3 petits tours

il y a
8 min
9
lectures
0

Energumène touche à tout, surtout à ce qu'il ne faut pas! Se lance systématiquement dans des projets tordus avec un entrain digne de figurer dans le GuinessBook!  [+]

1 Sean

J'avais tout prévu. L'équipe, le plan, la retraite, tout. Sauf ça. Ça a commencé il y a trois jours, je venais de recruter une équipe de bras cassés. Tous les membres de la mafia irlandaise et tous de parfaits crétins. Pour que mon plan fonctionne, j'avais besoin de gars qui obéiraient aux ordres sans poser de questions. Ils me connaissaient tous depuis longtemps, je faisais partie des vieux de la vieille. À bientôt 45 ans, j'avais passé la plus grande partie de ma vie au service du grand Pat, notre parrain local. Mais l'idée de me retrouver prochainement en prison ou remercié, terme poli pour dire mort ne me plaisait pas plus que ça alors j'avais trouvé une autre idée pour m'en sortir. Et le pire c'était que mon plan était simple comme bonjour. Je ne comprends pas ce qui a foiré.

Avec mes trois lascars, nous devions braquer un bookie de la bande de Tony, dit Tony le Rapace. Je ne vous explique pas pourquoi il avait été surnommé ainsi, son sobriquet parle de lui-même. Enfin, on m'avait tuyauté et je savais qu'il devait encaisser un max ce samedi. Donc, on s'y est rendu le samedi en question. Gilliam nous avait trouvé une caisse puissante mais discrète. Lui il doit se contenter de rouler. Jack, Owen et moi on entre et on lance le speech habituel. Le bookie me rigole d'abord au nez, pas le moins du monde impressionné par le flingue que je lui agite devant le visage.

"-Hey mec! Je crois que tu ne sais pas à qui tu vole cet argent. J'me trompe?
-Oh si je sais, que je lui fais. Et tu pourras dire à Tony que le Grand Pat lui donne son Bonjour. Et le mien aussi, Sean Irwin, au cas où tu m'aurais pas remis."

Là, le gars se décompose et devient blanc comme une merde de laitier. J'ai une solide réputation que je vous dis. Sans faire plus de raffut, il regarde ces gars pour qu'ils se tiennent tranquilles et commence à remplir le sac. Et croyez-moi, c’est un grand sac. Satisfait, je le salue et lui refile un billet de dix, comme pourboire, qu’on n’aille pas dire que Sean n'est pas généreux.

Puis nous sortons gentiment, sûrs que nous ne serons pas suivi. Je sais que je viens juste de déclencher une guerre des gangs mais je ne serais plus là pour y assister. Gilliam attend dans la voiture, le moteur en marche. Avant que nous montions dans la caisse, j'éclate de rire. Ça me fait du bien de rire comme ça des fois. Les gars me regardent et pour ne pas me contrarier, se mettent à rire aussi. Profitant de l'hilarité générale, je braque mon feu sur Jack et avant qu'il n'ait pu réagir, je lui envoie un pruneau en plein front. Il a encore l'air surpris quand il s'affale sur le sol. Puis c'est au tour d'Owen, qui ne sait pas quoi faire. Gilliam sort de la bagnole et reçoit aussitôt le même traitement.
Bon, je sais, je viens de signer mon arrêt de mort, mais honnêtement, je m'en fous. Le magot que je tiens au bout de mon bras va servir à assurer ma retraite dans la petite maison que je viens de m'offrir. Assurer ma retraite et mes arrières. Tout d'abord, il me reste à rejoindre l'aéroport privé situé près de la frontière après quoi, direction la France. Un petit village d'Aix-en-Provence, rien que le nom ça fait rêver. Je cherche une station sur la radio, histoire d'écouter autre chose que cette country de merde que je me tape depuis 15 bornes. Je sors tranquillement de la ville et commence à souffler.
Je cherche mes clopes. Sauf que j'aurais pas dû baisser les yeux. Sans que je sache comment, un truc à traverser la route, une bête à cornes. Alors réflexe chrétien, j'ai braqué espérant l'éviter. Je l'ai effectivement évité mais pas l'arbre qui bordait la route.
Et maintenant me voilà, le thorax enfoncé par le volant, merde, il aurait pu en voler une qui avait un airbag. Le sang goutte dans mes yeux. Je sais que c'est fini. J'ai vu suffisamment de gens mourir pour savoir que c'est en train de m'arriver. Enfin, admettez que c'est con de mourir d'un accident de la route après une si longue carrière de mafieux! Ma dernière pensée avant le trou noir, c'est que quelqu'un d'autre va encore profiter de mon labeur, comme d'habitude. L'histoire de ma vie en quelque sorte.

2 Gabriel

Dure journée, j'espère que monsieur Watherhouse soir ne sera plus fâché demain quand je reviendrai travaillé. Après tout, je l’ai pas fait exprès de faire tomber cette bouteille. Ça arrive tout le monde. Il lui s'est mis à me crier dessus, il avait pas le droit de me traiter de débile. Franck dit tout le temps que je ne suis pas débile, je suis juste un peu lent d'esprit. Et puis Franck qu'il a tout le temps raison, il est très intelligent puisqu'il est allé à la fac. Je me souviens qu'il m'aidait tout le temps au lycée quand les autres se moquaient de moi. Franck lui a toujours été gentil. On s'est connu quand on avait cinq ans, c'est mon voisin. Ses parents étaient des gens bien. Souvent elle disait à Frank de me protéger s'il m'arrivait des problèmes. Sa mère, elle disait souvent « Tu sais Franck, il faut que tu prennes soin de Gabriel car il ne peut pas le faire tout seul ». Depuis il a toujours veillé sur moi. Je lui dirai demain que monsieur Waterhouse a crié sur moi et il arrangera ça. Allez courage, plus qu'un kilomètre et je serai à la maison. Dommage que je ne puisse pas avoir de voiture, j'irai plus vite qu'à vélo. Mais Frank a dit que c'était trop dangereux.

Tiens, mais qu'est-ce qu'elle fait là cette voiture? Je devrais m'arrêter pour voir si tout va bien.
Jésus Marie Joseph ! Monsieur! Monsieur ! Vous allez bien ?
Il y a plein de sang comme quand papa est mort. Ce monsieur doit être mort aussi. Le pauvre, il faudra que je prie pour lui. Tiens, il y a un gros sac, qu'est-ce qu'il y a dedans ?
Oh mon Dieu ! C'est rempli de billets. Mon Dieu ! Qu'est-ce que je vais faire ?
Qu’est-ce que ferait Franck ? Ah ! Je sais je dois aller le voir si j'ai un problème, oui c'est ça ! Mais si quelqu'un volait l'argent pendant que j'allais le chercher ?
Je sais, je vais prendre l'argent et le donner à Frank. Il prendra la bonne décision, Frank sait quoi faire. Allez vite ! Prends le sac et fonce.
Roule, roule encore, allez ne traîne pas en chemin. Voilà, je suis presque arrivé. Vite, court jusqu'à la porte. Sonne. Tape.
« -Bonsoir Doreen! C'est Gabriel. Et ce que Frank est là ?
-Bah oui où qu'il soit une heure pareille ! Que veux-tu ?
-J’ai un problème et je dois le dire à Frank.
-Frank ! Frank ! C'est Gabriel ! Et il a encore un problème. Va-y, entre ! »

J'ai parfois l'impression que Doreen ne m'aime pas. Une fois, j'ai posé la question à Frank et il a dit que je me faisais des idées. Mais j'ai remarqué qu'elle était moins gentille avec moi qu'avec les autres.
« -Salut Gabe! Ça va ? Tu vas bien? »
Frank est toujours inquiet.
« -Oui, bonsoir, excuse-moi de te déranger mais je ne savais pas quoi faire. Alors quand tu m'as dit de venir si j'avais des ennuis je suis venu.
-Que t'arrive-t-il ?
-Je rentrais de mon travail à l'épicerie. Monsieur Waterhouse a été méchant, il m'a crié dessus parce que j'ai cassé une bouteille mais j’ l'ai pas fait exprès.
-Bon, ce n'est pas grave, j'irai le voir demain si ça peut te rassurer.
-Oui mais ce n'est pas que ça. J'étais sur la route et j'ai vu une voiture, elle était cassée. Il y avait un homme dedans, je crois qu'il était mort parce qu'il y avait du sang sur lui. Tu sais comme papa. Et puis il y avait un sac rempli de billets. Je te l'ai amené.
-Montre-moi ça ! »

À leur je lui donnais le sac, il l'a ouvert et il est tombé sur sa chaise.
Doreen aussi a regardé le sac et a crié.
« -Frank ! Nous sommes riches. Tous nos problèmes sont finis ! »
Doreen et Frank ont des problèmes d'argent depuis que Frank a perdu son travail à la scierie.
« -Doreen, ne t’emballe pas. Il y a un mort avec un sac rempli de billets et je pense que ça n'apportera rien de bon. Nous allons prévenir la police et rapporter l'argent. »

Doreen a commencé à crier. Franck la prise par le bras et l'emmener dans la cuisine. Je me suis assis devant la télé et j'ai regardé des dessins animés. L'histoire bizarre dans l'appareil d'un canard. Je comprenais pas mais c'était drôle. J'avais l'impression que Frank et Doreen était en train de se disputer mais je savais que je ne devais pas m'en mêler. J'attendais.

« - Gabriel ! Il y en a que pour Gabriel ! Mais jamais tu penses pas à moi ! Tu ne penses pas à nous. Nous sommes au bord du gouffre et là cet argent tombe du ciel et toi tu le refuses. Mais quel genre d'homme es-tu pour me refuser ce qui me revient. J'ai gâché ma vie avec toi et Gabriel. Je ne savais pas qu’en t’épousant que j'aurais un attardé à demeure.
-Ça suffit, tu dépasses les bornes ! Ne parle pas lui comme ça ! »

C'était la première fois que j'entendais Frank crier autant.
« -Si tu l'aimes tant que ça, c'est avec lui que tu aurais dû te marier. Tu aurais aussi pu lui écarter les cuisses comme à moi. »
Là, j'ai entendu le bruit d'une gifle. Ils se bagarrent, j'entends des assiettes se casser. J'entends Doreen pleurer. Maintenant Frank crie:
« -Doreen ! Ne fais pas ça ! »
Je l'entends entrer dans le salon bousculant les meubles sur son passage. J'ai pas le temps de retourner que je sens une grande douleur dans le dos. Je tombe sur le tapis. J'ai l'impression d'être sur le point de m'endormir. Je vois Frank penché sur moi, il a l'air de me parler mais je n'entends pas bien ce qui me dit. Des larmes coulent sur ses joues. Je ne vois pas Doreen. Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé ici.

Je dis à Frank : « T'inquiète pas, ça va aller".
Il a l'air si triste. J'ai de plus en plus froid, tout devient sombre, mais qu'est-ce qu'il m'arrive?....

3 Doreen

Le fusil dans ma main fume encore, Frank me regarde l’air hébété. Est-ce que j’avais le choix ? Oui. Le choix de continuer ma petite vie morne, de finir avec des mioches accrochées aux jupons, de vieillir sans avoir connu la moindre aventure. Je refuse, je refuse de tout mon cœur, on ne m’enchainera plus, je vais vivre pour moi.
Frank se relève doucement, il tient ses mains devant lui comme si elles pouvaient faire barrage. Il a toujours été d’une naïveté touchante. Je ne vais pas me laisser amadouer, il faut que je continue, que je fuis.
Le deuxième coup de feu met fin à son étonnement, il retombe sur le corps de Gabe et ils sont enfin ensemble pour toujours. Je lâche l’arme, elle retombe avec un bruit sourd. Je dois me hâter, il faut fuir, partir loin de cette vie. Je m’élance dans la chambre, le poids qui occupait ma poitrine depuis des lustres s’évapore peu à peu, j’arrive enfin à respirer pleinement.
Je jette quelques affaires dans ma valise. Je prends mes plus belles robes, celles que je n’avais jamais l’occasion de porter. Maintenant tout va changer.
Un dernier regard sur ce qui a été mon foyer ou plutôt mon enfer. Il faut que je trouve les clés de la voiture, je vais enfin pouvoir conduire. J’espère juste qu’on ne m’arrêtera pas en route, une femme seule au volant n’est jamais très bien vue. Peu importe au pire, j’improviserais une visite en urgence dans ma famille, que mon époux est déjà là-bas, que je dois le rejoindre au plus vite.
Les clés enfin dans ma poche, je charge la voiture de ma petite valise et de ce sac, celui qui m’offre un nouveau départ.
Mes mains se crispent sur le volant, je ne suis pas très sûre de savoir manier cet engin mais il faudra bien, je suis une femme indépendante et les femmes indépendantes conduisent.
Au bout de quelques kilomètres, je quitte cette ville, son odeur infecte, ses paysages morts, ses habitants plus morts encore. Au fur et à mesure, je commence à me sentir bien je me décide à mettre un peu de musique pour fêter ce renouveau.
Je chantonne un peu, la tête me tourne de bonheur.....
Sinatra chante « I’v Lived life that’s full
I’ve traveled each and ev’ry highway ;
And more, much more than this,
I di dit my way.... »
Parfois la vie vous parle par des moyens détournés, une chanson, un panneau publicitaire...Et là cette chanson me parle tellement que je la chate à tue-tête, je la hurle à plein poumons, je la vis pour la première fois.
Mais j’ai perdu le contrôle, cette maudite voiture ne m’obéit plus, les roues se braquent dans tous les sens, je n’arrive pas à redresser et l’arbre arrive à toute allure.

Pourquoi je ne sens plus ni mes jambes, ni mes bras, j’arrive à peine à respirer....Le monde est sens dessus dessous, du sang coule dans mes yeux, je ne veux pas finir comme ça, surtout pas comme ça...Je me sens partir, la vie me quitte et je me sens pas légère comme on nous a dit. J’aurais peut-être dû choisir une autre voie.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,