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2239.
En direct de la planète Marzoon, située à 400 000 années lumières de la Terre.
Cette Terre qui ne peut plus contenir d'hommes.
Arrivés à plus de 15 milliards d’humains sur Terre en 2150, la surpopulation ajoutée à une bonne dose de pollution et de substances chimiques radioactives a eu raison de la race humaine.
Il a fallu trouver d’autres planètes habitables.
Marzoon est l'une de celles où la vie existe.
Les Marzoniens ont consenti à héberger sur leur planète un milliard d'humains en plus des cinq milliards de Marzoniens.
Tel fut le pacte conclu entre les Nations Unies et l'Empereur-Supérieur Marzonien Barron Kaksoumi signé en 2195.
Ainsi l'année 2200 fut celle de l'immigration massive d'un milliard d'êtres humains répartis sur tout Marzoon.
La cohabitation devrait se passer sans embuches mais les règles sur Marzoon sont différentes de sur la Terre. Au-delà des différences entre les deux univers, Marzoon possède une technologie bien plus avancée et des règles bien plus strictes. De plus, le peuple Marzoniens ne fait qu’un. Rangés sous les ordres d’un maitre, l’Empereur-Supérieur nommé par son prédécesseur prend la direction de la planète et dirige durant le cycle d’une année Marzonienne, soit l’équivalent d’une décennie terrestre.
Chaque décennie, un nouvel Empereur-Supérieur prend la direction de Marzoon.
Malheureusement, tous ne sont pas aussi ouvert à l’accueil de terriens que ne l’a été Barron Kaksoumi...
En particulier le dernier Empereur-Supérieur, nommé Markas Takaz, élu en 2238, dont les idées sont on ne peut plus radicales.
Pour l’Empereur-Supérieur, l’humain est une race colonisatrice dont le véritable objectif est de conquérir Marzoon en envoyant toujours plus d’effectifs, de sorte que selon lui, il y aura en 2250 autant d’humains que de Marzoniens.
Cette perspective lui étant inadmissible, Markas Takaz proclama le décret des 400 jours (pour foutre le camp) histoire de ne pas laisser la race nuisible proliférer comme des cafards.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le 400 jours de Markas Takaz est officiellement publié et énoncé à travers toute la planète.
Le décret 400 énonce les conditions suivantes : étant donné que l’humanité est selon Markas Takaz une race dangereuse qui a prévu à long terme de coloniser Marzoon comme il est dans les gènes de l’humain d’envahir et de réduire tous les peuples en esclavage, il faut qu’avant les 400 prochains jours, au moins 600 millions d’êtres humains sur le milliard qui peuple Marzoon ait quitté à jamais la planète pour ne plus être assez nombreux et ainsi représenter une menace. Autrement, de graves sanctions seront prises et l’Empereur-Supérieur ne répond plus de ses actes. Tels sont les conditions de Markas Takaz.
Parmi les Marzoniens, peu s’élèvent pour protester. Certains félicitent l’Empereur-Supérieur pour son planétanisme . Beaucoup restent indifférents tant que leur confort ne s’en trouve pas affecté.
Parmi les humains, certains restent effrayés. Certains sont choqués. Certains ont peur. Certains ne prennent pas la menace au sérieux. D’autres n’en dorment plus la nuit... comme c’est le cas pour l’ambassadeur terrien sur Marzoon, qui tient son quartier général à Harkez, capitale humaine de l’hémisphère ouest de la planète.
Ayant entendu le 400 et les intentions de l’Empereur-Supérieur, l’ambassadeur Will Reck et sa seconde Juanita ont contacté le maitre de Marzoon afin de le rencontrer et de négocier avec lui de vive voix. Ce dernier accepta la rencontre et convia l’ambassadeur à son palais.
Une fois arrivé, celui-ci a été conduit dans une salle au secret, entouré de soldats Marzoniens armés de sabres. Peu rassuré mais conscient de son devoir, l’ambassadeur tente de ne pas laisser voir son intimidation. Markas Takaz la remarque tout de même.
Rassemblés en tête à tête, l’humain et le Marzonien tentent de se mettre d’accord, avec beaucoup de bonne volonté d’un côté et une forte dose d’intransigeance de l’autre.
— Tu ignores tout de moi, dit Markas Takaz à Will Reck. Tu me crois sans doute incapable de prendre les armes à éradiquer le milliard de cafards que vous êtes sur ma planète ? Mais permet-moi de te remémorer ceci : nous avons par le passé accepté d’héberger un milliard d’entre vous sur notre planète avec charge pour vous de nous renvoyer sans condition l’ascenseur. Mais jusqu’à présent, la Terre n’a rien fait pour nous. Et nous devrions continuer à vous servir ? J’aime Marzoon ! J’ai compris quelles étaient vos intentions ! Vous voulez vous installer et proliférer pour être suffisamment nombreux et nous envahir ! Vous, monsieur l’ambassadeur, venez me persuader que là ne sont pas vos intentions ! Que vous ne voulez que la paix ! Que vous ne pouvez pas faire autrement ! Mais je connais votre arme : la parole ! Les beaux discours. Au fond vous savez que je dis vrai. Que je vous ai démasqué. Mon ultimatum vous a déstabilisé. Lui seul peut contrecarrer vos plans. Tout ce que vous m’avancerez comme argument est destiné à vous faire gagner du temps pour accomplir vos projets. La seule négociation que vous obtiendrez de moi aujourd’hui est la suivante : vous avez 400 jours, soit 8 à votre échelle, à compter d’aujourd’hui. Dans 8 jours à temporalité humaine, soit 600 millions d’humains montent dans un vaisseau qui quittera Marzoon à jamais. Soit je prendrai les armes et libérerai les créatures de l’autre hémisphère, dans la zone rocailleuse et aride et nous éradiqueront toute trace d’humanité sur notre sol et durant 400 siècles nous vous réduiront à l’état d’esclaves. Tu peux, si tu veux, me répondre, mais l’accord est le suivant et ne changera pas.
Voyant qu’il est inutile de débattre plus longtemps que les trois minutes du réquisitoire empli de haine de l’Empereur-Supérieur, l’ambassadeur Will se lève, rejoint sa seconde Juanita et monte avec elle à bord de son véhicule, une voiture volante tout terrain, aquatique, aérienne et terrestre. Le trajet qui sépare le palais présidentiel d’Harkez est long et riche en confidences.
— Il est donc impossible de le raisonner ? Demande Juanita.
— Jamais vu quelqu’un d’aussi refermé, s’enquit Will. Pour lui impossible qu’il puisse se tromper à notre compte. Nous sommes forcément des envahisseurs, un point c’est tout.
— Qu’a-t-il dit ?
— Que si dans huit jours, temporalité terrienne, 600 millions d’entre nous n’ont pas quitté Marzoon à tout jamais, des sanctions sans appel s’abattront sur nous.
— Vous croyez qu’il exagère ?
— Je ne sais pas. Je n’en sais rien.

Pendant ce temps, d’autres confidences ont lieues dans le palais présidentiel, où l’Empereur-Supérieur est en pleine préparation de projet macabre avec son adjoint, le Bras Droit de Son Excellentissime Maître (BDSEM).
— Je ne pense pas, dit Markas Takaz, que l’humain est convaincu de mes intentions. Qu’il croit que je bluff comme un joueur de tecko . Que je n’irai pas au bout de mes actes. L’imbécile.
— Peut-être, intervient le BDSEM, puis-je vous suggérer quelques petits massacres à droite à gauche pour prouver votre détermination.
— C’est exactement ce à quoi je pensais. Voici ce qui va arriver...

2

Le soir même, 23h, heure terrestre, l’équivalent de 58 heures sur les 61 comprises dans les journées Marzoniennes.
Cité d’Harius, ville humaine.
Les habitants sont tranquillement chez eux, certains dorment, d’autres profitent de la soirée.
Seuls quelques fêtards restent dehors entre amis.
Soudain, quelques grognements se font entendre.
— Qu’est-ce que cela, demande un jeune fêtard à ses amis.
— Probablement le tonnerre. Il a fait chaud toute la journée.
— Imbécile, il n’y a pas d’orage ici. On est plus sur Terre, là.
Soudain, un cri strident déchire l’air. Un immeuble de 30m de haut se fend en deux et s’écrase sur le sol, réduit en miettes.
Une créature monstrueuse s’avance en rugissent.
Très corpulente, taillée comme un roc et d’un noir de mort, la chose s’avance en hurlant.
Les malheureux qui trainaient dans les rues s’enfuient en hurlant à travers les rues.
La bête en attrape une poignée au passage, les prend par les deux extrémités et les écartèle en leur brisant les ligaments.
Tétanisés par ce spectacle macabre, la panique des humains est totale. Le monstre en reprend une poignée parmi les fuyards, en dévore certains pour en déchiqueter d’autres.
La police de la ville arrive aussitôt. Les balles tirées sur la bête ne lui font aucun effet particulier. Ses coups de poing sur les policiers les réduisent en bouillie comme du citron pressé. La chose continue son massacre.
Ayant réussi à grimper sur le toit d’un immeuble à hauteur du monstre, le sergent Ludovic épaule sa mitraillette et tire une rafale entre les deux yeux de la chose qui pousse un hurlement et s’abat lourdement sur un édifice, qu’elle détruit sous l’impact de son poids.

***

Moins d’une heure après l’attaque, les autorités sont prévenues. Will Reck lui-même se rend sur les lieux, suivi de sa fidèle Juanita. L’ambassadeur est accueilli par le sergent Ludovic, l’arme sur l’épaule.
En quelques instants, le sergent décrit à l’ambassadeur l’attaque dont ils ont été victimes.
Au fur et à mesure qu’ils marchent, les deux hommes arrivent devant le cadavre du troll. Will éprouve un rictus de dégoût en regardant la bête.
Même morte, elle a su garder tout son physique effrayant et repoussant, ainsi qu’une affreuse odeur de cadavre desséché. Mais cette odeur n’est pas dégagée par la bête. Davantage par ses victimes.
— Combien d’hommes cette chose a-t-elle pu tuer avant qu’on ne l’arrête ? Demande l’ambassadeur.
— Je viens de faire les comptes, répond Ludovic. 23 morts et une bonne trentaine de blessés, dont dix grièvement et quatre entre la vie et la mort. Sans parler des immeubles, voitures et des aéronefs qu’elle a littéralement réduits en poussière. Elle a pour ainsi dire fait des dégâts considérables en l’espace de cinq minutes qui ont semblé une éternité pour les rescapés. Il nous faudra beaucoup de moyens et de temps pour remettre la ville en état. Mais je ne comprends pas pourquoi cette bête est venue ici. Je suis sur Marzoon depuis vingt ans, je sais où se terrent ces créatures, dans la zone rocailleuse et touffue, inhabitée, à l’autre bout de l’hémisphère. Jamais, en vingt ans, aucune d’elle ne s’est aventurée au-delà des limites de cette zone hostile à toute vie humaine !
— L’explication, reprend Will, est qu’on a dû nous envoyer cette chose intentionnellement !
— Vous en êtes sûr ? Qui aurait pu faire ça ? Si c’était simplement pour une histoire de vengeance, pourquoi s’en prendre à toute une ville ?
— Parce que toute la ville et tous les humains représentent un ennemi, reprend Will, sous le choc de l’émotion.
Croisant le regard foudroyant de Juanita, il se ressassait et tourne le regard vers le sergent hébété, réclamant plus d’explications.
— Pardonnez-moi sergent, poursuit l’ambassadeur, mais je ne peux vous en dire davantage. Je n’ai là que des soupçons et je ne veux pas faire de fausses accusations. Je vous tiendrai informé de mon enquête, soyez-en sûrs.
Prenant congé du sergent et de la ville à moitié en ruine, Will et Juanita remontent à bord de leur voiture qui s’élève doucement dans les airs et les conduit automatiquement jusqu’à l’ambassade humaine à Harkez.
— Vous êtes certains qu’il s’agit d’un acte délibérément commandité par Markas Takaz ? Après tout rien ne le prouve...
— À moins de 50 kilomètres de cette ville humaine se trouve une cité Marzonienne à l’est, une autre à l’ouest et une troisième au sud. Et c’est dans cette ville humaine qu’arrive cette chose. Markas Takaz n’a pas seulement exprimé sa haine vis-à-vis de l’humanité. Il a explicitement affirmé qu’il supprimerait la population humaine sur toute la surface de Marzoon si nous n’obéissons pas à ses conditions et que nous ne renvoyons pas 600 millions d’entre nous sur Terre.
— Markas Takaz ne peut pas vraiment passer à l’acte, répond Juanita. L’ancien empereur-supérieur Marzonien Barron Kaksoumi a signé un pacte avec les Nations Unies garantissant d’accueillir sous caution un milliard d’êtres humains sans qu’aucune modification ne soit apportée à ce pacte sans l’accord des deux parties. Markas Takaz ne peut rien faire. S’il trahit le pacte, il entrainera une guerre interplanétaire entre Marzoon et la Terre !
— Peut-être mais alors quel risque prend-t-il ? Jupitérien est l’écart de technologies de nos deux planètes. Marzoon possède des aéronefs volants, des navires volants, des machines capables de prendre l’apparence et avoir accès au cerveau d’un autre homme sur simple code génétique. Sans parler des armes. Une guerre entre Marzoon et la Terre est inutile, on part perdu d’avance et nous n’aurions aucun espoir. Autant nous faire exploser d’entrée de jeu, au moins ça nous évitera d’aller au combat.
— Mais alors, si c’est comme ça, que faire ?
— Je ne vois qu’une solution : accepter les conditions de Markas Takaz.
— Vous voulez céder au chantage ? Sans même être sûr qu’il est commanditaire de l’attaque de la ville par ce monstre ?
— C’est certain qu’il en est le commanditaire. Qui d’autre aurait pu faire une telle chose dans un moment pareil ? Car pour forcer l’humanité à quitter Marzoon, quelle meilleure dissuasion que la peur créée pile au bon moment ? Non, acceptons sa condition. Ensuite, je lui demanderai un délai pour organiser le transfert de 600 millions d’humains sur Terre.
— Et si Markas Takaz se décidait tout de même à attaquer la Terre ?
— Son objectif n’est pas forcément d’en arriver là. Tout ce qu’il veut, c’est que les humains dégagent de sa planète. Ni plus, ni moins.
— Je vous rappelle qu’il existe un grave problème de surpopulation sur Terre...
— Markas Takaz n’est Empereur-Supérieur que pour une décennie. Si le Marzonien qui lui succèdera se montrera plus compréhensif, les 600 millions de rapatriés sur Terre reviendront. Ce n’est que pour dix ans et ça évitera un massacre. Croyez-moi Juanita, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

***

De retour à l’ambassade humaine à Harkez, Will s’empresse d’escalader les marches du grand escalier quatre à quatre, pour allumer son appareil de communication à ultrasons qui le relie à la Terre.
Moins de dix minutes plus tard, Will est en communication avec François Nadir, le président des Nations Unies.
— Monsieur le Président, déclare Will, je vous communique en direct de l’ambassade de Marzoon des nouvelles d’une gravité de la plus haute importance.
— Le Conseil vous écoute, monsieur Reck, déclare le Président.
En quelques minutes, Will raconte les derniers évènements dont il a été témoin. Le décret 400, la rencontre et les menaces de Markas Takaz. L’attaque de la ville humaine par un troll. Les raisons qui le portent à croire que Markas Takaz mettra ses menaces à exécutions...
— L’ONU a promis de garantir la sécurité pour toute l’humanité où qu’elle soit. Il nous faut accueillir sur Terre 600 millions de rapatriés. Ce n’est que la meilleure et la seule solution. Je l’ai conclue après une longue enquête.
— Votre rapport est bien pessimiste, répond le Président Nadir. Vous savez très bien qu’il est impossible de renvoyer 600 millions d’humains sur Terre. Renvoyer autant d’humains n’est pas envisageable, d’abord à cause de la surpopulation mais aussi des pays hébergeurs refusant de voir plus d’immigrés tandis que les pays pauvres ne peuvent pas nourrir plus d’hommes qu’ils ne peinent à en nourrir déjà. De plus, un pacte a été conclu avec l’Empereur-Supérieur Barron Kaksoumi en 2200 : le milliard d’humains envoyé sur Marzoon ne pourra y être délogé arbitrairement. Tel est notre accord que Markas Takaz, content ou non, n’a pas le droit de violer arbitrairement. Nous ne risquons rien.
— L’attaque de la ville humaine est un signe clair que Markas Takaz passera à l’action et la Terre n’est pas de taille à lutter contre lui. Refuser ses conditions conduirait au massacre d’un milliard d’entre nous. Vouloir lui résister reviendrait à l’extinction totale et définitive de toute la race humaine dans son ensemble.
— Suffit ! Vous êtes l’ambassadeur de Marzoon, c’est votre responsabilité ! Vous parlementerez avec Markas Takaz, rappelez-lui les risques qu’il encourt à trahir notre pacte. Mais dominez vos émotions et vos angoisses personnelles, monsieur Reck. La conférence est terminée !
Sans laisser à l’ambassadeur le temps de répondre, François coupe la communication. Fou de rage, Will frappe un cadre qui disparait le temps de l’uppercut et réapparait après, évitant le coup de l’ambassadeur qui pousse un hurlement pour s’être fracassé le poignet contre le mur. A Marzoon, les objets aussi ont la faculté d’agir automatiquement et d’adopter des réflexes face aux circonstances.
— Bande d’enculés ! S’emporte Will. Ah, quoi de plus facile que de relativiser les menaces dont on est à l’abri ?! C’est du joli. Il nous faudra agir tout seul.
Juanita entre à ce moment-là en parlant mais se ravise en voyant l’air furax de l’ambassadeur aux yeux écarquillés prêts à quitter leurs orbites gesticulant en tenant fermement son poignet inerte.
— J’ai de mauvaises nouvelles, patron mais... vous voulez que j’attende un peu ?
— Non, non, rage Will. Au point où j’en suis... balancez la bombe !
— Markas Takaz a appelé l’ambassade. Je lui ai répondu et il a confirmé être responsable de l’attaque de la ville par ce troll qu’il a fait amener expressément ici pour tuer des humains...
— Vous ne lui avez quand même pas dit que je le soupçonnais, si ?
— Je ne lui ai rien demandé. Il l’a de lui-même revendiqué d’entrée de jeu. En réitérant ses conditions : dans sept jours, le 400 doit être respecté, faute de quoi tous les êtres humains présents sur Marzoon sans exception seront éradiqués. Vous aviez vu juste. Vous...
— J’ai contacté les Nations Unies.
— Et alors ?
— Ces messieurs les intouchables m’ont gentiment dit de relativiser, que Markas Takaz n’osera pas tuer les humains nanani, que je dois tout aussi calmement et diplomatiquement le raisonner nanana... je l’aurais eu en face de moi, ce coq, je lui aurais très politiquement correctement fait rentrer son arrogance dans le trou du cul ! Je ne supporte pas ces donneurs de leçons qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas ! Ah, en plusieurs siècles, pour un pas en avant, nos mentalités en auront fait dix en arrière ! Le monde devrait manger à sa faim. Au lieu de cela, il court à sa fin ! Mais excuse-moi, je t’ai interrompu !
— Ce qui veut dire qu’on n’a aucune solution ? On est dans la merde jusqu’au cou...
— Non. On est noyé sous 500 mètres de merde, c’est différent.
— Comment expliquer ça à Markas Takaz ? Je pensais qu’il serait impossible qu’il aille au bout de ses menaces il y a quelques instants encore mais après son appel, je doute qu’il comprenne... il nous faut partir. Mais où ?
— Il nous reste peut-être une mince lueur d’espoir mais c’est la seule chance qu’on a.
— Laquelle ?
— Markas Takaz dispose d’une armée unie et uniformisée. L’humanité est divisée, part dans tous les sens... si un humain s’attaque à un Marzonien, il sait qu’il signe son arrêt de mort et celui de toute sa famille et tous ses amis, et même des amis de ses amis. Si un Marzonien s’attaque à un humain, il rentre manger chez lui et s’endort tranquillement se sachant à l’abri de toute tentative de vengeance. Jamais un humain n’oserait tenir sur Markas Takaz le quart des menaces que le Marzonien tient sur nous.
— Je ne comprends pas.
— Nous avons une semaine pour réunir le milliard d’humain que nous sommes à Harkez. Montrer à Markas Takaz que nous formons une grande armée unie, solidaire et qui se battra jusqu’au bout la main dans la main ! Peut-être hésitera-t-il à livrer bataille et négociera à nouveau avec nous...
— Et s’il choisit de se battre tout de même ?
— Alors on se battra. Il n’y a pas 36 solutions. Face à quelqu’un qui te montre une arme, on ne sort pas une fleur.
— Objectivement parlant, monsieur, nous avons une chance en cas de combat ?
— Vous voyez un chewing-gum dans une prairie de 50 hectares ? Eh bien on a plus de chance de trouver ce chewing-gum que de vaincre l’armée Marzonienne !
— On va tout miser sur l’intimidation ?
— Exactement.
— Vous croyez que ça peut marcher ?
— Pas sûr. Mais on n’a pas le choix.
— Vous avez raison...
— Sur quoi ?
— On est ensevelis sous 500 mètres de merde. Peut-être même plus...

3

Le lendemain à la première heure, tous les maires des principales villes humaines de Marzoon sont rassemblés à l’ambassade d’Harkez, dans le bureau de Will. Secondé par Juanita, celui-ci commence son plaidoyer, rappelant la situation et le déroulement des péripéties ainsi que sa conclusion.
— Par déduction, nous ne pouvons avoir la vie sauve que si nous enterrons momentanément nos différends pour nous battre ensemble contre nos ennemis communs, main dans la main. Comme des frères, comme le voulait Martin Luther King. Êtes-vous avec moi ?
Tout d’abord, une vingtaine de maires se lèvent en applaudissant. Puis le maire de Gun-Town, la ville-centre américaine prend la parole.
— L’idée de m’unir à vous ne m’est pas désagréable, dit-il. Cependant je ne m’associerai pas avec certains qui n’ont en l’espace de trois siècles ni sur Terre ni sur Marzoon renoncés à ce que nos valeurs occidentales refoulent. Les personnes concernées se reconnaitront. Je les invite soit à rectifier leurs erreurs, soit à quitter l’association si vous ne voulez que je la quitte !
— L’heure n’est pas aux mesquineries, tente d’intervenir Will. Nous devons faire abstraction de ces détails pour...
Il n’a pas le temps qu’il est interrompu par Ayato-Khami, le maire de la ville iranienne d’Assad Namoul.
— Il est hors de question que ce bouffeur de hamburgers ventripotent profite de la situation pour essayer de nous soumettre à son impérialisme. Nous avons résisté pendant trois siècles aux tentatives de radicalisation des nôtres par ces consommateurs excessifs de saloperies en tous genres et nous ne céderons pas devant un danger imminent. Nous sommes assez puissants pour nous battre seuls.
— Dans ce cas, le coupe l’américain, que l’ambassadeur vous dégage de notre coalition s’il tient à notre participation.
— Je ne prendrai parti ni pour l’un ni pour l’autre, les coupe Will. J’ai besoin de vous tous sans exception. Notre sort à tous en dépend. Vous le comprenez, ça, ou merde ?
— Très bien, s’enquit l’américain. Puisque monsieur l’ambassadeur n’a pas le courage de fermer la bouche de ce père-noël à barbe noire, Gun-Town se retire de l’association et réitère qu’elle n’a besoin de personne !
Sur ce, l’américain quitte la pièce en claquant la porte d’un geste brusque. La porte se ralentit d’elle-même pour se refermer le plus doucement au monde.
— Pour ma part, poursuit l’iranien, j’ajoute que votre lâcheté face à cet Obélix plein de graisse en costard m’a déçu et que pour cela je quitte moi aussi votre coalition.
— Mais ne comprenez-vous pas que nous sommes en danger !?
— Je comprends que c’est votre point de vue, rétorque-t-il. Le mien est différent !
— Ah, si seulement la vie était une affaire de point de vue, les laissés pour compte y trouveraient le leur !
Sans prendre le temps de répondre, Ayato-Khami quitte à son tour le bureau.
A son tour, un autre maire se lève et prend la parole.
— Pour ma part, dit-il, je ne suis pas contre l’idée de m’unir à vous tous mais je ne vois pas la nécessité de le faire dans un futur si immédiat. Après tout, nous savons que Markas Takaz est fort en gueule mais il a un rouef . Il ne franchira pas la ligne rouge. Tout ceci est exagéré, monsieur l’ambassadeur prend ces menaces trop au sérieux. Markas Takaz doit bien rire s’il vous voit trembler comme une feuille. Que tous ceux qui pensent comme moi le disent !
Au moins soixante sur les 198 maires présents dans le bureau se lèvent.
Au fur et à mesure qu’avance la conférence, Will et Juanita perdent de plus en plus espoir.
Deux heures de délibération plus tard, entre différents contentieux et différentes opposition pour incrédulités ou autres raisons, il ne reste sur les 200 maires initialement présents qu’une petite quarantaine prêts à s’unir face à leur ennemi commun pour la survie de l’humanité.
Juanita s’avance doucement vers Will pour lui chuchoter à l’oreille.
— Vous croyez qu’on va y arriver.
— On ne relâchera rien. Organisez la résistance avec tous les humains qui nous ont rejoints. Je vais essayer de persuader les autres en espérant qu’ils rangent leur fierté pour m’écouter le temps de sauver leur peau... quitte à se refaire la guerre le lendemain.

***

Un jour passe.
Deux jours.
Trois.
Quatre.
Cinq.
Six.
Et rien n'a changé.
— Fallait s'y attendre, s'exclame Will a Juanita en frappant sur la table de son bureau qui se volatilise le temps du coup de poing. Une humanité divisée depuis sa création, puis cours des siècles, comment ai-je pu être assez con pour croire qu'elle se rassemblerait en six jours ?
— Alors que faisons-nous ?
— Combien d'hommes sont avec nous ?
— Environ 75 millions. C'est quand même un nombre considérable.
— Face à cinq milliards de Marzoniens ? Je crois qu'on a plus de chance de gagner au loto. Surtout que les 925 millions d'autres humains restent éparpillés dans tous les sens à se querelle sur des futilités... Markas Takaz doit bien rigoler en nous voyant...
— Si ça peut vous rassurer, les 75 millions que nous avons pu recueillir sont prêts. Ils ne savent pas tous se battre aussi bien que de vrais soldats, c'est sûr, mais ils sont prêts à aller jusqu'au bout.
— C'est déjà ça. Bon, espérons que tout ira bien et que nous serons assez forts et déterminés pour vaincre...

La nuit se fait longue et angoissante à Harkez.
A tout moment, les humains restent aux aguets, s’attendant à voir surgir l’armée Marzoniennes et une horde de créatures monstrueuses venues de la zone rocailleuse et aride...
Le moral est bas mais les hommes sont prêts à combattre, à livrer bataille jusqu’à la mort pour préserver leur liberté.

L’occasion leur en est donnée dès les premières lueurs de l’aube.
Les vaisseaux de guerre des soldats Marzoniens survolent le ciel, larguant sur Harkez et ses habitants des missiles et des gaz toxiques.
De nombreux humains meurent de ce premier assaut.
Will et Juanita, au premier rang, montent à bord des voitures avec leurs fidèles.
— Luttons pour notre survie ! Ordonne Will, motivant ses troupes en affrontant le premier un soldat Marzonien à coups de sabre.
La bataille fait rage, à Harkez comme dans toutes villes peuplées d’humains où Markas Takaz a mis sa menace à exécution.
Pris au dépourvu, ne s’attendant pas à une attaque aussi puissante aussi rapidement, par l’armée Marzonienne dans le ciel et par des hordes de créatures monstrueuses rapatriées de leur sinistre habitat naturel pour servir la cause de l’Empereur-Supérieur sur le sol, les humains sont rapidement massacré et réduits à néant.
Les survivants sont impitoyablement massacrés.
Il n’y a qu’à Harkez où les forces Marzoniennes et les créatures rencontrent de la résistance.
La bataille fait rage dans un premier temps mais les humains ont le dessous.
Plus le temps passe, plus ils perdent d’effectifs.
Combattant avec ses compatriotes, Will s’en rend compte au fur et à mesure qu’il voit ses compagnons tomber.
Frappant d’un coup de sabre son adversaire Marzonien en plein front, l’ambassadeur bondit dans sa voiture et décolle en toute hâte jusqu’à son vaisseau spatial.
Arrivé sans encombre aux portes du vaisseau, Will s’arrête.
Il se retourne et entend les hurlements des siens tombant sous les coups des ennemis et des monstres.
Un regard le retient.
— Non, songe-t-il tout haut. Je ne peux pas abandonner les miens. Pas maintenant...
Soudain, un monstre lui bondit dessus et le renverse.
Il ne l’avait pas vu venir. La petite créature noire squelettique, enveloppée d’un corps de poils hirsutes, aux yeux bleu comme ceux d’une mouche, ouvre sa mâchoire pleine de dents. Un cri guttural s’échappe de sa gueule. Ses poils du cou se hérissent.
Il s’apprête à décapiter Will et lui dévorer la tête lorsqu’une balle lui fait éclater le crane. La créature s’écroule dans un flot de sang jaune tandis que Juanita, la tireuse providentielle, jette son arme vide et court rejoindre Will, prête elle aussi à s’enfuir.
Mais Will, tétanisé à l’idée d’être à nouveau attaqué par l’une de ces choses s’il reste ici à réfléchir, monte dans le vaisseau et ferme la porte immédiatement après son passage, deux secondes avant que Juanita ne puisse entrer.
Affolée, la jeune femme frappe en hurlant à la porte du vaisseau, suppliant l’ambassadeur de lui ouvrir.
— Patron ! Hurle-t-elle. Je vous en supplie, ouvrez-moi ! C’est Juanita, patron ! Ouvrez-moi !
Elle n’a pas le temps d’en dire plus que le vaisseau décolle, lui faisant perdre l’équilibre et culbuter en avant.
La jeune femme se relève.
Will l’a abandonnée.
Will les a tous abandonné à leur triste sort.
Ses larmes sont interrompues par une créature lui bondissant dessus et la déchiquetant tandis que les derniers résistants humains donnent leurs dernières forces pour succomber sous les coups des soldats Marzoniens, mieux armés et plus nombreux, ainsi que des monstres en tous genres.

Pendant ce temps, dans le vaisseau, Will pilote en direction de la Terre en poussant un grand soupir de soulagement.
Dans l’immédiat, il est en vie, il est sauf.
C’est tout ce qui compte.
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Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

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Hafsa Hamoudi · il y a
Pacifique anarchie aurait été reconnu comme classique s'il avait été écrit par un auteur ou philosophe connu ! continuez Sytoun, votre heure de gloire viendra c'est impossible d'être aussi fort et de rester éternellement dans l'ombre !
·
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M. Iraje · il y a
Du grand spectacle ☺☺☺ !
·
Image de Felix CULPA
Felix CULPA · il y a
Excellent ! De la science-fiction comme au cinéma ! Vous écrivez bien, je m'abonne et je vous soutien ! Salma Bendas m'a parlé de votre talent, mais la je vous lis et a se confirme ! Merci de soutenir mon premier texte en concours !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-droits-de-lame

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Mr Léonidas · il y a
De quoi se remettre en question sur plein de choses
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Bilel SLC · il y a
Je trouve un peu dommage que ça s'enchaine un peu trop vite surtout les passages de combat parcequ'autrement on est vraiment dedans. Très bon en tout cas
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Utilisateur désactivé · il y a
Très très forte cette dystopie, très révélatrice de ce qui nous pend au nez si on change pas rapidement nos mauvaises habitudes !
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Wajdi Brahmin · il y a
De tout ce que j'ai lu jusqu'à maintenant ça laisse présager un recueil sérieux rempli de perles littéraires. En tout cas je m'y attend très fortement
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L'Algerocaine · il y a
J'ai découvert avec CQFD et DESHUMANISER la ça n'a rien a voir mais y a toujours ce fond provocateur pour faire passer des vérités qui dérange mais moi y a un truc qui me dérange c'est toutes ces descriptions d'univers c'est pas assez détaillé pour que je me visualise vraiment les péripéties fallait creuser plus ou alors ne pas en parler du tout. seul bémole parce que l'histoire se lit bien et soulève des vérités qui mérite d'être plus exposé
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Nordine · il y a
Je peux dire merci a Meli story de me faire découvrir des écrivains intéressant. Il y a plusieurs thèmes forts dans ta science fiction mais le ton a la fois grave et décalé avec lesquels tu les traite rend la lecture plaisante et agréable même si le fond reste très dur. une voix et un abonné en plus
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Sytoun · il y a
Bienvenue dans l'univers MCEF ! Mon recueil "Pacifique Anarchie" incluant entre autre cette nouvelle va sortir très prochainement, si ça t'intéresse d'aller découvrir et, qui sait, de trouver un type de littérature qui te représente ?. Pour plus d'infos n'hésite pas a me rejoindre sur mon Facebook : Sytoun Mcef.
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Virgo34 · il y a
Une nouvelle d'anticipation qui donne à réfléchir.
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Ça fait depuis trois bonnes heures qu’on roule sur la R99. Papa tient le volant de la Fiat. Il regarde la route. Toute noire. Toute sombre. En face de nous, cette lueur blanche. ...

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