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Mireille.bosq

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FINALISTE
Sélection Public

Je passe souvent devant cette prison, enfin, pour employer un terme exact, il s’agit d’une centrale. Les détenus y purgent de longues peines.
Il y a des années, en arrivant dans cette ville, on ne pouvait pas la louper. Puis, progressivement, elle est située un peu en amont de la cité, la nature reprenant ses droits elle se faisait oublier sous les haies sauvages et des talus herbeux.
À la faveur de ce fouillis, ce fait étrange a pu survenir.
Non loin de ce site, passe un fleuve connu pour ses débordements. Après une année d’interminable pluviométrie, il avait encore réussi à se barrer de son cours habituel.
Fait sans précédent, en raison de l’encerclement par les eaux, prisonniers, gardiens, bâtiments et dossiers, après longues délibérations républicaines, avaient reçu un ordre d’évacuation.
Quel spectacle surréaliste, la vision de ces couples d’hommes sages comme des écoliers en rang. Au détail près, leurs mains liées par des menottes. On les embarquait sur des esquifs de secours.

Il en est un que je n’ai jamais oublié


***


Je figurais au nombre de ces hommes, vigilants et imaginatifs, entrevoyant une dernière chance, malgré la menace de pénalités supplémentaires en cas de mauvaise conduite.
Inutile de préciser que pendant cette balade sous haute surveillance, se partageaient bien des espoirs, voire des projets. Donc, si une opportunité d’évasion se présentait, je la saisirais aujourd’hui ou jamais.
Pour la première fois depuis longtemps, j’avais senti du vent libre sur mon visage. Pas le souffle fadasse qui se traîne entre les murs chauffés d’une étroite cour surpeuplée, non, de l'air.
À ce facteur délicieux s’en mêlait un autre, de dégoût : les aboiements. Pourquoi ces chiens se manifestaient-ils de façon aussi bruyante ? En plus, je les détestais, sûrement parce que dépourvus des capacités réflexives de ceux qui les encadraient, ils leur obéissaient aveuglément.
Ma spécialité ne consiste pas à m’évader de pièges incroyables. Au temps de ma liberté, je travaillais pour une prestigieuse écurie automobile. La vitesse fascine presque autant que le foot.
Ma stature, petite et légère, ne passe pas forcément pour un avantage en centrale, mais une légende a rapidement circulé à mon sujet, on m’a pris pour un pilote. Cette réputation s’est immédiatement muée en affabulation. Moi je trouvais cela aussi étrange que risible, car, légende ou pas je m’étais quand même fait coffrer. Pour longtemps, comme tous les gars d’ici.
J’ai écopé d’une peine lourde, au même titre que les autres, parce que j’attendais au volant d’un bolide que j’avais « emprunté » à ma firme pour charger les hommes et le butin d’un casse. Nous en espérions gros, mais à la loterie finale, la boule est tombée du côté de la fatalité.

Dans l’équipe se trouvait un jeunot. Il a craqué au déclenchement de l’alarme. Pan, pan, il a descendu tout ce qui s’interposait entre lui et la porte de sortie. En moins de deux minutes, le quartier était bouclé. Je crois que notre plan avait fuité. Dommage pour les innocents qui en quelque sorte ont servi de « chèvres » dans cette histoire. Les forces en présence intervenant avant de nous choper les mains dans le sac auraient évité le désastre. Nous exerçons tous un métier difficile, flics ou voyous. Le tarif en cas d’erreur d’appréciation se paie au prix fort.
Les avocats de la marque célèbre pour laquelle je travaillais ont reçu l’ordre de ne pas me laisser l’occasion de renouveler mes exploits.
En tout cas, en ce qui me concerne, je ne portais pas d’arme. Voilà pourquoi j’ai écopé de quinze ans alors que les autres croupissent à perpète.
N’empêche, quinze piges alors que l’on vient d’atteindre à peine vingt-cinq ans, ça paraît long.
Parmi les qualités essentielles des bons pilotes, figure la capacité d’analyser vite.
Le jour où j’ai bénéficié d’une opportunité unique de me faire la belle, j’en ai estimé la possibilité, sans préméditation, dans l’instant.
Nous étions évacués de la centrale à bord de barques en raison d’une inondation. Depuis le matin, le ciel déjà chargé ne cessait de s’assombrir. Tout à coup, tout s’est effondré en cataracte. Tonnerre, torrent, une embarcation qui chavire, et me voilà à la baille. J’en ai rejailli tellement vite que, dans le désordre momentané, mais brièvement bordélique, aggravé sans doute par des potes à moi, j’ai sauté dans un fossé. Quelques mètres plus loin, les cars de police en stationnement nous attendaient.
Vous connaissez un prisonnier qui ne sait pas ouvrir des pinces ? Qui partant en déplacement ne se démerde pas pour planquer l’épingle à cheveux que lui a laissée sa nana pendant sa dernière visite ?
La liberté s’offrait à moi dans une fenêtre étroite où le jeu de la roulette pouvait me coûter la peau des fesses. J’ai pris la tangente au hasard, vers la zone portuaire dans un secteur non bouclé par le transfert.
J’ai vu un van stationné, la porte arrière pas verrouillée, j’ai plongé. Ce jour-là semblait me donner toutes les chances. Mon jour de veine posait quand même ses conditions. La conductrice avait dû s’arrêter sous la pluie pour faire pisser le chien. Quand Médor, une voix de ténor dans un petit gabarit, s’est trouvé nez à nez avec moi, le concert ! J’ai décidé de jouer tout de suite franc jeu. J’ai signalé ma présence avec politesse. La fille, au lieu de couiner, m’a très calmement demandé mon nom. J’ai décliné mon identité avec le même calme. Elle a voulu voir.
— Montrez-moi votre tête. Je vous connais j’ai suivi le procès.
Elles m’épateront toujours. Brièvement, je la lui ai présentée.
— OK ! Je sais votre rôle dans l’histoire. 
Là, sous le coup de l’adrénaline, j’ai été tenté de lui raconter ma vie, j’ai commencé par un flot de paroles. Elle m’a demandé de la fermer.
— Ne me dites rien. Ce n’est pas mon problème. Le seul métier pour lequel je ne ressens aucune vocation est celui de juge. Moi, je n’y connais rien. En principe, je crois savoir que vous teniez juste le volant. Je n’approuve pas, mais depuis que je passe devant la centrale, ça me serre le cœur d’imaginer cette vie...
Ça alors, en plus elle me disait « vous ». Cela ne m’arrivait plus depuis longtemps.
Émotion ou pas il ne s’agissait pas de perdre les pédales. D’après ma conductrice, nos chances de dénicher un abri quelque part semblaient nulles. Elle m’a tout de même prévenu qu’au cas où nous serions arrêtés, elle soutiendrait mordicus avoir obéi sous la contrainte. Attitude justifiée selon mon point de vue. Nous pouvions trouver un terrain d’entente.
Aucune cache ne pouvait offrir la moindre sécurité. D’un instant à l’autre, hélicoptères et bataillons de gendarmeries ratisseraient jusqu’au dernier misérable brin d’herbe, vieux colombier, cabanon, fossé, canalisations et j’en passe. Elle a pris les choses en mains. Première manœuvre : arrêter le véhicule. Faites-voir votre tête a-t-elle redemandé. Décidément, une de ses idées fixes.
Cette tête-là, je ne souhaitais que m’en débarrasser. Par une de ces idées tordues de taulard, je ne me coupais plus ni les cheveux ni la barbe. Elle a poussé un cri de satisfaction. J’étais sûrement tombé sur la plus givrée du coin, mais pour l’instant ça me réussissait.
En attrapant un sac, elle m’a expliqué son job : toiletteuse pour chien. Ah bon, voilà pourquoi son ténor de chihuahua ne puait pas. Pendant une bonne demi-heure, sans un mot, elle a coupé, rasé, coiffé, gonflé. Ma tête de despérado s’est transformée en hipster, mais style chic, soigné, la grande mode du moment.
Comme ma chemise trempée continuait à me donner mauvais genre, elle m’a refilé une de ses blouses de travail blanches en y ajoutant, en guise de cravate, un gadget pour toutou. Là, j’ai protesté. Pitié moi en chien, non pas ça ! Dans le miroir, en voyant mon nouveau look, finalement, je ressemblais à tout le monde. Un moment, j’ai même failli oublier les circonstances en rigolant. Pas elle en tout cas. Elle m’a fait passer devant.
— Si on nous arrête, c’est à moi qu’on demandera les papiers, toi tu la fermes.
Nous ne nous sommes pas côtoyés longtemps, mais je garde le souvenir de son calme et de sa retenue. De cette paire d’heures que nous avons partagée et qui m’offrait une occasion de renaissance, je ne peux en raconter davantage.
Cependant, sur son imagination... en repensant à son plan élaboré presque instantanément, j’en reste encore sur le cul.
— À quelques kilomètres d’ici se trouve un des lieux de départ de pèlerins routiers. Tu vas te mêler à eux.
Depuis qu’elle m’avait rasé je lui avais demandé de laisser tomber le « vous ».
— Je te file ma recette d’aujourd’hui (ça ne rapporte guère le toilettage ambulant pour animaux). Avec ça, tu pourras acheter au moins deux baguettes par jour jusqu’à ton arrivée en Espagne. Pour l’eau, tu trouveras des fontaines dans tous les villages. Intègre-toi à un groupe, tu seras accepté, la fraternité règne, mais ne mendie ni ne vole jamais. Et surtout, pas de capuche ni de lunettes de soleil. Tu te montres normal, point.
Quelle journée, passer au cours de quelques heures de l’état d’ennemi public à celui de pèlerin !
— Et pour crécher, jolie dame, tu as pensé à quoi ? Eh oui, pour ça aussi elle connaissait une solution. Elle a prononcé le mot de fraternité. Des habitants riverains offrent sur le parcours leur hospitalité pour rien.

Il ne suffit pas de traverser une frontière lorsque l’on a fugué d’une prison. J’en ai toutefois passé une sans encombre avec mon groupe de pèlerins. Cette marche forcée, en me dopant à l’espoir, a, un moment, occulté ma mémoire. Fuir, fauché, traqué, demande une énergie qui mobilise tous les sens.
Vous vous interrogez sans doute pour deviner où se nichaient mes sentiments pendant ce temps ? J’ai évité la première erreur que commettent tous les évadés : communiquer avec les miens.
La petite sœur qui m’avait recueilli pendant la première étape de ma cavale, la coiffeuse pour chiens, me l’avait martelé : choisis, ce sera eux ou toi. Oublie-les.
Elle en connaissait un bout sur la vie celle-là. Je n’avais aucune intention d’en tenir compte, mais ça, je l’ai gardé pour moi.
Pour survivre et me fondre dans l’anonymat, j’ai suivi son conseil : ne jamais mendier ni voler. Comme d’innombrables sans-papiers, j’ai accepté tous les travaux.
De la séance d’esthétique de la première heure de ma fuite, j’ai retenu une leçon : le chic rend invisible. Pour rejoindre les lieux de mes plus immondes boulots, je suis parti cravaté et rasé de près. Avec une idée derrière la tête, je cherchais à me rapprocher d’un port.
Sur les maigres salaires que je retirais de mes petits emplois, je me payais des billets de train. Je pressentais que le stop ne me réussirait pas. De la norme, toujours adopter une attitude banale et lutter contre l’envie torturante d’appeler ma femme.
Sur un point au moins je me rassurais : elle gagnait sa vie, quoique modestement, en exploitant un magasin de commerce équitable.
La boutique de ma chérie détenait peut-être la clé des champs définitive.
Elle vend principalement des objets manufacturés en provenance de Madagascar, et aussi du café. Les vélos miniatures façonnés dans des canettes, les couffins et les nappes brodées ne dégagent pas beaucoup de bénéfices, mais les bobos les apprécient. Elle a réussi, en renouvelant souvent ses produits, à fidéliser une clientèle. Si je parvenais à gagner cette destination, je savais comment m’y prendre pour en informer ma petite famille.

Nous nous sommes connus au cours d’une foire-exposition. Elle y tenait un stand. Revêtu de la combinaison constellée d’étiquettes prestigieuses, j’étais payé pour me pavaner autour des bolides de ma firme. Entre une belle fille et un soi-disant coureur automobile, des étincelles se produisent vite, et les bébés aussi.
Pour en revenir à mon boulot d’origine, contrairement à la fable qui a tout de suite circulé sur mon compte en prison, j’étais plus mécanicien que champion. Je l’ai gérée à mon profit. Sans cumuler toutes les qualités caractéristiques des grands, ma tête elle, carburait bien.
Pour revoir ma femme et ma fille, j’ai élaboré une idée folle. Ce sont les seules qui rapportent. Ma liberté actuelle, bien qu’aussi incertaine que menacée en témoignait.
Au bout d’un an, j’ai réussi à gagner un port marchand. Je comptais trouver une embauche sur un porte-container.
Arriver à me faire embarquer, je n’en doutais pas. Ma qualification m’ouvre bien des portes. Mais la question des papiers ? Désormais, je vivrais sans. De mon long séjour forcé dans le pays, survivre, réaliser des économies, je retirais un avantage : je baragouinais suffisamment d’espagnol. Bien qu’extrêmement prudent afin de conserver mon nécessaire anonymat, je ne tremblais pas continuellement. Je ne retrouverais jamais une complète liberté, mais la police avec la prévention des attentats terroristes s’activait davantage à la poursuite de vrais criminels que des seconds couteaux.
Au jour le jour, depuis ma fuite qui remontait maintenant à plus d’un an, je m’intégrais. Je n’ai pas essayé de me fondre par le bas.
Mon aspect, transformé, ne correspondait plus aux photos parues dans la presse après mon évasion. Amaigri, musclé, jamais habillé d'une cotte graisseuse, je ne sollicitais pas de travail de manutention, je recherchais un emploi dans ma qualification de mécanicien.
Le bosco argentin d’un porte-container a fini par me remarquer. Après un interrogatoire fouillé sur mes compétences, il m’a proposé de l’embauche et demandé de revenir le voir avec mes papiers.
Là, j’ai failli craquer. L’envie tout à coup de tout déballer, de fondre en larmes, d’appeler ma mère, ma femme. Depuis plus d’un an, je vis comme un funambule traversant sur sa corde des gouffres et des cimes. Une différence entre lui et moi : il sait où il va. Je ne possédais pas assez de vocabulaire pour le lui expliquer, mais mon visage en a dit long. Le sien aussi, il avait compris. Il se foutait bien d’apprendre quel coup tordu je tentais de dissimuler, il soupesait juste les avantages personnels à tirer de ma situation.
— Moi je suis argentin. Tes merdes avec ton pays je m’en tape. Tu as perdu tes papiers OK. Dans les ports on en rencontre souvent des comme toi. En principe, ceux que j’ai connus jusqu’à maintenant, ils cherchent plutôt à aller dans l’autre sens, mais ça te regarde. Mes embauches, je les gère. Je te dirai sous quel nom tu vas travailler, la question des papiers je m’en charge. Ce n’est pas la première fois. Je te place aux machines. Je te porterai ta bouffe. Ta paie, je la garde pour moi.
C’est ce qui s’appelle avoir le choix. Quant à la cantine, depuis longtemps je sais réduire mes besoins.
Le hasard de ma rencontre avec un Argentin tombait bien. Il n’existe aucune convention entre nos deux pays. Par contre, celui de Madagascar ne représentait pas le plus sûr en raison des accords diplomatiques. J'avais pourtant délibérément pris cette option. Ce pays pouvait m’offrir l'unique chance qu’il me restait de communiquer selon un code avec les miens. En plus, on y parle français.
Une fois arrivé là-bas, j’enverrai à ma femme une simple carte postale. Une de celles que les touristes se plaisent à imprégner de leurs bisous et à signer du petit nom connu des seuls destinataires. Elle comprendrait tout de suite. Elle pourrait venir me rejoindre.
Au cours des trois semaines de traversée, j’ai coupé le contact entre mon cerveau et mes tripes et pas à cause du mal de mer. La mer d’ailleurs, ma charge de boulot ne m’a guère permis de la contempler.

Arrive le jour du débarquement. Depuis la veille, l’Argentin m’a cloîtré dans un container, comme d’habitude avec une poignée de riz et une bouteille d’eau.
Dès que j’entends le claquement de la porte métallique se refermer, j’ai l’impression de me trouver dans ma tombe. Je prends conscience d’être à nouveau captif, prisonnier de ce ventre noir, inconnu, sans repère, désarmé. Je résiste à la tentation de me retourner vers ce vantail, cette chape inhumaine où j’ai accepté de m’ensevelir moi-même, pour tambouriner, hurler, demander ma libération. Puis ma raison revient. À qui la réclamer ? À la première incartade, je me retrouve d’où je viens où l’obscurité m’attend encore au mitard. Je serre les poings sur mes yeux pour interdire aux larmes de franchir mes paupières, je dois conserver chaque goutte d’eau. Debout contre des emballages dont j’ignore le contenu, fétu de 70 kilos, non-être, ni homme, ni fils, ni époux, ni père, je ne suis plus personne. J’inventorie ce que je connais de mon corps pour ordonner à la moindre de mes cellules de se mettre au repos. Je commence par le bout de mes pieds. Je visualise leur forme. Leur conformation appartient au type grec, le deuxième orteil dépasse le pouce. Combien de vaisseaux comporte-t-il-il ? J’arrive au talon auquel j’imprime une pression afin d’en chasser la circulation plus haut. Je dresse les bras au-dessus de la tête pour accélérer la remontée du flux sanguin vers le cœur et je compte ses battements. Je tente de ralentir ma respiration et de ne surtout pas augmenter la température de mon corps. Je deviens une souche, un lichen je consomme le minimum de mon énergie. J’oublie mon apparence et je ne pense plus.

J’ai survécu à l’épreuve. Le bosco, en me libérant, m’a quand même filé une enveloppe. En temps ordinaire, en en recevant une pareille après quinze à seize heures de travail par jour, on casse la gueule au type qui vous la remet. Je n’ai même pas eu besoin de l’ouvrir pour en estimer le contenu, mais pour un peu... bon, enfin, je n’allais pas lui baiser les mains. Aucune nostalgie dans mon adios.
Une fois débarqué, je me suis offert un luxe plus important que mon envie pressante d’un café : un barbier. Les conseils de ma coiffeuse pour chiens toujours en mémoire.
Pour assurer ma survie, je connaissais une coutume locale.
Les voitures et les cars manquent de pièces de rechange. Les véhicules tombent en panne en pleine rue, dans une circulation grouillante. Les mécanos n’ont qu’à attendre le client. La réputation de mon adresse a vite été reconnue. Mon niveau de vie a presque atteint un degré normal.
Toutes les semaines, j’écrivais une carte postale.
Quatre ans après, de Madagascar, aucune n’en est jamais partie.
De quel droit demanderais-je aux miens de choisir entre cette vie, la trouille au ventre, ou des visites au parloir ?

J’ai rencontré une Malgache hindouiste.
Sa famille nous a mariés selon une coutume qui ne s’embarrasse pas de paperasse.
Je ne parviens pas à « voir » la personne de cette épouse, douce, aussi limpide qu’un cristal. Comme en transparence, au travers de sa forme, une seconde silhouette se dresse, connue, chérie, celle de ma vraie femme.
Ce substitut m’a, paraît-il, donné un fils. Un gentil bambin bien élevé pour qui je n’éprouve ni rejet ni affection particulière. À travers son aspect aussi, je vois ma véritable enfant.
Ma « femme » se réjouit en constatant que je ne la bats pas, lui reste fidèle et travailleur. Au ton des réunions avec ses amies, leur langage me reste totalement hermétique, à leurs rires, je comprends l’expression d’une grande satisfaction.
Mon silence ne semble pas les gêner, elles l’attribuent aux coutumes de mes origines étrangères.
Dans mon apparente liberté, aucun horizon. J’ai quitté une prison pour une autre, celle que je porte en moi.
À jamais.

PRIX

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Marie Quinio · il y a
Un double voyage à travers le monde et l'âme de cet homme, prisonnier éternel
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Mireille.bosq · il y a
Marie, je vois avec reconnaissance que vous prenez petit à petit, connaissance de mes écrits. je travaille actuellement sur un concours important à mes yeux, mais je ne tarderai à faire moi-même mieux connaissance avec ce que vous même écrivez. ce genre d'incidence encourage à continuer à publier sur cette plateforme dont on ne comprend pas toujours les sélections. Encore une fois, merci.
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Marie Quinio · il y a
Avec plaisir !
Je ne comprends pas très bien non plus les modes de sélection... mais ne nous arrêtons pas à cela, écrire et nous faire plaisir est le plus important. A bientôt

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DOUMA ESPERANCE · il y a
Félicitations !
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Mireille.bosq · il y a
Il m'est extrêmement agréable de voir que même après la fin d'un concours, les nouvelles sont encore lues. C'est doublement appréciable. Merci
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Adjibaba · il y a
Récit subtilement écrit. J'adore votre façon d'écrire. Je vous accorde mon vote avec plaisir et vous encourage à continuer dans cette lancée car c'est un réel plaisir de vous lire.
C'est mon premier concours, je invite donc à passer me lire dans "Entre justice et vengeance " et de voter et à partager si toutefois mon histoire vous plaît: https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Mireille.bosq · il y a
Merci pour ce chaleureux commentaire, je vous rendrai également visite.
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Marie-Françoise · il y a
Je vs découvre aujourd’hui et je ne peux m’empêcher de voter ce qui compte c’est bien la liberté ds sa tête n’est-ce pas ?
Je vs invite à venir déguster mon Lapin

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Mireille.bosq · il y a
Chers amis et soutiens. mes remerciements chaleureux pour m'avoir accompagnée dans l'aventure de cette cavale, c'en est une chaque fois!

J'ai bien vu la liste des finalistes du prix "QUIQUI" mais, pardonnez-moi de ne pas venir vous soutenir, un membre de ma famille est hospitalisé et je manque de temps. Je n'en formule pas moins mes meilleurs vœux à chacun et que le plus "gonflé" gagne!

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Thara · il y a
J'ai aimé ce récit une première fois, c'est avec plaisir que je récidive une seconde fois...
Même punition :
mes 5 voix !

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Mireille.bosq · il y a
Divine surprise! merci
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Mireille.bosq · il y a
Quand je pense qu'il y a quelques jours à peine j'étais prête à toute les mendicités pour passer le cap des 200 voix. Miracle de l'amitié en ligne, j'ai sauté le pas avec 40 voix en plus. Rien toutefois, ne vous empêche de continuer la distribution (des voix!) merci encore et merci d'avance.
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Francis Sapin · il y a
Un homme lâche et trois femmes généreuses... un texte féministe sans en avoir l'air. Intéressant !
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Mireille.bosq · il y a
C'est toujours aussi passionnant qu'intéressant de revoir son texte à la lumière d'autres lectures. Votre point de vue est original et je vous remercie de m'en avoir fait part.
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Dranem · il y a
Je me dépêche de voter avant la finale en découvrant ce texte... à relire
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Mireille.bosq · il y a
C'est une bonne surprise, cette hâte, cette pensée des derniers votes, en tout cas et c'est l'essentiel, vous semblez avoir apprécié l'histoire. Une de mes préférées...merci.
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Francis Etienne Sicard Lundquist · il y a
Très belle écriture dont la fidélité et la couleur m'ont ravi ! Je vote avec le plus grand enthousiasme je vous soutien dans cette compétition avec le plus grand plaisir. Cordialement, Francis Étienne
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Mireille.bosq · il y a
Vous ne pouvez imaginer combien ces derniers votes comptent pour moi à un moment où je pensais fini le cycle des lectures. merci infiniment.
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