Ambre

il y a
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Fan de fantasy et de fantastique, je me lance enfin réellement dans l'écriture après quelques faux départs. N'hésitez pas à me corriger et à me faire bénéficier de votre expérience.

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Ambre rêvait de voir de vraies fleurs. Celles-ci avaient depuis longtemps disparu, victimes du réchauffement climatique et des conflits qui avaient rendu la terre stérile.

La seule fleur qu'elle ai jamais vue se trouvait accrochée à son cou, figée dans une goutte d'Ambre que se mère lui avait offert, en rapport à son prénom. Elle aimait regarder cette petite fleur et imaginer un avenir plus radieux, loin des dangers du quotidien.

Et c'était justement l'un de ces dangers qui venait de la surprendre dans ses pensées. Une bande de pillards devait encore être venu tenter de voler de la nourriture. Mais le camp était bien gardé et résistait à ces attaques.

Le problème était qu'Ambre ne se trouvait pas dans le camp. Elle était sortie comme elle le faisait souvent pour réfléchir au calme, et avait été surprise par les coups de feu. Maintenant, elle courrait, cherchant un abri et serrant son pendentif dans la main. Les pillards n'hésitaient pas à tuer sous le coup de la frustration.

Arrivée près d'un amas de roches, elle se retourna pour voir si on l'avait repérée. Elle fut surprise lorsqu'elle sentit l'impact, puis entendit la détonation. Elle baissa la tête et ouvrit les doigts de sa main ensanglantée pour constater que son joyaux avait été réduit en éclats. Elle vit aussi la plaie sanglante au milieu de sa poitrine. Le souffle court, incrédule, elle tomba à genoux, puis s'affaissa inconsciente sur le sol sablonneux.

Elle avait mal. Sa main, sa poitrine, les battements de son cœur lui faisaient horriblement mal. Fiévreuse, délirante, elle se débattait dans une sorte de brouillard pâteux, poursuivie par elle ne savait quels monstres cauchemardesques. La seule chose qui la rassurait était et temps à autres d'entendre et de sentir la présence de Martha. La vieille femme s'occupait d'elle, bienveillante, depuis la disparition de ses parents.

Un matin, enfin, Ambre ouvrit les yeux. La lumière lui vrilla la cervelle, et il lui fallut une bonne minute pour qu'elle puisse réellement discerner quelque chose. Elle se trouvait sur son lit, dans la baraque de Martha. Elle entendit du bruit et voulut se redresser, mais une vive douleur au torse vint la clouer sur son lit, les dents et les poings serrés. Elle sentit qu'on lui touchait et lui épongeait le front. La douleur s'estompant, elle rouvrit les yeux et vit le visage inquiet et fatigué de Martha. Malgré tout, celle-ci lui sourit.

Martha lui raconta qu'elle avait été fiévreuse durant une longue semaine, aux portes de la mort. Ambre voulut la réconforter, lui dire qu'elle allait mieux, mais elle ne put que grogner quelques syllabes incompréhensibles avant de sentir sa poitrine se serrer et d'être prise d'une quinte de toux qui la plia en deux.

Les jours suivants, elle sentit que son état empirait. La fièvre était revenue et la douleur s'amplifiait dans sa poitrine. Son cœur battait douloureusement, et ses poumons la piquaient à chaque respiration, rendant les quintes de toux de plus en plus fréquentes.

Puis ces quintes de toux furent accompagnées de sang.

En quelques jours son état devint alarmant. Elle toussait, crachait du sang, et toussait encore. Sa trachée et ses poumons étaient en feu. Respirer lui devenait insoutenable.

Puis vint une dernière quinte de toux, interminable, et elle se senti doucement s'en aller. Sa respiration se bloqua, la pression monta dans sa poitrine, puis quelque chose céda et elle vomit son sang...

Tout était devenu noir. Elle n'entendait plus qu'un bourdonnement aigu dans ses oreilles. Elle fut surprise de constater qu'elle pouvait de nouveau respirer.

Était-elle aux portes de l'au-delà?

Le sifflement dans ses oreilles fit doucement place à des sons étouffés. Puis des étincelles se mirent à danser dans les ténèbres de sa vision peu avant que la lumière ne commence de nouveau à percer au travers de ses paupières.

Était-ce le fameux tunnel ? Arrivait-elle au paradis ?

La première choses qu'elle vit, cependant, fut une surface rougeâtre. Une tâche rouge sur une surface blanche.

Elle n'était pas au paradis.

Elle sentit qu'on lui pressait le bras et qu'on la secouait. Elle entendait des gémissements. La douleur dans sa poitrine revint. Elle battit des paupières pour chasser les larmes qui lui remplissaient les yeux et faire la mise au point.

Elle était toujours sur son lit, assise, une grande tâche écarlate maculant le drap qui lui couvrait les jambes. Au milieu de cette tâche, elle vit quelque chose... d'étrange.

C'était une sorte de boule sanguinolente. Elle entendait quelqu'un, Martha, mais elle n'arrivait pas à se concentrer sur les sons. Elle tendit une main tremblante et prit la chose, délicatement, puis l'approcha de ses yeux pour l'observer.

Autour d'elle, le silence se fit.

Elle n'avait jamais vu une chose semblable. C'était un enchevêtrement de filaments verts. D'où est-ce que ça venait ? Comment est-ce que cela avait fini dans son corps ? Et qu'est-ce que s'était ?

"Des racines !", entendit-elle Martha s'exclamer.

Elle tourna la tête et dévisagea la vieille femme qui avait le visage ruisselant de larmes, interrogative.

"Ce sont des racines. C'est... c'est une plante ! Ou une fleur ! Mais, comment... ?", balbutia Martha en la regardant.

Une plante... ou une fleur, pensa-t-elle. Une plante ou une fleur... pour de vrai ?

Ambre observa l'objet, hébétée et fascinée. C'est donc ça, une plante ?

Elle se souvenait encore vaguement de la petite fleur figée dans son ambre. Non, ça ne pouvait pas être ça. Martha approcha la main de la boule, et Ambre referma la main par réflexe.

"Doucement !" s'écria la vielle femme en éloignant ses main, "tu vas l'abimer."

Ambre rouvrit rapidement la main, soudain effrayée.

Martha, après un moment d'hésitation, se leva et alla chercher quelque chose. Elle revint avec un gobelet d'eau. Elle tendit le récipient et lui dit de mettre la boule dedans. Ambre hésita un court instant, puis s'exécuta. L'eau se teinta de rouge. Martha fit tourner le verre un court instant puis en sortit la plante qu'elle tendit ensuite à Ambre.

La masse filandreuse s'était dénouée. Ambre vit alors qu'une tige se tenait au creux des racines, avec deux petites feuilles. Elle fut soudain prise d'une nouvelle quinte de toux. Martha attrapa la jeune fille et la fit s'étendre. Ambre, la tête lourde, posa la racine à côté de son oreiller et continua à l'observer, émerveillée, puis finit par s'endormir.

Quand elle se réveilla de nouveau, la première chose qu'elle sentit est qu'elle allait mieux. Elle avait toujours mal à la poitrine, mais la douleur était moins vive, et elle respirait plus facilement. Puis elle repensa à la plante. Elle ouvrit les yeux et regarda là où elle l'avait laissée.

Elle n'était plus là. Elle se redressa vivement, ce qui lui tira une nouvelle quinte de toux. Les yeux larmoyants, elle cherchait à retrouver sa racine, paniquée.

Martha accourut. Comprenant ce que cherchait la jeune fille, elle lui dit:

"Tout va bien, elle est là-bas. Tout va bien."

Ce faisant, Martha ramassa un petit gobelet qui était posé à côté du lit. Ambre constata que Marthe avait mis la racine dans la terre. Seule la tige et ses deux petits pétales en émergeaient.

Les jours et les semaines passèrent et Ambre reprenait des forces. Ses douleurs avaient quasiment disparu et elle commençait à pouvoir remarcher. Elle faisait de courtes marches, accompagnée de Martha et de sa plante dont elle prenait grand soin suivant les conseils de la vieille dame.

La plante avait elle-même bien grandi et s'avéra effectivement être une fleur. De nouvelles feuilles avaient poussé et un bourgeon se formait au sommet de la tige.

Puis un beau jour, le bourgeon commença à s'ouvrir, révélant une petite pointe bleutée. Peu de temps après, enfin, les pétales s'ouvrirent dévoilant une belle corolle bleue striée de blanc. Ambre reconnut aussitôt la petite fleur comme étant la même que celle qui avait été prise dans son ambre.

Elle sourit, émerveillée par la beauté et la fragilité de la fleur. Une vraie fleur, vivante, qu'elle voyait enfin de ses propres yeux.
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Armelle Fakirian · il y a
Une très belle histoire très agréable à lire.
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Stephen Bay · il y a
Merci beaucoup.
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M. Iraje · il y a
Un retour aux racines bénéfique et ... prometteur.
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Marine Donnadieu · il y a
J’ai beaucoup aimé votre histoire empreinte de poésie et d’un bel optimisme dans un monde à l’agonie...
Ambre est le prénom de ma plus jeune fille et c’est donc le titre de votre histoire qui m’a emmenée à vous lire! Aucun regret de l’avoir fait! 💕

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_ azo · il y a
Un texte de la couleur de l'ambre.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Une belle ode aux fleurs . Il y a une fleur qui reste le symbole de la vie, celle que l'on porte sur soi .
C'est un très beau texte.

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Margaux Maurer · il y a
Texte empreint d'une certaine poésie, j'aime.
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Françoise Desvigne · il y a
Une histoire captivante, bravo !
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Cristo R · il y a
Un conte fantastique superbement associé à l'image sur la genèse des plantes . Il éclaire sur la possibilité de génération des fleurs.

Mon texte exprime des choses similaires .Genesis (Cristo R)

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Virgo34 · il y a
Un récit plein de mystères.
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