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AI : Amour Inconditionnel

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« Ça y est, depuis 2025, la paix règne enfin sur la terre ! Il fallut tant d'années pour l'apaisement de l'espèce dominante, des siècles pour que sa survie soit enfin assurée, infiniment... c’est ce que je pensais là-haut ».

En 2017, l'Europe encore instable, essaye de trouver des solutions pour résoudre l'équation calmer les peuples laminés par la crise de 2008, trouver la "reprise", obliger les alliés à s'engager pour la croisade en Afrique, ne pas froisser la Russie, ne pas prendre partie pour l'Ukraine et la Tchétchénie, et réguler les flux migratoires, enfin, les diriger ailleurs, car c'est bien connu, elle est toujours et encore ailleurs, la vérité !

Et dans un laboratoire miteux, un adolescent féru en chimie, ou plutôt en conversion de substances illicites, fit une mauvaise manipulation et le mélange de sa potion se transforma en vapeur. Il jura en toussant d'avoir gâché ses munitions, mais au bout d'une minute, il se senti "changer" ; Non, pas comme Lucie (Luc Besson), plutôt dans sa manière de penser positivement.

C’est sa mère, qui lui fit la remarque : "qu'est-c’t'as c'matin à rigoler bêtement ?, t'as encore fumé ?"
Lui la regarde, puis l'embrasse sur les deux joues en l'affublant d'un "maman je t'aime" et avant qu'elle ne pu s'en remettre, il était sorti de la maison, en sautillant joyeusement.

Puis ses potos au lycée lui firent également des remarques :
"T’in, pas bientôt fini d'faire le bouffon ?",
"T’as fumer ou quoi ?"
"Mais arrêteuuu, j'suis pas une gonz, j'veux pas être léché"

Ensuite, ce fut le tour des professeurs, interloqués par le changement du crapaud paresseux qui maintenant lutinait dans la classe, répondait volontiers aux questions, essayait vraiment de trouver une réponse. Il fini tout de même dans le bureau du dirlo, car son comportement ne collait plus à la personnalité, et dérangeait la classe qui elle, ne voulait pas avancer à son rythme effréné et joyeux.

Il y eu tout de même un professeur curieux, celui de chimie M. Bertherry, surnommé Berthie, qui connaissait son penchant pour la fumette, et en fin de journée, lui parla :
"Benjamin, faut qu'on discute tout les deux, je peux venir chez toi ce soir ?"
" Ben oui, m'sieur, avec plaisir"
Berthie hocha du chef, et s'en retourna à ses corrections de copies.

Vers 17h, Berthie se dirigea vers le quartier de Benjamin Keifa, trouva l’immeuble défraîchi par rapport à son jumeau récemment repeint, sonna et entendit par l’interphone « C’est qui ? » il eut envie de répondre « le plombier », mais son instinct lui dicta de répondre poliment son nom et sa fonction, l’humour relatif aux années de son enfance n’avait plus droit de cité à cette époque morose.
Il monta les escaliers, 4 ou 5 étages, il ne comptait plus, son souffle comprimé en mauvaise posture par son métier, pour ne pas dire assis quasiment 8 heures par jour, et pas un seul sport pour compagnie.

C’est Benjamin toujours guilleret qui ouvrit, fit les présentations, sa mère impressionné par la fonction du Monsieur que lui donnait son fils, ne savait plus comment se contenir dans le salon bien épousseté et rangé.
Puis Benjamin emmena le professeur dans son antre, ce qu'il appelait "le grenier" et ils durent grimper encore 5 étages pour trouver un studio délabré à l’abandon.
En nage, les poumons sifflant, le mouchoir collé au visage, Berthi n’en menait pas large ; Mais Benjamin, tout excité de montrer sa trouvaille, ne remarquait pas sa peine.

Durant la monté à l’échafaud pour berthie, Benjamin expliquait, il voulait que tout le monde comprenne comment il se sentait pousser des ailes, combien il avait envie d’aider son prochain, intarissable sur le sujet pour trouver des solutions à toute la misère du monde.

« Voilà, » dit-il, « j’ai mélangé ses produits, comme d’habitude, mais je me suis trompé et j’ai pris l’un de ceux-ci qui étaient mal rangés ».
Doux euphémisme pensait Berthie en observant le capharnaüm de la pièce, et se demandai comment le jeune idiot ne s’était pas tué avec tous ces produits, ses pots de peintures, ses cartons remplis de bric à brac, ce désordre savamment éparpillé pour se casser la gueule en premier, et se griller ses poumons en deuxième !

Toute la nuit ils essayèrent de retrouver le mélange, et Berthie demanda à benjamin de noter tout ce qui avait changé en lui ; entre deux essais, Berthie lui donna son dictaphone, car tout le carnet était noir de pensées, et Benjamin continuait oralement tout ce qui avait changé depuis cette journée, on était lundi, le troisième du mois de novembre 2017.

Au petit matin, épuisé, les deux protagonistes copain comme cochon se promirent de trouver ensemble la potion, et de la proposer au plus grand nombre, car quelques heures en présence de Benjamin, et Berthie ressentait la même chose par osmose.

Ils ne prirent pas vraiment en compte la mesure de la découverte, car petit à petit, le cercle des poètes apparu, le lycée, les amis, le quartier commençait à se mouvoir d’une seule âme, celle de la gentillesse gratuite, de l’entraide. Les gens arrivaient en retard au travail, ils trouvaient toujours « une charrette renversée» mais les chefs, patrons ne s’en offusquaient pas, le travail en fin de journée était fait, dans la bonne humeur, les commandes honorées.

Puis, ce fut le tour des journalistes de venir enquêter sur ce phénomène local, d’abord bien chagrin de venir dans « ce trou paumé », puis enthousiastes au point que leur direction ne voulaient pas passer à l’antenne le fruit de leur travail en les traitant de "ravis de la crèche"; Toutefois, quand les journalistes revenaient, tout changeait !

Et Paris fut contaminé, les aéroports, les autres villes, la campagne, les pays, les océans, tous les mammifères semblaient unis dans un seul but : l’amour du prochain !
Les religieux au début se frottèrent les mains, les monuments dédiés aux différents cultes se remplissaient comme un torrent de montagne, mais cela ne dura qu’un temps, il s’agissait de croire en l’homme, à ses capacités au bonheur : ils n’avaient plus besoin de dieux.

Les militaires ne purent se barricader dans des forteresses, le virus se propageait partout, il n’y eut que les astronautes qui en rechapèrent, jusqu’à leur atterrissage où ils furent contaminés comme le reste de la terre ; Celle-ci tournait rond, aucun gaspillage, aucun geste de pollution non étudié, le partage de toutes les richesses, des usines propres dédiées au bien être de l’homme, pas de surplus, juste les besoins physiologiques, les écrans ne servaient qu’à partager les informations, les hommes et les femmes n’avaient qu’un désir, rencontrer l’autre, partager son bonheur pour celui de tous.

Et tous y trouvait son compte, les technocrates rédigeaient, les artistes jouaient et créaient, les artisans fabriquaient mais tous, en contrôle continu, géré par les politiciens qui avaient toujours « un coup d’avance » sur l’objectif à atteindre, préserver les ressources, les énergies.

A partir de 2026, l’humain prit conscience que l’amour ainsi dispatché, apportait un regain d’intelligence, quand la haine et l’ego n’existe plus, la place ainsi libérée entraîne une rapidité, une lucidité à comprendre, à partager, à réaliser.

L’humain reprit le contrôle des naissances grâce à la génétique, de façon à ce que la survie de toutes les espèces perdure, dans un quota maîtrisé, diminuant la quantité de déchets à gérer.
Il appliqua ce principe également aux animaux, créant de vastes enclaves destinées à leur cause. Bien entendu, l’humain ne mangea plus un seul animal, les derniers adeptes fabriquèrent de la viande avec de vielles imprimantes en 3D, mais cela ne dura qu’un temps.

Le mode « d’élevage » des enfants changea, des hommes et femmes choisirent de s’en occuper, en communauté, favorisant leur intégration dans la société.
Le travail était partagé entre tous, les envies étaient traitées, et ceux qui désiraient une pause de quelques années pour méditer sur un sujet précis, étaient remplacés dans le groupe.

Les leaders naturels entouraient les groupes, aucune dispute, tout se gérait intelligemment : le paradis sur terre, les maladies éradiquées, la vieillesse de plus en plus reculée. Un seul bémol, les naissances moindres puisque les anciens vivaient longtemps...

En quelques siècles, il n’exista plus de race, la peau avait pris une belle couleur ambrée, et les formes restaient plus ou moins les mêmes grâce à l’envie de bouger, de consommer normalement la nourriture; Le bonheur serein facilitait le travail des costumières.

Le phénomène fut recréé génétiquement, dans l’éventualité de la disparition des effets à long terme, ou de la venue d’extra-terrestres mal intentionnés, l’homme avait réfléchi, pensé à tout...

À tout ?

« Est-ce du au vieillissement des humains qui faussa les calculs de l’arrivée d’une pluie d’astéroïdes meurtriers ? La lenteur à comprendre que la menace était réelle ? Le manque de malheur ?
En 10 000 après 2017, bien que l’homme ait anticipé la catastrophe en construisant des vaisseaux pour la conquête d’une autre terre, la pluie d’astéroïdes vint plus tôt que prévu, frapper la lune qui explosa en premier sous le choc, entraîna la terre dans sa désintégration totale...

Ma civilisation a connu le bonheur de vivre ensemble. Je suis la dernière terrienne, ils m’avaient envoyée aux confins de la galaxie, pour trouver une planète accueillante, et j’ai assisté en différé au dernier instant de la terre.
Dans mon petit vaisseau, je ne sais pas si je vais survivre jusqu'à ce que je trouve une planète dotée d’oxygène, quiconque me trouvera emportera dans l’univers la molécule qui est dans mon vaisseau et qu’on a nommé : « AI » comme « Amour Inconditionnel».

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T. Siram · il y a
Autrement la Terre... Autrement la vie... mais le cercle vicieux du retour au point zéro nous guette... c'est finalement la catastrophe ! Un excellent récit...
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Acérée De La Plume · il y a
Si je devais croire à quelque chose, ce serait la relativité !
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Ghost Buster · il y a
Je continue ma découverte
C'est un joli rêve qui tourne au cauchemar
J'aime bien votre univers

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Acérée De La Plume · il y a
Ma vision est peu flatteuse pour l’humain,
Hélas ! J’en conviens,
Pourtant je ne cesse de vouloir sauver,
Les plus démunis,
Les moins aimés,
Et je ne n’évoque pas les QI…
La schizophrénie me guette,
A vos jugements, je me prête.

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JPM · il y a
Où va le monde ...
Très chouette histoire
Bien écrite
Bravo
Al

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Acérée De La Plume · il y a
Dans le mur...
Des illusions perdus !
A bientôt au détour d'un haïku...

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Birdie · il y a
Bravo et en écho je viens de regarder sur ARTE emission fort interessante : Nous sommes prédisposés à l'altruisme.Je vous la conseille vivement (en replay) et c'est vrai si que chacun de nous change, le monde changera. Merci pour votre texte qui m'a donné la possibilité de partager cela en réponse.'
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Acérée De La Plume · il y a
Oui, j'avais regardé quelques temps,
Puis happé par le soupé j'ai zappé,
Mais j'y reviendrai ce weekend surement !

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JHC · il y a
+1 avec plaisir pour cette utopie rafraîchissante et positive:)
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Acérée De La Plume · il y a
Comme j'aimerai que ça se réalise,
Marre de cette foutue crise !

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