A toutes ces mamans...

il y a
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Plus envie de lire et encore moins d'écrire... Merci à ceux qui passent encore sur ma page et pardon si je ne vous réponds pas. Prenez soin de vous ! J'apprends la cyberattaque, quelle ... [+]

A Aynur, avec toute mon amitié

Je pousse doucement la porte, la petite chambre est dans la pénombre.
Sa maman me chuchote que la lumière lui fait mal et qu'elle préfère laisser les volets fermés. Elle allume une veilleuse qui éclaire l'enfant qui dort.
On dirait un ange mais le bruit de la machine à laquelle il est relié me ramène brutalement à sa maladie.

J'enfile des chaussons, une blouse, en papier bleus et, une charlotte sur la tête, je m'asseois près de son lit.
Ses grands yeux bruns lui ont dévoré le visage. Il est beau, il a toujours été très beau. Ses cheveux ont repoussé, ils sont d'un noir profond, font ressortir sa pâleur. Il est si maigre.

Il gémit faiblement, est-ce qu'il souffre, sa maman me dit que non, je l'espère de toutes mes forces.
Je détourne la tête, j'ai envie de pleurer. Non il ne faut pas.
— Il est si content de vous voir, il vous réclame très souvent.

Je ne sais pas quoi lui répondre, elle me touche profondément mais ne voit-elle pas qu'il ne me reconnait même pas ? J'ai envie d'hurler mon impuissance, de maudire tous ceux qui font comme s'il allait guérir.
La vie c'est injuste, pourquoi lui, pourquoi eux ?

J'ai envie de vomir, il faut que je sorte, vite, ici tout respire la souffrance, le déni.
Mais je ne bouge pas, je regarde la maman passer une compresse humide sur les lèvres de son enfant. Cette douceur qu'elle met dans chacun de ses gestes quand elle lui caresse le front, la joue, soulève en moi une bouffée de tendresse qui me submerge.

Elle a fait aménager la jolie chambre d'enfant en chambre d'hôpital. Le dernier hôpital il l'a quitté il y a une semaine, mais elle espère encore, de toute sa foi, de tout son cœur de maman.
Cela va faire neuf mois que leur vie est en suspens.
Elle lui consacre chacun de ses souffles.

Je me suis trompée, ici tout respire l'amour.

Elle lui murmure :
— Regarde qui est venue nous rendre visite !

Je suis gênée, je culpabilise de lui imposer ma présence qui doit lui rappeler qu'il n'y a pas si longtemps il avait besoin de moi pour l'aider en classe. Je me souviens de ses rires quand il trébuchait, de sa rage à essayer de faire obéir ses doigts autour du crayon qui se dérobait, de ses combats. De son sourire quand il me disait qu'il fallait qu'il travaille bien à l'école pour devenir un grand chirurgien pour aider les enfants comme lui à guérir.

Il ouvre doucement les yeux. Son regard croise le mien, s'y accroche, il ne dit rien, peut-il seulement parler, je n'ose pas poser la question.
Je me penche au-dessus de lui et lui effleure la joue, caresse ses beaux cheveux. Sa petite main saisit la mienne, il referme ses doigts très forts autour de mon poignet et me sourit. Mon coeur se serre, je lui rends son sourire.
Sa maman s'est reculée comme pour nous laisser en tête-à-tête, elle nous observe, je sens sa bienveillance, je n'oublierai jamais ce moment.

Le lendemain elle m'envoie un message, son petit est parti dans la nuit. Elle ajoute merci.
Je reste sonnée par la teneur du message plein de reconnaissance envers moi. C'est ridicule, je n'ai rien fait.

Le pupitre de Selim est aujourd'hui recouvert de roses blanches, de jolies cartes, de petits mots et de poèmes.
La maîtresse dit qu'on plantera un arbre dans le petit terrain qui entoure la cour.
Les élèves posent énormément de questions. Deux psychologues sont présentes.
Je suis allée l'embrasser, j'ai essayé de ne pas pleurer. Je n'ai pas réussi.
Sa maman m'a souri.

Dix ans se sont écoulés, je me retrouve à nouveau chez Selim. On fête un évènement. Le fils aîné vient d'obtenir brillamment son diplôme de chirurgien. Il va exercer à Strasbourg, un jour il opérera peut-être des enfants atteints de gliome du tronc cérébral.
La maman m'annonce que sa fille va bientôt se marier et me montre des photos.
La jeune fille, qui ressemble beaucoup à Selim, esquisse un sourire timide. Elle dit que Selim aurait été très fier de son grand frère.
Sa mère lui répond tendrement :
 — Il l'est, et de toi aussi !

Elle nous sourit de ce sourire bienveillant qui jamais ne l'a quitté.

Je prends congé, elle m'embrasse, me confie qu'il leur manque terriblement. Sa voix tremble un peu en me disant que demain il aurait eu 18 ans.

J'aime cette mère, j'aime cette famille.

Et Selim a toujours 8 ans dans mon cœur.
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Ginette Flora Amouma · il y a
En ce moment , nous en sommes tous au même point que vous : Lire ? Ecrire ?
Après cette cyberattack , nous avons perdu nos abonnés , les commentaires de nos amis .
De vous , je n'ai plus rien .
Je cherche à me réapprovisionner .
et ce texte est très émouvant . Je le relis avec une émotion intacte .

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Diamantina DPR. · il y a
Merci Ginette je reviens vers vous dès que j'ai un peu de temps libre. Je vous embrasse

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