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Appartement bien situé

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Ratiba Nasri

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Comme tous les soirs depuis un mois, Sophie s’installa devant son ordinateur pour consulter les annonces d’appartements à vendre. Cela faisait maintenant quatre ans qu’ils étaient mariés, avec Maxime, et ils cherchaient un bien situé à Paris dans un quartier du seizième arrondissement.
Le regard de Sophie fut attiré par un bel appartement situé rue de la Tour. Il était exactement comme ils le souhaitaient : un beau salon/séjour parqueté, une cuisine aménagée, trois chambres spacieuses et une salle de bains séparée des toilettes. Il faisait une superficie de 100 mètres carrés et possédait un grand balcon ainsi qu’une place de parking en sous-sol. L’annonce venait juste d’être mise en ligne et il fallait téléphoner pour connaître le prix.
Sophie saisit son portable et composa le numéro affiché.
— Agence "Biens de prestige" ! Magalie Duval à votre écoute.
— Bonsoir, j’appelle pour l’appartement P3446. Je voulais savoir s’il était toujours disponible ?
— Oui, il est toujours disponible ! Il vous intéresse ?
— Oui, mais j’aimerais d’abord connaître son prix.
— Le prix de l’appartement est de huit cent mille euros pour une superficie de 100 m2.
— C’est étonnant ! J’ai trouvé plusieurs annonces avec des appartements de 80 m2 à ce prix-là. Vous êtes sûre de ce que vous me dîtes ?
— Sûre et certaine. C’est moi qui suis en charge de la vente et je connais bien le dossier. L’appartement est à ce prix car mon client est pressé de vendre. Il vient d’acheter une villa à Cannes et a besoin de fonds pour financer son projet.
Après avoir posé quelques questions supplémentaires, Sophie prit rendez-vous samedi après-midi pour la visite. Elle raccrocha et courut annoncer la nouvelle à Maxime qui sortait de la salle de bains.
***
Le lendemain, ils se présentèrent à l’adresse indiquée. L’agent arriva quelques secondes plus tard à bord d’une mini Cooper noire. C’était une blonde d’une cinquantaine d’années, très sympathique. Tandis qu’ils montaient au premier, elle leur expliqua que l’immeuble était calme. Beaucoup de propriétaires vivaient à l’étranger et ne venaient que rarement. Celui du bien qu’ils s’apprêtaient à visiter était M. Gérard Dorset, un avocat spécialisé dans le droit des affaires. À présent, il se faisait vieux et souhaitait se retirer dans le sud pour profiter d’une retraite méritée. Il avait de graves problèmes avec son fils unique (cela faisait deux ans qu’ils ne s’adressaient plus la parole). Le fait de partir loin d’ici lui permettrait d’oublier ses soucis familiaux.
Le bien était fidèle aux photos postées sur le site de l’agence. Il était lumineux, spacieux et doté d’une vue magnifique. Quant au parking en sous-sol, c’était inestimable dans la capitale ! Les deux jeunes gens furent conquis. Ils avaient enfin trouvé l’appartement idéal.
À l’agence, Mme Duval leur offrit un café et s’installa à son bureau avec le dossier posé devant elle. Elle leur dit que l’appartement avait déjà reçu la visite de plusieurs couples, dont un ce matin, très intéressé, mais qui attendait une réponse de la banque.
Sophie expliqua qu’ils avaient déjà accompli les démarches et que la banque acceptait de leur octroyer huit cent mille euros. Elle présenta les documents qu’ils avaient pris le soin d’emporter : simulations bancaires, bulletins de paie, impôts sur le revenu...
— Vous n’avez pas de prêt en cours ?
— Non, aucun. Nous aimerions savoir si le prix est négociable.
— Malheureusement non, le propriétaire est catégorique là-dessus. L’appartement est déjà en dessous du prix du marché...
Tandis qu’elle parlait, le téléphone sonna. Magalie Duval s’excusa et prit l’appel.
Après avoir discuté quelques instants avec son interlocuteur, elle nota quelques informations sur une feuille. Les époux Belignet écoutaient, bouche bée, les propos de l’agent. Celle-ci parlait de l’appartement qu’ils venaient de visiter. Magalie annonça qu’elle allait voir avec le propriétaire et raccrocha.
— Excusez-moi, le couple, qui a visité l’appartement ce matin, vient de recevoir l’accord de leur banque pour le prêt qu’ils avaient demandé. Il propose de payer un acompte de dix pour cent au propriétaire afin de bloquer le bien en attendant de signer le compromis de vente. Je suis désolée pour vous !
Les jeunes gens pâlirent en entendant ces mots.
— Attendez ! dit Maxime. Nous sommes nous aussi très intéressés par cet appartement et sommes prêts à offrir un acompte de vingt pour cent au propriétaire. Pouvez-vous s’il vous plaît lui parler de notre offre ?
Mme Duval s’entretint longuement avec le propriétaire : elle parla de la situation financière des deux couples, de leurs propositions respectives. Puis elle écouta attentivement la réponse donnée. Sophie et Maxime suivaient avec anxiété la conversation qui se déroulait. Magalie Duval raccrocha enfin le combiné et leur sourit.
— Bonne nouvelle, M. Dorset a décidé d’accepter votre offre. Il pense que votre dossier est plus solide que celui de l’autre couple. Par contre, il souhaite obtenir la somme dès que possible. Soyez sans crainte, je vous remettrai bien sûr un reçu pour preuve.
Les époux étaient aux anges et remercièrent chaleureusement Magalie Duval.
Ils passèrent les jours suivants à se projeter dans l’appartement. Ils regardaient sans cesse sa fiche, ses photos, et se rendirent sur place afin de faire un tour dans le quartier.
Une semaine plus tard, ils versaient la somme demandée et signaient le compromis de vente. Mme Duval leur annonça que l’autre couple était furieux de ne pas avoir été retenu. Elle leur avait promis de leur trouver un appartement équivalent. Elle n’aimait pas décevoir les clients et faisait tout son possible pour contenter tout le monde. Les époux Belignet écoutaient poliment mais distraitement les propos de l’agent. L’important pour eux était la conclusion de la vente.
Un soir, Sophie repéra, parmi les factures et autres prospectus, une enveloppe rouge et anonyme. Intriguée, elle l’ouvrit et faillit faire un arrêt cardiaque. Sur une feuille de papier A4 blanche, quelques mots avaient été saisis à l’ordinateur :
PREMIER ET DERNIER AVERTISSEMENT
NE SIGNEZ PAS L’ACTE DE VENTE POUR LE NOUVEL APPARTEMENT
OU VOUS MOURREZ !

Sophie, horrifiée et tremblante, avertit Maxime qui devint blême à son tour. Après avoir lu et relu la lettre dans tous les sens et avoir examiné l’enveloppe, qui ne portait ni timbre ni cachet de la poste, ils décidèrent d’avertir la police.
Au commissariat, le policier qui les reçut prit la lettre de menaces très au sérieux et, après avoir mené sa petite enquête, décida de convoquer Magalie Duval. Celle-ci parla de ce couple déçu de ne pas avoir pu acheter l’appartement. Le mari et la femme furent entendus et déclarèrent qu’ils n’avaient rien à voir avec cette maudite lettre. Le policier était sceptique en regardant cet étrange couple : le mari avait le regard fuyant, et la femme semblait tétanisée par la peur. Il se contenta de leur adresser un avertissement verbal avant de les relâcher.
Il expliqua aux jeunes gens que c’étaient certainement ces deux abrutis qui avaient expédié la lettre, et qu’il les tiendrait à l’œil. Confiant, il classa l’affaire sans suite.
Les jours qui suivirent, c’est Maxime qui se chargea du courrier. Sophie était épouvantée à l’idée de recevoir une lettre identique. Elle faisait des cauchemars et avait des angoisses permanentes. Maxime essayait de la rassurer mais était également très perturbé.
Puis, peu à peu, la vie reprit son cours. La boîte aux lettres redevint leur amie, et ils oublièrent ce fâcheux incident. Ils reparlaient projets et étaient impatients d’emménager.
Un mois plus tard, les époux Belignet signèrent l’acte de vente définitif chez le notaire. Magalie les invita à dîner pour fêter l’événement. Elle aussi était ravie ; ce n’était pas tous les jours qu’elle vendait un bien à ce prix et elle aurait une belle commission.
Après le  repas, ils sortirent sur le parking afin de rejoindre leurs véhicules personnels. Soudain, un individu armé fit irruption sur le parking et se mit à tirer. Maxime s’écroula, mortellement touché, tandis que Sophie et Magalie tentaient vainement de fuir. Le tireur déchargea rageusement son chargeur sur elles avant d’être maîtrisé par le vigile de l’établissement et par deux clients courageux, venus porter secours aux malheureux.
Sophie décéda quelques minutes après son époux, lors de son transport à l’hôpital, et Magalie mourut au petit matin des suites de ses blessures.
La police, arrivée sur les lieux quelques instants après le drame, fut dépassée par les événements. Il y avait du sang partout, un mort, des blessées, des témoins choqués, hystériques, et un homme qui se débattait furieusement. On l’avait ligoté grossièrement avec une vieille corde qui traînait dans un tiroir de la cuisine du restaurant.
On l’emmena au commissariat du seizième arrondissement, et il fut conduit dans une petite salle sans fenêtre, pour y être interrogé. Les policiers voulaient comprendre le motif qui l’avait poussé à abattre de sang-froid ces personnes. D’autres clients se trouvaient sur le parking, mais le tireur s’était acharné sur les trois victimes. Les policiers lui demandèrent de décliner son identité, puis de s’expliquer : comment les connaissait-il ? Pourquoi les avait-il tués ? À qui était l’arme qui avait servi aux meurtres ? L’homme ne répondit à aucune des questions posées. Il se contentait de répéter que son père lui avait toujours promis de lui léguer cet appartement bien situé.

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Guy Bellinger · il y a
Un suspense excellemment mené. Le finale, imprévisible, est subtilement amené. J'ai été captivé de bout en bout.
Arriverai-je à vous captiver moi aussi ? Essayez « Mille... et trois » (https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/mille-et-trois). Qui sait ?

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Guy pour ce beau retour.
Je viendrai vous lire avec plaisir :-)
A bientôt !

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