3
min
Image de Alain Derenne

Alain Derenne

14 lectures

1

Il était une fois...
Tiens une entrée en matière comme lorsque nous étions enfants...
Monsieur Aymard Jean, chef adjoint au cabinet du ministère des colonies, qui
comme tous les chefs adjoints peuvent s'enorgueillir d'être un honnête homme
mais si les qualités de cœur et d'esprit ne lui manquaient pas, monsieur Aymard
avait par ailleurs un caractère qui était plutôt celui d'un homme faible, inconsistant
et fluide, car dès que le ton montait, il se répandait comme un robinet qui fuit en
une énorme flaque d'eau, c'était comment vous dire, un petit bonhomme sans
volonté.
Il était devenu veuf avec une fille, et il souffrait de n'être plus commandé, car
chez lui, c'était sa femme qui portait la culotte et ne cédait en rien et sur rien de
ses prérogatives de femme au foyer, comme elle le disait souvent, son foyer, son
intérieur, ses meubles, sa cuisine, et ma chambre à coucher avec ma salle de bain
mon armoire et j'en passe, et maintenant il se retrouvait seul avec sa fille, la
maîtresse-femme qui était la sienne lui manquait, il n'avait plus ses repères, chez
elle, non pardon, chez lui maintenant, un vide qu'il lui fallait combler au plus vite,
de peur de se perdre, donc pour lui, un crédo, retrouver une nouvelle femme, la
femme d'intérieur qui lui manquait...
Monsieur Aymard possédait une petite fortune solidement placée sur une
assurance-vie de l'Abeille paix, plus quelques obligations des gazoducs trans-
sahariens,..
Un bon parti en somme...(sonnante et trébuchante).
Il n'eut donc aucune peine parmi ses relations à trouver une femme à son goût,
celle-ci fut rencontrée lors d'un dîner chez l'ambassadeur du Guatemala, où ils étaient
invités tous deux, elle se prénommait Héloïse Bellamy, veuve elle aussi mais avec
deux filles qui répondaient aux doux prénoms d' Anastasie et Alyssia, des prénoms
à consonances plutôt douces...mais...elles étaient comme les inspecteurs lors d'un
interrogatoire, l'une méchante à souhait et l'autre bonne pommadeuse, on pourrait
même dire lèche-bottes mielleuse...un duo des plus éclatants.
Le mariage eut lieu le plus simplement du monde, encore que, le ministre de notre
ami eut bien voulu lui servir de témoin.
Tout d'abord les choses dans le couple semblaient aller pour le mieux...mais, il y a
toujours un mais, Adeline, la fille de monsieur Aymard ne tarda pas à être en butte
à la jalousie des filles de sa belle-mère Héloïse, ce fut à ce moment précis la cause
et le départ de bien des brimades, Adeline en eut beaucoup de tristesse, elle, une
jeune fille de 13 ans et à une quinzaine de jours de ses 14 printemps, jeune fille
au teint si doux, petite mais si harmonieuse de formes, des gestes d'une douceur
infinie et son regard, une pudeur sans cesse en éveil et qui lui faisait rosir son si
beau visage, à ces moments-là, elle ressemblait à ces fleurs des champs qui
s'épanouissent dans la solitude, elle n'était pas seulement jolie, elle était comme
sa défunte mère, avec un cœur gros comme ça et pour elle, tout était beau, tout
était gentil, elle ne savait pas se défendre des assauts des autres, elle ne savait que
partager, pour cela et seulement pour cela, elle tenait de son père.
Les filles de la nouvelle femme de son père, n'avaient pas de défaut, mon œil oui,
elles étaient coquettes, envieuses et même hargneuses, pour elles nous ne pourrions
même pas invoquer l'excuse de la beauté, elles étaient maigrichonnes et longues
sur pattes, sèches de peau comme de cœur, blêmes à en devenir jaune selon les
jours, de petits yeux porcins avec un nez court et retroussé, comme une trompette,
les cheveux, oui, que dire de leurs cheveux de couleur brune, toujours sales et pour
clore ce portrait peu flatteur, des dents très grandes, ocreuses comme celles des
vieux chevaux, alors sous une enveloppe si laide, ne pouvait se cacher que des
âmes encore plus laides.
Et la vie entre eux cinq se passa triste et pleine d'embûches pour la pauvre
Adeline, les deux chipies toujours soutenues par leur mère n'eurent alors plus en
tête qu'une pensée pour deux cerveaux....se venger de leur propre disgrâce sur la
pauvre Adeline et c'est ainsi qu'elle ne fut plus dans la maison de son père que
le souffre douleur des deux autres...
Alors, elle se tourna vers moi le petit scribouillard et me demanda :
_ Mais Alain, elle est où ma marraine ?
_ Euh! Certainement sur le chemin pour venir.
_ L'attente va être longue ?
_ J'y réfléchis Adeline, j'y réfléchis...mais tu sais le chemin est long même pour
une fée, en plus, elle a peut-être d'autres obligations...

Ainsi commençait une histoire lue par nos parents dans notre enfance, histoire
écrite par Charles Perrault et dont le titre était «Cendrillon»...

Thèmes

Image de Nouvelles
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Sylvie Franceus
Sylvie Franceus · il y a
Oui, elle a d'autres obligations mais elle est là. Elle veille, en silence et parfois, elle souffle des mots qui partent sur des petits nuages gris comme ce matin. Elle est là et elle se réjouit de lire de si jolies phrases : ressembler à des fleurs des champs, elle ne savait que partager, une pensée pour deux cerveaux.... Bravo Alain, je suis si contente de te lire et ce conte revisité est un pied de nez à la vie et c'est une réussite.
Cependant, il me semble que la dernière phrase n'est pas obligatoire... mais peut-être je me trompe.
Merci Alain
Fée

·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
possible, mais j'ai voulu rendre un grand merci à C.Perrault
·
Image de Sylvie Franceus
Sylvie Franceus · il y a
Alors ne change rien. ... c'est parfait !
·
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
coquilles réparées, merci
·
Image de Sylvie Franceus
Sylvie Franceus · il y a
Chuuuuuuuuuuuuuuuuuuut
·