A la mémoire des chewing-gum tombés au combat

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Mr Zag a une voisine, un chat, des collègues, un job, il prend le train chaque matin pour aller bosser, il aime Lynch, Radiohead et Winshluss. Mr Zag a un Pinocchio tatoué sur le bras, quelques ... [+]

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C'est le type de journée où je marche dans la rue, tête baissée, à avoir les boules sans savoir pourquoi, irrité au point de bouffer la jugulaire du premier mec qui me dira bonjour avec un grand sourire. Je regarde le sol, les yeux gonflés d'un trop plein de connerie. Des mégots, des feuilles mortes, des crottes de chiens. La crasse banale du bitume.

Un type se confond en excuses devant celle qui doit certainement être sa nana. « Mais chouchou je suis désolé, j'ai complètement oublié pour ce soir, je ne peux pas annuler, mon boss me le fera payer sinon ». Elle mâche son chewing-gum frénétiquement. Le pauvre est compressé entre ses mâchoires de pitbull. Elle tape du pied, rouge de colère. « Tu me fais le coup à chaque fois ! Je te préviens, c'est la dernière fois, sinon tu vois ça ? (Elle montre son décolleté) T'es pas prêt de les revoir de sitôt ! ». D'un geste sec et brutal, elle crache son Malabar par terre. Il roule jusqu'à mes pieds comme un enfant termine sa course après avoir été éjecté du pare-brise d'une bagnole.

Nous sommes deux orphelins sur ce trottoir. Il est encore chaud, rose de vitalité, émanant un parfum de fraise. Un nouveau-né déposé devant une église, attendant d'être recueilli par une âme charitable. Il n'en sera rien. Comme tant d'autres dans cette rue, il terminera écrasé sous les pas de centaines de passants, dans l'anonymat le plus total. Sa couleur pastel deviendra aussi sombre qu'un lépreux, un numéro parmi ses frères tombés au combat de la mastication.

Je suis pris d'empathie pour ce bout de gomme que je ne connais même pas. Combien sont-ils à terminer sans scrupule sur la place publique ? Je traîne le pas et j'en aperçois des centaines. Chacun a son histoire. Ce Freedent Light a été sauvagement déchiqueté par une étudiante chinoise qui tentait d'arrêter de fumer. Mort sur le coup. Recraché seulement dix minutes après. Ce Hollywood à la menthe qui transpirait la fraîcheur, l'été et la vie, n'a pas tenu le choc face à la nicotine. Après quelques coups de molaires, il s'est asphyxié à la première taff. Mais il y a encore bien pire, et ça, les journaux n'en parlent pas. Il est fréquent que l'un d'entre eux, sentant une mâchoire aiguisée se refermer sur lui, se mette au bord d'une langue visqueuse pour se jeter dans la gorge de son bourreau. Acte kamikaze ou simple désespoir ? Une mort atroce en tout cas. Brûlé par les sucs digestifs, il est tué sur le coup. La torture peut aller beaucoup plus loin.

Être le jouet d'une perverse sado maso. Entre ses lèvres aspergées d'un rouge cireux, devenir une panse de brebis qu'elle gonfle et explose dans sa bouche encore et encore, une bulle de souffrance crevant à petit feu, usée par ce va-et-vient incessant. Trop naïf parfois, séduit par l'innocence d'une fillette jouant à la poupée mais terminant dans ses longs cheveux bouclés. Un coup de ciseaux net et précis en guise de mise à mort. Une corrida édulcorée.

Pour lutter contre ces crimes abominables perpétués en plein jour, vous aussi, rejoignez l'APPCW (Association pour la Protection du Chewing-gum) qui milite pour la réintroduction du chewing-gum dans son milieu naturel. Un autre chewing-gum est possible ! Déjà plus de vingt-six adhérents dans le monde ! Je compte sur vous !

En hommage à tous les Stimorol, Airwaves, Hooba Booba morts au combat.

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