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Adrien Caritey

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La navette déambulait silencieusement sur ses rails, avançant à grande vitesse entre les bâtiments de verre. A l’intérieur, toute une foule attend, calme et placide. Un jeune homme regarde cette masse stagnante. Il se nommait Raven, un jeune assassin talentueux d’après ce qu’il en disait. Enfin, il lui semblait s’appeler comme ça, à moins que ce soit Martin, ou Mathieu. Ou peut être Maxwell... Oui, c’était ça, ça lui revenait, il s’appelait Maxwell Dirnt.
Ce genre d'état lui arrivait régulièrement ces derniers temps. Son esprit fusionnait avec celui de son avatar dans son jeu On Mind. Il en venait à douter de celui qu’il était. Était-il l’assassin ou le jeune homme dans la navette ? Il aurait été incapable de le dire. A ses yeux, tout ce confondait. Ses lentilles connectées lui montraient ce que son esprit voulait qu’il voit, ses gants qu’il le sente. Alors il était en permanence On line. Dans une époque pas si lointaine, on aurait pus dire qu’il était étrange, associable, qu’il se coupait du monde, mais, en 2138, les mœurs étaient différentes. Se voiler la face était devenu plus facile. L’humanité était similaire au jeune garçon, tous devenaient héros, princesses, séducteurs ou toutes les élucubrations lubriques de leurs esprits torturés.
Tous les jours dans cette même navette ce trouvait les mêmes personnes allant travailler dans la même entreprise pour faire le même travail. Des gens qui depuis des années se côtoient sans jamais s’être échangé une parole. La réalité virtuelle était devenue leur seule vérité. Travailler était devenu une sorte de jeu. Au lieu de piétiner, ils devenaient forgerons, augmentant leurs statistiques à chaque minute qu’ils passaient à attendre.
Le monde devenu stérile et chaotique les apeurait. Un voile de cécité recouvrait le monde. Les problèmes de criminalité ou de dépression avaient en majorité disparut. Pourquoi consulter alors que l’on pouvait dialoguer avec Socrate ? Tant de possibilité disponible à portée de rétine.
Maxwell contemplait ses compagnons de voyage. A ses yeux, il ne se trouvait pas dans une navette du vingt deuxième siècle mais dans un char tiré par des chevaux ailés parcourant une vaste allée de colonnes antique, survolant un torrent bouillonnant. Il connaissait les tiques et habitudes de chacun de ses condisciples. Il y avait cette femme qui passait la majeure partie de son temps à parler seule. Cette horrible vieille femme qui passait son temps à remuer ses lèvres et sa langue dans le vide, comme si l’air lui rendait tout la passion qu’elle mettait dans ce baiser. Puis, d’ici quelques minute, le gros homme du fond dévorerait ses aliments lyophilisé en hurlant « A la santé de Bacchus mes compagnons ! ».
Tant d’univers, d’esprits réunis dans un seul petit lieu, sans aucuns contactes. Il les avait observés pendant une longue période tel l’assassin qu’il était.
Il ne les jugeait pas, au contraire, lui aussi, à une certaine époque, était comme eux. Vivre sa vie dans un monde virtuel sans limite, modifié l’apparence de son entourage, transformer les textures de son univers, concevoir une vie qui n’existait pas. Trouver l’amour.
Il c’était vite rendu compte que ce sujet était devenu vitale pour lui. Il pouvait bien entendu imaginer de jolies femmes, des grosse, des grandes, des petites, rousses, brunes, blondes, africaines, occidentales, asiatiques, siamoises. Tout ceci n’était qu’une illusion, tout n’était qu’un mensonge. Il pouvait les étreindre, les toucher, mais, c’était tout. Elle ne dégageait aucunes émotions, aucune chaleur. Son cerveau pouvait s’y laisser prendre, sa raison que tout n’était qu’une vile tromperie. Toutes ces choses qu’il voyait à travers ses lentilles étaient dépourvues d’âme. Elles n’étaient qu’un code binaire, il l’avait compris. Lorsqu’il arrêtait ses lentilles, qu’il s’allongeait dans son lit, contemplant le paysage désertique, il pensait. Il réalisait à quel point le monde était devenu chaotique, à quel point tout n’était plus que désolation et mort. Ces lentilles n’étaient que des loups créés pour masquer l’horreur causé par l’humanité.
C’est alors que Maxwell fit une chose qui, en ce siècle d’illusion, parut insensé. Il avait noué le contacte avec des gens comme lui. Si son avatar possédait une vie irréelle, il s’en servirait pour communiquer.
Les colonnes défilaient devant ses yeux. Un panneau passa. Il paraissait totalement hors sujet dans ce décor antique. Il était écrit “Pourquoi vivre sa vie alors que l’on peut la rêvé ? L’ignorance est la véritable liberté. “ Le regard du jeune homme se perdit à l’avant de la navette. Une jeune femme aux cheveux blond roux portant des lunettes s’y tenait. Elle tourna la tête dans sa direction et lui sourit.
A ce moment, un homme cria à l’arrière de la navette. « A la santé de Bacchus mes compagnons !». C’était le signal. Il hocha la tête à l’attention de la jeune femme qui lui répondit de la même manière. Le jeune homme ferma les yeux un long moment, puis, lorsqu’il les rouvrit, tout un tas de donnés apparurent devant ses yeux. Il commença à agiter ses doigts dans l’air, comme si il s’afférait sur un clavier d’ordinateur. Des données défilaient devant son regard. Des lignes de code qu’il craquait chacune à leurs tour d’un habile mouvement de l’indexe. Sa pupille se dilatait et se rétractait à mesure qu’il s’immergeait dans le programme.
Il ne s’était jamais sentit aussi vivant qu’en cet instant. Ce qu’il faisait, il le faisait pour cette fille. Il aurait aimé sortir avec elle, voir le monde, sentir les fleurs, les arbres tout en écoutant les oiseaux voler, mais, hélas, tout ceci n’existait plus. Il ne restait qu’un monde mort et stérile, et cet univers virtuel qui ne leurs offrait aucun avenir, seulement une prison onirique.
Ils étaient des marginaux en marche pour faire passer un message d’envergure et, à ce moment, la seule chose qui comptait pour eux était d’être réuni.
Les lignes de code disparurent sous ses yeux et, d’un coup, il se sentit apaisé, comme si enfin, il venait de trouver sa place dans l’existence. Il se leva, avançant vers l’avant de la navette. La jeune femme aux cheveux roux blonds avait fait de même, marchand dans sa direction. Ils se rejoignirent au centre de la navette et se prirent la main. L’heure était venue. Ils allaient le faire.
Alors qu’ils se tenaient là, contemplant ces visages bienheureux, un message s’affichait sur leurs rétines. « Cessez d’être aveugle. Vous avez assez rêvé, il est de temps de vous éveiller. Un monde à péri, il en reste toujours un à rebâtir, tel sera votre tâche. Il reste toujours de l’espoir. Regardez nous, debout sous vos yeux. Vivez pour nous qui mourront. »
A ce moment, tous les appareils simultanément se coupèrent, projetant une gerbe d’étincelle. Une hué générale faites de plainte et de gémissement retentit. Alors que tous pleuraient et geignaient la perte de leurs lentilles, les regards commencèrent à se poser sur ce mystérieux couple.
Il n’était plus Raven, il le savait aujourd’hui, il était Maxwell Dirnt, et en ce jour, il sauvait l’humanité. Les deux amoureux avancèrent d’un pas calme sous les regards d’yeux et d‘écrans partout dans le monde. Le jeune homme pressa sur un bouton du tableau de bord et la porte coulissant de la navette s’ouvrit. Un courant d’air frais pénétra dans le véhicule, soufflant ses cheveux. Il aspira à grande goulée l’air qui pénétrait ses poumons. Ce serait la dernière foi, il le savait. Il se tourna vers l’assemblé, et, dit alors d’une voie puissante. « Ne rêvez pas votre vie, vivez vos rêves ! Vous êtes vos propres maîtres».
Ils s’avancèrent au bord de la porte. Le rail se trouvait à plus de vingt mètres au dessus du sol. Il faisait ça pour l’humanité, pour choquer les hommes et les femmes du monde entier, pour les forcer à réagir, à lutter. Il ne savait pas si tout ce qu’il voyait autour de lui était réel, si cette fille, même, copie conforme de sa propre personnalité, l’était. Après tout, cela n’avait plus grande importance à ses yeux. Il aurait la réponse d’ici quelques instants.
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