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A chacun son karma.

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JPB

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Histoire vraie.



Il faisait des études brillantes et si l'on peut dire, vu sa stature plutôt chétive et son mètre cinquante quatre, il n'était aucunement prédestiné à partir sur le front, comme tant d'autres d'ailleurs. Issu d'une famille de musiciens, où le père violoniste et la mère pianiste élevaient leurs trois enfants, il obteint le premier prix du conservatoire de Paris, un diplôme d'ingénieur en électricité et par la suite embrassa le métier de masseur kinésithérapeute. Parisien à la cinquième génération, il profitait de la vie et de ses amis assistant à certaines soirées, où les jeunes gens se retrouvaient pour débattre de choses et d'autres de la vie, surtout en cette période d'avant guerre. Un soir, lors d'une invitation, il se retrouve entre amis. A ses côtés une charmante jeune femme brune les cheveux relevés sur la nuque en robe de soirée noire qu'il ne connaît pas, échange avec lui et les autres convives. Après le repas ils passent dans le salon pour prendre le café et le digestif. A cette époque là, très cartésien par son côté scientifique, il reste là, l'air dubitatif de part ce qui est en train de se dérouler devant ses yeux.

Celle-ci s'installe dans un fauteuil style voltaire en lui souriant. Les autres doivent bien la connaître, car il s'approchent d'elle à tour de rôle lui tendant la main du cœur, paume vers le haut. Quand celle-ci leurs raconte : « Leur avenir !!! ». Lui de son côté, n'en pensant pas moins, l'observe, curieux de voir les autres ressortir de cet instant, où les questions se sont succèdées fendant l'atmosphère de pourquoi de quand et de comment, la rendant un temps soit peu irréaliste pour ne pas dire sur-naturelle. L'ambiance semble bizarre, elle le regarde soutenant son regard, l'invitant à se rapprocher. Prenant la parole, elle lui demande s'il accepte qu'elle lui lise les lignes de la main...Il sourit se défendant d'y croire, acceptant simplement pour essayer, voir si la supercherie est décelable, si c'est une manipulatrice, quel est son mode de fonctionnement, enfin tout ce qui pourrait, la trahir face à l'action entreprise. Rappelons qu'il n'est pas mal, pour ne pas dire beaucoup « CARTÉSIEN ».

Tout doit-être expliqué selon lui. La soirée s'étire, il s'assoit lui faisant face, son joli minois accompagné de mimiques discrètes, l 'ensorcèle, puis il lui tend sa main paume vers le haut.
-Non, la gauche, lui dit-elle, celle du cœur.
Il lui sourit, elle se concentre sur les lignes de sa main, comme si elle les scrutait en profondeur, son regard se perd au creu de celle-ci dans les différents enchevêtrements, méandres de l'esprit. Il est là, il attend qu'elle lui parle, qu'elle lui dise quelque chose, l'attente paraît interminable. Lorsqu'elle relève la tête, leurs regards se croisent, et se rivent. Les yeux dans les yeux, elle commence tout doucement comme pour l'apprivoiser, lui laisser le temps d'apréhender la situation à venir, les mots, les phrases qui se déroulent, afin qu'il comprenne la gravité du moment.

-Vous allez faire un long voyage...
Il sourit, car il n'a aucun moyen d'en faire, il a les poches à la retourne mais la laisse continuer poliment sans rien commenter.
-Vous serez emprisonné et condamné à mort.
Toujours incrédule, il attend la suite.
-Mais vous serez sauvez et ça sera une femme qui vous libèrera.
Il ne la croit pas, les pieds trop sur terre à vouloir que tout ai une explication rationnelle. La soirée tire à sa fin, les jeunes gens se quittent, rentrant chacun chez soi. La nuit est claire accompagnée d'une lune pratiquement ronde, qui veille sur les derniers noctambules. Elle aura été courte, l'aube se lève déjà.

La fatigue de la veille se fait ressentir, le mal de crâne est là, le flux sanguin lui explose les orbites. Un café fort, il lui faut un café fort, de suite. Petit à petit la brume se dissipe de son cerveau, laissant place aux phrases qui raisonnent encore dans sa tête.
Un an plus tard, le conflit Franco-Allemand de quatorze pointe son nez. Il a vingt quatre ans à peine. Le voilà pris dans la tourmente de cette guerre sans merci. Ses jeunes années mal menées comme tant d'autres, où il est fait prisonnier de guerre et déporté en Allemagne, condamné aux travaux forcés. Il travaille maintenant pour les allemands dans une usine à la fabrication de pièces détachées. Où en secret il apprend à lire et à écrire cette langue encore inconnue pour ses yeux et ses oreilles.

Vu ses études d'ingénieur en électricité, les allemands lui confient un poste clé : contre-maître dans l'usine avec un autre allemand. Chacun possède sa clé pour démarrer et arrêter la chaine. Le travail se poursuit répétitif, à une cadence effrènée, comme si le temps était compté. Toutes les journées depuis quelques mois, il prend son poste, quand un matin, le chef le convoque.
Dans la pièce éclairée d'une ampoule dispensant une lueur blafarde des plans jonchent le bureau. Mais de quoi s'agit-il ?
Dans la précipitation le chef est appelé un instant à l'extérieur, oubliant les papiers et le secret qu'ils contiennent. Le jeune prisonnier, observe et réussit à déchiffrer à l'envers les plans qui ne sont rien d'autre que des éclatés de sous-marin. Sa surprise est totale, car les allemands n'étaient pas sensés les employer à l'élaboration de constructions militaires destinés à la guerre. Regagnant sa chambre qui lui était attribuée, il imagine comment mettre son projet fou à exécution.

La nuit a été longue, il n'a pas fermé l'oeil une minute tellement l'heure était grave. Sa décision est prise, il ne reviendra pas en arrière, les dés sont jetés. La cloche sonne comme tous les matins annonçant à cinq heures le levé de tous les ouvriers. Toilette et petit déjeuner et début du travail à six heures. Aujourd'hui, il fait beau, il va même faire chaud, belle journée pour une mutinerie. Il se dirige vers la chaine pour la mettre en marche comme tous les matins. A part que ce matin, n'est pas un matin comme les autres : « Ce point sera pour la France, pense-t-il !!! ». Après avoir effectué quelques modifications, il met la clé dans le contacteur et fait sauter la chaine qui s'immobilise pour de nombreux mois, arrachant dans un fracas métallique certains supports et pièces cassés nets, nécessaires à la bonne marche de la fabrication.

Les alarmes retentissent, les responsables se pressent, certains courent, d'autres à grands pas, se rapprochent de la cause du problème, le jeune homme est accusé de sabotage. Le commandant en chef l'interroge et lui demande pourquoi il a fait ça ...Mais celui-ci récuse les dires en expliquant qu'il n'était pas le seul à avoir accès aux commandes et que son collègue allemand aurait bien pu le faire aussi. Peut-être a t-il semé la confusion dans leur esprit, tant et si bien qu'ils le mettent au secret le condamnant à mort dans une cellule exigue, d'un mètre sur deux, le nourissant au pain sec et à l'eau un jour sur deux et lui donnant de la soupe aux hydrocarbures.
Le temps passe, les minutes s'égrainent, puis les heures, les jours, les semaines, les mois. Pour éviter de sombrer dans la folie, il se met à compter mentalement, avec des chiffres sans fin qu'il multiplie, soustrait, divise ou additionne.

Un jour son chef qui l'aimait bien vient le voir et lui dit qu'il aimerait créer un orchestre. Pour cela, il a besoin de lui, de quelqu'un ayant son oreille, son talent pour tenir la baguette. Si le jeune musicien accepte, il doit lui promettre de ne pas s'évader. Le jeune homme lui donne sa parole et à partir de ce jour, après la journée, il se retrouve quelques heures délivré de sa geôle revenant à la vie libre d'entraves.
Les répétitions chaque soir battent leur plein, jusqu'au moment de la première. Ce soir magique, où s'il est joué pour des allemands, la musique les relie au-delà du conflit et des frontières. Cet allemand, pour un amour commun de la musique risque le peloton d'exécution si le jeune homme s'enfuit, mais il lui fait confiance. Chaque retour en cellule est plus douloureux, surtout quand la liberté vous fait des piqûres de rappel. Une nuit, ne pouvant dormir, il repense à la jeune femme, celle là même qui lui à prédit « l'avenir », à cette curieuse réception où des mots, des phrases ont été posés.

-Vous ferez un voyage lui avait-elle dit. Il est déporté en Allemagne. Elle marque un point se dit-il !
-Vous serez emprisonné et condamné à mort. Il est au secret et comdamné, seul son talent de musicien le tient en sursis. Il doit reconnaître que jusque là, elle ne s'est pas trompée, est-ce le hasard ?
Que lui reste-t-il si ce n'est croire en cette jeune femme, s'accrocher à ce qu'elle lui a racontée. Il faut qu'il lui donne une chance, plutôt non, il faut qu'il « SE » donne une chance. Il est temps de croire, c'est peut-être ce qui va le sauver...
-Que lui a-t-elle dit d'autre ? Ah, oui !!!
-Mais vous serez sauvez et c'est une femme qui vous délivrera.
Deux points se sont réalisés, la chance lui sourirait-elle ? Allez, fait un effort, crois en elle Edmond, qu'est-ce que tu risques ???

Des semaines passent, seules la musique et l'image de cette fée de l'au delà le maintiennent en vie, éconduisant chaque fois un peu plus la folie qui le guette. Un matin, des coups de feux nourris accompagnés de raffales retentissent dans l'usine, des éclats de voix, des cris, des pleurs, des portes qui s'ouvrent battants métalliques claquant contre les murs. Le couloir est long et son cachot au fond comme oubliée dans le noir pour qu'on ne le trouve pas. Mais sa fée l'a porté au-delà de ses espérances, vers une autre fée qui l'a libéré de ses cloisons étriquées, dévérouillant sa porte sur cet horizon ouvert qu'est la liberté. La boucle est bouclée, sa fée ne l'a pas oubliée, Elle l'a même en quelque sorte sauvé, sans elle il aurait peut-être baissé les bras comme tant d'autres.
Aujourd'hui, c'est une femme qui l'a sauvé, une combattante, une résistante, une « Diane chasseresse » contre qui même les allemands ne pouvaient rien, tellement sa volonté était grande et puissante.
Comme quoi, il ne faut jamais dire : « fontaine je ne boirai pas de ton eau ». Etre cartésien, n'interdit pas d'être intelligent et de s'apercevoir que certaines choses échappent au sens commun. Parfois elles se dérobent car trop subtiles pour notre esprit.

Il est un fait, ses prédictions se sont réalisées.

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Sylvie Franceus · il y a
Bravo ! décidément, j'aime bien vos héros sans prénom ! Le récit est bien écrit et l'histoire est belle et convaincante, une histoire de fée...j'ai écrit un texte qui exprime des idées et des sentiments proches du votre, c'est drôle ! merci
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JPB · il y a
Grand merci à vous. Comme quoi, et sans prétention bien sur:" les grands esprits se rencontrent". Bonne soirée.
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Sylvie Franceus · il y a
euh.... je ne suis pas un grand esprit.... du tout.... merci pour la bonne soirée.... pour vous aussi
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JPB · il y a
Humour quand tu nous attrape!!!
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JPB · il y a
Désolé pour "lafaute"
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Sylvie Franceus · il y a
on la voit pas la faute.... elle se cache derrière la petite forêt de points d'exclamation... et c'est super joli.... moi, ça m'arrive tout l'temps d'faire des fautes.... passe que parfois.... mes doigts sur le clavier vont plus vite que ma cervelle
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JPB · il y a
Merci, cela me rassure ... Désormais je ne mettrai que des points d'exclamations!!!!!!!!!
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Sylvie Franceus · il y a
l'interrogation, c'est bien aussi, regarde ????????????????????????????????????????? et les parenthèses.. j'te montre ()()()()()()()()()()()()()()()())()( c'est chouette, non..
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JPB · il y a
J'ai un clavier où il n'y a que des points d'exclamation, car je suis toujours dans la surprise, j'aime découvrir, savoir jusqu'où on peut aller. Gourmand des mots, gourmands des gens, c'est comme ça que l'on apprend, très souvent , en observant, en écoutant, en essayant en se trompant aussi.L'interrogation, c'est bien aussi mais je suis un optimiste, optimiste donc j'avance et je découvre au fur et à mesure. Quant aux parenthèses exceptionnellement pourquoi pas, mais non, trop fermées à mon goût. A plus .
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Geny Montel · il y a
Une belle et étonnante histoire.
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JPB · il y a
Bonsoir Geny, content que l'histoire vous ai surprise. Bonne soirée.
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Geny Montel · il y a
Merci, bonne soirée également avec un jour de retard...
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Bernard Deliessche · il y a
même a travers les murs l'espoir et l'amour son plus fort que tout
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JPB · il y a
Bernard merci de votre visite et votre commentaire. Il en a qui ont seulement peut-être plus de chance que d'autres!!!
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