Anges et Démons

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Nouvelles, poésies, chansons : textes et musiques... tels sont mes loisirs :) VOUS POUVEZ RETROUVER MES CHANSONS ICI : YouTube : https://youtube.com/user/Conan25036890 J'en ai posté ici aussi  [+]

1
Cette nuit encore il est dehors. Toute la journée il a attendu ce moment, compté les heures. Il a même dormi un peu pour ne pas être trop fatigué. Et maintenant, enfin, il est là, à l’affût dans cette petite rue sombre, prêt à se livrer à son sport favori...
Il sait que ce qu’il fait est mal. Il le sait parce qu’il l’a lu dans les journaux, vu à la télé. Mais il s’en fiche, il ne risque rien puisqu’il a tout prévu, tout calculé. C’est lui qui, à l’aube, a éclaté minutieusement chaque ampoule de réverbère, juste après leur extinction afin que personne ne puisse s’apercevoir de leur dysfonctionnement et ne vienne les remplacer dans la journée.
EUX prétendent que ceux qui agissent comme lui sont des bêtes, des malades. Mais qu’y comprennent-ILS ? Rien ! Absolument rien !
Il ne cherche pas, il ressent simplement le besoin d’agir ainsi. Il sent ce feu qui démange son bas-ventre. Eux ne connaissent pas ça, sinon ILS changeraient d’avis. Ou alors, ILS font semblant. En tout cas, lui, ce feu, il doit l’éteindre. A tout prix.
Alors, il est là. Il guette. Ses mains sont moites ; il tremble d’excitation ; son esprit est parfaitement clair. Il écoute.
Soudain, il l’entend, tic-tac régulier : un bruit de talon sur le trottoir. Il jette un oeil au coin du mur. Une jeune femme approche dans sa direction, sur SON trottoir. La chance est avec lui ce soir. Elle est vêtue de bas noirs et d’une jupe courte. Un frisson le parcourt, son excitation augmente encore. D’une main avide il caresse son sexe déjà tendu. Il s’écrase davantage contre le mur. Qu’elle approche cette chienne ! Si elle en voulait, elle allait être servie.

Quand elle arrive devant la ruelle, elle se sent saisi par la taille, soulevée, bâillonnée par une main inconnue qui l’entraîne dans l’impasse sombre, à l’abri des poubelles. Elle se débat, s’agite dans tous les sens. Rien n’y fait. Elle se voit inexorablement happée par le noir. Des cris viennent mourir contre ses lèvres, inutiles. Puis elle est projetée avec violence. Sa tête heurte le mur. Son esprit s’embrume quelques secondes.
Elle reprend pied lorsqu’elle sent un corps l’écraser, une main intruse tenter de forcer ses cuisses. Alors elle hurle, elle libère tous ses cris encore retenus il y a quelques instants. Elle hurle toute sa peur, toute sa détresse, aussi longtemps qu’elle le peut...
A peine une seconde et un poing énorme vient s’abattre sur son doux visage, puis un autre et encore un. Ses yeux se révulsent. Cette fois elle ne se réveillera pas, ou trop tard. Bien trop tard. Mais peut-être est-ce mieux ainsi... Seuls s’échappent encore, de ses lèvres tuméfiées, de faibles sanglots étouffés tirés de son inconscient.

Ca y est, elle est calmée. Elle a compris qu’il ne lui voulait que du bien. Il lui semble même qu’elle gémit. L’excitation certainement. Décidément, la chance lui sourit vraiment ce soir : tomber sur une qui se laisse faire et qui semble même apprécier... Toutes les mêmes, il le savait.
Alors, il déchire le collant, arrache la petite culotte de coton blanc et consomme son forfait. Il doit forcer le passage : il sent une résistance. Il pousse un peu plus fort, rien ne peut l’arrêter. Il se sent fort, puissant. Peut-être le remercierait-elle après.

Sous la douleur de la pénétration, elle reprend conscience mais elle n’a plus la force de se débattre ni même de crier. De toute façon, il est trop tard. Elle sent cette chose immonde bouger au fond de son ventre.
Son chemisier rejoint bientôt sa petite culotte. Ses seins sont pincés, mordus. Une bouche, à l’odeur répugnante, force la sienne. Un râle, une douleur plus aiguë et tout est fini. Ne serait-ce la souffrance en son corps, elle penserait avoir tout inventé. Pourtant...

2
Oui ! C’est fini. Il est étrange de voir comme les mauvais moments s’étirent, semblant ne jamais vouloir prendre fin. Pourtant, pour un observateur détaché, ils ne paraissent qu’éphémères.
Malheureusement, elle n’avait pas été cet observateur détaché...
Elle est assise devant sa coiffeuse, dans son pyjama imprimé de nounours multicolores. Elle contemple son visage pitoyable, évitant soigneusement de croiser son propre regard. Elle ne le peut pas. Pas déjà.
Elle, d’habitude si coquette et si soignée. Quel spectacle ! Les lèvres boursouflées et fendues ; une ecchymose à la pommette droite ; des points de sutures à l’arcade sourcilière gauche ; des poches sous les yeux, emplies de larmes.
Et puis, il y a tout ce qui ne se voit pas. Tout ce qui s’agite en elle, la tourmente ; des questions qui tournent dans sa tête en écho infini.
Pourquoi ? Pourquoi elle ? Bien sûr, elle ne souhaite à personne ce qui lui arrive, mais pourquoi elle ? Qu’a-t-elle fait pour mériter cela ? Elle, encore vierge à vingt et un ans, non parce qu’elle avait peur de l’amour mais parce qu’elle attendait celui à qui elle s’offrirait pour la vie. elle qui mettait l’amour sur un pied d’estal, le voyant comme la seule chose méritant encore le respect dans un monde où l’indifférence et l’égoïsme étaient de mise.
La beauté de l’acte amoureux ; la beauté de deux corps enlacés qui se mélangent, se frôlent, se caressent, roulent et se couvrent de baisers ; deux corps parcourus de frissons, la peau enveloppée de sueur irisée par des rayons lunaires ; la douce violence de la passion !
Elle, si pudique, si réservée, salie, humiliée au plus profond de sa chair et de ses rêves.
Profané son corps, envolées ses espérances, tué le prince charmant poignardé par un sexe inconnu. Recevoir cette chose sale et obscène au fond de son ventre ; ce corps étranger qu’elle n’a pas choisi.
Tout s’était déroulé à l’encontre de ce qu’elle avait toujours imaginé, à l’opposé de ses rêves de beauté : la violence, la souffrance, la méchanceté, le dégoût...
Et si elle tombait enceinte ? Un enfant de ce monstre haï ! Un enfant comme une pierre noire dans sa mémoire.
Et si l’avortement se passait mal ? Si les séquelles la rendaient stérile, qu’elle ne pouvait plus avoir d’enfants de l’homme qu’elle aimerait peut-être ?
Et s’il était parmi la foule dans la rue, à l’épier, à la suivre pour la violer de nouveau ?
Et si... Des questions inlassables et sournoises. Elle ne parvenait pas à bâillonner son esprit écorché.
Elle avait envie de mourir, de disparaître, de devenir invisible pour échapper aux regards inconnus qu’elle sentait peser sur elle, accusateurs. Comme il y avait eu les regards entendus de ces policiers face à cette jeune fille en bas noirs déchirés, à la jupe courte salie, au maquillage défait qui suivait les sillons de ses larmes. Ces regards qui disaient “coupable” ou encore “tu l’as bien cherché”.
Mais coupable de quoi, grand Dieu ? Coupable d’amour ? Coupable d’avoir passé deux heures à hésiter sur le vêtement qu’elle porterait, deux heures à se maquiller minutieusement, un sourire de plaisir aux lèvres en pensant au rendez-vous ? Coupable d’avoir voulu plaire à ce garçon qu’elle pressentait être son Prince Charmant ? Lui qui en trois mois n’avait pas tenté une seule fois d’aller trop loin ; lui qui n’avait pas eu un seul geste déplacé ; qui l’avait respectée ; qui portait en lui toute la douceur qu’elle espérait. Coupable d’avoir voulu lui plaire à lui et rien qu’à lui ?
Mais non, bien sûr, ça n’était pas de la faute des hommes. Ils ne peuvent pas résister les pauvres. Il faut les comprendre, c’est humain.
Humain ??!! Mais qu’y a-t-il de plus bestial que de répondre à ses instincts les plus vils? Qu’est-ce qui différencie alors l’homme de l’animal qui se précipite sur la première femelle qui vient à passer ?
Un animal évolué l’homme ? En société peut-être. Il prend des airs, fait des manières, mais redevient un animal, prêt à se remettre à quatre pattes dès que les regards se détournent.
L’humanité est une couche de vernis bien fine et fragile en vérité.
Elle eut voulu qu’il crève, qu’il crève dans d’atroces souffrances. Qu’il connaisse la peur, qu’il frôle la folie et qu’il crève.
En trois minutes, il lui avait détruit sa vie, il méritait bien cela. Trois minutes de plaisir pour lui et combien d’année de cauchemars pour elle ?
Alors elle s’agenouille près de son lit, joint les mains tout contre son visage tuméfié, et, les yeux fermés, prie et prie encore, durant près de trois longues heures, une par minute de supplice enduré, implorant la Vierge Marie. Implorant une femme qui pourrait la comprendre. La comprendre et peut-être l’exaucer...

3
Trois jours ! Il était resté enfermé trois jours ! Trois jours d’inactivité ; trois jours à attendre que l’affaire se tasse ; trois jours durant lesquels son impatience et son excitation avaient escaladé l’échelle de son désir, barreau après barreau. A présent, elles se tenaient sur le dernier, à hauteur de son oreille et lui soufflaient d’agir, de se remettre en chasse.
Oui ! Il ne pouvait plus attendre. C’est pourquoi il était sorti : pour se remettre à l’affût dans une autre rue mal éclairée.
Les journaux avaient parlé de lui. Et la télé aussi. “Violence... prémédité... sans circonstances atténuantes...” qu’ils avaient dit. Décidément, ILS ne comprenaient vraiment rien. Mais qu’importait, ILS avaient aussi avoué que la police ne détenait aucun indice. Juste un peu de sperme prélevé sur la fille. Mais encore fallait-il, pour le comparer avec le sien, qu’ILS l’attrapent.
Il ne risquait donc rien, dilué qu’il était parmi les milliers de mâles qui composaient la population de la ville. Non ! s’il agissait toujours avec autant de précautions, il ne serait jamais inquiété.
Aurait-il autant de chance que la dernière fois ? Il l’espérait car aujourd’hui la fête ne devait pas être ratée. C’était une espèce d’anniversaire : cela allait être sa dixième proie...
Sa proie ! Oui, que le terme était bien choisi. Il se sentait chasseur dans l’âme lorsqu’il guettait ainsi. Choisissant soigneusement son poste de camouflage et d’observation, les vêtements qu’il porterait. Prenant soin d’ôter toute odeur révélatrice de son corps par une douche méticuleuse. Il soignait vraiment tous les détails.
Un vrai petit chasseur, mais un chasseur sans fusil. Un chasseur écologique quoi, car, après tout, son arme à lui ne faisait aucun dégât...
Il se plaqua soudain contre la paroi du mur. Il venait d’apercevoir quelque chose au bout de la rue, mais son esprit refusait d’y croire. Il glissa précautionneusement un oeil au coin du bâtiment afin de vérifier.
Il n’avait pas rêvé, c’était bien elle : la même fille qu’il y avait trois jours. Vêtue exactement de la même manière. A croire qu’elle l’avait suivi. Impossible ! Il ne s’était donc pas trompé : elle avait vraiment apprécié alors.
Il fallait cependant faire prudence, on ne savait jamais. Il ne s’agissait pas de tomber dans un traquenard. Peut-être avait-elle une arme et voulait-elle l’attirer dans un guet-apens. Peut-être voulait-elle se venger et le tuer.
Mais cela ne l’effrayait pas, ne modifiait en rien ses plans. Quand il était en chasse, un grand calme l’envahissait. Rien ne pouvait l’arrêter. Il serait juste un tout petit peu plus prudent. C’est tout. Il suffirait de la prendre par surprise.

Alors quand elle arriva à sa hauteur, il la saisit violemment et l’envoya rouler dans l’obscurité de l’impasse. Puis, comme la première fois, il se jeta sur elle et lacéra ses vêtements à grands coups de ses doigts avides. Pas de réactions, cela gâchait un peu de son plaisir. Qu’importe ! Il se déboutonna et la pénétra sauvagement. Aucun cri. Il se mit à bouger rapidement. Toujours rien !
Et soudain, l’extase : elle refermait ses bras et ses jambes autour de lui. Elle l’étreignait. De l’amour ?
C’est à ce moment-là, alors qu’il nageait en plein bonheur qu’il l’entendit : un rire. Un rire qui lui glaça le sang. Un rire dément qui s’échappait de la gorge de cette femme écrasée sous son poids. Il tenta de se dégager mais l’étreinte était trop puissante, il ne parvenait à se soustraire de l’étau formé par les quatre membres de cette folle. A cet instant, il eut l’impression que c’était lui qui se faisait violer et cela lui déplut au plus haut point.
Mais que se passait-il encore ? Ce n’était plus simplement l’impression que son sang se glaçait dans ses veines, il sentit bel et bien comme une brûlure. Une brûlure de froid au bout de son sexe. Une brûlure glacée qui remontait jusqu’à son ventre et se diffusait en cercles concentriques dans tout son corps.
L’étreinte se relâcha enfin. Il se redressa, mais ne put faire un pas. Ses pieds étaient gourds, figés, pris comme dans un carcan de givre. Il abaissa son regard pour voir, avec horreur, son corps, sa chair se changer en... en pierre ! La vague de froid progressait déjà vers son torse. Il pensa que dans quelques instants, il serait métamorphosé en une statue de pierre.
Il avait peur, il ne comprenait plus. Son cerveau menaçait de se réfugier dans la folie. Il le souhaitait presque pour ne plus avoir à affronter la réalité de ce changement qui s’opérait en lui.
Il releva la tête, tant pour fuir cette vision que pour hurler son effroi. Sa bouche s’ouvrit, mais rien ne vint briser le calme de la nuit. Ses cordes vocales se figèrent pour l’éternité sur une prière qu’il ne fit jamais.

A l’aube, les premiers badauds regardent avec perplexité cette nouvelle statue. Mais qui a bien pu avoir l’idée d’exposer ainsi la statue obscène de cet homme, pantalon sur les chevilles, sexe dressé, une expression de terreur dans le visage, tendant les bras vers le ciel comme prostré en une prière muette ?
Puis les visages se détournent, les consciences reprennent le fil de leurs soucis quotidiens, les gens vaquent à leurs occupations.
Des groupes d’enfants apparaissent, l’heure de l’école approche. Ils jouent au ballon, se poursuivent, se chamaillent. Quand ils croisent cette statue étrange, ils échangent des regards où brillent tant la malice que la gène. Souvent, l’un d’eux éclate de rire.
Bientôt, des volées d’oiseaux viennent se poser sur ce perchoir improvisé.
Puis, un ballon vient heurter la virilité de la statue qui se détache et se brise sur le trottoir...
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