2010, love story

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Au commencement il y eut un livre, plus exactement : « Shakespeare raconté à la jeunesse » de Charles Simond. Je l’ai eu entre les mains avant même de savoir lire. Ses gravures m’embarquaient  [+]

15 décembre 2011, Paris

Il m’aura fallu un an pour réunir les pièces du puzzle. Pour comprendre ce qui est arrivé à mon fils et sa jeune amie Mina durant cet automne 2010.
Je vous soumets ci-dessous des passages du journal intime de mon fils, il l’avait commencé peu de temps avant les événements et me l’a envoyé en octobre 2010. J’y ai intégré d’autres documents récoltés lors de ma quête de vérité. Quête qui m’a menée dans les coins les plus reculés de la Roumanie et donc de mon enfance.
Je vous livre mon enquête telle quelle, n’imposant que la chronologie des événements et je vous laisse libre de vos conclusions. Les miennes sont ce qu’elles sont, sûrement influencées par les superstitions et les légendes de mon pays d’origine.

Petru Botezariu

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10 octobre 2010
Journal de Vladimir Botezariu, Hôpital Sainte Camille – Sangeros -Roumanie

Notre histoire commence à peine qu’elle semble déjà toucher à sa fin.
Non ! Je ne dois pas me laisser aller au pessimisme, Mina va s’en sortir, il le faut. Notre histoire ne doit pas, ne peut pas, ressembler à une love story des années 2010.
Et cet endroit me fiche le cafard, pour pas dire la trouille, je n’aime déjà pas les hôpitaux et depuis que la tumeur de Mina a été découverte, je les hais même. Se trouver dans ce coin reculé des Carpates situé à plusieurs kilomètres du premier village au milieu de montagnes quasi inaccessibles n’arrange rien. Et visiblement nous allons y passer la semaine.
La dernière crise a été si violente que j’ai dû appeler les pompiers, sa tumeur au cerveau la faisait délirer, elle avait perdu 10 kg et n’était plus que l’ombre d’elle-même. Je l’avais connue trois mois auparavant, seulement. Je venais de décrocher mon Capes de langue roumaine – eh oui même le roumain s’enseigne – il faut dire que mes parents sont originaires du pays et que j’avais choisi la facilité. Mina préparait son Capes d’anglais. Nous nous étions croisés à une fête étudiante et ne nous étions plus quittés depuis.
Hélas l’insouciance de nos premiers émois a très vite été balayée par le destin. Deux semaines plus tard, Mina avait sa première crise. S’ensuivit la ronde des examens, radio, IRM, prises de sang, pour en arriver à la fatale conclusion : tumeur au cerveau inopérable. Notre vie s’était effondrée. Les projets de voyages, de mariage, de bébé, étaient tombés à l’eau, anéantis par ce simple mot : incurable. La mort s’était incrustée dans notre bonheur.
Et puis ça a été la course des spécialistes, Paris, Lille, Lyon, de nouveau Paris, avant de tout lâcher pour la Roumanie dans un patelin paumé en pleine montagne. Comment en sommes-nous arrivés là ? Même pour moi c’est flou.
Le médecin m’avait abordé alors que je prenais mon mal en patience avec une cigarette pendant que Mina subissait son énième examen dans une clinique privée de l’ouest parisien. Il s’était approché de moi sans même que je le remarque, il faut dire que je regardais rageusement le bout de mes chaussures qui venait de se décoller, détail insignifiant sur lequel j’avais décidé de passer ma colère et mon désespoir.
Au début je ne l’écoutai que d’une oreille, histoire de rester poli.
Il se présenta sous le nom de Faust et me parla de cet hôpital qu’il dirigeait en Roumanie, dans les Carpates pour être plus précis. Un hôpital privé placé sous le signe de la recherche où des soins expérimentaux étaient testés, sur des volontaires, bien sûr.
— Je recherche des patients atteints de mal incurable, expliqua-t-il. Mina serait-elle prête à tenter sa chance ? Bien sûr tout cela restait expérimental, les chances de succès réduites et les effets post traitement encore inconnus.
— Une opération ? avais-je demandé.
— Non, une transfusion sanguine un peu particulière, pouvant stopper l'évolution de la maladie.
Mina et moi n’avions pas hésité.

11 octobre 2010

Mina dort, j’en profite pour mettre par écrit les événements des dernières heures, je ne sais pourquoi mais cela me semble important. Lorsque j’ai commencé ce journal c’était surtout pour garder la tête froide, un pied dans la réalité et ne pas sombrer dans la dépression. Maintenant je me dis que cela sera peut-être important pour la suite, Mina ne se rend pas vraiment compte de ce qui se passe autour d’elle, quand elle se réveillera elle voudra savoir.
Il y a d’abord eu ce type dans la chambre de Mina alors que je revenais de la cafète. Le voir ainsi s’activer autour des machines et des perfusions de Mina me mit mal à l’aise. Il était grand très mince, sombre, cheveux noirs, regard noir.
— Je suis le docteur Radu, se présenta-t-il dans un excellent français. Votre amie réagit bien au traitement ; il y a bon espoir de réussite.
Je ne sus qu’acquiescer : plus je regardais ce médecin, plus mon malaise s’accentuait. Il y avait quelque chose chez lui que je n’aimais pas, sa pâleur, ses yeux noirs cernés, sa bouche trop rouge.
— Nous saurons ce soir si la transfusion a été efficace. En attendant vous devriez vous reposer.
Il me salua et sortit, sans que je ne pus ajouter un mot. Et je me mis à fixer cette fameuse transfusion. Le docteur Faust m’avait expliqué qu’il s’agissait d’un sang modifié, une sorte de remède miracle qui allait stopper l’évolution de la maladie. Mais les effets secondaires n’étaient pas encore connus, Mina était la première à recevoir ce traitement. Lorsqu’elle s’éveillerait, elle risquait d’être différente. J’ignorais ce qu’il avait voulu dire par « différente » et quand je lui avais posé la question, il avait changé de sujet.
Mais bon, peu m’importe. Mina seule compte...
Je décidai donc de suivre le conseil de l’étrange docteur Radu et m’endormis sur le fauteuil des visiteurs.
Je fus réveillé par les bips du moniteur. L’électrocardiogramme de Mina était à plat. Je n’eus pas le temps de réaliser ce qui arrivait, les deux docteurs étaient arrivés en courant et m’avaient, sans manière et sans un mot, éjecté de la chambre. Je me suis ainsi retrouvé dans le couloir à faire les cent pas, nerveux et fou de rage de ne pas savoir ce qui se passait. Seul le bon sens m’empêcha de foncer droit dans la chambre pour demander des explications.
Heureusement, mon attente fut de courte durée, le docteur Faust ressortit à peine cinq minutes plus tard, sourire aux lèvres.
— Tout va bien mon cher Vlad, fausse alerte. Mina s’est rendormie. Vous êtes bien nerveux, je peux vous proposer un calmant si vous voulez.
— Non, ça ne sera pas nécessaire... Le traitement va-t-il vraiment être efficace ? Je ne peux pas la perdre.
J’avoue avoir eu si peur à ce moment-là que les larmes devaient s’entendre dans ma voix.
Le vieux médecin posa une main sur mon épaule qui se voulait réconfortante :
— Il l’est déjà, ce soir vous verrez...
Il était si confiant que je ne pouvais que me ranger à son optimisme. Il était médecin après tout, c’était son traitement, aussi expérimental soit-il, Mina avait accepté, je devais moi aussi accepter et faire confiance.

12 octobre 2010

Mina s’est réveillée, merci mon Dieu ! La nuit venait à peine de tomber quand elle a ouvert les yeux.
Elle rayonne de vie et de santé, malgré ses quelques kilos en moins. Dieu qu’elle est belle, on ne pourrait croire qu’elle était à l’agonie la veille. Ses yeux brillent d’un éclat nouveau et mis à part une certaine pâleur, sûrement due à son enfermement des dernières semaines, elle est resplendissante.
Le docteur Faust vient de l’emmener faire des examens mais cette étrange perfusion sanguine a fonctionné, il n’y a pas de doute, un vrai miracle.
Ma Mina, mon amour, mon ange, enfin un futur s’ouvre à nous.
J’entends des pas, Mina doit revenir, ma Mina si belle et guérie...

13 octobre 2010
Mon Dieu, mais dans quel enfer suis-je donc ? Mon monde, tout ce que j’avais depuis toujours, est en train de s’écrouler et Mina, ma pauvre Mina, mon amour... Mon Dieu, mais que dois-je faire ?
Je ne peux pas croire ce que j’ai vu, Mina penchée sur cet homme en train de....
Rien que d’y penser ça me remplit d’effroi : elle était en train de boire son sang !
Pourtant je ne peux pas le nier, je l'ai vu, là dans le bureau du docteur Faust. Ce fou avait le regard brillant, satisfait, presque heureux, de voir ma Mina se gaver du sang de ce pauvre homme. Et ce Radu, que dire, il était là tout sourire laissant apparaître des dents trop aiguisées pour être humaines.
Un monstre, mon ange a été transformé en monstre !
Je voulais juste la retrouver et je l’ai perdue. Un vampire, voilà ce qu’est devenu mon amour, un vampire avide de sang et sans âme.
Je me souviens des légendes que mon père me racontait sur les vampires de son pays. Il ne me reste que peu de choix, cet endroit maudit doit disparaître et notre amour avec.

Article paru le 15 octobre 2010 dans le journal local de Sangero

Incendie meurtrier à l’hôpital Sainte Camille de Sangero.
Les flammes ont ravagé dans la nuit du 13 au 14 octobre l’hôpital Sainte Camille situé à flan de montagne, faisant cinq morts et un disparu.
Quatre des victimes faisaient partie du personnel soignant en service cette nuit-là dont le directeur, le prestigieux docteur Edward Faust. La cinquième victime étant un jeune français, Vladimir Botezariu, venu accompagner sa fiancée pour des soins : cette dernière est à l’heure actuelle portée disparue. Il y a, hélas, peu de chances de retrouver des survivants.
Les pompiers sont intervenus relativement vite malgré les difficultés d’accès au site.
L’origine du sinistre n’a pas encore pu être identifiée, mais la piste criminelle est privilégiée.

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