Agon-Coutainville

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Agon-Coutainville et ses villas cossues ! Agon-Coutainville et sa promenade à n’en plus finir ! Agon et la mer juste en face, énorme, majestueuse, vibrante, sereine ! Je m’y suis promené bien des fois avec la mère et la grand-mère. C’est un amas de souvenirs qui me tombe sur la tronche rien que d’y penser. Diable, il fallait que je vous en parle ! Ça commence toujours comme ça... D’abord les rues étroites, les parkings pleins à craquer, la voiture qui peine puis enfin, nichée dans un coin miteux, la petite place déserte. Elle nous attend chaque fois qu’on y va. C’est là qu’on se gare. Ensuite, on les arpente encore, ces rues étroites, mais à pied cette fois. De fil en aiguille, on déboule sur le petit centre, accolé à la mer. C’est plein de commerces, de bistrots et de restaurants. Déjà, la pagaille commence. Les gens affluent par paquets entiers. Ils veulent se balader, ils veulent voir la mer, ils veulent causer. De là, on accède à l’entrée de la promenade. Au début, c’est jamais vraiment agréable. On se colle, on se serre, on se marche dessus... Les vieux, les jeunes... Tout ça dans une mêlée insouciante... Les clébards se fritent entre eux, les maîtres gueulent un coup....Je manque de me viander entre un Saint-Bernard et un chihuahua... Puis des gosses débarquent de nulle part, en vélo, en trottinette, en patins à roulettes et fendent le mouvement en tâtonnant pour pas s’écraser dans quelqu’un... A mesure qu’on avance, les gens se font plus rare. Ils ont pas le courage d’aller très loin alors ils font demi-tour et vont siroter quelque chose dans l’un des bistrots. C’est l’occasion de contempler un peu la mer. Le pire, c’est l’été. Les bourges, étendus sur les balcons des villas qui surplombent la promenade, ils vous jettent des regards méprisants. Ils guettent le mouvement perpétuel. En contrebas, ça s’agite. Ça bavarde, ça crie, ça se marre. On se suit en file, on se double avec mille subtilités pour pas rentrer dans celui qu’arrive en face... Les plus rapides zigzaguent entre les plus lents. Les vieux, affalés sur les bancs, discutent de la décadence ou contemple la jeunesse, gambadante, pétante. J’en ai vu tant, des comme ça, qui vous reluquent de haut en bas sans mot dire... Quelquefois, je quitte un temps la promenade pour aller marcher sur la plage. Je contemple alors l’horizon, je deviens bronze, je fais le philosophe, je me plante littéralement sur le sable mouillé et je me sens pousser quelques ardeurs ! Au milieu de tout ça, c’est encore la cohue. Les parents courent après leurs mômes, jouent au ballon ou bien se font dorer la pilule. Y en a même qui font du cerf-volant. Je remonte. Ça y est, je suis arrivé au bout. Je fais demi-tour. C’est que ça fait une trotte tout de même ! Les gens passent, repassent. J’entends des bribes de conversation. Pas loin, une bonne femme s’égosille sur un nanar : ‘’ Le film commence super bien. T’as un plan sur le mec, il discute avec quelqu’un, sauf qu’en fait, pas du tout. Il peut communiquer avec les morts mais au départ, t’as l’impression qu’il est cinglé...’’ J’me marre doucement. A coté, une gonzesse, morne comme pas permis : ‘’ Le diesel, je crois que ça consomme moins... ‘’. Je me perds, j’écoute. Les mômes jouent aux équilibristes sur le muret qui longe la plage. Certains tentent de se dépêtrer au milieu des gros cailloux. Ça vient de partout, ça n’arrête pas. Je lorgne un peu. J’observe discrètement les beaux gars qui s’affichent dénudés sur le sable. Je rêve, je suis bien, je bande un peu. Je continue de marcher. Lentement, très lentement. Je perds pas une miette. Autour, les gens vous jettent des coups d’œil furtifs. Ils sont curieux les bougres ! Et il y en a d’autres qui vous ignorent, qui sont la droiture incarnée dans un océan de décontraction. Où sont passées la mère et la grand-mère ? Qu’importe. Je continue de déambuler. J’observe la foule On passe devant les toilettes publics. Ça pue la vieille pisse pendant quelques secondes puis tout redevient normal. Quelques commerces sont là, discrètement nichés dans la promenade. Certaines villas sont vides. Je regarde les pelouses quelques mètres plus haut, les grandes baies vitrées, les intérieurs épurés, luxueux, sans personne pour en jouir. Un drone passe au dessus de ma tête. Bzzzzz... On dirait une espèce d’abeille. C’est pas le tout mais le temps passe... Me voilà revenu au point de départ. Ça grouille toujours. Ça bourdonne de partout ! Ça ne désemplit plus. Les terrasses des cafés sont pleines. Ma mère et ma grand-mère m’attendent aux ‘’ Bains De Mer ‘’. Les ‘’ Bains de Mer ‘’, c’est ce salon de thé très sympathique auquel on vient toujours lorsqu’on se promène à Agon. Il possède un étage. Les marches sont raides. C’est là-haut qu’on se niche. Le serveur rapplique. Le pauvre, il court, il galope sans arrêt, il pique des sommets de vitesse. C’est infernal. Il prend notre commande. Ça sera deux crêpes au chocolat et un jus d’orange pour moi. Les vieilles prennent un café. Vroouttt ! Le revoilà parti à toute bringue dans les escaliers, plateau en main. Comment fait-il, nom de Dieu de tonnerre de bordel, pour ne pas se vautrer ? Les crêpes arrivent. Je m’enfile tout. Hé, c’est vrai que j’avais faim ! L’étage est à saturation. Les clients continuent d’affluer. Ils grimpent, jettent des coups d’œil maussades et redescendent. Finalement, c’est à nous de céder la place. On paye, on gueule un p’tit coup sur le montant de l’addition puis on se rue en douceur sur les commerces. Nous voilà tous trois entassés dans une minuscule boutique de camelote. Ça bouchonne, comme sur la promenade tout à l’heure. Ça bouchonne partout. On passe les breloques en revue, sans conviction. Puis on ressort. Les gens font barrage. Les moutards vous filent entre les pattes. On remonte, las. Progressivement, tout redevient désert. Ou est garée la bagnole ? On trifouillent les rues et finalement, on parvient à la trouver, toujours fringante sur sa place miteuse. Au stade, quelques centaines de mètres plus loin, il doit y avoir une compétition. Un type s’époumone dans son micro. Tiens donc ! Ça expliquerait le chahut... On s’embarque, on démarre, on serpente. Et nous voilà partis. Bien partis. Agon-Coutainville, j’y reviendrai, j’en suis certain.
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