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Année 3312 : Partie 4

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Korrigan

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Chapitre 6 : Le vaisseau



Xora rentre de l’ASAN et annonce à Dilian et Silliva :
« Les autres scientifiques veulent vous parler maintenant. »
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Dilian, Silliva et Xora prennent leur masque et s’engouffrent dans l’ascenseur. Ils marchent sur l’étendue de sable qui n’en finit pas et arrivent dans l’ASAN. Xora guide les deux enfants vers une grande salle éclairée par de nombreuses fenêtres. Elle est bondée d’ordinateurs et un grand écran emplit tout le mur du fond. Plusieurs mécaniciens s’affairent sur un vaisseau spatial et donnent leurs avis sur son fonctionnement. Des scientifiques parlent à voix basse et certains font des schémas compliqués. Dilian et Silliva aperçoivent une boule de la taille d’une pizza et qui ne cesse de changer de couleurs. Silliva souffle à Dilian :
« Je parie que cette drôle de boule est la boule magnétique dont ma mère nous a parlé hier... »
Le trio approche du groupe de scientifiques. Xora se racle la gorge et dit :
« Bonjour, voici ma fille Silliva et son ami Dilian.
- Bonjour les enfants, dit un scientifique en serrant la main de Silliva et Dilian. Nous sommes ravis de vous rencontrer. Vous avez apporté le fameux livre ? »
Silliva sort alors de son sac le manuscrit « Contes et légendes écrits de père en fils pendant plus de six générations », et le lui donne. Celui-ci l’examine du regard. Il le pose ensuite sur une table et un autre scientifique le scanne avec un petit objet. Elle met ensuite l’objet dans un ordinateur, et celui-ci fit « Tiit ! ».
« Qu’est-ce que vous faites ? demanda Dilian.
- Nous scannons le livre, explique-t-elle. Ensuite, nous « donnerons » les pensées du livre à la boule magnétique (quand celle-ci fonctionnera correctement). Elle servira ensuite de transmetteur et donnera « l’énergie de pensées » nécessaire pour que le vaisseau fonctionne.
- D’accord, dit Silliva. En gros, les pensées numérisées dans l’ordinateur voyageront jusqu’à la boule magnétique, et la boule va les transmettre au vaisseau.
- Oui, c’est cela », répond le scientifique.
Xora se dirige vers la boule magnétique. Elle entre un code secret, et la boule magnétique devint mauve, signe qu’elle est heureuse.
Une scientifique relie l’ordinateur à la boule magnétique. Xora appuie sur un bouton et la boule s’assombrit.
« Il ne faut pas qu’elle transmette déjà l’énergie des pensées, explique-t-elle.
- Bien sûr. »





*****



Les mécaniciens travaillent toujours sur le vaisseau.
« Nous avons presque fini le vaisseau ! s’exclame un mécanicien. Il ne reste plus que les commandes à placer.
- Combien allez-vous en construire ? demande Silliva.
- Un seul, répondit le scientifique.
- Un seul ? dit Silliva. Il en faudrait beaucoup plus pour la Terre entière !
- Est-ce que je dois leur dire... commença Xora.
- Il faudra bien leur dire un jour ou l’autre...
- Nous dire quoi ? demandent Silliva et Dilian en même temps.
- Eh bien en fait... commença le scientifique...
- Ceux qui voyageront dans le vaisseau se déplaçant par la pensée... seront le président du Monde, ses ministres, et d’autres personnages importants, termine Xora. Je suis désolée de vous dire cela mais... nous allons rester sur Terre. »
Dilian et Silliva restent un moment sans bouger, la bouche grande ouverte. Un silence lourd s’installe dans la salle. Dilian rompt le silence :
« Que... quoi ? Personne ne va survivre ! Moi qui pensais que VOUS alliez trouver une solution ! Je pensais que tout le monde allait partir de cette fichue planète ! On va être aspiré par le trou noir et y’a que le président qui part ? C’est injuste ! Vous êtes des monstres ! À quoi ça sert l’égalité maintenant, dites-moi ! »
Personne ne répond.
Un scientifique dit :
« Tu sais petit, c’est une hypothèse, mais on dit que ce que les trous noirs aspirent traverse des trous de ver, puis est rejeté par des trous blancs. Cela voudrait dire que les trous noirs aspirent, et les trous blancs rejettent. Et ce chemin - trou noir + trou de ver+ trou blanc – serait des raccourcis dans l’espace-temps.
- Mais ce n’est qu’une hypothèse ! s’exclame Silliva. Nous n’allons peut-être pas survivre et réapparaître miraculeusement sur une autre planète !
- Oui, mais cela peut être vrai aussi, répondit le scientifique. Nous ne savons pas où ont atterri les quatre astronautes Ginny Kal, Somo Jons, Clira Bini et Viti Dine... s’ils ont atterri quelque part. Mais quoi qu’il en soit, il faut garder espoir. »
Dilian et Silliva tournent le dos aux scientifiques et sortent de l’ASAN.
« Où allez-vous ? demande Xora.
- On part, on a rien à faire ici », répondit Silliva.




Chapitre 7 : Le trou noir Léovik



Le vaisseau va bientôt décoller. Silliva et Dilian se bouchent les oreilles, pour ne pas devenir sourds. Le président du Monde et les autres passagers attendent dans le vaisseau que le décompte se termine.
« 13 secondes, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1... 0 ! »
Le vaisseau se détache du sol, très lentement. Il va de plus en plus vite, et en 5 minutes, il est déjà dans l’espace.
Dilian et Silliva s’éloignent un peu des scientifiques. Dillian lâche :

« Je le savais ! On pensait que tout le monde allait s’en sortir à l’aide de ces scientifiques stupides ! Et bien non ! Le trou noir va nous avaler tout cru ! Et puis... J’ai peur... »
Silliva lui prend la main timidement. Elle cherche dans sa tête des paroles apaisantes. Elle n’a pas l’habitude de dire des choses qui réconfortent.
« Tu sais, moi aussi j’ai peur... Mais si on n’y arrive pas, au moins, on aura essayé... C’est déjà beaucoup, ça, d’essayer... Si ça se trouve, les théories des scientifiques sont vraies : si on passe à travers le trou noir, on va se faire expulser par un trou blanc qui va nous envoyer à une vitesse vertigineuse sur une autre planète. »
Dilian baisse les yeux. Silliva reprend :
« Eh, faut pas pleurer. Je sais, c’est un moment dramatique mais il ne faut pas perdre espoir.
- Oui, mais tu vois bien, c’est la fin du monde assurée ! On va tous mourir !
- Dilian, arrête tes salades ! Je suis certaine que tout le monde va s’en sortir, je le sens...
- Comment ça tu le sens ? Tu crois pouvoir savoir qui va mourir et qui va survivre ?
- Non, bien sûr que non ! Mais, écoute, pourquoi quelques-uns peuvent partir et pas les autres ? C’est injuste ! Soit on va tous mourir sur Terre et un petit groupe survit (ce qui n’est pas du tout équitable), soit on va tous survivre je sais pas où ! Dans le fin fond de l’Univers. Je veux y croire.»
Silliva prend l’autre main de Dilian dans le sienne et le regarde droit dans les yeux.
«Dilian... Tu dois espérer toi aussi. »
Et Dilian ose quelque chose qu’il ne fait pas souvent. Il se jete dans les bras de Silliva. Ils se serrent pendant quelques secondes, puis, Dilian, un peu gêné, dit :
« Bon, heu... »
Il n’a pas le temps de terminer sa phrase car un cri terrible venant de l’ASAN les alerte.





*****





« Qu’est-ce qui se passe ? » demande Silliva lorsqu’elle arrive dans la salle.
Personne ne lui répond. Tous les scientifiques courent en criant des « IL FAUT PRÉVENIR TOUT LE MONDE ! » ou des « IL FAUT QUE TOUT LES CONTINENTS SE RASSEMBLENT AU PLUS VITE ! ».
Dilian se dirige vers un énorme télescope que l’un des scientifiques a abandonné. Il essaie de ne pas crier lui aussi.
« Mais qu’est-ce qui se passe à la fin !! » crie Silliva.
Dilian lui prend le bras et l’entraîne vers le télescope. Ce que tout le monde a vu tout à l’heure, les enfants le découvre à leur tour. C’est une forme noire, immense, qui happe les étoiles.
« Le trou noir Léovik ! À combien de kilomètres est-il éloigné de nous ?
- À 500 000 kilomètres ! La fin du monde est proche !
- Nous allons rassembler toutes les Aéro-pollutios en Afrique pour protéger toute la population ! Envoyez des appels d’urgences à tous les continents ! »
- Silliva et Dilian, dit Xora, allez-vous mettre à l’abri dans l’Aéro-pollutio ! »
Les deux enfants courent à toute allure vers l’Aéro-pollutio. Ils empruntent l’ascenseur et Dilian reste chez Silliva. Celle-ci porte Vénus et la presse contre elle. Un rédifogre annonce :
« Que tout le monde m’écoute. Ceci est un message d’alerte. Le trou noir approche dangereusement et pour raison de sécurité, les quinze Aéro-pollutios vont venir se regrouper en Afrique. Elles vont ainsi former un énorme vaisseau (qui malheureusement est trop lourd pour voler). Mais, si cette hypothèse est juste, le trou noir va nous happer vers un trou de ver, et ensuite dans un trou blanc. Ne perdez pas espoir, on va peut-être s’en sortir ! En attendant, attachez-vous bien ! »
Le rédifogre se coupe, laissant place au silence. Les enfants ne disent plus rien. Lorsque que Xora arrive, l’Aéro-pollutio s’envole déjà de quelques olipads. Ils s’attachent en silence.

*****

Deux heures et demie se sont écoulées lorsqu’ils arrivent en Afrique. La population des quinze Aéro-pollutios sort pour laisser place au mécaniciens et scientifiques. Ceux-ci effectuent des manipulations pour que l’assemblage soit parfait. En quarante-cinq minutes, le vaisseau est en place. La panique devient assourdissante. On peut voir le trou noir Léovik, gigantesque dans le ciel. Toutes les planètes sont à sa merci.
Dilian s’éclipse. Le directeur de son orphelinat ne veut pas qu’il rejoigne Silliva, Xora et Vénus, la chienne. Alors il décide de partir sans que personne ne le voie.

*****

Silliva prend Vénus dans ses bras et suit Xora dans le vaisseau. Elles doivent rejoindre leurs places. Silliva guette le moindre signe de Dilian, mais elle ne le voit pas. C’est alors que...
« Pssssst... Pssssst, Silliva ! »
Elle se retourne et aperçoit Dilian caché derrière un gros sac abandonné.
« Je peux venir ?
- Bien sûr que oui ! cria Silliva. Je t’attendais, moi ! Je n’allais pas partir sans toi ! Allez, monte, maman s’impatiente ! »
Ni une, ni deux, Dilian s’élance dans le vaisseau, suivi par Silliva et Vénus. Xora leur fait de grands signes pour qu’ils viennent s’asseoir. Ils s’installent. Plus les minutes s’écoulent, plus le vaisseau se remplit. Il y a tellement de sièges ! Sept milliards de sièges, pour tous les Terriens !
« En fait, pourquoi on a fait un énorme vaisseau pour tout le monde ? demande Silliva.
- Tu sais, ce n’est pas vraiment un vaisseau, dit Xora. C’est une chose qui va nous protéger du trou noir.
- Oui mais, on sera happé par le trou noir quand même ! s’exclame Dilian. Pourquoi avoir fait autant de travaux alors qu’on aurait pu tous rester dans les Aréo-pollutios ? On sera happé dans les deux cas de toute façon !
- Oui mais, si une des Aréo-pollutios est moins résistante que les autres, elle va se casser, et tous ses occupants seront morts gelés dans le vide spatial, explique Xora. Au moins, dans ce vaisseau, on est sûr qu’il ne va pas se fragiliser et que tout le monde y sera en sécurité... juste avant d’être happé par le trou noir Léovik.
- Comme ça, dit Silliva, si votre hypothèse de trou de ver et de trou blanc est bonne, tout le monde pourra survivre et il n’y aura aucuns blessés !
- Exactement, reprit Xora. Et si elle n’est pas bonne... au moins on aura essayé.
- En attendant, qu’est-ce qu’on fait ?
- On attend déjà que tout le monde soit installé. Ensuite, il faudra prévoir des couvertures et des doudounes. Il fera sûrement froid dans le trou noir, vous ne croyez pas ?
- Si si... » dit Dilian.
Il fait une petite caresse à Vénus.
« Il faudra donner un polaire à Vénus », dit-il.


*****


Tout le monde est maintenant paré pour affronter le froid. Personne ne parle. Le silence était parfois coupé par des cris emplis de peur. Les uns et les autres essaient de se rassurer, mais ils savent qu’il n’y a que deux possibilités. Soit ils meurent, soit ils ne meurent pas. C’est simple. C’est au trou noir de choisir. C’est lui qui détient son secret. Peut-être y aurait-il réellement un passage derrière cette énorme porte dont personne n’est revenu. Peut-être que les astronautes Ginny Kal, Somo Jons, Clira Bini et Viti Dine les attendent sagement derrière ?
Le vaisseau s’ébranle soudain. Silliva et Dilian répriment un cri et Xora tressaille. Vénus tremble. Cela commence. Le grand voyage. Il y a une nouvelle secousse. Et une autre. Et encore une autre. Silliva prend peur. Elle prend la main de Dilian et arrête de respirer lorsqu’une énorme secousse fait trembler tout le vaisseau. Les gens crient. Tout le monde lève les yeux vers les minces fenêtres que le vaisseau comportent lorsqu’un homme crie :
« Le trou noir ! Regardez ! »
Il est là. Tout près et menaçant. Le trou noir Léovik. Il est si grand que l’on ne voit même plus le soleil. Soudain, un « objet » rond passe devant le trou noir...
« La Lune ! cria Silliva, ce qui fait trembler Vénus de plus belle. Le trou noir avale la Lune ! »
Un nouveau cri d’effroi traverse tout le vaisseau. Une énorme secousse, beaucoup plus violente que les autres, fait soulever l’avant du vaisseau. Pour certains, se retrouver à la verticale ne leur plait pas du tout.
« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ! s’exclame Xora. Qu’est-ce que vous imaginiez comme voyage en courant ainsi dans la bouche d’un trou noir, qui n’est plus maintenant qu’à 1 500 kilomètres de nous ?! »

Cela fit son effet. L’affolement général reprend lorsque l’arrière du vaisseau se détache du sol et qu’il commence à s’élancer. Dilian caresse nerveusement la tête de Vénus.

Le vaisseau pointe maintenant son nez vers l’espace. Sorti de l’atmosphère, ses tremblements se calment. Silliva voit le Soleil, Mercure, Vénus, la Terre. La Terre, la bonne vieille planète qui a survécu à tant de gaz meurtriers... Il y a 1 200 ans, on la nommait la Planète Bleue.
« Pourquoi ? se dit Silliva. Pourquoi Bleue ? La Terre n’est pas bleue, elle est jaune. »
Elle regarde dans l’autre direction. Rien. Que du noir. La Lune, fidèle à sa planète, et Mars, à qui on ne voit plus que sa moitié, Silliva en frissonne. Et dire qu’eux aussi vont finir là-dedans...

Le vaisseau file de plus en plus vite. Tellement vite que, en trois quarts d’heures, Mars a disparu avec la Lune, et que le vaisseau est tout près du trou noir. En quelques secondes, l’avant du vaisseau fonce dans la figure du monstre. Le temps semble s’arrêter. La couleur noire avance elle aussi et la moitié du vaisseau en est recouverte. Xora, Dilian, Silliva et Vénus se serrèrent. Puis ce fut le vide. Un vide noir et total.











(À suivre dans la partie 5)

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