À coeur ouvert

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Retraité de l'enseignement, tout en côtoyant le journalisme et la recherche, on m'a mis au défi d'écrire mon quotidien de façon humoristique. J'en suis à plus de trois ans d'écriture  [+]

À cœur ouvert
Dès ma naissance on m'ausculte. "Il a dix doigts et dix orteils et un pénis. Il est normal". Voilà comment s'est faite mon entrée dans la vie. À l'aube d'en sortir, je possède toujours tous mes doigts de mains et de pieds ainsi que mon attribut masculin. Dès ma jeunesse, une maîtresse m'enseigna les rudiments de la langue française. Moi, je n'apprenais que des lettres que je liais ensemble et qui donnaient des mots que j'écrivais côte à côte. Toute cette démarche m'apparaissait tellement inutile. Pourquoi écrire alors qu'on peut dire à haute voix ce que l'on veut exprimer? Puis on m'a demandé de réécrire ce que je pouvais lire dans un livre. On ne m'a jamais parlé des droits d'auteur. De toutes façons, je ne pouvais m'imaginer ce qu'était un auteur. Pourquoi copier quelque chose qui existe déjà. On n'a qu'à lire l'original. Le temps passa et on commença à me dicter des dictées. Aucun problème de compréhension du texte, mais incompréhension quant aux remarques concernant ma façon de le réécrire. Pourquoi de vieilles règles de grammaire et de grands-mères, quand moi je comprends très bien mon écriture? Je faisais des fautes et ce n'est pas faute d'avoir fait attention, malgré la tension engendrée par le regard vigilant de cette mère qui m'a engendré. Probablement par manque d'intelligence, j'ai dû consacrer vingt ans de ma vie pour compléter ma scolarité, passant près de devenir docteur, sans avoir le droit de pratiquer la médecine. Ne sachant que faire de ma vie, j'ai décidé de la consacrer à une douce vengeance. Je ferai souffrir d'autres étudiants en essayant de leur inculquer ce qu'on a mis tant d'années à m'apprendre. J'y ai mis tout mon cœur, en m'assurant que ces cégépiens puissent noircir page après page que je corrigeais avec attention, tant au fonds qu'à la forme. On nomme cette opération la formation éducative. Et puis, trente-cinq ans plus tard, est venue la délivrance. Plus besoin d'apprendre ni d'enseigner. Je suis devenu un homme de huit lettres: R-E-T-R-A-I-T-É. Fini l'obligation d'écrire dans un français correct. C'est à cette époque que je me suis consacré à l'espagnol, dans le but de bien prononcer les lettres, écrire des mots correctement et faire des phrases significatives, le tout dans une grammaire correcte. Cinq années furent suffisantes pour y parvenir. Pendant ces années, je me suis permis d'enseigner cette langue et de l'utiliser pour corriger des étudiants qui l'apprenaient. Puis, comme une vieille hémorroïde, je suis sorti du corps enseignant. Fini de perdre mon temps avec des lettres dont j'appréhendais l'inutilité dès mon enfance. Je savais, dès lors, que je ne serais jamais un homme de lettres. Mais le malheur m'est tombé dessus. Je suis tombé en amour à l'âge de soixante-douze ans.
Ne sachant que faire de ma retraite qui prenait de l'âge au même rythme que moi, je me suis épris d'activités sportives. Le golf, le curling, le ski alpin et le tennis ont remplacé dans ma vie quatre conjointes qui m'ont consacré, chacune, une décennie de leur vie, avant de poursuivre leur vie propre. Je suis donc redevenu, par la force des choses, célibataire et entre-ouvert à de nouveaux défis sentimentaux. Ils ont pris la forme de plusieurs amitiés, avec l'avantage que l'on peut les cumuler de façon simultanée, ce qui est, avouons-le, plus ardu avec une conjointe. Je le sais, je l'ai expérimenté. Or, il y a trois ans, une de mes amies, que je ne nommerai pas afin qu'elle ne puisse pas se reconnaître, s'est amusé à lire un de mes anciens écrits qu'elle a trouvé drôle. J'ai aussi trouvé cela comique. Elle m'a mis au défi de lui écrire d'autres textes du même style. Il ne faut jamais me mettre au défi. Je ne me suis pas défilé. Un premier texte fut rapidement suivi de d'autres. Ma muse s'est amusée à y apporter ses commentaires. C'est alors que je suis tombé en amour avec l'écriture. À ce jour, mille pages lui sont tombées sous les yeux.
En regardant les nouvelles télévisées avec mon grand ami Mozart, mon fidèle chat, la révolte m'a gagné. Moi et mon peuple avons respecté le confinement face à La Covid-19 afin de combattre cet ennemi sournois. Pendant ce temps, à quelques kilomètres au sud du Québec, un hurluberlu, élu à la tête du pays voisin, que trop de mes concitoyens voisinent d'ailleurs, prend des décisions complètement idiotes qui ne feront qu'empirer la pandémie et il veut même rouvrir la frontière avec nous. Pas question. La révolte qui fourmillait dans mes jambes monte lentement jusqu'au bas de mon dos. Je me bats depuis longtemps contre les injustices et la bêtise humaine. Mon plus grand souhait porte sur les prochaines élections américaines en espérant que la démocratie permette de mettre ce président à la poubelle. Et puis, on voit à la télévision quatre policiers blancs tuer un noir, soupçonné d'avoir payé avec un faux 20$. Ce qui ne fut jamais démontré. Mais le meurtre fut montré et remontré. Les foules se déchaînent dans la majorité des grandes villes américaines et même chez nous. Espérant que ce qui sert de président aux Américains calme le jeu, je constate, avec stupéfaction, qu'il agit en sens contraire. Soit sans bon sens. Il souhaite envoyer l'armée contre ses citoyens. Ma révolte continue sa montée, passe par le cou et me monte à la tête. Je m'étais pourtant juré de ne jamais remettre les pieds dans ce pays de débiles. Après consultation avec Mozart, on décide de nous rendre à la Maison Blanche pour procéder à un grand nettoyage. Je connais les dispositions des pièces, ayant personnellement visité cet édifice en 1966 et l'avoir revisité via le logiciel Earth, hier soir. Notre but: occire ce triste sire. Nous traversons la frontière en nous faisant passer pour des médecins sans frontières, via la réserve Mohawk. Notre plan consiste à arrêter le cœur de ce président en plein cœur de la crise. Donc, provoquer chez lui une crise cardiaque. Nous connaissons son point faible: le pénis. Devant une jolie femme, ce dernier s'énerve, tombe en érection (façon de parler). Nous avons convaincu une prostituée peu connue, mais blanche, de l'amadouer. Nous lui avons injecté une bonne dose de la Covid-19 en lui recommandant de ne pas lésiner sur les contacts oraux avec le président. Naturellement, les services secrets du président ont été tenu au secret, habitués de voir des gens qui se prostituent dans l'entourage du gros bonhomme. Mozart et moi revenons rapidement au pays, toujours via la réserve indienne, dans l'attente de l'annonce du décès de celui qui jurait ne jamais mettre de masque anti-virus. Quelques heures plus tard, un tweet de ce twit mentionne qu'il veut s'en prendre à tous les gouverneurs démocrates. On ne parle pas d'une tentative de meurtre. Je ne crains donc pas de poursuite. Malgré qu'avec les Américains, on ne sait jamais. Il va continuer à vivre pour empoisonner ma vie. Pourquoi se débarrasser d'un dictateur fonctionne si bien dans les films de James Bond? J'apprends aussi qu'il ne faut jamais se fier à une prostituée.
En lisant mon texte sur mes visées d'assassinat, ma muse me fait remarquer les quelques fautes de français qui jalonnent mon texte et plusieurs espaces de trop entre mes mots. Elle me souligne aussi que je suis peu crédible, relevant plusieurs failles dans le texte. Elle sait que je ne connais aucune prostituée américaine et que je n'ai aucun contact chez les Amérindiens. Je n'aurais pu expliquer à la première comment procéder, puisque je ne parle pas bien l'américain, ni convaincre le second, ne parlant pas l'indien. De plus, le président fait attention avec sa vie sexuelle depuis que la Première Dame le fait surveiller par ses propres services secrets. Elle se souvient de ce qui était arrivé à Bill Clinton. Malgré que son mari ne fume pas le cigare, elle ne prend pas de chance, ne voulant pas qu'il la trompe. Et puis, selon ma muse, je suis incapable de tuer une mouche. Ce qui est complètement faux. Je suis capable de les tuer quand je les vois. C'est ma vue qui n'est pas bonne. Elle me demande, finalement, de laisser Mozart tranquille et de ne pas le mêler dans mes histoires. "Il n'a jamais mis les pattes hors de ta maison, comment veux-tu qu'il te suive aux États Désunis?". Je dois lui donner raison. Il faudra que je fasse attention parce que si je la perds comme lectrice, j'élimine une grande partie de mon fan club. J'ai cependant une hâte anxieuse de connaître son commentaire sur l'ensemble du texte. Je n'ai malheureusement pas tué le président, mais ma muse est morte de rire. "Génial" me dit-elle. Et elle parle moi et non du président.
Beaucoup trop d'émotions. Il faut que je fête cela. Une vieille habitude chez moi de devenir un fêtard avec mon amie la bouteille de bière. Je vais donc vers mon verre qui passera de moitié vide à vraiment plein, avant que je ne le revide. Je suis un alcoolique anonyme, ne donnant jamais mon nom quand je vais dans un bar. J'aime tellement boire que mon poisson favori est le bar. La dive bouteille ne m'a jamais causé d'ennuis. Son contenu oui. Avant même de rencontrer ma première conjointe, je partageais mes soirées avec la boisson. Grâce à elle, j'étais aux anges. Elle me donnait des ailes. Grâce à elle, je savais jouer de la batterie dans un club, du moins jusqu'à ce que le portier me fasse comprendre que ma musique n'était pas appréciée. Grâce à elle, je passais de timide à un Don Juan efficace. Elle m'a permis d'amener de multiples conquêtes en quête de volupté jusqu'à mon lit. Malheureusement, le mode d'emploi de l'alcool ne mentionnait pas les effets secondaires: chez moi, c'était le sommeil précoce, le mal de tête et les nausées. L'avantage, par contre, c'est que je suis certain que suite à mes aventures d'un soir, il n'y a pas une progéniture inconnue qui soit à la recherche de son père inconnu. Je ne baisais pas, je ronflais. Je ne doute pas un instant, non plus, que grâce à la boisson, j'ai pu convaincre mes deux premières conjointes à mettre fin à un mariage malheureux. Conçus dans la boisson, il était normal qu'il se consomme avec elle. La dive bouteille m'a aussi donné le courage d'assumer la présidence de multiples organismes, ce que je n'aurais jamais fait à jeun. Je couche ces pensées sur papier, un verre à la main. Je remplis les lignes au fur et à mesure qu'il se vide. La boisson est encore source d'inspiration. Tous les auteurs de romans policiers le savent. Leur héros est toujours un alcoolique. Suis-je un héros?
Mozart miaule sur mes genoux. Il vient de lire mes derniers mots et me rassure. Je suis un héros puisque depuis trente ans j'ai délaissé la boisson. Je suis toujours alcoolique cependant et, pendant que je sirote ma bière désalcoolisée, je dois admettre que je me suis désalcoolisé moi-même. Évidemment, sans boisson, ma timidité a pris le dessus et mes deux dernières conjointes ont pris le bord. Au moins j'en ai été conscient. Depuis que j'ai pris le clavier (ma plume personnelle), je m'enivre de mots sachant qu'il y a quelque part des lectrices qui m'amènent dans leur lit avec un de mes textes comme livre de chevet. D'autres utilisent mes propos comme partenaire de leur repas. Je mets un sourire dans leur visage, une petite étoile dans leurs yeux et une douce mélodie à leurs oreilles. On parle du pouvoir des mots pour guérir plusieurs maux. Par contre, ce n'est pas parce que j'ai déjà enseigné l'histoire que les histoires déjantées me viennent rapidement à l'esprit. L'importance d'avoir une muse est primordial. Pour moi.. euh! excusez-moi, on sonne à ma porte. Pourtant je n'attends personne.
Deux individus se tiennent devant mon seuil de porte. Je m'apprête à clore la conversation avant qu'elle ne débute, m'imaginant à juste titre, que des vendeurs itinérants d'une quelconque religion veuillent me convertir. Oh que non! Deux plaques de la CIA se pointent devant mes yeux. On me demande de les suivre. Menotté, j'accepte de bon cœur, laissant mon chat seul à la maison, à contre cœur. Je n'ai aucune idée concernant l'erreur judiciaire qui se déploie sous mes yeux. On me conduit dans une chambre d'hôtel de Shawinigan. Je constate que les services américains ont des moyens énormes et de la suite dans les idées. Ils ont loué la suite présidentielle de l'auberge d'un gouverneur. Ne croyez pas les films policiers où un interrogatoire se fait par un bon cop et un bad cop. Dans mon cas, c'est un bad trip. Je m'excuse d'utiliser des mots dans la langue de Shakespeare, mais j'ai affaire à des Américains. Ils me demandent de m'identifier. Il est temps. Ils devraient savoir qui je suis puisqu'ils sont venus m'enlever chez moi. On ne me lit pas mes droits. Pour un policier Américain, un prévenu n'a pas de droit. On m'avait prévenu. Je ne sais pas de quoi on me soupçonne. Le plus baveux des deux représentants de l'ordre sort une feuille de sa poche et fait semblant de la lire. Je ne suis pas certain qu'il sache lire. Puis, je comprends que son texte est dans la langue de Molière. Je ne suis pas certain qu'un Américain soit assez intelligent pour comprendre une langue si riche et si complexe à apprendre. Finalement, il lit à haute voix; " Notre plan consiste à arrêter le cœur de ce président en plein cœur de la crise. Donc, provoquer une crise cardiaque". Ils connaissent ma tentative d'assassinat de leur président. Ils ont refait le parcours qui m'a conduit jusqu'à leur capitale. Vont-ils m'accuser de complot, ou me remettre une médaille de bravoure? Mais ils ne semblent pas savoir que Mozart était mon complice. Quel soulagement si je suis accusé et quelle tristesse si on mérite une médaille. On m'accuse. Ils veulent me ramener dans une prison américaine en me menaçant d'une prison entièrement composée de noirs. Ce n'est pas une vraie menace, je ne suis pas raciste. De toutes façons, aux USA, la majorité des prisonniers sont noirs. Auparavant, je dois passer devant un juge. J'essaie de lui expliquer que je ne suis qu'un écrivain et que le texte qu'il a devant lui se veut humoristique. Il ne la trouve pas drôle. Pour lui, il est impossible qu'un non-américain puisse écrire un texte en vue d'éliminer leur président. Tous les présidents américains assassinés l'ont été par un Américain et non par un étranger. Je viens de commettre un crime de lèse-majesté. On me condamne à une peine de deux ans pour avoir voulu commettre le meurtre d'un président plus une autre peine de trente ans pour avoir raté ma tentative. Je ne m'en sortirai jamais.
Bien oui, tu vas t'en sortir. Ma muse vient de relire mon texte et après plusieurs commentaires d'ordre grammatical, elle me conseille de revoir mon texte afin d'ajouter des descriptions plus explicites. Cela permettrait aux lectrices de se faire une meilleure idée des personnages et des lieux. Cela ajoute aussi des pages au roman et des sous à l'éditeur. Ainsi, je devrais décrire les deux agents de la CIA. Le plus grand, ayant une trentaine d'année avec des cheveux noirs et des yeux masqués par des verres fumés bruns, portait un costume noir, comme dans le film les Hommes en Noir. Le deuxième était une copie conforme du premier. Sauf qu'il est une femme. Évidemment, la suite d'hôtel ressemble à une suite, comprenant un mini salon et une mini chambre. Je précise que l'interrogatoire s'est déroulé dans le salon. Si l'agent féminin m'avait conduit dans la chambre, j'aurais parlé d'un viol. J'aurais pu, aussi, écrire quelques pages sur mon trajet vers la capitale américaine en compagnie de mes deux geôliers, mais il aurait fallu que je me décide entre un transport par avion ou en voiture. En cette période de pandémie, j'ai préféré la voiture, le transport aérien étant moins sûr. Une description du juge vous aurait permis d'apprendre qu'ils ne sont pas tous aussi détestables que ceux qui animent nos émissions de télévision au Québec. Quant à la prison américaine, elle est conforme à celles décrites dans les pires scénarios hollywoodiens. Ma muse m'apprend mon métier d'écriveux. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Voilà pourquoi mes écrits constituent une courte-pointe d'historiettes. Pour ne pas perdre le fil, mes lectrices se doivent d'être attentives. Pour l'instant, j'ai perdu le mien. Je file donc au golf pour me ressourcer. J'en profite pour jouer une de mes meilleures partie de la saison, ce qui met de la gaité dans mon cœur. Il faut que j'y fasse attention, je suis parfois un vrai volcan.
Ma mère adorait me préparer de la soupe au lait. Elle y ajoutait des patates ou du blé d'inde ou tout légume sur le point de passer date. Pas d'indication sur l'emballage, elle y allait à l'odeur. Toute mon enfance et mon adolescence ont consisté à ingurgiter régulièrement sa soupe dans laquelle baignait des yeux de gras dus au beurre qu'elle y ajoutait pour lui donner du goût. Depuis, je n'ai jamais cuisiné ce type de plat. C'est moi qui est devenu soupe au lait. Je revois ma mère, préparant sa soupe. Parfois, le lait se mettait à bouillir brutalement allant jusqu'à un débordement affolant. Je suis un homme doux, patient et paisible. Mais je suis aussi susceptible, timide et il m'arrive de brusques colères ou changements d’humeur. Comme un volcan, j'explose et dès la seconde suivante, je m'éteins, penaud. Je connais les circonstances qui amènent le réveil du Vésuve: l'injustice. Je ne peux admettre un comportement injuste, de voir une personne en brimer une autre. Je deviens un Don Quichotte brandissant la seule arme que je possède, une voix forte. Je me souviens d'un épisode, il y a huit ans, où un joueur de curling trichait dans le but de faire gagner son équipe. Doucement, je lui ai dit de ne pas déplacer les pierres avec son pied. Plus tard, patiemment, je lui répète que ce n'est pas correct de tricher dans ce sport. Paisiblement, à mon troisième message, je lui ai fait savoir que je le dénoncerais aux autres membres s'il continuait. Rien n'y fit. Il se moqua de moi. La calotte volcanique explosa. Tous les curleurs sur les glaces figèrent, ne comprenant pas d'où venait ma frustration. Le temps qu'ils comprennent, j'étais redevenu un agneau prêt à être sacrifié. Évidemment, comme je suis l'auteur de ce texte, je vais le couper au montage afin que vous n'ayez pas une mauvaise image de ma personne.
Mozart m'invite à me reposer un peu. Cela signifie qu'il a faim et souhaite que mon estomac m'envoie le même message. Je ne peux refuser une telle invitation. Utilisant ma jymmobile, (ma chaise sur roulettes) je prends du recul face à mon clavier, opère un 90o pour me trouver face à la cuisine. Je vais me préparer à souper. Surtout pas une soupe au lait. Évidemment, ma muse repassera sur mon texte, s'interrogera et se bidonnera. Mes lectrices auront sûrement constaté que pour la première fois dans mes écrits, je dévoile, partiellement, quelques-uns de mes défauts. Les quelques huit cents premières pages de mes souvenirs ont épuisé mes qualités. Il est vrai que je suis en avance sur mon temps quand il s'agit de reculer dans le passé. Surtout le mien. Mon plus grand défaut réside probablement dans ma transparence. Celle que je ne montre pas. Ma timidité m'oblige à foncer dans toutes les circonstances. Je veux tellement donner de l'amour aux autres que je ne laisse pas l'amour des autres entrer dans mon cœur. Il m'est souvent arrivé de pleurer en regardant un film où un homme aime une femme sans lui dire alors que cette dernière l'aime aussi et se tait. On dirait l'histoire de ma vie. Vous comprendrez bien que mon clavier ne veut pas coopérer avec moi quand je songe à écrire un roman d'amour. De ma naissance à aujourd'hui je n'ai que peu de souvenances de personnes m'ayant dit qu'elles m'aimaient. Pourtant, je ne me suis jamais privé de dire et de prouver que moi j'aimais. Je ne me lancerai pas, non plus, dans les polars, je n'ai pas l'art des histoires noires et des meurtriers en série.
Ma muse s'impatiente. Elle n'a plus rien à lire et à commenter depuis hier soir. L'écouter, je serais un écrivain à plein temps qui devrait noircir des pages et des pages au rythme de ses lectures. Je dois lui fournir du matériel avant même de pouvoir réviser et revisiter mes textes. Nous sommes deux drogués en manque d'idées nouvelles et de nouvelles déjantées. Nous avons probablement besoin l'un de l'autre pour mettre de la couleur rose dans notre vie. On accepte de partager notre plaisir avec d'autres lectrices et quelques lecteurs. Un écrivain qui n'est pas lu est comme un homme politique qui n'est pas élu.
Avis aux lecteurs,
Je veux remercier ma mère qui a profité de son ADN pour me transmettre ses défauts. À mon père qui m'a montré à fumer et à boire pendant mon adolescence. J'ai bu et fumé pour montrer que j'étais un homme. Trente ans plus tard, j'ai arrêté pour la même raison. À mes deux parents qui ont fait de moi un homme respectueux envers les femmes, suite à la violence conjugale à laquelle je fus confronté. À toutes mes femmes qui, en partageant ma vie, ont arrondi les coins ronds et poli le "diamant" brut que je leur faisais partager. J'ai la chance que peu d'hommes possèdent, d'avoir de très bonnes amies qui m'acceptent tel que je suis et avec qui je peux me permettre d'être transparent. Pour un auteur, c'est du bonbon puisque je n'ai pas à me préoccuper de laisser paraître mes travers au travers de mes textes. À Mozart, mon vieux compagnon de vie depuis dix-sept ans, qui me prête sa voix quand je ne sais plus quoi écrire. Tu es plus qu'un chat.
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