Au coeur de la forêt.

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Il avait échappé aux premiers tirs. Tous à côté. Les balles vinrent se planter dans les troncs environnants. Maladresse ou sadisme. Voulaient-ils le voir courir pour en faire un exercice sportif ? Il en gardait encore le sifflement dans les oreilles jusqu’à une centaine de mètres au-delà de son point de départ. Oh, ils n’allaient pas le laisser partir comme ça sain et sauf. Le jeu du chat et de la souris faisait partie de leur façon de faire. Ils s’étaient disposés en demi-cercle la végétation étant trop dense pour l’encercler. Il en profita pour s’engager droit dans la partie la plus épaisse du fourré. Les arbres, il les connaissait tous, là, des charmes, des aulnes et des frênes. Les noms, en revanche, il les ignorait mais savait qu’ils étaient source de vie et il espérait, pour l’instant, de survie. S’il arrivait à leur échapper, il reviendrait les voir. Devant, soudain, une haie de charmes et de ronces vint s’interposer entre lui et un immense champ. Il lui était facile de la franchir, au prix sans doute de quelques égratignures, mais ce qu’il craignait, c’était de se retrouver à découvert. Il regarda le ciel comme pour le supplier puis il avança dans une terre meuble, parmi les plantes basses toutes alignées, bien ordonnées. Il essaierait de ne pas les piétiner mais la poursuite ne lui laissait pas beaucoup le temps d’avoir des scrupules. Il faillit trébucher une ou deux fois dans cette terre souple, fraîchement travaillée et odorante. Il aurait adoré y passer plus de temps. Il se rua vers l’orée de la forêt qui l’accueillait à nouveau. Pas de coup de feu. Les avait-il distancés. Ici, les arbres étaient de plus haute futaie. Il vit défiler des hêtres (dont le bois est appelé ici fayard quand il est destiné à la cheminée), des bouleaux, des châtaigniers. Là aussi, pendant des siècles ils avaient nourri et protégé les populations locales. Mais lui, tout ce qu’il en savait c’est qu’ils étaient beaux et généreux avec lui.
Le soleil printanier ne dardait pas encore ses rayons, aussi, une légère brume s’attardait sur des ruisselets ou sur des zones humides. Il les traversa avec plaisir mais, aux aguets, eut peur d’une salamandre. Le vert tendre des premières feuilles contrastait avec la blancheur duveteuse des bourgeons pas encore éclos. Là où le soleil pénétrait plus généreusement, quelques jonquilles arrogantes en captaient la lumière et la couleur. Des narcisses, elles moins prétentieuses, rivalisaient par leur odeur enivrante. Des cônes, futures feuilles de muguet, sortaient déjà du sol, mais attention, danger.
Enfin, il retrouva des sentiers familiers. La journée, la plupart du temps ils sont impraticables pour lui et sa famille car empruntés par des cavaliers et des êtres en équilibre instable sur deux cercles. Mais la nuit, c’est son domaine. Parfois il y retrouve des congénères et les têtes s’entrechoquent, mais jamais il n’a cherché à tuer. Pas comme ceux qui le poursuivent. Soudain, derrière lui un bruit assourdissant, comme un grondement remontait le chemin. Il se remit à courir. Au bout du sentier, il s’en souvenait pour y être passé parfois la nuit, se trouve une ouverture et des constructions humaines. Tant pis, il y sera certainement en sécurité.
« Mamam, Maman, regarde le grand cerf ». De nombreux touristes qui venaient juste d’acquérir leur droit d’entrée, remisèrent leur portefeuille dans une poche et s’empressèrent de sortir leur téléphone appareil photo. L’équipe de techniciens cynégétiques en charge de la faune du parc naturel des Chambarans et qui avait suivi avec le quad ce grand cerf sorti des limites du parc se congratulèrent. Les agriculteurs locaux ne se plaindraient pas, du moins pour un moment, des dégâts causés dans les champs de blé et de maïs.
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