte de verser quelques larmes...
2
A fur et à mesure que nous roulions
« Les parapluies s’ouvrent en cadence comme une danse
Tombe, tombe, tombe, la pluie » ,chantai-je entre mes lèvres.
Je me nichai au fond, le dos à une barre métallique ,je sortis mon téléphone de ma poche ,il était en mode avion, je soupirai et branchai mes écouteurs, je me disais que cela étai la meilleure invention humaine ,on se bouche les oreilles pour parfaire une réalité cabossée, on se cache derrière un mur sonore qu’on repeint avec nos couleurs pour pouvoir être transportés tranquillement dans une autre dimension ,notre petit monde que personne ne comprend ,où le moi intérieur reprend le dessus où tout n’a plus d’importance « la musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à nos âmes »
La voix de Charles Aznavour commença à résonnait en moi
« Emmenez- moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil »
Dites monsieur Aznavour ,que c'est triste on a finit par vous emmenez...et moi alors ?
Derrière le hublot je voyais les immeubles, les trottoirs et les quelques arbres miséreux plantés artificiellement sur les flancs de la rue défiler à grande vitesse, hommes et femmes couraient dans tous les sens ,regardant leurs montres chaque seconde ne s’empêchant de taper du pied nerveusement ,à l’intérieur du bus m’accrochant comme je pouvais à ma barre de fer ,les esprits y étaient plus calmes ,un vieillard juste à coté dormait sous son béret des années soixante,son histoire à lui ,je me demandai quand elle avait commencé ?
Un peu à ma droite un jeune homme était comme moi parti dans son monde, puis en levant la tête plus haut, j’aperçus une petite femme qui lisait.
Ma station était au bout du virage, je me rapprochai donc précairement vers la porte pour pouvoir descendre profitant au même titre pour jeter un coup d’œil sur ce que lisait la dame de tout à l’heure
«Si tu veux être avec quelqu’un pour toujours ,il faut vivre pour toujours »
Ligne 8 ,page 64
Vivre pour toujours !mais oui bien sur, si j’attendais un signe ce n’était pas le bon...
Voila qu’un malaise me pris de court ,j’avais envie de vomir ,et ma poitrine me faisait atrocement mal, pour oublié je baissai un peu ma vitre ignorant les soupires de ceux qui avait froids.
À travers la petite ouverture ,le cœur des villes battait à son plein ,sa mauvaise mine infiltrait les esprits ,des insultes par ci par là ,des bruits de moteurs... sur les trottoirs on se fuit les uns les autres, on ne sourit plus, on préfère montrer les crocs ,j’ai pensé devant ce tableau qu’on ne savait plus apprécier la vie,si seulement on réapprenait à vivre et à écouter le monde. Au fond tout est musique ,les paysages ,les tableaux, les livres, l’art ,il suffit simplement de tendre l’oreille une fois dans une vie ,et se dire que la nature a une voix ,cela raviverait par chance quelques bribes d’humanité .
« Pour une fois écoute-moi ! Laisse-moi faire ce que je veux pour une dernière fois, laisse-moi le voir ! »
« Tu ne sais pas ce que tu veux ! »
Maman, pourquoi est tu si bornée ? Je le sais mieux que toi, mieux que personne.
Je finirai bien par partir, tu sais...
Je n’ai pas eu le courage de lui dire ces mots, je ne l’ai jamais eu et je ne l’aurai hélas jamais.
J’ai finis par prendre quelque affaires et sortir en douce.je n’en pouvais plus de ces quatre mures blanchâtres, de cet odeur...s’en était assez .

3
On me détachant un peu de mon monde muet, je vis une fillette avec de grands yeux noisette, elle me fixa un moment, je lui fit un petit signe de la main ,elle me souris ,sa mère lui agrippa le bras
«On ne sourit pas aux étrangers ! »

Mon voyage s’arrêtait là, je descendis sans enlever mon ‘déguisement’, dommage pour moi il ne pleuvait plus, sur le reflet des flaques d’eau boueuses où je venais de mettre le pied se dessinaient des lumières dansantes, Elles étaient magnifiques, elles se tortillaient dans cette flaque humide et marron sans pour autant se salir, celles-ci émergeaient d’un petit magasin.
A l’intérieure ,un petit marchand dodu discutait avec un agent de police ,
Je tressaillis et fait demi tour immédiatement , et voila j’était perdu...
La peur nous déstabilise, nous amène à faire des choses stupides, de trop réfléchir au futur, à demain, au fond ne nous faut- il pas juste vivre le présent et oublier les jours à venir.
J’admets que j’ai peur, je suis terrifiée même, je suis terrorisée à en perdre la raison , suis-je donc aussi faible ?
Aussi déplorable ?
« Je ne mériterais donc que l’apitoiement ? Faudrait- il que j’invoque la miséricorde de Dieu ? » Criai- je
« Tu te crois au théâtre ! »,on me klaxonna .
Cette moquerie m’extirpa des griffes de mes démons internes, le paquet de cigarettes était par terre écrasé et déjà imbibé de boue.
J’espérais qu’il attendît encore.
Je ramassai ce qui restait de mes petits rouleaux de tabac , il ne faut plus penser ,je dois foncer.
Je me remis en route, je courrais, par ce temps de chien, je filais telle une ombre furtive dans les rues, sans regarder derrière moi, sans me soucier des personnes que je bousculais et qui me lançaient des « hé ho » ou « attention où vous mettez les pieds »
Je demandais mon chemin plus d’une fois ,tout se ressemblais ici ,les vitrines, les visages ,les chats ! les chagrins!Mais je continuais quand même.
J’y étais presque ,je le ressentis , il devrait être juste là.
malgré ma respiration saccadée, je ne m’arrêtais pas de dévaler les pentes et les trottoirs qui se faisaient de plus en plus minuscules ,le soleil commença à reculer timidement , il faut tenir bon.
Plus que quelques mètres et j’y serais ,c’était l’heure où la lumière se dérobait ,où les bars se remplissaient ,où les plus belles promesses se tissaient avant de disparaître dans de longues gorgés d’alcool. Le brouhaha de la foule s’éloignait progressivement. À cet instant de pure voltige, je n’en voulais plus à personne, cela vous est- il déjà arrivé d’en vouloir au monde entier ?
Au destin, à vous-même à Dieu ? Moi ,si
Le froid resserra ses dents, l’air frais remplit mes faibles poumons, tout devenait cristal autour de moi, et la ville tout entière disparut ,absolument tout...
Il n y avait plus que moi ,sauf moi.
Mes pieds ne touchaient plus le sol, je courais à en perdre l’équilibre, à en perdre mon souffle, à en perdre la vie ! Pourtant, je m’en fichais, je suis trop éprise de ce sentiment de peur et de joie entremêlées.
La vie est si précaire ,mieux vaut la vivre pour toujours !
Malheureusement pour moi ,ça n’a pas duré, revoilà la ville et son blues ,je vis un grillage grisâtre au loin, les couleurs se dissipèrent ,c’est notre lieu de rendez-vous .
Me voila arrivée, je franchis la porte de fer après l’avoir poussé de mes mains gelées ,je bousculai quelques pierres avec mes talons fatigués , dans l’ombre debout derrières les arbustes une silhouette m’attendait , il n’a pas changé ,il est assis sur son rocher de dos à m’attendre toutes ces années .
« Bonsoir, papa »
Il ne répondit pas.
Je m’accroupis un instant, je ne pleurais pas.
« Tu m’a manqué, maman ne me laisse pas te voir, elle dit que cela me donnerait des idées...ce n’est pas de sa faute ,elle a juste peur... »
Un vent soudain fit voler ma capuche dévoilant ma chevelure inexistante, mes sourcils transparents et mon cathéter ,ma chair trouée .
Je regardai mon reflet dans un éclat de verre et sourit ,je tendis les cigarettes et les posai sur la terre mouillée.
J’en allumai une
Je savais comment ça aller finir néanmoins,le médecin a lancé son verdict, je ne m’en souciais plus
J’apercevais des gyrophares au loin , une ambulance ,des lampes torches .
Des uniformes blancs pénétrèrent le cimetière...
J’avais la tête qui tournais ,mon cœur ratait des battements ,puis des mains m’entourèrent .
Je ne saurai vous dire si mon histoire avait commencé un jour, ici ou ailleurs, mais je sais que tout a une fin .
ce que je sais aussi est que le choix s’offrira toujours à nous et c’est nous seuls qui décidons du commencement.

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Fabregas Agblemagnon · il y a
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