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Afin que nulle ne meure

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Didier

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"...C'est donc avec Ginette que je me suis aperçu que la compagnie des femmes m'était indispensable. Sinon leur compagnie en tout cas leur vision..."
Pourquoi le monologue du Bertrand de Truffaut résonne-t-il ainsi à son esprit? Il est bien incapable de le dire, et pourtant au moment des adieux ces deux phrases, soudain, prennent une saveur toute particulière.
Les adieux. Lame brûlante entre les côtes. Comment trouver la grâce et la délicatesse?
Nomme-les...
Odile. Brindille encore enfant et pourtant presque femme. De grands yeux noirs dévorant son visage et tout ce qui en approchait. Une chaude soirée d'Août délaissée par la petit bande avec préméditation et eux, seuls sur le banc. Son tout premier baiser si chaud, si doux. Sa fine main délicate faisant glisser d'un geste étonnamment sûr l'étoffe jusqu'aux genoux et psalmodiant d'un geste tendre la mystérieuse prière pour un premier abandon, presque honteux, quand son cœur avait faillit jaillir de sa poitrine...
Nomme-les...
Françoise. En Juillet, au bord de l'océan. De longs cheveux couleur des blés et le regard déjà prétentieux de celle qui aura tout ce qu'elle voudra dans la vie. Leurs longs baisers fougueux à leur couper le souffle. Ses petits seins naissants et ses petites fesses, noisettes duveteuses ridiculement comprimées par le maillot de bain...
Comme une lassitude dans les épaules, une envie de baisser les bras...
Nomme-les...
Isabelle. Sur les bancs du lycée. Sportive au corps en fièvre. Lèvres divinement ourlées. Yeux rieurs. Des seins ronds et généreux. Pour la première fois sentir sous ses doigts s'ouvrir les pétales délicats d'une fleur à peine éclose et y poser piano ma non troppo les accords de la symphonie du bonheur...
Une autre Isabelle. En vacances dans les Pyrénées, un été tout en chaleur et en espoir déçu. Isabelle à genoux sur la photo jauni qui porte à ses fines lèvres un doigt blessé par un verre brisé. Isabelle qui ne voudra jamais et préfèrera qu'ils restent amis. Ils l'étaient toujours, au demeurant. Mais lui savait depuis longtemps le trouble d'une amitié entre homme et femme quand l'un pense confidences et l'autre coupable tendresse...
Nomme-les...
Béatrice. Brunette aux yeux de braise. Et son frère Michel. Une après midi désœuvrée dans l'appentis au fond d'un jardin sous la neige. Béatrice qui guide, qui demande et dirige. Béatrice qui offre tour à tour à leurs palais émus leurs verdeurs adolescentes au goût d'interdit tandis que s'affole sa main à son bijou luisant...
Christine... Dans la pénombre rassurante du vieux cinéma de quartier qui programme "Il était une fois la révolution" dont il ne verra que les premières scènes. Christine au goût de rose et aux épines acérées. Aux seins nus et tendus sous le pull angora. Première blessure d'Amour qui fait dire que plus jamais... Christine qu'il retrouvera au hasard d'un site pornographique quelques années plus tard, rubrique "Pute à blacks", regard déjà éteint, ahanant des mots crus, les fesses distendues par un outrage d'ébène démesuré...
Est-il dans la norme que de repenser à tout ça en un pareil moment?...
Nomme-les...
Patricia. Cascade brune et corps de liane. Joueuse passionnée aux doux jeux des désirs. Entre ses mains expertes, il devint un jouet, sans cesse sur l'oreiller remettant son ouvrage et lui faisant découvrir le plaisir en partage avec sa prof de danse, insatiable elle aussi...
Nicole. Aux formes généreuses et aux amours féminines assumées. Nicole qui ne pouvait lui offrir que le fourreau satiné de sa bouche divine et ne s'en priva pas tout en ne tolérant que ses lèvres offertes à son fruit inviolé...
Est-il dans la norme de se sentir dressé à l'image fugitive de la chemise bleue ouverte sur la naissance de deux seins obusiers?...
Nomme-les...
Julia. Pétillante espagnole aux soirées catalanes. Ses longs cheveux bouclés et ses yeux couleur de lagon dans lesquels se noierait le plus chevronné des nageurs. Julia et ses envies d'ailleurs tendrement murmurés dans la langue de Cervantes. Julia et ses baisers fougueux. Julia et sa peau enflammée aux caresses nouvelles. Ses seins fiers et tendus. Ses rondeurs callipyges hurlant l'appel de la femelle en chasse quand sa bouche pulpeuse soupire un dernier " No... Oh no!..." si timide...
Sandra. Charmante anglaise à la beauté glacée offerte par son mari vaguement diplomate dans la nuit monégasque, le jour de son anniversaire. Sandra en éruption sous l'oeil tout attendri de son époux concupiscent. Sandra qui s'offre toute entière sans aucune pudeur réclamant l'hommage tant désiré à son endroit de braise et qui soumet sans honte son envers aux raffinements des plaisirs de Sodome...
Toutes ces peaux soudain... Tous ces parfums... La peau des femmes est le linceul de satin qui enveloppe les bonheurs passés et les regrets aussi...
Nomme-les, petit d'Homme... Nomme-les, afin que nulle ne meure...
Ursula. Tendre teutonne à la peau suavement parfumée. Ursula qui aimait à susurrer dans sa langue si sensuellement gutturale les plus parfaites insanités avec un sourire d'ange. Ange qui devenait démon lorsque son corps en fièvre exultait en liqueurs enivrantes...
Carmen. Femme mûre épanouie au soleil finissant. Carmen et ses trésors partagés sans parcimonie aucune. Carmen aux lèvres tendres d'avoir tant embrassé. Carmen aux seins lourds et jamais rassasiés. Carmen aux dentelles offertes entre ses doigts fébriles. Carmen qui désirait encore et toujours plus cette vigueur tenace qui la faisait sentir vivante...
Il les nomme une à une, les rendant immortelles. N'ayant jamais cru en un au-delà, le néant ne lui fait pas peur, électrocardiogramme désespérément plat. Et il les emporte toutes comme un dernier espoir.
Un seul remords, toutefois. Il n'a pas retenu le nom de cette fille dont la chemise bleue d'uniforme de sapeur pompier laissait deviner la naissance de deux seins obusiers soudain si rassurants et qui l'a laissé partir, malgré tous ses efforts...
S'il vous plait, nommez-là...
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Lélie de Lancey · il y a
Arrivée sur votre page au fil de mes lectures... Un plaisir de découvrir ces femmes aimées, dans ces portraits sensuels et élégants. J'ai aimé !
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Didier · il y a
Que répondre sinon un banal merci...
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Lélie de Lancey · il y a
C'est une très belle réponse :)
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Didier · il y a
C'était un charmant commentaire... :-)))
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Petitpoizonrouge · il y a
De beaux portraits de femmes...des souvenirs sensuels à souhait...vous avez bien fait de venir !
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Didier · il y a
Quelle autre banalité qu'un piètre merci pourrais-je bien vous répondre?...
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Petitpoizonrouge · il y a
C'est un des plus jolis mots que je connaisse...
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Didier · il y a
Alors permettez-moi de vous l'offrir bien humblement...
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HarukoSan · il y a
Tout d'abord, bienvenu par ici, puisque je lis dans votre profil que vous êtes nouveau sur Short, et puis je vous découvre et j'aime beaucoup votre écriture dans cette catégorie ce n'est pas évident, ni facile d'écrire sans choquer, le choix des mots pour la circonstance superbe, au plaisir, mon vote
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Didier · il y a
Vous me flattez et il m'est agréable de vous croire sincère, la démarche d'exposer ma modeste prose étant tout nouvelle pour moi. Merci encore pour ce baptême et votre touchante indulgence. Et... Au plaisir, donc...
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HarukoSan · il y a
Sincère certainement ce qui n'est pas toujours bien vu mais qu'importe, je lis, je visite la page de certains auteurs pas tous par manque de temps et si j'aime je le dis, sinon je ne commente pas et je m'en vais lire ailleurs à la recherche d'une pépite!
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