An et la quête périlleuse

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La peinture me permet de transformer mes émotions en touches de couleurs, en éclats dans des regards. L'écriture est venue naturellement mêlant les mots aux variations de teintes et de notes de  [+]

Une pluie tropicale la trempa jusqu'aux os. Depuis plusieurs heures, elle s'efforçait d'approcher la barre rocheuse qui jaillissait de la masse végétale. Suivre le cours d'eau, lui avait dit son père. An progressait dans la moiteur étouffante de la forêt. Ses gestes lents évoquaient ceux d'un félin se déplaçant dans la brousse, tous sens aux aguets.
Les Basilics avaient dérobé la Vie à son peuple, les Humains. Les pierres du Jour et de la Nuit. Depuis, la désolation régnait sur le Royaume de son père. L'absence de lumière avait progressivement engendré l'insécurité dans les rues des villes, l'appauvrissement des cultures, la mort du bétail. An était la fille du Roi Vadath. Ses frères aînés étaient partis combattre dans une contrée lointaine, avant l'attaque des Basilics. La mission lui revenait. Durant de longs mois, le Moine Gorn l'avait durement entraînée aux arts martiaux. Elle s'était endurcie, physiquement et mentalement.
Maintenant, la sueur coulait sur sa peau, elle en huma les effluves acides. Il lui fallait respirer doucement, ralentir les battements de son cœur. Elle approchait de la paroi minérale.
Elle leva les yeux vers les cimes des plantes immenses aux troncs démesurés. Elle tressaillit, un frôlement derrière, des choses qui rampaient, puis un cri, un battement d'ailes qui fit bruisser les feuilles. Mais elle ne voyait rien, percevait juste des mouvements rapides. Elle devait atteindre la caverne située à mi falaise. Ensuite, ce serait difficile... Les Basilics régnaient depuis des siècles sur cet espace. Dragons ailés, au corps couvert d'écailles, ils étaient pourvus de pattes puissantes armées d'ergots acérés.
Son pourpoint et son pantalon de cuir fin collaient à sa peau. Le soleil tapait sur le sommet de son crâne. Ses longs cheveux , d'un rare blond vénitien, coiffés en multi tresses étaient maintenus par des liens savants sur le côté droit de sa tête. Quelques mèches s'étaient échappées durant ses derniers efforts. Une besace maintenue en bandoulière contenait le nécessaire pour "après".
Elle escaladait la paroi aux strates plissées. Main droite, pied gauche. Main gauche, pied droit... les prises devenaient difficiles, la tension musculaire se répercutait sur ses articulations... Se souvenir des enseignements de Gorn. Respirer lentement, en augmentant les amplitudes d'inspiration et d'expiration pour ralentir le rythme cardiaque. Agrippée comme un insecte, elle demeura immobile. Elle avait pris la couleur minérale de la roche. Ne pas se faire repérer. Dans un dernier effort, elle se hissa, anima son corps d'un mouvement de balancier, et enfin se posa sur le bord de l'encoche. La bouche de l'antre.
Dos vouté, tête rentrée dans les épaules, poings positionnés devant le visage comme un boxeur, genoux légèrement fléchis elle avança sur la pointe des pieds avec une prudence extrême. Des cris stridents, des coups de fouets sur sa tête, des griffes accrochées aux fils de sa chevelure... Elle tomba à la renverse et roula sur le dos.
Deux chauves souris géantes attaquaient. Elles servaient d'esclaves et de gardiens des lieux d'habitation des Basilics. Une douleur intense dans la cuisse lui délivra une décharge d'adrénaline. En un bond elle se redressa, aperçut un museau hideux couvert de sang, un étrange sourire sardonique révélant des petites dents acérées. Le conseil vestimentaire du Moine lui revint à l'esprit. Toucher le ruban cousu sur l'ourlet de son bustier en toile et proférer l'Incantation Protection contre l' Hémorragie. Aussitôt, elle ressentit une chaleur au niveau des morsures. Le sang ne coulait plus. Le combat reprit à son avantage. Du fourreau fixé à sa taille elle avait extirpé un couteau de guerrier de Marine's, et réussi à transpercer les volatiles.
An scruta l'espace de la caverne. Une tenture masquait un angle. Elle en souleva un coin, découvrant un coffre. Elle était venue jusqu'ici avec une quête, récupérer les pierres de son peuple... son intuition lui murmurait que c'était là! Elle tendit les mains, ouvrit le tiroir en récitant par 3 fois le mot magique "APERIRE", saisit le paquet précieux, un linge étiqueté . Avec précaution, elle le rangea dans sa besace.
Arrivée au bord de la corniche, elle soupira. Elle n'avait pas vu de Basilic et cela lui paraissait suspect. Elle cligna des yeux, face au soleil. Prendre le chemin taillé dans la roche pour accéder au plateau situé à quelques mètres au dessus était une solution. Elle était fatiguée, son estomac vide gargouillait. Elle n'avait rien avalé depuis la veille au soir. Elle s'engagea sur l'étroit passage. Rien ne la protégeait d'une éventuelle attaque. Un claquement d'aile, un hurlement lui firent plaquer son corps contre la paroi. Le Basilic fondait sur elle, pattes en avant. An rugit bouche grande ouverte. Elle s'accroupit, contracta les muscles de ses cuisses, de ses mollets et, d'une brusque détente s'élança vers la caverne. Pieds joints, elle atterrit en souplesse. Le Basilic tournoyait en feulant puis se posa sur le rebord de la paroi. Il cracha son poison, sans atteindre An. Le Moine lui avait enseigné la règle pour détruire cet ennemi. Les yeux ancrés au regard jaune du dragon, An dirigea sa main droite à tâtons vers sa besace, la plongea au fond et extirpa Boll avec douceur. Boll, sa belette , seul animal capable d'anéantir un Basilic. Le combat fut bref, mais au moment de basculer dans le vide, le Basilic enveloppa An entre ses ailes. Elle eut le temps de voir défiler les parois de la falaise, sa vie, la détresse de son peuple et le corps inerte de Boll.
Le choc au sol fut amorti par le corps du Basilic. Elle se dégagea, puis se releva péniblement, la lutte avait laissé des stigmates bleus sur sa peau, des douleurs musculaires. Elle grimaça en contemplant son poignet gauche gonflé. Le soleil avait disparu derrière les dents rocheuses. Assise sur un tronc d'arbre, nue, elle se massa avec les onguents à base d'huile et de plantes préparés par Gorn. La lune et les étoiles naissantes dans le ciel crépusculaire lui indiquaient le chemin à suivre pour retrouver Flock , son ânesse. Une lueur rose colorait les arbres lorsqu'elle retrouva son animal.
Un repas chaud, un bain au lait et une nuit sur une vraie paillasse dans une auberge tenue par des Robots lui avaient redonné les forces suffisantes pour affronter le chemin du retour. Maintenant elle venait de franchir la frontière. L'obscurité, l'ambiance morose du Pays des Humains la bouleversèrent. Vautallent, la Capitale du Royaume semblait désertée. Parvenue dans la pièce sacrée du palais, An sortit son précieux butin, déplia soigneusement le linge. Éblouie, elle contempla les 3 pierres gravées de motifs dorés. La bleue, la jaune orangée, la scintillante. La Nuit, le Jour, les Etoiles. En un instant, la Terre Humaine s'illumina.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
C'est une vraie épopée ! Tout un univers, des références temporelles, des personnages bien campés. Vous pourriez en faire un roman, voire une adaptation cinématographique ! C'est une vraie pépite ce texte !!!
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Ontzie · il y a
J'ai répondu mais pas dans la bonne case. Donc je reprends : Merci Patricia. Oui j'ai écrit ce texte avec des images plein la tête ! Quant au roman...pourquoi pas ? Je bosse actuellement sur un projet dans un autre univers. Mais je vais reprendre mes textes, les retravailler et ... on verra !