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Anna

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P.A.J

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Le silence, lourd et apaisant était brisé par le souffle de l’air glacial s’engouffrant dans les moindres recoins. Le corps de Linda, lourd et engourdi était enveloppé dans l’étreinte mordante de l’hiver. La fatigue ancrée à sa chair, ne lui permettait pas d’entreprendre le moindre effort pour s’échapper de ces ténèbres qui l’entouraient. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était dans cet étrange lieu, ni même comment elle avait pu y arriver. Tout était si calme, qu’elle n’éprouvait aucune hâte à s’en défaire de toute façon. Etait-ce à cela que ressemblait la mort pensa-t-elle.
- « Maman ! » Entendit-elle du fond de l’obscur univers. Une voix faible et étouffée qui ne résonna que peu dans son esprit affaibli. « Maman ! » Une nouvelle fois plus fort. Les ténèbres furent en une fraction de seconde déchirée par un large flash de lumière blanche, agressant les yeux de Linda. Une douleur intense parcourue son crâne pour finir par bourdonner par relance sur le haut de son front. La sensation de son propre sang chaud lui couler sur le visage lui rappela qu’elle était encore bel et bien en vie. Quand ses yeux finirent par s’habituer à la lumière, elle remarqua le pare-brise devant elle complètement fissuré. Elle avait manifestement quittée la route car la neige s’étendait à perte de vue. Son regard balaya l’habitacle à grande vitesse pour se rendre compte des dégâts. Des débris de verre recouvraient le siège passager ainsi que les tapis. « Maman tu es réveillée ? » « Anna » pensa-t-elle immédiatement, sa fille qui l’accompagnait sur le siège arrière. Le brouillard qui avait embrumé son esprit se dissipa immédiatement. Elle se tourna vers sa portière, où sa fille se tenait. Son petit visage d’ange aux joues rosées par le froid la regardait avec grande inquiétude. Ses cheveux blonds glissant de sous son bonnet entouraient son joli minois.
- « Tu vas bien Anna ? » demanda-t-elle à son tour inquiète. La fillette fit un pas en arrière afin de montrer à sa mère qu’elle était entière.
- « Il faut appeler les secours vite » dit la petite affolée
A cette phrase, Linda chercha son téléphone portable du regard et poussa un soupir en remarquant que celui-ci reposait sur le tapis, côté passager, l’écran dans le même état que le pare-brise.
- « Le téléphone est cassé Anna, il va falloir que tu ailles chercher des secours. » dit-elle faiblement.
-«  Non, il ne faut pas que tu restes seule ici maman. » Anna se saisit de la poignée de porte de ses petites mains, et tira par à-coup pour libérer sa mère. « Aide moi maman, il ne faut pas que tu restes ici, il fait trop froid, aide moi » finit-elle par crier. Linda de son côté se saisit péniblement à son tour de la poignée et ouvrit la porte. La petite en tomba à la renverse dans la neige qui amortit sa chute. Elle se releva immédiatement, et accouru vers sa mère afin de l’aider à sortir du véhicule. Linda tomba à son tour dans la neige. Le froid mordait un peu plus fort sa chair une fois qu’elle fut plongée sur l’épais manteau de l’hiver. Mais son corps ainsi plaqué sur le sol, elle ne pouvait le relever. Comme si son poids avait été décuplé depuis l’accident. Anna se mit à genou à côté de sa mère et se saisit de sa main. Le froid avait totalement engourdit ses muscles, et Linda ne sentait même pas la sensation des petites mains de sa fille entourant la sienne.
- « Je ne pourrai pas y arriver Anna, tu dois retourner à la ferme que nous avons croisé plus tôt et appeler de l’aide »
- « Je ne t’abandonnerai pas maman, tu ne dois pas rester dans le froid. Tu risques de t’endormir et mourir de froid. »
Linda rouvrit les yeux que par fatigue elle avait laissé se refermer. Elle regarda longuement sa petite Anna qui venait de prononcer ces mots.
- « Comment tu sais ce genre de chose ? »
- « Je l’ai vu à la télé. Lèves-toi. »
- « A la télé ? » répéta doucement Linda.
Anna se leva et tira le bras de sa mère pour l’aider à se lever. Il fallait en effet que celle-ci avance pour ne pas geler sur place. Péniblement, demandant des efforts surhumains, Linda se leva. L’ensemble de ses muscles furent mit à contribution pour relever ce corps affaibli. Puis elle se redressa, prenant appui sur la voiture. Elle était debout. La petite plaquée contre elle au niveau de la taille, pour l’empêcher de basculer, elle mit un pied devant l’autre pour remonter la courte pente que la voiture avait dévalée plus tôt. L’ascension était bien trop raide pour Linda qui n’avait d’autre choix que de s’appuyer complètement sur les épaules d’Anna. Le regard de Linda se porta sur sa fille. Ses yeux était rivés vers l’objectif, décidé à ne pas arrêter son avancer. Déterminée. Ce caractère elle l’avait vraisemblablement héritée de son père. Elle était si fière d’elle à cet instant.
Le bord de la route atteint, Linda se laissa tomber à genoux afin de se remettre de l’ascension. La marque de dérapage de la voiture était ancrée dans la neige. Une longue glissade incontrôlable dont elle eut un rapide souvenir.
- « Regarde maman là-bas » dit Anna en pointant du doigt la ferme qu’elles devaient atteindre. La fumée de la cheminée, fine et blanche était à peine perceptible sur le fond de ciel gris qui les surplombait. Mais il y avait du monde là-bas. Des gens pourraient les aider. Alors sans attendre Anna se saisit de nouveau du bras de sa mère, la tirant pour se relever. La fillette avança d’un pas plus rapide, faisant craquer la neige sous le poids de ses petites bottes. Linda suivit difficilement la cadence, se contentant de se laisser porter. Chacun de ses pas se faisant plus lourd encore que le précédent. La course parut interminable pendant ce trajet, et les courts moments où elle ouvrait les yeux pour regarder devant elle, Linda pouvait se rendre compte que l’objectif allait bientôt être atteint. Puis elle s’écroula de tout son poids dans son élan. Son corps avait livré le maximum pour arriver jusque-là, et il était absolument impossible pour elle d’aller plus loin. Anna se pencha de nouveau près de sa mère. La petite était essoufflée, et ses yeux ruisselaient de larmes. La ferme n’était qu’à deux cents mètres. La petite dans une infinie tendresse caressa le visage de sa mère. Le froid de ses doigts fut cette fois perçu par Linda qui en appréciait malgré tout la douceur du geste. Puis Anna se leva en courant vers la ferme, avant que Linda, ne perde finalement connaissance.

Les ténèbres l’entouraient encore, mais cette fois, l’atmosphère qui y régnait était plus chaleureuse. La brutale étreinte du froid avait laissé place à une douce caresse chaude. Linda s’y sentait calme, et sereine. Seul le rythme régulier d’un bip résonnait dans l’immensité de cet inconnu. Ses yeux s’ouvrirent délicatement. Sa pupille encore endormie, appréciait la légère lumière qui vint à elle. Un rapide balayage de l’endroit pour se rendre compte qu’il s’agissait d’une chambre d’hôpital. Son cerveau essayait en vain de s’activer pour recoller les morceaux des évènements l’ayant mené ici. Au pied de son lit, elle reconnue la silhouette brute et singulière de Thomas, son époux, qui voyant Linda revenir à elle, appela une infirmière avant de s’approcher lui-même. Il se plaça à ses côtés, et se saisit de la main de la jeune femme. Elle eut envie de se lever et le serrer contre elle, ressentir la chaleur de sa présence sur son peau, mais son corps était encore incapable d’en faire autant. Le visage de Thomas était pâle. Ses yeux rougit par les larmes témoignaient de son immense inquiétude et d’une profonde tristesse.
- « Ne pleure, bel étranger, je suis encore là » dit-elle faiblement en mettant toutes ses forces dans sa main pour serrer celle de son époux, qui n’en sentit que peu l’effet.
- « S’en était moins une oui. » répliqua Thomas difficilement.
« Tu as une fille bien courageuse tu le sais ? D’ailleurs où est Anna ? » finit Linda par ajouter en scrutant la petite pièce.
L’air que Thomas affichait, les traits d’un visage déjà fortement marqué et tiraillé par des flots de larmes incessants, se décomposa. Submergé par une vague d’émotion qu’il ne put contrôler, il fondit en larme devant le regard médusé de Linda. L’étreinte de sa main se fit encore plus forte à cet instant. La boule dans sa gorge enfla rapidement au point d’en étouffer ses sanglots venant. Ce moment, il le redoutait depuis l’instant où il était entré dans cette petite chambre d’hôpital. Ce moment où il devrait lui révéler qu’après que les fermier ne soient venus lui porter secours alors qu’elle gisait inconsciente et vulnérable dans la neige, ils avaient appelés les autorités nécessaires. Qu’il ne leur avait fallu que peu de temps pour remonter jusqu’au lieu exacte de l’accident. De là, dans ce petit fossé longeant la route gelée, en remontant les traces de pas incrustés dans la neige, ils avaient retrouvé le véhicule encastré sur le flanc dans un arbre. Et sur la banquette arrière, figée dans la glace, l’air serein pour l’éternité, Anna, s’était allée à glisser lentement dans un inconscient suite à l’accident, pour finir par elle-même mourir de froid.
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RAC · il y a
Tragique sujet mais très bien écrit. A bientôt...
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Manuelle · il y a
Superbe et frissonnant!
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Mathilde Towii · il y a
Texte bien grave, bien mené, j'ai particulièrement aimé la description des sentiments de Thomas au moment d'avouer l'inavouable.
Ce texte mériterait d'être retravaillé pour s'affranchir des quelques fautes et des quelques tournures qui cassent un peu la fluidité de la lecture. Le fond reste très sympa (même si "sympa" est un adjectif étrange pour ce genre de thème ^^)