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72 hommes à tuer

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Aluziole

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Forêt des trois Pignons, Seine et Marne, vendredi 15 février 2019

Nicolas Cailleux allongea le pas. La légère crispation de ses épaules, et ce sentiment de chatouillis sur la nuque le remettaient en alerte pour la troisième fois de la semaine. Tout son être, son corps façonné par les entraînements, son cerveau affûté et les mille et une situations de danger auxquelles il a fait face toute sa vie d’adulte, lui indiquaient qu’il était suivi. Et suivi par un pro de sacré bon niveau car il n’avait pas réussi à ce jour à confondre celui qui le pistait.
Il résolut de provoquer une confrontation : il fallait en avoir le cœur net, sinon il devrait réorganiser toute sa vie, repartir, changer d’adresse et de personnage, recommencer ce long et coûteux processus qui lui assurait la paix et la sécurité depuis qu’il avait pris, à 37 ans, sa retraite de combattant des forces spéciales militaires allemandes, le GSG 9.


Il commença à régler sa respiration pour ralentir les battements de son cœur (il avait déjà rapidement récupéré de son footing de 6 kilomètres), descendant progressivement à quelque 45 pulsations par minute, sans cesser de marcher. Il se rapprochait de la zone soigneusement choisie depuis son installation en Seine-et-Marne au cas où une telle situation se présenterait.
Il ralentit, posa un pied sur le banc de bois qu’il venait d’atteindre, défit et refit lentement chacun des lacets de ses boots de sport, aussi souples qu’une paire de baskets mais avec un renforcement métallique à l’avant qui en faisait sa deuxième arme, la première étant lui-même, lui qui avait appris à tuer avec chaque partie de son anatomie. A quelques mètres à l’arrière du banc, côté sous-bois, sa troisième arme attendait, enfouie à 15 centimètres dans le sol : un revolver, le plus puissant et fiable jamais conçu selon lui : un Taurus Raging Bull de calibre 415 en titane, fabrication brésilienne, succès mondial dans l’univers des opérations spéciales et les forces de police à gros moyens.
Au cas où le théâtre des opérations devait se déplacer dans cette forêt, il avait deux autres armes dissimulées, le Taurus positionné en tant que sommet d’un triangle isocèle avec deux côtés de 25 pas.
N’ayant rien perçu pendant cette phase, NC s’assit sur le banc, son dos partiellement protégé par un trio d’arbres disposés en arc de cercle, les mains sur les genoux, tous sens en alerte, calme, le cœur lent, les muscles souples ; il redevenait le serpent, le vétéran aux douze missions à l’étranger pour La France avant de rejoindre, sur ordre de son état-major, les forces d’élite allemandes au moment de leur création en 2009.


Nicolas Cailleux avait commencé comme gendarme de haute montagne, corps qu’il avait quitté quand il s’était rendu compte qu’à part les entraînements (auxquels il participait avec une fougue qui inquiétait ses compagnons), le métier comportait plus de routine que d’accomplissement.
Pressenti pour le GIGN, il refusa cette affectation proposée par le commandant de son escadron pour rejoindre, suprême insulte pour ses camarades, le ministère de l’intérieur qui l’avait approché par l’entremise de l’ancien service des Renseignements Généraux et mettait en place une troupe d’élite pour partir dans les Balkans. Sa mission fut définie en deux points : former un groupe de combattants qui allaient lutter contre les insurgés non officiels des deux camps (pour « donner, lui avait-on indiqué, une chance égale aux troupes régulières qui s’affrontaient ») et faire des rapports aux autorités policières françaises sur l’état et les agissements des troupes de l’OTAN sur place.
NC trouva là une mission à la hauteur de son potentiel et devint en deux ans LE spécialiste européen de la contre-insurrection, étudiant, pratiquant et améliorant cette théorie élaborée par l’armée française en Algérie, utilisant et perfectionnant des techniques mises en valeur par le colonel Imam bien avant que ce dernier ne se mette au service de la CIA.
Il y collectionna de nombreuses médailles qu’il gardait dans la salle de projection (en sous-sol) de son pavillon à Ury, si près du champ de bataille du jour, petite localité qu’il avait choisi entre autre pour son accès rapide à la Nationale 6.
Son morceau de bravoure fut de se voir décerné la médaille de l’OTAN pour les Balkans alors même qu’il était payé pour espionner l’Organisation.
A cette occasion, son correspondant au ministère le rebaptisa, transformant son code NC en « snake », le serpent, et le combattant d’élite devint une véritable légende dans le monde du renseignement et des barbouzes en tous genres. Le dit correspondant signa d’ailleurs par la suite avec lui (sous pseudonymes) un « manuel de lutte contre la subversion » qui a valu son pesant de médailles par la suite en Afghanistan où fut affecté le snake, l’Europe centrale ayant dépassé les drames de l’ex Yougoslavie.
Dans le désert afghan, NC excella dans l’utilisation de la notion de « pression dissuasive » développée par ses soins et qu’il prêcha à ses troupes pour établir une brèche entre les troupes talibanes et la population.
Quelques succès plus tard, il fut rappelé à Paris pour un débriefing, hôtel de Beauvau. Après une franche poignée de main du ministre lui-même, venu voir la tête du phénomène, il descendit au sous-sol avec son correspondant, le chef de section, un attaché représentant le ministre et deux personnages rougeauds qui ne prononcèrent pas un seul mot avant qu’ils soient tous installés dans la salle « stérile » sous le 8e arrondissement.
On lui présenta alors les émissaires allemands en tournée de recrutement dans les forces spéciales de différents pays européens : le GSG 9 de l’Allemagne réunifiée devait se réorganiser et la chancellerie voulait lui donner les meilleures chances de succès.
Crée après la prise d’otages des JO de Munich, la Cellule GSG 9 Bundespolizei n’avait qu’un seul vrai succès à son actif : l’intervention à l’aéroport de Mogadiscio lors du détournement d’un avion de la compagnie Lufthansa.
L’Allemagne réunifiée voulait en faire l’équivalent d’un GIGN, des Navy Seals américains ou des SAS britanniques.
Sa branche généraliste, jusque-là cantonnée aux missions d’encadrement d’événements et de protection de personnalités, avait besoin d’un nouveau formateur à la lutte antiterroriste.
Ce fut NC, qui dut pour ce faire prendre la double nationalité, perfectionner en deux semaines de cours intensifs ses capacités en allemand et organiser avec sa hiérarchie (qui restait française) une nouvelle vie qui soit étanche à toute enquête de quelque nature que ce soit, d’un côté comme de l’autre de la frontière. Sa mission dura trois ans, au bout desquels il fit valoir ses « droits à la retraite », ayant fort opportunément gardé le statut militaire et toujours travaillé en détachement.
Sa « descente », son retour à la vie normale, lui prit un an et demi. Il fallait organiser sa nouvelle identité (ce que fit son ex-correspondant), l’installer en tant que formateur à l’école des officiers de la gendarmerie installée à Melun, et surtout se poser quelque part. Il choisit donc Ury, après quatre mois de simulations diverses, essayant d’envisager tous les cas de figures possibles, tous les dangers potentiels et tous les moyens, légaux et illégaux, d’y échapper.
Ury s’avérait parfait pour satisfaire tous ces impératifs, proche à la fois de la route nationale, de la forêt domaniale des Trois Pignons où il se trouvait à l’instant et de celle de Fontainebleau qu’il pouvait gagner à pied pour se retrouver dans son élément, son terrain de jeu quotidien, là où il mettait à la torture physique les futurs lieutenants de la gendarmerie nationale française. Il équipa sa maison, se ménageant différentes échappatoires, dissémina des armes diverses et variées, des identités multiples et des sommes conséquentes en devises sur la route de chaque fuite possible.
Chaque semaine, il répétait un exercice d’exfiltration. Le snake s’était posé, dans la quiétude de la forêt de Seine-et-Marne et sa vie avait la douce saveur d’une banalité désirée et organisée. Il n’était plus, aux yeux de ceux qui le côtoyaient à Ury, qu’un gentil voisin, un gendarme sans uniforme, sauf pour ceux qui savaient observer sa démarche, l’épaisseur de ses avant-bras, et peut-être, chez le boulanger ou ailleurs, sa propension à ne jamais laisser personne derrière lui.
Et voilà qu’il se préparait au combat, un vrai combat, pas un exercice, ce qui n’était pas pour lui déplaire spécialement. Sa légère inquiétude venait du fait qu’il sentait avoir affaire à un adversaire redoutable, qui n’avait commis aucune erreur en trois séances de filature.
Le snake n’envisageait pourtant pas la défaite. Il était prêt, la mémoire musculaire mobilisée : tout danger répertorié subirait la foudre du vétéran.



En trois minutes, la forêt se peupla de façon anormale : une jeune maman poussant un landau (épaules trop carrées, danger), trois joggers masculins entre 25 et 30 ans (tenues trop propres), un cavalier, un vieux monsieur derrière sa canne trop neuve.
L’adversaire, qui qu’il soit, avait mis le paquet. NC ne pourrait pas s’échapper sans confrontation. Le sang allait couler. Le snake fit jouer sa vision périphérique sans tourner la tête pour voir ce qui se passait derrière lui : rien, aucun mouvement de l’adversaire dans cette partie boisée. Là était le piège : une porte de sortie qui se refermerait dès qu’il l’aurait empruntée. Il lui faudrait donc foncer dans le tas, aller dans la direction où les autres étaient apparemment les plus nombreux, là où il n’y aurait donc sans doute pas une deuxième ligne, là d’où viendrait sans doute la tentative de diversion, pour le pousser vers le sous-bois, dans la nasse. Il allait donc attendre la diversion, se préparant à rejoindre son Raging Bull en un seul roulé-boulé.

Les minutes passaient et rien ne venait : la maman avait été remplacée par une jeune marcheuse avec un sac à dos, le trio de joggers par un duo, le « vieux monsieur » n’en avait pas fini avec la ligne droite. Rien : ils attendaient
quelqu’un.
Manifestement le commando attendait un signal, ou l’arrivée d’un membre d’autorité. NC se dit également que la troupe se faisait très voyante, comme si elle voulait plus mettre en garde qu’attaquer. Il attendit.
Quel que soit leurs intentions, il savait maintenant que sa couverture était éventée ; ils étaient là pour lui et les presque deux ans qu’il avait mis à s’installer volaient en éclat et il allait devoir changer de vie, peu importe les résultats de l’affrontement qui allait commencer.
Il vit alors le drapeau blanc : attachée négligemment à la bretelle du sac à dos de la jeune fille, en foulard autour du cou d’un jogger de la deuxième vague ; drapeau blanc : quelqu’un d’autre allait arriver comme il l’avait supposé mais le commando venait négocier. Il refusa de souffler pour se relâcher : il devait demeurer prêt au combat, garder un haut niveau d’adrénaline.
Le chef fit son apparition dix minutes après le premier drapeau blanc, la cinquantaine sportive, costume noir qui détonnait en la circonstance (mais ils devaient avoir déjà écarté tout promeneur à dix lieux à la ronde) et pochette blanche. L’homme avançait avec assurance, certain sans doute que son interlocuteur avait déjà interprété les signes et ne se livrerait à aucune violence.
- Je me présente : Hubert de Lassalle, chef de sous-direction à la DCRI.
- Foutaises ! je sais que ce n’est pas votre nom et vous savez que je sais. Ne m’insultez pas avec votre mièvrerie.
- Ok ! Monsieur est compétent, on m’en avait averti. Je suis vraiment à la tête d’une sous-direction.
- J’en suis fort aise. Grosse équipe, quoiqu’un peu voyante.
- C’était à dessein : on voulait vous avertir sans vous alarmer.
- Ouais, c’est ça. Que me voulez-vous ?
- Votre pays a besoin de vous.
- J’ai déjà donné ; je suis à la retraite de tout ce que vous représentez.
- Vous allez devoir reprendre : je suis ici à la demande expresse du chef d’état-major particulier du président.
- Président ?
- De la république. Oui, la demande vient directement de Dieu. Et vous n’avez pas le choix.
- De?
- De prendre un nouveau job. Pouvez-vous m’accorder cinq minutes sans interruption que je vous situe l’importance de la décision qui a été prise vous concernant ?
Devant le silence du serpent, l’homme s’assit sur le banc et continua.
« Tout le monde se rappelle des conditions dans lesquelles le président a été réélu : une véritable ambiance d’insurrection avec plus d’un million d’ouvriers jetés dans la rue par cinq ans de plans sociaux ininterrompus, l’explosion dans les prisons, la fronde des étudiants des universités quasi-officiellement voués au chômage, les attentats de 2016 à Paris, Lyon et Strasbourg fomentés par les jeunes illuminés du « Jihad ici et maintenant ». Seule l’extrême défiance vis-à-vis de son adversaire a permis sa réélection.
Ce que vous ne savez sans doute pas, pour ne plus être aux affaires, ce que le grand public ne sait pas, c’est que les choses ont empiré de façon dramatique. Le grand banditisme a noyauté les cellules djihadistes et derrière les attentats contre les intérêts juifs par exemple, nos analystes relèvent une mainmise progressive de la pègre dans les zones abandonnées par les investisseurs traditionnels. Alimentation et habillement sont en train de tomber dans des mains sales dans toutes les villes visées par les attentats. Des trésors de guerre ont été ainsi constitués et des regroupements réalisés par le fichier central CHRISTINA..........
- CHRISTINA n’est donc pas une légende !
- Non monsieur, même s’il vous faudra l’affirmer avec la dernière énergie si la question venait à vous être posée.
- Poursuivez !
- Grace à CHRISTINA donc, une trame se dessine qui semble montrer que, par une série de rencontres au sommet, le grand banditisme suit un plan précis devant aboutir à des prises de contrôle colossales, notamment dans l’ensemble des franchises alimentaires de la région parisienne.
- En quoi puis-je intervenir là-dedans ? Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous connaissez ma spécialité, la contre-insurrection, la formation de commandos, la déstabilisation, surement pas la mise au pas de bandits ordinaires. Vous avez besoin de faire travailler vos procureurs et la police financière.
- Ils n’y pourront rien : les prises de position se font dans la plus stricte légalité.
- Il reste les circuits financiers.
- Irréprochables ! L’afflux massif de capitaux en provenance des Emirats entre 2012 et 2017 a favorisé l’émergence d’une nouvelle catégorie de riches. Les fonds et les banques islamo-compatibles ont décuplé ces richesses et c’est cette nouvelle masse financière qui a été noyautée par le grand banditisme avec des prises de participation dans les entreprises au moyen de chantage, d’enlèvements et d’attentats. Attentats revendiqués contre les juifs pour prendre leur place. Attentats et chantage contre les nouveaux riches puis entrée dans leur capital, sans bourse délier.
- Autant je comprends le mécanisme, autant je ne vois pas en quoi je puis vous aider.
- La question a été tranchée au plus haut niveau : élimination !
- Quoi? s’emporta NC en se levant brusquement. Vous venez me demander de procéder à des éliminations ?
- Vous en avez quelques-unes à votre actif, non ?
- J’ai éliminé des soldats, des guérilléros, des terroristes,
pas des cols blancs !
- Ce sont les nouveaux terroristes, selon l’expression du président lui-même! Et puis vous disposeriez d’une équipe. Ecoutez, la décision a été prise au cours d’une réunion Quai de Gresves. Ce jour-là, petite anecdote, grosse conséquence, un obscur capitaine de police avait été invité à partager une expérience qu’il avait vécue dans son secteur.
En audience chez le sous-préfet, il commentait une baisse spectaculaire de 77 pour cent de la délinquance de rue dans une ville proche et avouait honnêtement ne pas comprendre ce qui leur valait pareille réussite alors qu’aucune mesure particulière n’avait été prise pendant la période concernée. Le commandant de gendarmerie qui participait à la rencontre lui demanda de vérifier si certains délinquants notoires n’avaient pas quitté la ville. Ce que fit notre brave policier, qui constata ceci : ces résultats s’expliquaient par la mise à l’ombre en même temps de deux frères, deux jumeaux qui écumaient la région depuis de nombreuses années. Ainsi donc, vous mettez deux gars à l’ombre et vous avez une paix royale.
- Et vous, vous venez ici remplacer « mettre à l’ombre » par « éliminer ».
- Telle a été la décision, après le départ du vaillant capitaine. Il n’y a pas de moyens de droit pour mettre en prison toute cette flopée de truands. Décision : élimination ! Une liste a été établie, grâce au fichier CHRISTINA.
- Et vous cherchez votre exécuteur en chef. Pour moi, c’est non.
- Vous n’avez pas le choix, snake.
- Vous connaissez cela aussi ?
- Je suis habilité secret défense et j’ai eu accès à votre dossier. Le président vous a choisi sur mes recommandations mais, fait rarissime, après avoir lu en personne la fiche-bilan que j’ai établie vous concernant. Il y a noté votre patriotisme (votre mission d’espionnage des services de l’OTAN a été remarquable) et moi je lui ai présenté les avantages techniques que nous aurions à vous recruter.
- Et si je refuse malgré tout ?
- Votre cas sera pris en main par la 9e sous-direction de la DCRI.
- Il y a 8 sous-directions !
- Plus une, fantôme, crée pour la circonstance et que j’ai le plaisir de diriger. Aucune existence légale, aucune procédure possible contre nous. Je n’existe même pas et vous êtes actuellement en train de parler tout seul dans une forêt de banlieue.
- Et comment prendriez-vous mon cas en main ?
- Déstabilisation : votre dossier jeté en pâture à la presse avec accusation de collaboration avec l’Allemagne, insupportable n’est-ce pas pour le patriote que vous êtes. Vous savez ce que ça représente encore pour la majorité des français. Vous ne trouveriez plus la paix sauf peut-être en Patagonie, et encore.
- Et si je vous tuais là, maintenant ?
- Il vous resterait ensuite environ trois secondes à vivre. Insuffisant pour espérer récupérer votre calibre, qui se trouve d’ailleurs de toute façon dans ma poche de pantalon. Vous n’avez vu que la première équipe ; il y en a trois, dont une à moto.
- Mon salaire ?
- Officiellement, zéro ! Vous restez instructeur à Melun, vous percevez votre traitement habituel. Une prime de résultat, substantielle, est prévue, mais je suis seul juge du résultat. Vous connaissez la musique : votre beurre est dans les frais de mission.
- Mon équipe ?
- Trois personnes ! Il faut limiter les risques de fuites. 72 personnes à trucider, 24 cibles par agent, sauf si vous y prenez votre part personnellement. En tout cas, l’entrainement, le choix des voies et moyens vous incombent. Pas de rapport : j’ai le double de la liste et c’est moi qui compte les morts pour le président.
- Budget de fonctionnement ?
- A la hauteur des enjeux, mais je vous sais économe n’est-ce pas ?
- Recrutement ?
- Par vos soins, sur une liste de dix noms que je vous dresserai.
- Et si je vous tuais, là, tout de suite ?
- Vous l’avez déjà dit. Option écartée. Et rien ne dit que vous auriez le dessus, monsieur le médaillé de l’OTAN.
- C’est quoi, votre formation à vous ?
- Confidentiel défense ! Dernière affectation : La Lybie.
- Je vous retourne le compliment : monsieur est compétent!
- Assurément. Que dois-je dire au président ?
- Que vous lui avez trouvé un exécuteur.
- Bien, j’aime ça. Un dossier complet vous attendra sur votre bureau, à Melun, dont les serrures auront bien entendu été changées, un code d’accès classé quatre zéros à l’ensemble des superordinateurs du ministère de l’intérieur pour vos recherches dans toutes les directions ainsi qu’une somme de 200 000 euros en billets de 50 et de 20. Vous aurez la même somme chaque semaine, votre mission étant prévue pour douze semaines. Pas douze maximum ou minimum, douze exactement, le temps nécessaire, selon les ordinateurs de Levallois-Perret, de faire passer de vie à trépas 72 subversifs sans susciter une seule ligne dans la presse. On ne se verra plus, sauf complication que je n’escompte pas. Bon travail, Nicolas !
L’homme partit, laissant le snake en plein désarroi : il était tout sauf un tueur, mais il avait accepté la mission. Il s’en alla inventorier la cachette de son Raging Bull : il n’était plus là, comme indiqué par son interlocuteur. Il courut vers les autres sommets de son triangle : ses autres bébés étaient bien en place. Tant mieux : il gardait une longueur d’avance.
Nicolas Cailleux prit le chemin de son pavillon.

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Guy Bellinger · il y a
Récit brillamment mené : on se croirait dans les meilleurs romans d'espionnage, tirant un plaisir fou à cette description d'une précision jalouse ultra minutieuse.
Mais ce n'est pas tout : votre description de notre monde actuelle qui se gangrène peu à peu fait froid dans le dos, parce que j'ai bien peur qu'elle ne soit proche de la réalité. Moi qui suis contre la peine de mort, je me demande si je n'approuverais pas la mission que doit accomplir Snake (du moins s'il l’exécute, car la fin subtilement ouverte, ne l'affirme pas).
Sur un thème connexe, je vous présente "Rouge mirabelle" (http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/rouge-mirabelle).

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Keith Simmonds · il y a
Une belle histoire bien menée! Mon vote!
*Vous avez voté une première fois pour “En Plein Vol” qui est en Finale de l’Automne 2016.
Je vous invite maintenant à le soutenir de nouveau si vous l’aimez toujours. Merci d’avance
et bon dimanche! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/en-plein-vol

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