Amour Interdit

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Un homme d’une quarantaine d’années arriva dans le bureau du commissaire. Il se fit escorter par deux jeunes policiers fraîchement sortit de l’école. « Asseyez-vous » dit sèchement le commissaire. Le grand homme s’assit doucement, apeuré par cette situation. Il paraissait désorienté et n’avait apparemment rien à faire ici. Il posa légèrement ses deux mains menottées sur la table et regarda le commissaire les yeux remplit de larmes. L’interrogatoire commença et on lui demanda de raconter toute l’histoire. L’homme menotté prit la parole d’une voix terrifiée.

« Tout commença un vendredi il y a un an, ma femme venait de me quitter et j’étais dans une période des plus sombres de ma vie. Je me suis mis à boire pour oublier, mais l’ivresse ne faisait qu’accentuer ma tristesse. Après plusieurs jours enfermés chez moi, je décidai de sortir faire un tour en ville pour me changer les idées. J’ai marché pendant des heures tout seul, regardant les personnes heureuses autour de moi. Je me sentais tellement seul.

Aux environs de quatre et demi de l’après-midi je passais à côté d’une école primaire de mon village. Je la vis qui attendait toute seule. Lorsque je passai devant elle, elle me fixa d’un air enfantin. Je me suis donc arrêté et lui ai demandé pourquoi elle me regardait ainsi. Elle commença à me dire qu’elle me trouvait triste, et que cela lui faisait de la peine. Étonné qu’elle l’ait remarqué, j’ai décidé de m’arrêter et de prendre le temps de discuter avec elle. Je lui ai parler de ma vie et des problèmes que j’avais en ce moment. Elle restait là, à m’écouter, sans rien dire. Elle hochait la tête par moments, comme pour approuver ce que je lui disais. J’avais l’impression à certains moments qu’elle ne comprenait pas ce que je lui racontais. Après quinze minutes passées à ses côtés elle prit un bus pour rentrer chez elle. Avant qu’elle ne s’en aille je lui ai demandé si j’allais la revoir un jour. Elle me dit qu’elle était ici tous les soirs à quatre heures et demie. Elle monta dans le bus et me fit un signe de la main en me souriant.

Sur le chemin du retour pour rentrer chez moi, je ne cessais de penser à elle. Je me sentais tellement mieux. Elle m’avait permis de me soulager de tous mes soucis. Je me sentais comme un adolescent découvrant l’amour. Rien que le fait de penser à elle me faisait sourire bêtement. Cette nuit-là je n’ai pas réussi à dormir, cette fille m’avait totalement chamboulé. J’ai attendu toute la journée du lendemain pour retourner la voir. Sur le chemin j’avais la boule au ventre et les mains moites, j’étais tellement stressé. Pour rien finalement car arrivée à son arrêt de bus elle me reconnut et agita sa petite main avec un large sourire. Je m’assis à côté d’elle et nous avons recommencé à parler comme le jour précédent. Une fois les quinze minutes écoulées, je rentrai chez moi aussi épanoui que la veille.

Les semaines défilaient et je continuais à aller la voir tous les jours. Je m’aperçus rapidement qu’elle n’était pas là le mercredi, le samedi et le dimanche. Je profitais donc des autres jours de la semaine pour partir à sa rencontre. Nous nous sommes mis à parler de beaucoup de choses, elle m’apprit que sa passion était le dessin et qu’elle dessinait absolument tous les jours. Elle me disait qu’un jour elle en ferait un spécialement pour moi. Je lui rappelais beaucoup son père dû à mes cheveux poivre et sel et ma barbe drue. Il lui manquait d’ailleurs terriblement, car il était mort il y a peu de temps. Je pense qu’elle trouvait en moi une sorte de réconfort, comme je trouvais en elle le mien.

Je passais des heures à l’observer lorsque elle me racontait ses histoires. Elle avait de longs cheveux bouclés blond, doux comme de la soie. Des yeux en amande vert, telle une pierre de jade. Une peau blanche et douce comme celle d’un nourrisson. De petites dents parfaitement blanches qui faisaient ressortir son grand sourire si magnifique. De petites lèvres roses qui étaient à croquer. Et un petit nez en trompette que je trouvais si mignon. J’avais appris par cœur les contours de son visage pour me les remémorer le soir en rentrant chez moi. Lorsque nous étions ensemble tout était parfait, je la faisais rire peu importe ce que je lui racontais. La moindre blague, aussi idiote qu’elle soit, la faisait partir dans un fou rire durant lequel l’arrêter était quasiment impossible. Parfois des personnes passaient et nous regardaient bizarrement. Je pense qu’ils étaient jaloux de la relation que j’entretenais avec elle. Qui ne pourrait pas l’être devant une créature pareille ?

Arrivé à la fin du mois de juin elle me dit qu’on ne pourrait se revoir qu’en septembre. Elle devait partir en vacances avec sa mère. Déçu de ne plus pouvoir lui parler avant septembre je lui demandai son numéro de téléphone, hélas elle n’en avait pas. Elle me dit que nous nous reverrions après. Puis elle partit dans son bus avec toujours le même signe de main et son sourire resplendissant qu’elle me faisait à chaque fois. J’ai passé les mois de juillet et août à déprimer tout seul dans mon canapé. Je n’avais plus de but, plus personne à qui parler. J’avais passé deux mois à la voir tous les soirs. Une coupure aussi énorme était insoutenable pour moi. J’avais déjà du mal à passer tout un weekend sans la voir. C’est pendant cette période que j’ai compris que j’aimais cette fille, je l’aimais tellement, je l’aimais à en mourir. Un amour tellement passionnel qu’il m’est impossible de vous le décrire réellement.
Arrivé en septembre, c’est à ce moment que cela s’est produit. Je repartais la voir pour la première fois depuis deux mois. Je n’avais qu’un seul objectif, décrocher un baiser de sa part.

Arrivé à notre endroit de rendez-vous habituel. Elle était là, assise sur son banc. Je partis la voir très stressé. Elle m’accueillit comme à son habitude avec un large sourire. Nous commencions à parler et elle me racontait ses vacances et ce qu’elle avait fait. Lorsque elle eut fini je lui demandai si elle voulait passer chez moi prendre un verre, c’était la première fois que je lui proposais de faire quelque chose en dehors de nos quinze minutes habituelles. Elle y réfléchit pendant un instant, puis elle me dit qu’elle ne savait pas si elle pouvait. Je me levai, pris sa main et lui dit de ne pas s’inquiéter. Elle me suivit sans rien dire. Ne comprenant pas elle-même ce qu’elle était en train de faire. Je pense à présent qu’elle se demandait si elle pouvait véritablement me faire confiance.

Arrivé chez moi je lui proposai une coupe de champagne, elle me répondit qu’elle n’aimait pas l’alcool. Je lui servis donc un jus d’orange. Nous étions tous deux assis sur le canapé, elle observait ma maison avec deux yeux d’enfants. Ne sachant que dire elle continuait à boire tranquillement son jus. C’est à ce moment que j’ai décidé de l’embrasser. Elle parut étonnée de mon acte et tourna sa tête pendant que nous nous embrassions. Elle me dit qu’elle ne savait pas si c’était bien ce que j’étais en train de faire. Je la rassurai et lui dit que tous allaient bien se passer. Je me remis à l’embrasser et commençai à déboutonner son pantalon. Elle restait sans voix et se lassait faire sans rien dire. Elle devait être trop excité pour pouvoir dire quelque chose. Je passai ma main dans son pantalon et commençai à la caresser doucement. Elle était si belle, je n’avais envie que d’une seule et unique chose, lui faire l’amour pour lui prouver à quel point je l’aimais. J’aurais fait ma vie avec elle, je voulais des enfants d’elle, je n’ai jamais autant aimé une personne à ce point. Au moment où j’enlevais mon pantalon la police est arrivé. Ils ont enfoncé ma porte d’entrée et mon plaqué au sol. Depuis ce jour je suis enfermé ici et je ne sais même pas pourquoi, expliquez-moi je vous en supplie. »

Le commissaire se leva de sa chaise tremblant de haine. Il mit une claque à l’homme qui le fit tomber par terre. L’homme au sol se débattait et suppliait qu’on ne le touche pas mais qu’on lui explique la situation pour résoudre le problème quel qu’il soit. Le commissaire le regarda dans les yeux et lui dit « le problème, c’est que la femme que vous aimez fêtera son septième anniversaire demain ».
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