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Allez, petite fiction.

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Alain Derenne

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Oui, une fiction issue d'un esprit qui depuis le matin a le ventre vide, n'ayant
pas déjeuner et cela lui manque...je décide donc que pour ce soir, j'irais dîner
au restaurant, bien qu'avant cela, ma première idée ait été de prendre à la
crèmerie voisine, des œufs et de la charcuterie, mais bon, en fin de compte un
bon repas chaud et pas onéreux ne serait pas de refus, ni superflu...
Après m'être apprêté, habillé, peigné et brossé, je pris le chemin du boulevard
Saint-Germain où je connaissais un petit restaurant pas cher et très confortable,
y étant déjà venu plusieurs fois, (surtout le soir, la flème de me préparer à dîner
dans mon minuscule deux pièces), il était vingt heures lorsque j'arrivais au lieu
de mes agapes, lieu ou sous la clarté de l'éclairage, les nappes blanches miroitaient,
comme la surface d'une mare sous la lune.
La salle avec ses boiseries d'acajou et ses panneaux aux peintures champêtres,
me semble toujours aussi chaude, intime et accueillante, alors je m'assieds à la
place que j'affectionne chaque fois que je viens ici et aspire avec délectation
l'atmosphère lourde et chargée de senteurs culinaires, qui partant de ces plats
fumant sur chacune des tables, arrivent à mes narines grandes ouvertes, bien vite
après lecture de la carte, je me dis qu'un bon potage en entrée ne pourra que m'ouvrir
l'appétit en bouchant un petit peu le creux de mon estomac ceci avant la suite qui
pourrait être un petit navarin avec sa garniture de pommes de terre et de navets
sans oublier la sauce fleuron du chef pour le nappage...comme le pain est à discrétion,
cela me fera un repas des plus plantureux...pour le reste je verrais un peu plus tard.
Je dégustais mon potage Saint-Germain dans lequel je m'amusais à tremper quelques
petits morceaux de pain, insensible à tout ce qui m'entourait, bruit des couverts qui
s'entrechocs, brouhaha des discussions des convives et le va et viens de la serveuse
entre les tables, lorsqu'une ombre s'interposant entre la lumière et moi, me força à
lever la tête...en face de moi, de l'autre côté de la petite table, une femme s'installa,
elle était grande, fine et blonde, elle inclina un peu, très peu sa tête dans un salut
gentil et posa près d'elle sur la nappe, ses gants, son petit sac et un journal, elle prit
avec un sourire la carte que je lui tendais, l'ayant gardé auprès de moi pour la suite
de mon dîner.
Je finissais mon potage en la regardant, elle lisait la carte avec une attention pénible,
les sourcils durs, les lèvres froncées, comme épelant les mots.
À la serveuse, elle commanda son menu avec un accent étranger très prononcé.
En moi-même je pensais qu'elle devait être d'un pays Slave, Russe, Polonais ou
autres.
J'attendais mon navarin en admirant son charmant visage, et en me disant qu'elle
était le genre de femme que j'aimais! oui, c'était bien cela !...un front blanc, des
yeux bleus, si clairs, si jeunes, si candides, des cheveux avec des mèches folles,
une bouche aux lèvres droites retroussées un peu au coin, ce qui lui donnait un
petit air malicieux et riant, et pour finir l'arrondi de son visage un menton avec
une fossette presque imperceptible...Un visage de madone comme savait en
peindre les peintres Italiens de la renaissance comme S.Botticelli.
Tout le temps que dura le repas, nous n'avons pas arrêté de nous regarder, deux
fois elle me sourit et je sentis dans ma poitrine, mon cœur se gonfler...
Cependant, tout désorienté par l'arrivée de cette belle étrangère, je n'avais pas
commandé mon navarin mais un légume quelconque avec un rôti, puis un dessert,
ne prétend plus du tout attention à ce que je commandais et mangeais, ni au prix
des plats, et pour prolonger mon repas, comme ma petite voisine n'en était qu'a sa
salade, je commandais un café, puis une liqueur et c'est la brûlure de l'alcool qui me
fit brusquement revenir à la réalité, je fis mentalement l'addition de mon repas, tout
compte fait et bien fait me faisait pour ce repas un montant de quinze euros avec un
petit pourboire !...et, tout de suite je me sentis envahi par une montée de chaleur dans
le dos et le cou, il ne me resterait sur mon compte qu'une soixantaine d'euros pour
finir le mois, c'est-à-dire une douzaine de jours.
Et là je me dis que c'était vraiement trop bête d'être venu dans ce restaurant où cette
jeune étrangère m'avait tourné la tête au point de me pousser par sa beauté à de telles
dépenses !...
La belle étrangère dégustait une crème renversée, son regard fixé sur moi, cherchant
certainement à deviner le sujet de mes méditations, elle pensait, en effet, en être le
sujet et son esprit de petit oiseau vagabond faisait naître en elle, toute une aventure
de cette rencontre fortuite à une table de restaurant.
L'heure passait, j'appelais la serveuse pour avoir mon addition, et c'était bien treize
euros 90cs que je devais pour ce repas, pendant que je cherchais mon porte-monnaie
pour payer, ma jolie compagne de table demandait elle aussi son addition.
Elle prit son petit sac, en tira un portefeuille, l'ouvrit et là mes yeux s'agrandir à la
vue d'une liasse de billets de tout montant...
Elle en retira un qu'elle donna à la serveuse et ramassa sa monnaie.
Je mis mon pardessus, elle se glissa comme une liane dans son manteau de fourrure,
ensemble nous nous trouvâmes à la porte, je m'effaçais pour la laisser passer et lui
emboîtais le pas, elle prit la direction de l'église Saint-Germain-des-Prés, ce qui était
aussi mon chemin, je marchais donc derrière elle, sans se hâter elle boutonna ses
gants, ralentit pour que je puisse arriver à sa hauteur, puis quand nous fûmes l'un
à côté de l'autre tourna la tête me regarda avec ses beaux yeux bleus et là......
Je vous laisse choisir une fin personnelle à cette histoire...cogitez ami(e)s lecteurs et lectrices.
À de prochaines élucubrations.

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Sylvie Franceus · il y a
oh oh Alain, la flemme de se préparer à dîner donne une bonne occasion de.... faire une jolie, si jolie rencontre alors que, franchement, les œufs et la charcuterie n'auraient pas eu les mêmes effets sur ce personnage gourmand, courtois et seul qui se laisse séduire par le chant muet d'une sirène à l' élégance irrésistible mais très mystérieuse. J'aime le trouble de l'homme qui se perd dans le bleu des yeux séducteurs et le corps qui manifeste des signes qui ne trompent pas.
J'ai une petite idée pour la fin... han han....
Merci Alain pour ce texte délicat qui m'a bien plu !
Fée

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Alain Derenne · il y a
han han (oui le bleu des yeux, je n'avais pas fait le rapprochement)
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Sylvie Franceus · il y a
Le rapprochement avec quoi, Alain ?
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Alain Derenne · il y a
avec je crois tes yeux myosotis non ?
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Sylvie Franceus · il y a
Oui bien sûr ! Tu sais, vendredi, plusieurs personnes m'ont parlé de mes yeux... c'était trop bizarre...
N'empêche, la suite de ce texte, je ne l'imagine pas trempée dans de l'eau de rose... ah ben, non alors !!!
Repose toi bien, Alain et puisque tu ne me demandes pas cette suite... bé, tu ne sauras pas.... et pis c'est tout
Fée

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Alain Derenne · il y a
Bonjour Sylvie as-tu fait un bon dodo ? bon lundi.
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Sylvie Franceus · il y a
Hé bien oui et cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps.
Joli lundi à toi

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