Appel entrant

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Je m'appelle Mathys Bernigaud. J'ai découvert la passion de l'écriture il y a peu et je m’amuse à partager toutes sortes d'histoire que j'adore écrire  [+]

« En effet Jean Louis, après 5 heures de manifestations, la tension est à son comble ! Nous voyons que nos gendarmes se sont préparés pour une probable charge violente des manifestants ! Pour l’instant nous en sommes qu’au enfantillages ! »

- Pffff, jte jure ces écolos, toujours entrain de nous faire chier. On aura bientôt plus le droit de boire une bonne binouze tranquille !

Éric avala une gorgé de bière de la marque 1551. Il était affalé sur son canapé. Le bas de son ventre imposant sortait de son T-shirt. La bière dans la main droite, l’autre sur son entrejambe, il parlait comme s’il était entouré d’une personne qui voulait discuter avec lui.

« Quelques simples injures provocatrices sont prononcées par les manifestants de l’association ‘’pour la planète’’ ! Mais nous savons que la situation tournera au cauchemar dans quelque heures ! »

- Bordel... jte jure, les pauvres gend...
La sonnerie de téléphone lui coupa la parole. Éric, comme vexé ne pris pas compte des deux premières sonneries. Il se leva difficilement, cligna des yeux afin d’enlever les étoiles qui vinrent envahir ses yeux. Il grogna avant de décrocher à la cinquième sonnerie.

- Allo !
Il parlait fort comme si son interlocuteur ne l’entendait pas.
- J’comprends rien ! C’est qui ?
Il mit en haut-parleur afin de mieux entendre.
- Éric ? Tu m’entends ? C’est Jean.
- Jean ?
- Oui...Jean, tu te souviens de moi ? On était collègue il y a deux ans.
Le buveur de bière était encore engourdi par les images de la télé alors il fronça les sourcils pour essayer de se concentrer. Il se rappela d’un petit homme au crane légèrement dégarni avec des lunettes aux verres carrés et branches fines. Cet homme était tellement gentil que toutes les choses que les gens n’avaient pas envie de faire, lui les faisait. Éric, lui, ne ressentait pas le besoin de surcharger se pauvre homme. Jean c'était fait licencier et Éric ne le vis plus. En réalité, il ne prêtait pas attention à lui, appart deux ou trois repas partagé avec lui.
Il trouva ce surprenant appel bizarre, peut-être que Jean était dans une situation financière incertaine.
- Oh ! Oui Jean, alors, quel bon vent t’amène depuis le temps ?
- Eh bien je ne sais pas en réalité.
Jean avait un ton très hésitant, comme s’il se retenait de dire quelque chose.
- J’avais juste envie de prendre de tes nouvelles. Dit-il d’un ton qui cachait mal une tristesse amère.
Éric n’en pris pas compte il était plus préoccupé par la nature de son appel. Il était certain que son timbre de voix cachait une demande d’argent. Il le laissa commencer sa demande.
Après un silence pesant, Jean, gêné se pencha sur sa table. Il mis les coudes sur la table qu’il avait en face de lui, son appartement est sombre, rien n’est allumé. Seule la lumière orangée de la fin de journée traverse la fenêtre de son salon pour arriver sur un petit tabouret à côté de lui. Il le regarda, pensif.
- Tu sais Éric, je t’appel parce que tu étais le seul qui me considérait au travail, et je pense qu’il serait bon de prendre de tes nouvelles. Comment vas-tu depuis le temps ?
- Bah écoute ça va plutôt pas trop mal, c’est la routine en ce moment. Tu sais, ce métier n’a pas grand-chose d’intéressant. Metro-boulot-dodo est devenu ma devise !
Il lâcha un rire très peu naturel qui cachait la gêne et la nervosité.
- Ah ! Heureux de savoir que tu es toujours chez Mixed and Co !
- Oh ben tu sais, je fais ce qu’on me demande sans trop réfléchir en attendant ma paye. Je fais chier personne. Tu sais, les manifestations rendent les choses difficiles !
- C’est vrai que ça dérange la plupart des gens. Mais bon pour moi ça n’y change rien.
Jean paraissait extrêmement réservé, il ne voulait pas dévoiler sa vie et à vrai dire l'idée d'en montrer plus le gênait.
Éric, lui, se sentit obliger de poursuivre la conversation.
- Pourquoi ? Tu n’as pas retrouvé de travail ? Fit-il comme s’il savait que c’était exactement la question qu’attendait Jean.
Cela lui fit plaisir que quelqu'un s’intéresse à lui en lui posant une simple question afin de poursuivre la conversation.
- Eh bien... je peux paraître pour quelqu’un de bizarre mais non, je n’ai pas retrouvé de travail, en fait je suis au chômage. Il finit sa phrase par un sourire mélanger d’un soupir nerveux.
Éric sentait très bien que la fameuse demande allait arriver, il ne savait juste pas quand Jean allait la faire. Il fit mine de rien en attendant.
- Je suis désolé mon vieux. Tu n’as pas retrouvé de travail depuis 2 ans ?
- Et bien disons que j’ai fait des petits boulots par-ci par là mais sinon rien de stable qui pourrait me combler.
Éric, voulait en finir avec cette conversation, « Je ne suis pas son psy bordel ! Après que je l’ai réconforté je suis sur qu’il vas me demander de l’argent ce con, j’y met mon bras à couper tiens ! »
- Boh t’inquiète mon vieux ça va le faire ! Tu vas bien trouver un jour. Il n’y a pas de raison !
- J’aimerais Éric vraiment. Malheureusement, je ne sais pas pourquoi mais toutes les personnes qui décident de m’offrir un entretien d’embauche déclinent ma candidature ! J’ai l’impression d’être maudit !
« Putain ce pleurnichard vas m’emmerder encore longtemps ? Je vais bientôt ouvrir une boutique de coaching par téléphone ! » Pensa ironiquement Eric.
- Dis-moi Éric tu sais se qui ne vas pas chez moi ?
« Bordel c’est pas possible il lit dans mes pensées ou quoi ?! Bon aller dis lui des conneries ça va passer, vas dans son sens et ça finira bientôt »
- Tu sais Jean, t’es convaincu qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi et c’est peut-être cela le problème principal.
Il fût lui-même surpris de sa propre remarque, ne pensait pas qu’il était capable de dire une telle chose.
Un long silence se fit paraître au bout du fil. Jean était en pleine réflexion. Il vient de se prendre une claque spirituelle. Comme si son corps validait la phrase d’Éric, ses poils s’irisèrent. Une incroyable vague de frisson qui remonta dans sa colonne pour se loger sur le haut de son crâne et y rester pendant quelque seconde. Regardant son tabouret en acajou, il se demanda : En valait-il vraiment la peine ?
Éric, comme ayant entendu sa question profonde et étant encore dans son rôle de coach personnel, continua.
- Écoute moi bien Jean, tu es le seul à être convaincu par cela, tu en es d’ailleurs tellement convaincu que tu arrives à convaincre les autres personnes qu’il y a un problème chez toi. C’est quand même fort tu ne trouves pas mon vieux ?
Il sourit, c’était plaisant de faire cela. Il était même fier de lui, de la portée de ses paroles. C'était sûr, il avait réconforté son ancien collègue, mais il l’avait aussi aidé et c’était le principal.
Pendant ce temps, Jean était bouche bée. Il s’était pris une vague de prise de conscience qu'il n’avait jamais vécu. Encore sous le choc, il répondit :
- Wouaou, Éric, merci, c’est la première fois que l’on me dit quelque chose de semblable. Tu ne te rends pas compte à quel point cela m’a aidé. En ce moment, c’est vrai que je ne suis pas bien dans ma peau et tes paroles m’on vraiment touchées. D’où es-ce-que tu sors ces pensées ?
- J’ai laissé parler mon cœur. Dit-il flatté alors qu’il n'en avait aucune idée.
- Eh bien ton cœur est vraiment pur.
- Merci haha, dit-il gêné. Mais qu’est ce qui te tracasse ? Tu ne m’avais pas dit que tu étais venu pour prendre des nouvelles ? Il fronça les sourcils en se souvenant soudainement du manque d’argent de Jean.
- Je suis venu pour prendre des nouvelles en effet. Mais c’est vrai qu’en ce moment de nombreuses choses me tracassent. Le fait que tu me réconforte me fait parler et ça m'apporte un énorme réconfort. Ça ne te dérange pas Éric ?
Le futur coach commença à se placer sur la défensive. Par gentillesse il accepta de l’écouter mais avec méfiance.
- Tu l’avais peut-être remarqué à l’entreprise mais je n’avais pas confiance en moi. Cela m’a d'ailleurs porté préjudice parce que j’acceptais tout sans m’écouter moi-même. Je pensais que mon licenciement allait faire changer ma vie, que nouvelles relations allait s’offrir à moi mais rien de tout cela s’est produit. Ça a même empiré. Même dans mes petits jobs je me faisais humilier. Je n’arrivais pas à changer cela et je n’y arrive toujours pas d'ailleurs. J’en ai vraiment marre, c’est horrible, je ne sais pas quoi faire.
- Je suis désolé pour toi Jean, c’est vrai que j’avais remarqué au travail que tu étais trop gentil, mais tu me connais, ma philosophie de vie c’est ne t’occupe pas du problème des autres. Saches que je te comprends. Accepterais-tu que je t’aide ?
Le temps s’arrêta. « Putain de merde, qu’est-ce que j’ai dit ? Mais dans quelle merde je me suis foutu ! Maintenant c’est sûr, il va me demander de l’argent. Je vais être obligé d’accepter parceque je suis trop gentil. Putain fait chier, fait chier ! Il faut absolument que je refuse au plus vite sinon il va me manipuler. »
Son cœur battait dans tout les sens, Jean n’arrivait pas à se rendre compte de ce qu’Éric avait dit. L’aider, personne auparavant n’avait accepter de l’aider. Ne pouvant sortir aucun mot à l’aide de ses cordes vocales, il ouvrait et fermait la bouche dans de brèves impulsions. Ses lunettes glissaient de son nez tellement il transpirait. Il avait le track de faire sa demande. Après une répétition d'environ trente façon de demander, Jean finit par se lancer après avoir replacer ses lunettes correctement sur son nez.
- C’est vrai Éric ? Tu serais prêt à....
- Si c’est pour me demander de l’argent mon vieux oublie direct ! Éric raccrocha immédiatement fasse à la prise de conscience de l’agressivité de sa réflexion et posa son téléphone sur la table. Il fallait encore un peu de temps pour commencer une carrière de coach de vie.
Jean pris un énorme coup dans le sternum, il n’arrivait plus à respirer. C’est vrai qu’il avait quelques problèmes d’argent mais jamais il n’aurait demandé à qui que ce soit. Lui, il voulait juste devenir heureux. Il se retrouva fasse à sa solitude profonde. L’ascenseur émotionnel était tel que les câbles avaient lâchées afin de s’écraser dans les bas fonds de sa dépression.
Il prit ses lunettes avec ses mains moites et tremblotantes. Les posa. En croisant ses bras sur la table, il y mis sa tête et sanglota puis pleura de désespoir. Personne ne pouvait rien pour lui. Il resta là, en ne pensant à rien, restant seul face à sa morosité.
Le futur coach, de son côté, se remis dans son canapé en pensant à son idée de devenir coach personnel. Vite hypnotisé par la télé étant restée allumé, il vida son esprit en regardant les images négatives défiler aux informations. C’était les mêmes qui tournaient en boucle depuis qu’il avait quitté son canapé mais il avait tout de même envie de les regarder. La grande idée pour que sa vie devienne plus palpitante s'effaça petit à petit. Il finit pas l'oublier en la troquant contre deux minutes de distraction stériles.
Jean monta sur son tabouret en acajou dans la plus grande des tristesse. La lumière orangé avait disparue de son salon qui était devenu sombre. Il pensa à sa vie puis ferma les yeux. Ses pieds poussèrent ce qui les supportait mais il ne tomba pas.
Ce qui aurait finit par devenir une source de bonheur s’était éteint à jamais pour les deux Être qui ont échangé quelques phrases au fil d'un appel.
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