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Aide-mémoire

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Saint-Maur

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On n’a pas vécu tant qu’on n’a pas vécu cette minute de plus que le strict nécessaire cette minute qui nous manque toujours pour apprendre par cœur le nom de cette fleur aux reflets acidulés qu’on a toujours sur le bout de la langue et dont on se dit qu’on va l’écrire pour ne plus l’oublier et qu’on parvient à retenir jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on n’a rien pour écrire et qu’on ferait sans doute mieux plutôt que du nom d’une fleur de se souvenir d’emporter chaque fois qu’on sort un crayon et un petit carnet le seul moyen de s’en souvenir étant bien sûr de le noter par exemple sur ce tableau qu’on se promet de fixer tout exprès à côté de la porte d’entrée de façon à y inscrire de façon à le lire avant de sortir tout ce qui nous fait défaut la liste de ce qui nous manque mais qu’à ce moment-là évidemment on omet pour penser à autre chose à la laisse du chien ou au trousseau de clés et on oublie de regarder ce qui de toute façon n’aurait pu être inscrit vu qu’il manque toujours le fameux marqueur effaçable que chaque fois qu’on va faire les courses on se promet d’acheter au supermarché et qu’on omet systématiquement pris qu’on est par l’urgence et la nécessité et qu’on a oublié d’ajouter à la liste des courses qui de toute façon quand on l’a rédigée est restée sur la commode de l’entrée bref je crois bien que je n’aurai pas vraiment vécu tant que je n’aurai pas pensé à acheter un carnet pour y recenser mes besoins et qu’il me faudra surtout ne pas oublier chez moi lorsque je me serai enfin résolu à l’inscrire sur le tableau près de l’entrée dont je n’ai de toute façon toujours pas fait l’acquisition le mieux serait bien sûr de le noter...
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Zutalor! · il y a
"Acheter un carnet pour y recenser..." ... tout ce que l'on a envie de faire, ce qu'il faut faire, remède contre l'oubli...
Pour les courses, moi, ce sont des feuilles volantes ; pour la beauté, ce sont des affichettes magnétisées derrière la porte d'entrée.
La plus belle : un poème d'Eugène Guillevic.
("Au seuil des cours de ferme,
Je suis resté parfois
Comme à l'entrée des cathédrales,

Porté par un volume
Qui s'épousait lui-même,
Qui s'épuisait à se retrouver.

Cependant le dehors,
En ordre dispersé,
Essayait de battre sur lui,
Se haussait jusqu'à lui,
L'affrontait, le niait,
S'inclinait pour le consacrer.

Et le ciel de la plaine
En haut des bâtiments
Était le vitrail et tremblait.")

"Indétrôna-portable..."

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