4 - Rahan n'a pas le moral

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40 ans dans l'industrie, les machines et la robotique ça laisse des traces... et des interrogations ! Heureusement la découverte tardive de l'écriture me permet d'aller au delà d'une rude  [+]

Rahan n'avait pas le moral. Un petit coup de bouse (comme on disait à l'époque). Ça ne lui était jamais arrivé. Il s'était parfois senti  triste comme le jour où on lui avait volé son porte-couilles en peau de lynx mais, aussi mal, comme ça sans raison, jamais. Il n'avait le goût à rien. Même pas pour se battre avec une bête. Il tenta de se motiver en poussant son fameux cri mais ce fut sans conviction, ce qui lui mina encore plus le moral. Toute la nature devait suspecter son état car plus aucun animal ne venait le défier. Et puis il avait le gouzi-gouzi en berne, c'est dire si ça n'allait pas très bien.

Soudain, en pleine déambulation, il aperçut au pied d'un arbre ce gros champignon  rouge à points blanc, celui dont la consommation faisait un effet bizarres dans la tête.  Un effet parfois peu agréable mais au moins aujourd'hui ça saurait le distraire de son état.

Un fois le champignon avalé, il fit tourner son coutelas sur une pierre et suivit la direction qu'il lui indiquait. Il se mit en marche avec la sensation qu'à nouveau le monde lui appartenait. Rien qu'en une journée ses rencontres furent fatales pour un crocodile, deux panthères, trois chacals et un scorpion. Son gouzi-gouzi avait même retrouvé de la vigueur lorsqu'il s'arrêta au bord de la mer. Mais en ce lieu, de telles moules ce n'était pas trop son truc. Face aux vagues, il hésita : à gauche, à droite, demi-tour ? Il  remit son sort une nouvelle fois en la direction que lui indiqua son coutelas. C'est ainsi qu'il entra dans l'eau et se retrouva pour de nouvelles aventures sur un nouveau continent où des hommes à la peau cuivrée portaient des plumes sur la tête et vivaient dans des abris en peau de bison.  

A la première rencontre, leurs propos se résumèrent en des gestes ponctués de hug ! hug ! et de hou ! hou ! que Rahan ne compris pas du tout et auxquels il répondit par des gestes similaires et des grognements... qu'il ne compris pas tout autant. Les autochtones plutôt bienveillants lui souriaient gentiment et  passaient leur chemin en se tamponnant  le front avec un doigt en signe de bienvenue.

Perturbé par tant de nouveautés ou peut-être sous l'effet du champignon, il fut pris subitement d'une l'urgence abdominale propice à une évacuation plus que molle.

Seulement il se voyait mal déposer sa production devant tous ces gens si sympathiques. Aussi il avisa un abri en peau de bison, y pénétra, laissa son obole odorante et s'essuya avec une peau de castor qui trainait là. Il ressorti persuadé de son bienfait,  lorsqu'il entendit hurler une femelle qui venait d'entrer sous l'abri. La course poursuite qui s'en suivit lui fit comprendre un peu tard que certaines offrandes ne sont pas toujours des plus protocolaires. En pleine fuite, il entendit derrière lui un grondement énorme se rapprocher. A sa grande surprise, il se fit dépasser à une vitesse vertigineuse par un monstre énorme, un très  long serpent pas naturel du tout qui s'évanoui à l'horizon sur une piste toute rectiligne en sifflant et crachant des  fumées noires et blanches.   

Et puis soudain tout disparut. L'eau froide qui lui clapotait les coucougnoles  l'avait réveillé et, ne comprenant pas trop pourquoi il y avait tous ces concombres de mer flottant autour de lui, il regagna la plage. Un fois encore le champignon lui avait fait prendre des coucougnoles pour des lucioles (comme on disait à l'époque). Son gouzi-gouzi frigorifié avait presque disparu et il se dit que décidément ce champignon produisait chez lui de drôle d'effets. Une fois sur le sable et son moral retrouvé, alors qu'il cherchait une pierre pour y faire tourner son coutelas, un couple de nouveaux animaux qu'il ne connaissait pas se présenta devant lui. Animaux qu'on appellera plus tard vélociraptor  car adeptes du coup de pédale à six rapports de vitesses. Il tenta un geste bienveillant mais encore un fois le protocole ne fut pas le bon.  Se tapoter le front avec un doigt n'eut pas l'heur de plaire et il dut courir derrière ses propres fesses (comme on disait à l'époque). Les dents de l'animal lui claquèrent à l'arrière-train arrachant  son porte-couilles juste avant qu'il ne trouve une grotte où s'abriter. Il se retrouva cul nu et pour le coup son  moral chuta dans les orteils (comme on disait à l'époque). Il s'enfonça dans l'obscurité et fut surprit de tâter une peau d'animal bien épaisse sur laquelle, recru de fatigue et de désespoir, il s'allongea et s'endormit.

C'est ainsi que Rahan hiberna entre les pattes d'un ours des cavernes. Ce qu'il regretta au printemps, car, comme il n'avait plus de porte-couilles, l'ours à son réveil n'eut pas faim que de nourriture. Mais ceci est une autre histoire... plus douloureuse.

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