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Apnée

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Patrick Barbier

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NB : Posté hier et enlevé ce matin après avoir reçu deux coups de téléphone d’amis me demandant comment j’allais. Euh... Les gens, c’est une œuvre de fiction (même si le mot « œuvre » est un peu too much ^^). Il n’y a rien d’autobiographique même si je n’ai pas été et ne serai peut-être pas à l’abri d’une rupture. J’ai voulu faire s’exprimer un personnage qui est en plein dedans et intercaler des dialogues entre lui et celle qui le quitte, avec ses états d’âme et des paroles de chansons que comme des imbéciles on écoute dans ces cas-là alors qu’on ferait mieux de penser à autre chose. Bien sûr que j’ai mis « je » mais parce qu’avec « il » ça ne marchait pas du tout. Essayez, vous verrez. Donc, tout baigne, c’est juste une de mes petites histoires. Merci de passer par là.


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- Tu es sûre ?
- Je ne suis plus sûre de rien. C’est pour ça que je pars.

J’en suis à regarder la chaîne météo en boucle. Les anticyclones, les basses pressions, les hautes, les ouragans et les grêlons sur la Normandie. Le Gulf Stream, la formation d’un front froid, la fonte des glaciers, les différentes températures à Pékin, Londres, Paris ou Canberra. La mousson, les réfugiés climatiques, les grandes marées et les vagues-submersion. Plus rien de la science prévisionnelle des météorologues ne m’est étranger.
Pour ce que j’en ai à foutre...

Et je m’en fous comme je crois que jamais je ne me suis foutu de quoi que ce soit.
I Said hey Joe, take a walk on the wild side.
Les sentiers battus... Bienvenue au club, Joe. Des sentiers battus par le vent et un isolement qui aspire/respire l’horizon vide et les nuits sans fin. L’obscurité qui avance de pièce en pièce et la lucarne bleutée diffusant des images d’ailleurs où je n’irai jamais. Que ce soit en côtoyant des ouragans ou en inclinant mon cou sous une chaleur de couperet. Et pour finir, y aller sans toi ne m’intéresse pas.

- Ce n’est pas juste.
- Rien n’est juste, tu le sais...

L’amour est un jeu aux règles floues, à la finalité inatteignable. Plus il s’installe dans le temps et plus il se dilue et le plaisir de « gagner » s’estompe pour se complaire dans une lassitude nourrie à des stratégies qui se répètent à l’envi. La perte de la partie en cours en devient une délivrance...parfois...

Faut être devenu complètement con pour écrire des platitudes pareilles. M’étonne pas qu’elle se soit barrée. Si c’est pour entendre ou lire des sentences aussi fumeuses, autant reprendre les Marlboro light à la chaîne.
Si tu me quittes, est-ce que je peux venir aussi ?
Et la « délivrance » ne marche que dans un sens. Demandez à celui ou celle qui reste s’il ou elle se sent délivrée.
Du fond de sa prison dégoulinante de larmes, gémissante de pensées désespérées et résonnant de battements d’un cœur qui ne bat plus pour deux. Ou qui, quand il s’y essaie, s’échoue en arythmies suffocantes.

- Tu sais que je t’aimerai toujours ?
- Je peux l’écrire, ça ? Je le relirai quand je me coucherai dans ce putain de lit où tu n’es plus.

Toutes les ombres cachées par notre lumière se sont invitées au fur et à mesure. Toutes nos clartés déclinantes les ont déposées ici. Là-bas. Il n’y avait pas que des « je t’aime », il y avait tout ce que supposent ces aveux-là.
Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main l'ombre de ton chien
Il y aura eu tous ces regards sans conséquences. Il y aura eu tous ces sourires machinaux. Mes faiblesses et mes manques. Et tes yeux qui ne pétillaient plus quand ils se posaient sur moi. Je reprendrais bien un scotch, moi. Tiens, c’est pas bête, fous-toi à l’envers, ça va améliorer ta situation. Et je te rappelle que tu as fini la bouteille cette nuit. Et que tu n’as plus de clopes non plus.

- Tu as quelqu’un d’autre ?
- Ce n’est absolument pas le problème.
- Tu as quelqu’un d’autre...

Mais les forces me reviennent petit à petit. Je réussis à prendre une douche de temps en temps. Et à vider le cendrier. Et je peux descendre dans la rue pour faire les courses au tabac du coin et à la superette. Pas tous les jours. Mais ces matins-là, je me rase, aussi. Je peux même regarder mes reliques pendant ce temps sans plus me retenir à l’évier le temps que le souffle me revienne et que la douleur dans ma poitrine veuille bien aller voir ailleurs si j’y suis. Même si en général j’y suis aussi...
Il y a mourir dans « je t’aime »
Un flacon de parfum vide mais qui a conservé des atomes de toi. Un petit haut à bretelles que je t’avais offert mais qui apparemment ne te plaisait pas autant que je l’imaginais. Je me suis masturbé avec, une fois. Je me suis tellement méprisé que je n’ai plus jamais recommencé.
Et une bombe de déodorant presque pleine. A raison d’une demi pression tous les deux jours, elle peut durer jusqu’à ce que je sois guéri.

- C’est mieux pour nous deux.
- Oui... pour vous deux, c’est mieux.

Je m’en cogne de guérir. Je veux juste qu’elle revienne. Pour me dire qu’elle n’y arrive pas. Que je lui manque et qu’elle ne comprend pas comment elle a pu nous faire ça. Et moi je lui dirai qu’il est trop tard, que je peux désormais dormir quatre heures d’affilée et que c’est bien le signe que le temps a fait son office. Que je relève la tête. Que je n’ai plus besoin d’elle dans ma vie, de son sourire le matin au réveil, de la caresse de sa main sur ma joue... (excusez-moi)...............
Nous ne sommes ni des saints, ni des anges
Il n'y a que la lumière qui change
Si tu savais comme je t’en veux de m’avoir laissé comme ça. Une guenille froissée bouffant du chagrin comme des chips périmées et étouffantes qui refusent de passer le barrage de la gorge définitivement serrée.

- Laisse-moi un peu de temps. Ici je ne peux pas réfléchir.
- Je ne pense pas que faire l’amour avec un autre que moi aidera ta réflexion à mon sujet.

De territoires découverts en centimètres carrés de peau nue, de baisers brûlants en corps à corps qui ne devraient jamais finir, la passion se conjugue sur une idée de l’éternité. Une idée fallacieuse puisque rien ne dure dans nos cœurs ni dans nos vies. Mais une idée après tout supportable s’il y avait synchronicité dans nos lassitudes et nos habitudes. Dans la poitrine de celui qui entretient encore cette passion ou tout du moins ses échos, il y a soudain comme une promesse de souffrances. Alors que dans celle de l’autre il y a déjà une autre promesse, celle d’un ailleurs.
Où peux-tu te trouver aujourd'hui, ou es-tu ? Prête à ne pas me voir, où es-tu ?
Te prépares-tu chez toi à ne pas me rencontrer ou bien à m'ignorer, où es-tu ?
Et voilà, tu repars dans des lieux communs qui non contents de n’avoir aucune prise sur les sentiments (ou plutôt sur leur déliquescence) de celui ou celle qui s’en va, élève le pitoyable au rang d’un des beaux-arts. Et dans le cas qui nous intéresse, c’est elle qui est partie. Dont acte. Où est cette fichue bouteille ? Trois heures du matin. Il faudrait que je dorme un peu. Sur le canapé alors, parce que ce lit...

- Je t’appellerai... Dès que je sentirai que tu ne vas pas bien, je t’appellerai.
- Tu peux m’appeler...là...maintenant ?

Il m’arrive de rêver de toi au milieu d’un sommeil intermittent et pourvoyeur d’oubli. Un oubli attendu et espéré comme une oasis au beau milieu d’un désert assassin. Tu ne pourrais pas essayer de t’accorder avec le réel s’il te plaît ? Dans ces paradis nocturnes tu n’es pas du tout en phase avec mes matins solitaires. La chute est brutale. Trop.
If I could be who you wanted...
If I could be who you wanted all the time...
Non, je déconne. Reste comme ça dans mes rêves. Je t’y retrouve telle que tu étais avant. Qu’est-ce que j’ai pu te trouver belle... D’après ce que tu m’as dit, il y a mille ans, j’étais spécial et fait pour toi. Bordel mais combien on est à être spéciaux et faits pour toi ? Excuse-moi. Manquerait plus que je t’énerve. Déjà que tu te donnes à un autre et malheureusement pour moi, je sais parfaitement la manière dont tu te donnes, si en plus je t’emmerde avec ma peine, je n’ai plus qu’à dérouler un cerf-volant sous un orage. Remarque c’est peut-être d’un coup de foudre dont j’ai besoin.

- Je ne t’oublierai pas. Je te le promets.
- Moi c’est ce genre de phrase qu’il va me falloir oublier. J’ai du boulot...

Une autre femme, un jour. Qui m’électriserait comme tu l’as fait. Qui me ferait toucher du doigt le seul truc qui confine à l’absolu. Pourquoi cela m’est-il aussi étranger qu’une collection de papillons cloués sur une planche de liège ? Sont pas plus beaux à voleter au-dessus d’un champ de coquelicots, les papillons ? Pardon ? Les papillons et les coquelicots ont disparu ? Ben ça vous fait un point commun.
Que j'ai perdu tout ce qui t'avait plu
Et gagné ce qui ne te plaisait pas

Que j'ai perdu tout ce qui t'avait plu
Et gagné ce qui ne te plaisait pas

Que j'ai perdu tout ce qui t'avait plu
Et gagné ce qui ne te plaisait pas

Le temps a passé... Parfois, une douleur fugace au détour du sourire d’une belle inconnue me laisse immobile quelques secondes. Un peu sonné. Et puis je repars. J’espère que ta vie est belle. Je t’aimais tant que je peux bien me payer ce luxe.



Avec, par ordre d’apparition : Lou Reed (Walk On The Wild Side), Alain Bashung (Camping Jazz), Jacques Brel (Ne Me Quitte Pas), Jean-Jacques Goldman (Sache Que Je), Stephan Eicher (Elle Vient Me Voir), Dominique A (Au-revoir Mon Amour), Radiohead (Fake Plastic Trees), Christophe Miossec (Je Plaisante).

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Cajocle · il y a
Ce texte était passé entre mes gouttes...
Il me reste un fond de bouteille et des clopes. On partage ?

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Patrick Barbier · il y a
Bien sûr... Même avec du retard ^^
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Chironimo · il y a
exercice fort bien réussi.
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Isabelle Lambin · il y a
Pas simple une rupture amoureuse (enfin de ce que j'ai pu en lire jusqu'à présent et de l'idée que je m'en fais). C'est vrai que ça donne pas tellement envie. Dans ma liste des trucs à faire, curieusement je ne l'ai pas noté et j'espère ne jamais avoir à le faire. Enfin bref... Super style. J'aime cette façon que tu as eu de mettre les choses en place. C'est le naufrage dans sa tête et ça se mélange un peu entre les échanges avec son ex, les paroles de chansons, les instants assez pitoyables de sa vie cherchant (ou pas) à refaire surface. Ta petite mise en garde au début du récit m'a amusée. Mais c'est touchant en même temps de voir que tes amis se préoccupent de ton bien-être.
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Kie · il y a
La femme s'est tirée par amour. Elle pensait que son mec avait trop envie d'écrire des trucs super. Or une panne de cœur, quoi de mieux pour l'inspiration ? " Je me barre ! qu'elle s'est dit, ça lui fera plaisir d'écrire un texte sur la rupture". C'est une sorte de cadeau qu'elle lui a fait, en somme. Je trouve qu'elle a eu raison, belle réussite. (Naturellement, je ne pense pas un mot de tout ceci, c'est une pure fiction (excepté en ce qui concerne la haute qualité de l'exercice)).
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Anna Hoser · il y a
biensur que c'est de la fiction mais pour l'exprimer aussi bien ... biensur encore ça n'engage que moi ! écrire est un excellent exutoire
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Granydu57 · il y a
Un personnage et des états d'âme multiples, c'est comme si cela se passe dans un immeuble ou tout les mecs sont lâchés par leur amour d'une vie. Patrick, style "fenêtre sur cour", observe, dissèque, écrit.
Pour la musique, il me faut aller écouter C. Miossec (et la je ne plaisante pas ;-) )

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Patrick Barbier · il y a
Merci pour ce commentaire Grany. Il me touche...
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Camélia · il y a
Quand l'être tant aimé nous abandonne......"Si tu me quittes, est-ce que je peux venir aussi ?".................ça fait remonter à beaucoup d'entre nous des moments douloureux mais on guérit, pas totalement ...jamais totalement......
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Patrick Barbier · il y a
Non... Jamais totalement. je confirme... Merci Camelia
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Joelle Teillet · il y a
St valentin joue au ricochet ;-)
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Patrick Barbier · il y a
Et à colin-maillard ^^
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Emma · il y a
Si celle qui est partie s'appelait Rose, le narrateur aurait pu chanter ça en se noyant dans le whisky...
"oh Rose
jamais devient morose Rose
tout s'est fané un soir Rose
tout s'est flétri tout est si perdu
Oh Rose
si un jour je t'indispose Rose
on lira un beau fait divers Rose
tailladé sur ton dos nu"

Mais c'est pas Rose alors il peut toujours chantonner ça :
"Rester en vie 
Ce n'est que du music-hall
Un spectacle hors de prix
Une grande foire agricole
Rester en vie 
Et devenir luciole
Se tourner vers la lumière 
Et n'être plus que tournesol
Rester en vie, rester en vie"

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Patrick Barbier · il y a
Merci Emma... Beaucoup...

Je complète ton commentaire :


Rester en vie
Ce n'est que de la bricole
Un peu de tuyauterie
Que l'on rafistole
En surveillant jour et nuit
Le coeur quand il s'affole

https://www.youtube.com/watch?v=urg8cahcx_4

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Emma · il y a
1964. Depuis le début je suis sûre qu'il l'a écrit pour moi. On est presque jumeaux quoi ! Bon on peut rêver quand on est fan. Et un jumeau, un frère ? Non ce serait dommage... trop de charme ce gars...
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Mirgar · il y a
Un bel exercice original qui réussit à toucher même si le thème est rebattu...D'après vos explications, il n'arrive pas hasard et tout cela nous fait réfléchir sur ce désir d'écriture qui mobilise à chaque instant pour faire sa cueillette afin de créer son miel...
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Patrick Barbier · il y a
Merci pour ce joli commentaire Mirgar
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