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A bientôt

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Paul Alma

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chap 1
"Ô belle Lounia,
Doux et chaleureux longs rayons,
Eveil de ma passion,
En ce jour iras-tu?
Ici, là-bas,
Chez toi, comme chez moi,
Dans tous nos petits coins parisiens,
Où nous fûmes si bien,
Le gris est quotidien.
Il vient de plus en plus
Obscurcir ce ciel,
Si bas,
Nuages de pollution qui s'amoncellent,
Hélas encore aujourd'hui,
Maints nuages de pluie...
Le temps est trop mou,
Sombre effet d'un temps trop emprunt,
Mauvaise augure pour nous?
Je me rappelle amant,
Tu me manques.
Tout mon vouloir, tout mon désir,
S'obstinent,
Toutes mes envies, en devenir...
Mise en scène cruelle de mes allants,
Je t'aime trop,
Pour avec toi ne plus être,
Pour me contenter d'un piètre,
D'un désuet trop nonchalant
"A bientôt"...
Jordu, accoudé à son bureau, face à la fenêtre entrouverte, se figea un long moment, accordant le rythme de ses pensées aux volutes toutes aussi tourmentées des nuages qui passaient dans ce ciel bas, déclamant quotidiennement une météo qu’il qualifiait maintenant d’insipide, contraction d’insidieux, studieux et stupide, car la journée qui s’annonçait ne lui donnerait pas une fois de plus la possibilité de s’évader. Il inspirait à contrecœur l’air poisseux qui s’immisçait depuis les fenêtres dans son studio, et si cette pollution le picotait certes aux coins des yeux, il était surtout profondément ému, mélangeant ces larmes et sa grise mine à bien d’autres pigments, et qui donnaient à son visage d’autres chatoiements, plus colorés, un tantinet plus violents...
Il ne savait plus comment manifester ses sentiments pour elle, il était en permanence à la recherche de soins palliatifs pour tenter d’amoindrir cette souffrance liée à l'absence de contact charnel, il voulait tellement être contre celle qu’il aimait tant... Ce nouveau poème n’avait plus pour vocation de séduire sa dulcinée, car il n’avait pas le moindre doute sur l’amour qu’ils se portaient mutuellement, mais lui servait plutôt de testament amoureux. Il s'obstinait ainsi à vouloir souffler sur les braises de ses propres tourments, pour qu’elles puissent continuer d’attiser ses émotions et ne puissent jamais devenir ces cendres glauques et froides qu’incarnaient pour lui les âpres ressentiments.
Malgré tous ses efforts, il ne pouvait pas en écrire plus aujourd’hui, tant cette rengaine lui semblait quand même de plus en plus vaine et désespérée. Chaque mot, chaque lettre, étaient pour lui un nouveau mantra qu'il psalmodiait ainsi toute la journée, pour s'aider à avancer. Ces courriels en forme de poésie était la dernière façon qu'il avait trouvée pour se motiver, se donner du courage, pour continuer de croire qu'il pourrait bientôt la rejoindre, véritable "auto-coaching" lui permettant de maintenir en éveil tous ses sens et ne pas sombrer dans le découragement et la dépression.
Il ne se souvenait en effet que trop de ses cours de psychologie à la faculté de médecine, qui l'avaient à l'époque tellement passionnés, jusqu’à ce qu’il y soit maintenant lui-même directement confronté. Au choc de la séparation avait succédé, comme l'exigeait la règle édictée par les psychologues, le temps du déni, le refus de croire à cette nouvelle réalité. Jordu avait toujours été un bon élève, respectueux de ses maîtres, et s'était donc soumis de bonne grâce à ces deux premières étapes. L’effondrement et les pleurs avaient cédé le pas au refus, ce qui lui avait tout d’abord convenu, lui octroyant ainsi plusieurs mois d'espoirs aussi fous que vains. Sa passion restait ainsi palpable à l’ombre du déni, et se trouvait même transcendée dans une surveillance aussi émouvante qu’obsessionnelle de la porte de l’appartement, où il guettait à tout instant un mouvement imminent de sa promise qui passerait le seuil, vain espoir et promesse non tenue. Puis, avançant un peu plus dans son deuil, il avait cessé de courir après cette femme chimère, et s'était alors beaucoup mieux senti en contractant la colère, l'étape des coups qu’on donne, qui répondent au coup dur reçu, ces coups que donne l'âme tirée au couteau. Et cette violence seyait cette fois parfaitement à ses sentiments, à l’ardeur de son tourment. Aussi ne voulait-il plus dorénavant abandonner cette saine colère, et il l’utilisait maintenant et la cultivait pour pouvoir résister maintenant tout aussi violemment aux phases suivantes de ce protocole inéluctable que devaient représenter, selon Elisabeth Kübler-Ross, le vécu d'un deuil et la séparation d'avec un être cher. Il se voulait être l'exception qui confirme la règle.
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Paul Alma · il y a
Merci mais en fait ce n'est que les premières pages du roman
A plus

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Chantane · il y a
texte très fort, un tourment très présent , belle plume
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Petit soleil · il y a
Il faut du temps pour retrouver la paix. J'en ai fait l'expérience avec un ami follement amoureux d'une fille qui l'a mené en bateau pour l'abandonner ensuite. J'entendais ses paroles : plus jamais. Je lui disais le contraire et maintenant....il a rencontré quelqu'un d'autre et est heureux. Espérons qu'il en soit de même pour votre héros. J'ai beaucoup aimé votre texte. J'ai un TTC parlant du vol d'un aigle, texte difficile. Je vous invite à venir le lire, du moins si le coeur vous en dit. Belle après-midi.
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/sous-le-vol-du-grand-aigle

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour, Paul ! Je relis avec grand plaisir votre nouvelle fort bien troussée.
Vous avez apprécié "Ouaip" et je vous en remercie. Apprécierez-vous tout autant "Tarak" ? http://short-edition.com/oeuvre/poetik/tarak Merci d'avance !

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Jean Calbrix · il y a
Cela commence par un poème empreint d'une grande tristesse, puis on comprend que ce poème est écrit par le personnage de la nouvelle qui doit faire son deuil de la rupture avec l'être aimé. Bravo, Paul, pour votre texte prenant et instructif ! Vous avez mon vote.
J'ai ici un texte pour le fun et le rire si cela vous tente : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/beee (en finale)

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Les cinq étapes du deuil sont nécessaires pour retrouver l'équilibre parait-il. Souhaitons que le héros puisse retrouver la paix !
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