7. Un vieux livre érotique

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Je ne suis qu'une plume. Je sens, toutes proportions gardées, une sororité profonde avec Dominique Aury (Pauline Réage), âme pleine d'un délire qui nous a offert "Histoire d'O". Je veux partage  [+]

Vendredi 20 décembre 2002. Les vacances. Pour bien des raisons, je ne sais pas si je dois m’en réjouir.
Ni Coralie, ni moi n’avons pratiqué d’intermèdes avant de nous quitter. Mais devant la grille du lycée, elle m’a offert un cadeau. J’ai senti, sous le papier brillant, décoré de cristaux de glaces & de « Joyeux Noël » en lettre d’argent, qu’il s’agissait d’un livre.
«N’attends pas Noël pour l’ouvrir », m-a-t-elle dit. Je veux que tu te sentes avec moi physiquement, dès ce soir. »
Puis elle m’a confié quelques sentiments amers.
- Je suis un peu jalouse que tu as embrassé Daum derrière un arbre. Tu devrais penser à Gaud. Profite des vacances pour te déclarer. Elle reste en ville & je ne serai plus là pour te distraire. Fiche pas tout en l’air.
- Je fiche pas tout en l’air. Je ne sais plus où j’en suis.
- Je te comprends pas. Tu crois que tu es obligé de choisir ?
- C’est ça.
- Pour moi, il est fait, ton choix. Ne pas choisir & les prendre toutes. Mais fais gaffe aux baisers.
Elle s’est éloignée seule dans le froid sec, a disparu entre les petits groupes d’élèves massés autour du rond-point. Moi, je suis resté attendre Gaud & Daum qui, prises par leur cours d’allemand, ne finissaient pas avant 17h, ainsi que Norig, Eodez & Stereden, trois autres filles, acolytes de Daum au conservatoire de danse, & avec qui je m’entends tout aussi bien. Je me rends au café, notre Q.G., « La cloche tibétaine » pour patienter. Il est presque désert, ce soir. Tout le monde s’en va.
Me voilà seul devant mon café trop serré. Morose, un peu désœuvré, puisque Coralie m’a quitté en m’adressant son tout premier reproche, je défais le paquet cadeau, sans grande impatience. « Histoire d’O ». J’ignore ce que c’est. Vieux livre, vieille édition. La couverture est d’un orange passé, les pages sont mal alignées sous la couverture, séparées par le coupe-papier que le premier lecteur y a patiemment glissé il y a de ça au moins cinquante ans. La chose respire l’ennui. Je pensais que le comble de mon ennui ne pouvait être que chez André Gide, même si ça n’a rien à voir. C’est qui cette Pauline ?
Une carte postale s’échappe du livre. Je la rattrape. Sur le recto, une photo sépia des années 20, représentant une jeune femme. Elle est assise nonchalamment sur une chaise à accotoirs, vêtue d’un simple chemisier de soie. Ses cuisses sont nues. Elle porte des bas qui lui montent juste au-dessus des genoux. Elle tient un livre. Curieusement, elle ressemble à Coralie, cheveux bouclés, mais plus courts, même regard effronté, tout en étant doux.
Le sourire, puis la joie me reviennent quand je lis la dédicace.


Mon Envel,
Lis-le en pensant à moi. Salis-le de toi en rêvant de moi.
J’aime à t’imaginer te caresser comme les filles,
tous tes muscles bandés,
Au seul souvenir de ce que tu m’as fait.
Lis, rêve, jouis & médite.
Mon anniversaire est en février. Que m’offriras-tu ? »

Ton aventurière, ta vilaine, ta capricieuse, ta conscience,
Ta-quand-même-petite-cochonne.


Lundi 30 décembre 2002. J’ai lu le roman une première fois sans tout comprendre, mais non sans émotions.
Je l’ai repris, ai rêvé comme Coralie m’y a invité.
Ne trouvant pas le rapport entre les épreuves d’O (dont je ne supporte pas de ne pas connaître le nom véritable) & l’anniversaire, je me suis creusé la tête tout au long de la période des fêtes.
Aujourd’hui, je sais.
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Jeanne VOILE · il y a
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