Alice

il y a
2 min
474
lectures
60
Qualifié

J'aime écrire sur l'ombre et la lumière, aller là où le coeur palpite un peu plus fort. https://www.facebook.com/AlienorOVALauteur

Image de Grand Prix - Eté 2015
Image de Très très courts

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Alice, d’un geste ample, recouvrait la toile de filaments rouge sang.

En rangeant ses pinceaux, elle nota en plein milieu du salon quasi vide un gland trônant sur le parquet. Il lui sembla ne pas l’avoir vu auparavant. Cette incongruité la fit sourire.

La maison calme où elle venait de s’installer, dans un village retiré, permettait à Alice de peindre, loin du tumulte. Elle sortait tout juste de la ouate nauséeuse de sa mélancolie, du long sommeil amnésique procuré par l’abus de médicaments et se savait encore fragile.

Tout s’était mis en place avec une étrange évidence pour la diriger vers cette maison.

Alice peignait des jours entiers, buvait et mangeait à peine, puis s’effondrait le soir sur son lit, épuisée.

Elle se coucha ce soir-là, terrassée de fatigue, et vit sur l’édredon blanc un gland. L’amusement premier céda la place à une vague inquiétude.

Aucun chêne dans le jardin ni dans les jardins mitoyens, aucun animal domestique susceptible d’avoir déposé dans le salon ou sur son lit un gland. Nul souvenir d’en avoir vu les jours précédents dans la maison. Elle se glissa sous les draps en proie à une crainte diffuse qui altéra son sommeil.

Au petit matin, dans la lumière tamisée de la chambre, elle vit au plafond une tâche rouge qui apparaissait et disparaissait, telle une pulsation autonome de l’étendue blanche. Terrifiée, elle se leva précipitamment, saisit son portable dans son sac et sentit une petite masse contre sa paume. Sa main tremblante laissa échapper le téléphone qui se disloqua au sol, tandis qu’un gland roulait sur le carrelage.

Elle fut étreinte par cette sensation familière de ne plus distinguer le réel de l’imaginaire et se dirigea vers la salle de bain en quête de ses médicaments.

Son regard s’arrêta net sur un gland posé dans le lavabo.

Désorientée, hagarde, Alice avala plusieurs somnifères et s’endormit, recroquevillée dans son lit.

Elle rouvrit les yeux, éblouie par la lumière vive. Vaseuse, elle titubait dans le couloir lorsque son pied heurta un gland.

Effrayée, elle se précipita hors de la maison et scruta l’horizon. Au loin, un grand chêne doté d’une cabane en bois. Elle courut dans sa direction.

Elle pénétra dans un jardin fleuri à la pelouse parsemée de glands et arriva enfin au pied du grand chêne. La cabane, encastrée dans les branches, semblait abandonnée depuis une éternité. Une force invisible la poussait à en savoir plus. Elle grimpa sur les bribes d’une échelle en bois clouée à même l’arbre, dans un état second, sous l’emprise des somnifères et d’une angoisse intense. La cabane reposait sur un plateau fait de larges planches. Après plusieurs essais, elle parvint à en ouvrir la porte noircie et humide. Elle vit une ombre se déplacer à l’intérieur. Terrorisée, elle recula, trébucha sur une planche mal fixée et tomba à la renverse.

Le temps de sa chute, émergea de ses souvenirs enfouis, l’image d’une fillette moqueuse qui raillait son camarade, Paul, blondinet de six ans à peine et l’obligeait à monter dans cette même cabane d’où il tomba après un geste maladroit, se brisant la nuque.

Sur le point de toucher le sol, juste avant que ses yeux ne se referment à jamais sur un ciel d’un bleu absolu, elle se revit détourner la tête, impassible, lorsque le petit Paul chuta de la cabane et qu’il hurla : « Alice ! »

60

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Pulsations

Aliénor Oval

Sous la couette fleurie couverte d’un boutis bois de rose, blotti tout au fond du lit, un corps menu. Seuls les cheveux châtain clair dépassent des couvertures.
— Émilie, tu dors ?
Je ... [+]

Nouvelles

Pour Monette

Albert Dardenne

― Evidemment, aucun témoin ! fulmina le divisionnaire Avril.
― On pourrait peut-être essayer de réinterroger Monette...
― Ne vous fichez pas de moi, voulez-vous.
Sentant ... [+]