Assia Rose et la vermine

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Mars 2020, alors que le la République du Tchad poursuivait le cours de son émergence socio-économique, une nouvelle vient créée la panique dans le cœur des paisible citoyens. C’est l’instabilité généralisée.
Les Tchadiens connus pour leur solidarité et leur sociabilité notable adoptèrent, volontiers, de nouvelles habitudes presque égocentriques pourtant salutaires.
Les rues sont désertées, les marchés fermèrent et le transport urbain fut paralysé. Les chrétiens n’assistèrent plus à la messe et les muézins n’annoncèrent plus l’appel à la prière. Les écoles fermèrent et les universités aussi. Dans les villages, les vieillards ne vinrent plus sous l’arbre à palabre. Les grandes villes du pays qui vivaient au rythme de la course au développement connurent un arrêt brusque aux conséquences sans précèdent.

Que s’est-il passé, quel fléau a pu bouleversé la tranquillité et l’amabilité exemplaire de la population ?
Une vermine...une seule.
Alors que des solutions sont recherchées à tous les niveaux, hommes, femmes, enfants et vieillards furent progressivement décimés par ce mal qu’on ne pouvait voir à la lumière du jour.
Et pourtant les opinions diffèrent sur l’origine de ce mal. Certains tchadiens disaient que la vermine serait l’œuvre des grandes nations mal intentionnées, d’autre pensent au contraire qu’il s’agit d’un châtiment divin et quelques incrédules ne reconnurent point son existence.
Mais très rapidement tout le pays fut mis à l’évidence et personne ne pouvait plus nier la réalité.
La population se déguisa le visage pour passer inaperçue à la vermine. Les rassemblements et visites inutiles furent interdis. La vermine guetta la porte de chacun et ceux qui étaient tentés de sortir furent dévorés.
Au crépuscule fonctionnaires et commerçants se précipitèrent vers leurs domiciles dans un embouteillage surprenant.
C’est dans ces embouteillages que Mbaye Bassa rencontre Assia Rose, une amie de jeunesse. Les deux se sont perdus de vue il y’a trois ans. Après le bac, Mbaye Bassa fut admis à l’université de Ndjaména où il finit avec une licence en droit. Assia Rose fit ses études à l’étranger et revint avec un diplôme de science environnementale.
Assia Rose était rentrée au pays il y a une semaine. Cette retrouvaille fut si émouvante qu’ils succombèrent à la tendresse d’une accolade qui assouvit leur nostalgie démesurée.
Ils se racontèrent leurs vécus solitaires et Assia Rose raconta son périple retour au pays.
Pendant la crise, les frontières du Tchad étaient fermées, sur le chemin du retour au pays, Assia Rose fut remorquée comme passager clandestin d’un embarquement de fortune avec dix autres étudiants.

La joie du couple fut grande et rancard après rancard, ils finirent par raviver l’amour qu’ils construisaient déjà quand ils étaient encore au lycée. Les câlins suivirent.
Ils s’aimèrent du l’aube au crépuscule. Et par téléphone, ils se racontèrent leurs projets futurs à longueur de journée. Assia Rose vie avec ses parents, occasionnellement elle se dérobait pour venir voir Mbaye Bassa à son domicile, un modeste appartement dont il y vie en location.
Puis les rancards continuèrent toujours et les câlins aussi. Ils se jurèrent amour et fidélité. Aucun jaloux, aucun commérage et aucun malheur ne pouvaient les séparés.
Les fiançailles sont faites, le mariage aura lieu dans deux mois.
Malheur !!!!
Mbaye Bassa eu une légère grippe. Il décède trois jours plus tard.
La cause et les conditions de son décès furent connus et Assia Rose est non seulement identifiée comme l’auteur de sa mort mais aussi comme une malédiction à chasser.
Assia Rose fut mise en quarantaine face au chagrin de la perte d’un être cher et la culpabilité d’en être la cause.
Son chagrin fut grand et sa culpabilité empira, lorsqu’elle découvrît que toute sa famille et nombre de ses amis sont aussi mise en quarantaine avec elle, dans le même hôpital.
Parmi ces amis, il y avait un naïf. Il se fessait passer pour l’intello de la bande. Il avait un smartphone sur lequel il consultait toutes infos du monde.
Puis, il est tombé sur cette publication qui stipule que la fumée du tabac est thérapeutique à la vermine. Il décède dans l’application de cette fausse information. Son esprit naïf fut saboté par les falsificateurs de vérité.
Ce décès aussi est imputé à Assia Rose.
Devant sa famille, elle apparait comme une impureté qu’il faut expulser, devant ses amis, elle est considérée comme une pourriture à profaner.
En effet, Mbaye Bassa est la victime de la vermine qui frappe le pays.
Assia Rose, seule amie proche du solitaire Mbaye Bassa fut testée positive à la vermine qui abattit le jeune-homme.
Le médecin n’émit alors qu’une seule hypothèse probable. Assia Rose a contractée la vermine, elle est une porteuse saine et contamina Mbaye Bassa qui a très rapidement développé la maladie et en a succombé.
Hélas, pendant leurs sortis multiples, Assia Rose serra la main des amis qui allèrent serrer la main de leurs amis qui allèrent serrer d’autres mains.
Quant-elle rentrait, elle serrait la main de toute sa famille.
Sa quarantaine fut déplorable.
Elle se blâmait sans cesse d’être remorquée comme passager clandestin de cet embarquement de fortune avec ces dix étudiants sur le chemin du retour au pays. C’est au cours de ce périple qu’elle fut contaminée par la vermine.

Apres jours et nuits d’efforts encourageants des personnels de santé et des autorités publiques, elle fut guérie et ne présente aucun risque de contamination.
Elle fut libérée. Comme éjectée du cercle familial alors, elle courut vers mon domicile. A peine je la voyais m’approcher que j’aperçu déjà la tristesse dans son visage et la persécution dans son âme.
Je déboursai une larme sous l’émotion de la mésaventure de son histoire qu’elle me raconta avec désespoir.
Pourtant le simple respect des règles barrières aurait suffi pour que le couple puisse arriver à bout de ses rêves.
Assia Rose ne finira jamais de faire son deuil tant que la menace ne sera éliminée. Elle s’engage fermement dans un combat acharné pour endiguer cette maladie.
Elle vie plus que jamais, dans le respect des mesures préventives, et dans le confinement.
Le besoin de dénoncer la négligence de la population et les préjugés sur la vermine fit d’elle une avisée et le besoin d’informer a fait d’elle une nouvelliste.
Elle sensibilise la population sur le respect des mesures de prévention.
Elle dénonce l’insuffisance des mesures d’accompagnement du confinement.
Chez nous, nous ne vivons pas les mêmes réalités comme chez vous. Nous n’avons pas les mêmes souvenirs comme frère Jean Philipe Breton qui, du haut de son balcon, revit ses vacances passées dans un 5 étoiles baigné dans l’ombre assouplissant d’une forêt de chêne.
Frère Jean Philipe Breton, appartient à un groupe d’artisans dirigé par monsieur WhatsApp. Ce groupe est membre d’un vaste mouvement –avec des slogans comme « l’école à la radio » –pour sauver une année scolaire en péril. Le groupe qui tisse des questions instructives sur une toile entremêlée et interconnectée, questions auxquelles nombres d’enseignants apportent réponses et compléments.
Mais, comme tous les denrées chez nous, la toile se vent cher, un hashtag cours en ligne n’intéresserait pas plus qu’un morceau de pain bon marché.
Chez nous, nous ne vivons pas les mêmes réalités comme chez vous.

Son cœur blessé rendit sa plume amère.
Par l’écriture, elle oublie les douleurs des souvenirs d’une persécutée confinée.
Des souvenirs qui l’abîment comme toutes ces fois dans les entrailles de la ville où son dos courbait sous l’insupportable poids de la construction d’un avenir incertain. Ces moments où elle dépensait le labeur de toute une journée dans son petit déjeuner. Ses sœurs qui vendent leur intimité pour se payer le loyer. Et sa mère, cette commerçante et toutes les autres qui allaitent leurs enfants sur ces trottoirs, sous le soleil.
Ses narrations bâtissaient des personnages rebelles contre un système désavantageux, des personnages confinés avec tout leur capitale économique dans un porte-monnaie.
Je me souviens encore du chômage et la faim qui lui fessaient resurgir des souvenir de sa vie martyrisée qu’elle tente d’oublier.
Son destin semble s’assombrir et ses aspirations furent muselées dans l’absolu silence d’un couvre-feu entretenu par la bavure d’une police martiale.
Assia Rose et moi, vivons dans une chambre en terre battu en périf Est-Sud de Ndjaména la capitale tchadienne.
Ici, le frigo n’est pas vide, il n’existe simplement pas.
Ici, des mains sont longuement tendues vers le père tout puissant.
Ce sont les mains du bas-peuple confiné dans mon quartier. Ces mains lui sont tendues avec des chants de louange et d’adoration accompagnés avec des instrumentales issus du creux de leurs marmites vides. Tout cet orchestre dans l’opportunisme d’assister à un miracle alimentaire.
Mais, l’attente se fait longue, le père ne leur oublierait pas, il est juste trop occupé à entretenir la virilité d’un fauteuil menacé par la corrosion des politiques invertis.
Et, au deuxième mois le père dit : « que l’électricité soit gratuite », et l’électricité fut gratuite, « que l’eau soit gratuite », et l’eau fut gratuite en abondance. C’est alors qu’il vit que tout cela était bien [...]
Hélas, Assia Rose et moi, vivons dans un appartement qui s’égare dans l’insécurité de l’obscurité d’un quartier populaire, un quartier famélique, trop occupé à se sustenter pour penser à s’électrifier.
Pression démesurée, notre psychologie s’effondre sous le fardeau d’une monotonie exagérée. Nous nous récréons dans la lecture des récits tragiques de l’actualité qui racontent l’agonie de la population atteinte de la vermine et mise en quarantaine dans la réalité des infrastructures sanitaires de la République.
Assia Rose et moi passâmes jour et nuit à nous apitoyer sur notre sort que nous oubliâmes le but même du confinement et sa positivité.

Nous avons oublié la bonté de toutes ces histoires à raconter, ces ainées à écouter, ces cadets à cajoler et ces parents à aimer, nos fou-rires et ce bonheur partagé en famille qui brisent l’indifférence de nos cœurs meurtris.

Ces possibilités d’inspiration, de révélation et de créativité exhibées dans le silence paisible du repos à domicile.

Les infanteries des plus-petits réjouissant grand-mère d’être une gendre accomplie, enchantée par la philanthropie et l’amour que nous construisons au détriment de notre insensibilité jadis.
Nous nous me rendîmes donc à l’évidence que l’amour vaut plus que toute la vanité de nos motivations financières.


Nous nous agayons donc de l’avènement de cet ère écologique escortée, par l’épuration de l’air et de l’eau, ravie par la magnificence des rayons solaires éblouissants qui se frayent un chemin dans le bleu d’un nouveau ciel assaini.

Et, nous nous fortifions dans l’extase de l’homogénéité des commandos religieux avec pour mission d’éradiquer l’esprit diabolique d’un virus maléfique. Des prêtres, pasteurs et imams coexistant, engagés dans une mission plus noble que nos différences religieuses.

Et, nous nous réjouissons enfin de vivre des expériences réelles dans la vie réelle, dans l’intimité, loin du virtuel et loin des commentaires véreux des personnes dont les jugements altèrent la représentation que nous avons de notre propre personne et l’authenticité de nos opinions.
Nous nous plaisons dans la famille, ici, la vérité triomphe sur les canulars.
Nous ne nous assourdissons guère sur les chants des oiseaux venus saluer l’effort de ces enseignants qui se sont donnés corps et âme pour sauver une année scolaire en péril.


Nous nous sentons vivre donc nous vivons. Nous vivrons pour raconter le combat victorieux des personnels de santé et de nos martyrs. Nous devons vivre pour honorer la mémoire de nos proches.

Et, nous nous réjouissons pour toi encore en vie car nous somme les preuves de l’histoire d’un peuple sauvée par le confinement.

Nous sommes les témoins de cette tragédie et nous en sommes partie intégrante.

Nos proches décédés sont des héros qui ont combattus jusqu’à leurs derniers soupirs avant de perdre la vie.

Cette vie qu’ils nous laissâmes est notre héritage gracieux.

Cette nouvelle vie à laquelle Assia Rose en a pris goût et s’y est épanouis. Jusqu’au jour où arriva le déconfinement progressif.

Le déconfinement était comme le beau temps après la pluie. C’était la douceur de la rosée au matin.

Les rues bondèrent à nouveau. Les chrétiens reprirent les messes et les muézins annoncèrent l’appel à la prière. Les écoles rouvrirent et les universités aussi. Dans les villages, les vieillards revinrent sous l’arbre à palabre.
Peu à peu les tchadiens reprenaient leurs vieilles habitudes.

A l’aurore, fonctionnaires et commerçants se précipitent vers leurs lieux de travail dans un embouteillage surprenant.

C’est dans ces embouteillages que Assia Rose rencontre Allah Bonheur un ami de jeunesse.
Allah Bonheur est directeur d’une ONG écologique.
Il est célibataire et Assia Rose aussi. Les deux finirent par tomber amoureux.
Leur relation est fondée sur les principes d’un amour durable. Leur souhait était de sortir vivant de la crise.
Ils s’engagèrent donc à :
Se laver les mains avec de l’eau et du savon ou avec un désinfectant pour les mains à base d’alcool ;
Se laver les mains avant de toucher les yeux, le nez, la bouche ;
Se laver les mains après avoir toucher les objets sales tout objets sales ou potentiellement contaminés (argent, poignée de porte, rampe d’escalier etc...) ;
Se couvrir le la bouche et le nez avec le pli du coude ou un mouchoir pour tousser ou pour éternuer ;
Jeter le mouchoir immédiatement dans une poubelle et se laver les mains avec une solution hydro alcoolique ou avec de l’eau et du savon ;
Eviter les contacts rapprochés y compris les salutations et les accolades avec les autres personnes ;
Maintenir une distance d’au moins un mettre avec les autres personnes ;
Eviter de partager les repas ou d’échanger les verres et les ustensiles ;
Eviter les attroupements et le transport publique ;
Consulter un médecin en cas de fièvre, toux ou des difficultés à respirer
S’informer sur le site internet www.sante-tchad.org ;
Vérifier toujours les sources auprès desquelles l’information est obtenue ;
Ne pas partager les rumeurs.
Le respect de ces règles était pour eux, un témoignage de la sincérité d’un amour durable.
Puis la fidélité apparait naturellement comme preuve de leur amour réciproque.

Ils s’aimèrent du l’aube au crépuscule. Et par téléphone, ils se racontèrent leurs projets futurs à longueur de journée
Aucun jaloux, aucun commérage et aucun malheur ne pouvaient les séparés.
Les fiançailles sont faites, le mariage aura lieu dans deux mois.
Au troisième vendredi du deuxième mois, ils se sont mariés.
Ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux.
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