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A ma place

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Djerry Akaffou

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Serait-elle à ma place plus forte qu'un homme
Au bout de ces impasses où elle m'abandonne ?
Vivre l'enfer mourir au combat
Faut-il pour lui plaire aller jusque-là ?

Le vent caressa sa peau, le faisant frissonner. Le ciel nocturne étoilé donnait un air romantique à une scène qui n'en valait pas la peine. Il ramassa un petit caillou et le jeta à l'eau. Un bruit d'éclaboussure lui répondit. Le jeune homme se massa doucement la nuque, tout en regardant l'astre lunaire lui faire signe de tout là-haut. La Lune... ça avait toujours été son signe. Froid, distant, pas vraiment beau gosse... mais avait-il cherché à l'être ?... non.
Ses doigts glissèrent sur la rambarde en bois du pont sur lequel il se trouvait. La Lune... sa lune se reflétait dans l'eau. Il passa une jambe par-dessus la barricade, une autre, avant de se retrouver le dos plaqué contre le bois sec de cette chaude soirée d'été. Ses mains brunies à cause du soleil tenaient fermement la barricade qui le maintenait en vie. Un pas, il lui suffisait d'un pas.

Se peut-il que j'y parvienne ?
Se peut-il qu'on nous pardonne ?
Se peut-il qu'on nous aime ?
Pour ce que nous sommes ?

Pourquoi était-ce si dur ? Il avait pourtant fait le bon choix ! Il le savait, la vie ne lui avait jamais souri. Elle l'avait toujours lâchement abandonné quels que soient ses choix, ça avait toujours été les mauvais. Naruto lui avait pourtant dit que l'on construit son avenir, mais que faire lorsque votre vie n'est qu'une suite ininterrompue de catastrophes ? Et ce n'était pas faute d'avoir essayé... Voulant réussir sa première mission, et briller aux yeux des autres en montrant qu'il était capable d'endosser le rôle de chef, il avait failli tuer ses camarades. La vie de shinobi n'est pas faite pour les faibles. Marre des galères, des missions... marre de la vie.

Se met-il à ma place quelquefois ?
Quand mes ailes se froissent
Et mes îles se noient
Je plie sous le poids
Plie sous le poids
De cette moitié de femme
Qu'il veut que je sois

La glace face à elle lui renvoyait une image triste à pleurer. Son maquillage avait coulé et des cernes soulignaient ses magnifiques yeux émeraudes, plus profond que des océans. Elle passa une main sur sa joue, retirant une trace humide. Puis d'un geste souple, elle détacha ses cheveux blonds qui tombèrent en cascade sur ses épaules. La fatigue... elle la ressentait jusqu'au plus profond de son être. Mais plus que la fatigue, un vide ! Un vide immense qui ne faisait que grossir au fil des années. Un manque...
Elle avait besoin d'aide, besoin que quelqu'un vienne à son secours, besoin qu'IL vienne à son secours. Lui, ses yeux plus sombres que les ténèbres, ce regard si doux et ses manières agaçantes. Elle lui pardonnait tout malgré ses réactions quelques peu contradictoires lorsqu'elle se retrouvait face à lui. Mais c'était juste pour le voir réagir et se préoccuper d'elle. Personne... personne n'avait jamais fait attention à elle. Etait-ce mal d'espérer un peu d'affection ?

Je veux bien faire la belle, mais pas dormir au bois
Je veux bien être reine, mais pas l'ombre du roi
Faut-il que je cède ?
Faut-il que je saigne
Pour qu'il m'aime aussi
Pour ce que je suis ?

Fallait-il qu'elle parle la première, qu'elle fasse le premier pas ? Non, jamais. S'il la repoussait, elle n'aurait plus qu'une préoccupation... mourir. Elle n'aimait pas sa vie, mais il ne servait à rien de la gâcher de cette façon. Malgré tout, elle avait une famille. Des gens qui l'aimaient quand même un peu.
Elle attrapa sa tenue ninja, l'enfila doucement. La caresse du tissu la fit frissonner, mais plus que le froid, elle avait peur. Peur, de le voir, peur de lui parler, peur qu'il la rejette comme les gens autour d'elle. Suna était réputé pour sa chaleur et son air étouffant, et pourtant, les habitants y étaient plus froids que la glace. Sa main tourna la poignée de son appartement, avant de pousser la porte. Le silence de mort qui régnait dans le couloir reflétait bien son humeur morose, mélancolique. Elle sortit le plus vite qu'elle put, elle n'arrivait plus à respirer, elle étouffait. L'air nocturne lui fit reprendre vie. Elle inspira profondément en regardant la pleine lune qui s'était faite la plus ronde possible. À croire que tous les éléments étaient réunis en cette soirée.

Pourrait-il faire en sorte
Ferait-elle pour moi
Ouvrir un peu la porte ?
Ne serait-ce qu'un pas ?
Pourrait-il faire encore
Encore un effort
Un geste un pas ?
Un pas vers moi...

Il sentait le bois sous ses talons, alors que la plante de ses pieds ne brassait que de l'air. Encore un pas... Il serra les dents si fortement qu'un goût amer s'étala bientôt sur sa langue. Il s'était mordu, mais la douleur ne l'atteignait plus, il n'avait plus qu'un objectif, faire un pas en avant. Pour la première fois de sa vie, il avait un objectif concret, lui qui n'avait jamais eu la moindre motivation.
Des images défilèrent dans son esprit. Les premières à lui revenir à l'esprit furent les bons moments qu'il avait passé avec son maître à jouer au shogi. Cette pensée lui fit couler une larme... encore un ninja qui avait quitté ce monde pour sauver des vies... lui, il allait quitter cette vie en ne sauvant personne. Il éviterait quand même aux autres à le pleurer en laissant son corps disparaître dans l'eau. Son regard se porta sur le liquide à ses pieds. Eclairé par la lumière de la Lune, la rivière semblait prendre des couleurs argentées. Un beau soir pour mourir...

Je n'attends pas de toi que tu sois la même
Je n'attends pas de toi que tu me comprennes
Seulement que tu m'aimes pour ce que je suis

Elle marchait vite, son cœur battait la chamade. Il lui fallait se mettre dans un endroit tranquille. Ses pas sur le pavé lui parurent assourdissants. Elle croisait des gens dont le visage était inconnu, elle ne voulait voir personne... enfin... sauf lui.
Le parc ! C'était le seul endroit où elle pourrait être seule, face à elle-même. Ses cheveux, attachés en quatre couettes, flottaient doucement autour de sa tête, donnant l'impression qu'elle possédait une auréole. Mais elle s'en moquait, pour elle, seuls comptés ses pas qui claquaient dans les rues de ce village qu'elle commençait à bien connaître. D'ailleurs, pourquoi le connaissait-elle ? Parce qu'il y vivait et que c'était la seule manière de le voir sans se trahir.

Se met-elle à ma place quelquefois ?
Que faut-il que je fasse pour qu'elle me voie ?
Vivre l'enfer mourir au combat
Veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas ?
Je veux bien tenter l'effort de regarder en face
Mais le silence est mort et le tien me glace
Mon âme sœur cherche l'erreur
Plus mon sang se vide et plus tu as peur

Le vent s'souleva les feuilles du parc de Konoha. Le jeune homme ferma les yeux, replongeant une dernière fois dans son passé et ses sentiments. Il ne se mentait plus, cela ne servait à rien. Une image se forma distinctement en un temps record dans son esprit. Comment n'aurait-elle pas pu se former plus lentement ? Il connaissait chaque trait de son visage, chacune des mèches de sa chevelure blonde, chacun de ses muscles fins et élancés. Son sourire éclatant, sa mauvaise humeur perpétuelle sauf lorsqu'ils étaient tous les deux. Comme la fois où elle lui avait sauvé la vie alors qu'il serait sûrement mort sous les coups de Tayuya. Cette pensée le fit légèrement sourire alors que son rythme cardiaque s'accélérait. Il l'avait tellement observé qu'il aurait pu dire avec exactitude qu'elle aurait été sa phrase dans quelle situation. Oui, il la connaissait par cœur et il allait partir avec son image.
Son pied gauche se décolla de la rambarde et se souleva pour se positionner au-dessus de l'eau. Il ferma les yeux, inspirant une dernière fois.

Faut-il que je t'apprenne ?
Je ne demande rien...
Les eaux troubles où je traîne
Où tu vas d'où tu viens...
Faut-il vraiment que tu saches
Tout ce que tu caches...
Tout au fond de moi ?
Au fond de toi...

Elle ralentit, les brins d'herbe ondulaient doucement au rythme du vent. Elle avait envie de s'allonger là et d'oublier tous ses sentiments, ses peurs, ses doutes. Ça y est, elle se sentait bien. Il lui manquait juste une chose. Il lui manquait le garçon qui occupait ses pensées sans arrêts. Ce jeune homme un peu plus jeune qu'elle et pourtant si mature aux yeux noir et aux cheveux attachés. Elle ne rêvait que d'une chose, se blottir dans ses bras. Inspirer son parfum, son odeur sauvage. Elle voulait qu'il la réconforte, elle voulait sentir ses muscles sous ses doigts. Elle le voulait lui !
Finalement, elle ne s'arrêta pas là et continua son chemin plus lentement. Ses pas la guidèrent vers l'intérieur du parc où se trouvait un pont avec une rivière. Elle distingua une ombre sur le bord de la balustrade... du mauvais côté de la balustrade...
Cette forme... elle la connaissait ! Shikamaru !

Je n'attends pas de toi que tu sois la même
Je n'attends pas de toi que tu me comprennes
Mais seulement que tu m'aimes
Seulement que tu m'aimes
Pour ce que je suis

Le vent lui apporta des bruits de pas. Ce fut l'élément déclencheur. Ses mains lâchèrent la balustrade en bois alors que son pied toujours en appui sur le rebord lui donnait un dernier élan. Il laissa tomber ses bras le long de son corps et ferma les yeux en espérant que la personne qui courrait dans sa direction n'ait pas eu le temps de le voir.
Il murmura un « Je t'aime... » Qui s'adressait à la fille de ses rêves qui devait se trouver quelque part dans un appartement de Konoha. Il partait le cœur léger. Il avait réussi à dire les mots fatidiques.
Sa chute lui parut extrêmement longue et ce fut comme une libération lorsque ses chaussures plongèrent dans l'eau froide. Il ne chercha pas à respirer ou à remonter. Il se laissa aller.

Quand je doute
Quand je tombe
Et quand la route est trop longue
Quand parfois je ne suis pas
Ce que tu attends de moi
Que veux-tu qu'on y fasse ?
Qu'aurais-tu fait à ma place ?

Elle courrait à en prendre haleine. Elle le vit lâcher le bois qui le maintenait en vie et avancer sa jambe. Son cœur déjà bien réquisitionné par la course manqua un battement. Il tombait.
Elle ne chercha pas à réfléchir ou mettre un plan sur pied comme à son habitude, elle posa sa main sur la rambarde, prit appui dessus et plongea. Tout c'était déroulé en un éclair. L'eau était glacée. Elle failli se noyer, mais tint bon... pour lui.
Elle remonta à la surface, elle ne le voyait plus. La Lune éclairait la scène comme un spot. Elle replongea et ouvrit les yeux sous l'eau. Ses mains cherchaient un bout de tissu, des cheveux, n'importe quoi. Pourtant, ils ne brassaient que de l'eau. Mais alors que ses poumons réclamaient de l'air, lui brûlant les entrailles, ses doigts s'agrippèrent à un vêtement. Elle ne chercha pas à comprendre et tira. Un corps suivit. Elle le prit dans ses bras et remonta à la surface, battant des jambes avec l'énergie du désespoir.
Elle le tira au sec avant de se laisser tomber à ses côtés. Il crachait et toussait, c'était bon signe, il était vivant. Ses yeux écarquillés, essayaient d'analyser la situation, mais elle ne lui en laissa pas le temps. Elle plaqua avec violence ses lèvres sur celle du jeune homme. Qui lui rendit son baiser en comprenant qui elle était.

Je n'attends pas de toi que tu sois la même
Je n'attends pas de toi que tu me comprennes
Mais seulement que tu m'aimes.
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