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A vide

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Laura Ellart

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Les freins qui craquent, les nerfs qui crissent, l’envie de combattre, la fin de la piste : (les) yeux clos dans un cocon de fumée, je dévore l’air chaud du moteur enfumé.

6h37 – Elle a pris son thé, dans une tasse, elle a mis le miel, dans sa tasse de thé, elle a vu le ciel, dans la baie-vitrée, elle a bu la tasse, de thé sucré, et a déposé la tasse, doucement, sans romance, sans parler.
Son parapluie, elle l’a tiré, elle a pris ses clés, dans la boîte d’acier, et elle est partie sous la pluie, sans me regarder, sans se retourner.
Alors j’ai mis mes mains sur ma tête ; alors j’ai pris mes mains pour pleurer.

19h15 – Un bruit de moteur déboule dans la rue encombrée. La vague montante traverse et mon corps et mon cœur de joie : mes lèvres humectées de rosée s’arrondissent, mes yeux se plissent d’aise et s’agrandissent d’une fervente fureur, mon estomac brille de milliers d’éclairs...
Elle sonne. (Ca ne peut être qu’Elle).
Ma main, suspendue à la poignée, recevant le signal, envoie valser la porte et mes pieds démarrent au quart de tour, comme pour une course cruciale. Mes membres se précipitent sur la porte d’entrée.
Tendrement, ma main ouvre la porte : La Voilà.

19h30 – La nourriture manque (placards dévastés, délaissés). Un manque, trop grand, trop fort, puissamment implanté qui se laisse difficilement dompté. Mais,... Elle a déjà trouvé. Simplicité enfantine de cette jeune fille esseulée, désirée. Elle a enfilé son gilet tricoté, elle a enfilé son K-Way violet, elle m’a souri, et nous sommes partis.
La rue, déjà dévastée par le soleil de février, luisait sous ses frêles pieds. Elle s’avançait, sourire en avant, hochait la tête, face aux passants, et mes pas marchaient tout bas pendant que moi je parlais maintes et maintes fois.
Ce moment me semble suspendu pour des siècles et des siècles, comme un instant de bonheur accru : ses cheveux se tortillaient et chantaient dans le souffle du vent, dont jaloux je cherchais à calmer les ardeurs. Elle riait à mes blagues sans objet, sautait dans les flaques pour m’éclabousser, marchait, dans ma main, à mes côtés : Elle, Elle savait tout donner (s’abandonner...).
Seulement le temps ne s’arrête jamais vraiment, et le soir commençait à tomber, surtout à l’intérieur de ce supermarché. Alors nous avons pris à la volée ce qui devait nous sustenter, nous contenter : ce qui aurait dû me contenter.

20h – l’eau bout –
20h15 – Assise, les cheveux éparses, l’esprit perdu dans ses pensées, Elle me semble presqu’étrangère : elle incarne la beauté de la statue, fixe, façonnable, manipulable...
Un désir violent de l’embrasser me perfore de part en part ; je me penche vers elle, agrippe son cou et lui délivre un baiser ardent. Elle reste statique – stoïque et garde la marque humide de mon baiser brûlant.
Je lui parle – elle ne répond pas.
Je la bouscule – aucune réaction
Je la secoue – Rien
Je la frappe – RIEN
Elle tombe à terre, je la relève et la porte délicatement dans mes bras pour la déposer, fragile – brisée, sur le lit.
Mille fois je m’excuse, je pleure, je m’insulte moi-même – Ø

21h00 (suite à venir)

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