Le merveilleux esprit de Noël - Chapitres 6 à 10

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6 décembre 2015

Noël ne savait pas à quoi allait ressembler cette tournée. Chaque année, c’était différent. Chaque année, c’était pire. Les enfants, surtout leurs parents, préféraient confier leurs souhaits de cadeaux à des imposteurs, des boîtes vocales ou des rétines électroniques qui les utilisaient pour établir des algorithmes de 1 et de 0 qui les poussaient à payer encore et toujours plus. Il repensa à l’époque où lui et ses lutins confectionnaient avec patience et soin des jouets en bois, peignant chaque pièce pour la rendre unique. Maintenant, tout était fabriqué par des machines sans âme et sans cœur – quand ce n’étaient pas par des doigts bien trop jeunes – avec pour objectif de casser avant le premier mois d’utilisation. Et puis tous ces machins électroniques criards relevaient plus du gadget abrutissant que du jouet !

Lui aussi en fabriquait ; il savait manipuler un fer à souder et programmer une carte mère, c’était pas le problème ! Mais les grandes firmes avaient de telles productions... Il avait l’impression de se battre contre une montagne.

De toute façon, les parents ne se souciaient plus de lui, sachant par avance que leur chère progéniture ne serait pas suffisamment sage pour avoir de vrais cadeaux. Il était devenu une marionnette, un épouvantail qu’on brandissait à longueur de journée ! Même à l’école ! « Sois sage, sinon le Père Noël ne t’apportera pas de cadeau ! »

Mais à quoi bon, puisque derrière ils en achetaient tout de même pour que leur choupinet d’amour ne soit pas déçu et triste ; pour que leur raison d’être puisse vivre un Noël parfait, tel qu’eux en rêvaient.

Nicolas et Hans Trapp en avaient eu assez... C’est pourquoi, depuis vingt ans, c’était lui qui faisait en personne la tournée du six décembre. Mais qui déposait encore sa liste ? Il n’y avait guère que quelques familles qui entretenaient le mythe, et encore, souvent, ils préparaient les listes, les sortaient en famille et les reprenaient discrètement, deux minutes plus tard, une fois les enfants collés devant la télé, de peur qu’elles disparaissent toute seule !!! Des fois que le père Fouettard soit vraiment de la partie et corrige comme il se doit leur marmaille.

Quelle était encore l’utilité de faire croire au passage de Saint-Nicolas lorsque, dans la plupart des familles, les cadeaux étaient déjà achetés depuis longtemps pour profiter des promotions et pallier les ruptures de stock ?

Malgré tout, il faisait le tour... Histoire de sentir l’ambiance. Et puis parfois, il trouvait une liste, avec des clémentines, un chocolat et un verre de lait. C’était principalement pour ces gens-là qu’il continuait de passer. Ils étaient si peu à croire en lui, il ne fallait pas les décevoir.

Et puis il mettait un point d’honneur à tenir à jour ses dossiers sur les enfants du monde entier. Il était équipé pour récupérer le maximum de listes : il avait fabriqué un petit boitier qui scannait les disques durs et les serveurs à distance et dupliquait automatiquement toutes les listes de jouets qui se trouvaient dans un rayon de deux kilomètres autour de lui. C’était le Père Noël tout de même ! Il se devait d’être à la hauteur !

Lorsqu’il passa en France, il était presque dix huit heures et le pays retenait sa respiration. C’était le jour de vote pour les élections régionales. Il suivait les actualités et savait bien que l’enjeu était particulier : tout tournait autour du Front National. Les partisans préparaient un jour de gloire, les opposants se retrouvaient face à un dilemme : voter pour celui qui incarnait le mieux leurs idées ou celui qui serait en mesure de se mettre en travers du chemin du brasier.

Les tendances étaient déjà connues des médias, mais rien n’était certain et surtout, ils devaient tenir leur langue. Comme il était l’usage depuis quelques années, les réseaux sociaux distillaient des informations au compte goutte en utilisant des messages codés.

La participation n’était une nouvelle fois pas très bonne. Ce peuple si uni face à l’horreur peinait à se mobiliser pour se choisir un destin. Encore un exemple de comportement qui aurait valu une absence de cadeaux par le passé. Encore un exemple surtout de bêtise : si voter était si peu important à leurs yeux, pourquoi se battaient-ils ainsi pour la liberté d’expression ?

Alors qu’il venait de récupérer une lettre et de boire un chocolat chaud réconfortant, il soupira. Et si la peur et la haine de l’autre devenaient le nouveau sport national ? Ce pays vivait dans un bien étrange état d’esprit : s’unissant un jour pour se diviser ensuite. Il finit sa tournée par Calais où il vit défiler les campements de migrants avec un pincement au cœur. Il pourrait apporter quelques jouets à ces enfants-là... Sûrement bien différents de ceux qui les faisaient rêver devant la télé, mais parfois, il entendait un enfant qui le remerciait en regardant le ciel.

Il continua sa route vers l’Angleterre. Les gens n’y vivaient pas forcément mieux mais, malgré la guerre dans laquelle le pays s’était engagé contre les fanatiques, l’attention revenait toujours vers une princesse de la mode et ses royaux rejetons...

C’était toujours mieux que cette horde d’hommes et de femmes menés par une blonde gesticulant à grands cris, la rage aux lèvres.

7 décembre 2015

Yann avait la tête farcie. Journée de merde, ambiance de merde, pays de merde ! 6 régions avait porté le FN en tête ! Et combien allaient chavirer ? Il se souvint de 1995 et du choc des 15 % de Le Pen au premier tour, du Jour en France de Noir Désir et de la honte qu’il avait éprouvé pour son pays... 2002 n’avait rien arrangé et depuis, c’était de pire en pire... Il y avait bien eu cette lueur d’espoir avec la possible faillite du parti et puis c’était reparti à la hausse, jusqu’à ce score inimaginable !

Le FN premier parti de France ! Il avait encore du mal à réaliser...

S’énerver sur les fachos l’empêchait de penser qu’il se rapprochait de sa boite aux lettres et de ce qu’il pouvait y trouver.

N’étant pas du genre à aimer le suspens, il l’ouvrit dès qu’il sortit de sa voiture. Il découvrit un petit papier jaune et blanc à son nom. Bien sûr que la lettre n’était pas là ! C’était pourtant évident ! On n’envoie pas une lettre pour informer quelqu’un de son licenciement sans signature ! La poste lui proposait d’indiquer sur Internet avant minuit sa préférence entre une nouvelle présentation à son domicile ou le retrait dans le bureau de son choix. Il sélectionnerait celui du centre ville près de son bureau. Il fermait à 12h15, mais en se dépêchant, ça devrait être bon. De toute façon, quitte à le virer, son employeur pouvait bien lui offrir cinq minutes pour aller chercher la lettre l’en informant.

Il releva la tête. Il avait l’impression d’avoir vu passer quelque chose plus loin dans la rue. Il se retourna et vit en effet une forme disparaître dans l’ombre d’un réverbère à l’ampoule cassée. Non... Pas encore ! Pas encore ce Père Noël à moitié muet aux apparitions mystérieuses.

Il partit dans la même direction, il devait en avoir le cœur net. Il s’avança dans la relative obscurité et bifurqua. Il se guida grâce à un bruit de clochettes intermittent. Il traversa encore deux rues avant d’arriver devant un parc de jeux. Il passa au dessus du petit portail et s’approcha de la forme sombre au milieu de l’herbe. On aurait dit un animal. Il continua à avancer doucement. A quelques mètres, il fit craquer une brindille et vit devant lui un renne relever la tête en faisant bouger ses grelots. Il portait un tapis rouge et or sur le dos ; le tintement venait des grelots fixés à un fil autour de ses bois. Il mâchait, l’œil fixé sur l’homme qui se tenait devant lui.

Il fallait qu’il le touche. Il fallait qu’il sache si cet animal était vraiment devant lui ou pas. Savoir à quel point l’alcool trahissait la vérité et avoir la confirmation que ces visions imaginaires l’étaient vraiment.

Il avança la main en faisant doucement taper sa langue contre son palais. « Petit, petit » ajouta-t-il. Le renne sursauta et s’enfuit en trottant. Au bout du parc, au lieu de sauter la barrière et se repartir dans la rue, il prit une impulsion, s’élança dans les airs et s’envola au-dessus des toits des maisons. Son nez clignotait de rouge alors qu’il prenait de la hauteur.

Une hallucination. C’était forcément une hallucination. Il resta là, le nez au vent, fixant le point rouge qui diminuait jusqu’à ressembler aux lumières des avions dans le ciel nocturne. Quand il disparut complètement de sa vue, il se rapprocha d’un banc et de s’y assit. Il tenait toujours dans sa main le papier fin, porteur de noires nouvelles. Il le regarda, muet.

Dans sa tête, tout se mélangeait. Il sentait qu’il dégénérait complètement ! Le chômage, l’alcool, le stress de Rosy, les élections, les attentats. 2015 était vraiment une belle année de merde !

Il se sentait mal. Il n’avait pas envie de rentrer. Il n’avait pas envie d’affronter le regard anxieux et fatigué de Rosy et n’était pas capable de supporter la bonne humeur festive de Samuel. Il ne pouvait rien leur apporter de bon.

Faible et lâche, il conclut qu’il avait surtout besoin d’un verre. Tant pis s’il voyait d’autres Père Noël, des Mères Noël ou des lutins chantant et dansant à chaque coin de rue.

Il écrivit un texto à Rosy. Elle comprendrait. Ou pas. En fait, peu importait. Il lui fallait un verre.

Juste un verre.

8 décembre 2015

La rumeur faisait état de cinq lettres reçues : Michelle, Laurent, Fabienne, Sophie et Hubert. Yann fut surpris d’être le sixième. Dès lors, une folle idée germa : avait-il vraiment reçu une lettre de licenciement ?

Quand il montra son récépissé à Lisa, la syndicaliste entra dans une colère noire : voilà que le directeur du site, normalement humain et honnête, devenait aussi pourri que les dirigeants parisiens.

Yann n’était pas le seul à ne pas avoir pu récupérer son courrier, Michelle et Hubert avaient envoyés leurs conjoints dans le bureau de Poste proches de leurs domiciles et Sophie attendait des nouvelles de son mari qui était à la maison et pouvait donc signer pour elle la seconde présentation. Vers onze heures trente, il la prévint : elle était licenciée.

Yann passa une partie de la matinée à essayer de lister tout ce que ce courrier pouvait être d’autre. Michelle, elle, était particulièrement nerveuse. S’il avait eu une bouteille avec lui, il lui en aurait bien proposé une rasade, histoire de l’aider à lâcher prise. Hubert, même lorsqu’il était sous la menace du chômage, ne changeait pas et parlait encore et toujours de sa foutue COP 21. Il assommait tout le monde avec le « village mondial des alternatives » qui s’était installé le week-end dernier en région parisienne pour proposer les solutions innovantes de la société civile contre le dérèglement climatique. Il alla jusqu’à se moquer des résultats des régionales, se prétendant au-dessus de cela. « Qu’on vive dans une démocratie ou dans une dictature, quand le ciel nous tombera sur la tête, on sera tous logés à la même enseigne ! » lâcha-t-il à une Lisa qui manqua de le gifler.

Yann réussit à partir à midi, mais sentit en franchissant la porte tous les regards posés sur lui. Il passa à la Poste, récupéra son courrier qu’il fourra dans sa poche sans même la regarder et fila au bar. Une fois installé au comptoir, il ressortit sa lettre et l’observa. Une simple enveloppe avec le nom et l’adresse de l’entreprise dans le coin supérieur gauche. Elle venait de Paris. C’était donc le siège qui avait joué à « plouf, plouf », d’où le comportement de Jean-Marc, fuyant et désemparé, préférant laisser les décideurs annoncer la mauvaise nouvelle par voie postale que de se changer en oiseau de mauvais augure. Il enchaina deux whiskys, ne prenant même plus la peine de demander du coca avec, ce n’était pas de sucre dont il avait besoin.

En sortant, il sentait bien qu’il ne pourrait pas conduire. Il laissa donc sa voiture sur place et commença à marcher. Il arriva à l’entreprise en titubant. Foutu pour foutu...

Lisa l’attendait et fit une mine de compassion en voyant son état. Il lui tendit la lettre close et l’invita à l’ouvrir. Elle s’exécuta et son air défait confirma la nouvelle.

« Je peux en faire une copie s’il te plait ? S’il y a vraiment six courriers, je t’assure que ça va chier. »

Quand Lisa revint lui déposer sa lettre, elle s’assit sur son bureau pour lui parler. Yann ne sut pas si c’était un effet de l’alcool, mais de « plutôt pas mal », elle était passée à « carrément canon » : taille fine, longues jambes minces, des seins pas très gros, mais avec une belle forme arrondie. Il eut envie de la déshabiller et de les embrasser.

Lisa dut se rendre compte qu’elle avait perdu son interlocuteur, car elle eut un léger froncement de sourcils au milieu de sa phrase, s’interrompit, se redressa, conclut son propos et se dirigea vers la porte. Avant de partir, elle se retourna tout de même en lui conseillant : « Fais attention Yann. Avec ce licenciement économique, tu as des droits et même si ce n’est pas assez, tu auras des indemnités ; mais pas si tu commets une faute grave. Il faut que tu te ressaisisses. ».

A la fin de la journée, Yann apprit que toutes les lettres avaient été récupérées et qu’il n’y avait bien que cinq licenciements. Le recommandé d’Hubert n’avait rien à voir avec l’entreprise... Les écolos bon à rien avaient de l’avenir de nos jours, pensa-t-il en quittant le bureau.

9 décembre 2015

Ils avaient une tradition. Tous les six décembre, pour la Saint-Nicolas, comme des enfants, ils faisaient une liste de cadeaux de Noël. Pas le droit de donner d’idée avant et ni d’acheter en avance... Anna avait aimé ce rituel. Est-ce cela qui l’avait lassé ? Elle ne savait pas très bien. En fait, elle ne savait pas très bien pourquoi il avait rompu. Il avait été vague sur les raisons, mais avait été très clair sur les suites : il ne voulait pas garder de liens, et ce malgré les huit années passées ensemble.

Ce premier Noël post-Greg était difficile. Il n’était pas là pour l’aider à choisir le sapin, il n’était pas là pour décorer l’appartement avec elle, il n’était pas là pour lui préparer son fameux vin chaud, il n’était pas là pour l’accompagner dans sa traque des marchés de Noël et enfin, il n’était pas là pour la prendre dans ses bras.

Il lui manquait tellement.

Heureusement, elle avait déménagé. Elle était revenue dans sa région natale, près de ses frères et de leurs familles. Elle regarda Sam qui était hypnotisé par le dessin animé devant lequel ils étaient installés. Elle lui avait fait une compilation des épisodes spéciaux de Noël ; il était aux anges. Elle se sentait un peu mieux quand il était chez elle. Elle pouvait partager avec lui sa folie de Noël et ils riaient beaucoup ensemble. Et il ne la jugeait pas.

Elle regarda par la fenêtre. Le froid soleil de décembre éclairait les façades des immeubles alentour. Elle repensa à dimanche et à cette liste qu’elle avait faite par réflexe. Greg avait pris l’habitude, pour la plonger complètement dans la magie de Noël, de mettre leurs listes sur le rebord d’une fenêtre et de les subtiliser discrètement comme si Saint-Nicolas passait les prendre. Une année, il avait même essayé de lui faire croire qu’elles avaient disparu toutes seules... Il n’avait jamais voulu en démordre. Ce dimanche, elle avait préparé son enveloppe, ouvert sa fenêtre et hésité à poser sa lettre avant de se raviser et de rentrer son courrier. Personne cette année ne viendrait jouer les Saint-Nicolas pour elle. Elle l’avait posée sur sa table en se disant que ça lui servirait au besoin si sa famille ou des amis lui demandaient des idées.

- Tata...

-...

-Tata !

-...

- Tata ! »

Anna se passa la main sur les yeux, secoua la tête et se tourna vers son neveu.

« Oui, excuse-moi mon chéri, j’étais ailleurs.

- Dis, Tata, tu veux bien m’aider ?

- Bien sûr Sam. A quoi ?

- Tu te souviens de l’invitation qu’on a fait pour le Père Noël ?

- Oui.

- Ben comme Saint-Nicolas est venu la chercher, je dois préparer ce que je vais lui faire à manger.

- Il est venu chercher ton invitation ? Tu l’as vu ? » L’espace d’un instant, elle repensa à Greg.

« Ben non. Saint-Nicolas est discret Tata, il attend qu’on fasse autre chose pour venir chercher les lettres. J’avais mis ma lettre avec ma commande pour le Père Noël sur le rebord de ma fenêtre, avec un verre de lait, une clémentine et un petit chocolat comme tu me l’avais dit. Et quand je suis venu voir avant de me coucher, l’enveloppe avait disparu, le lait était bu, la clémentine et le chocolat mangés, il ne restait que l’épluchure et le papier. »

Anna regarda son neveu avec tendresse.

« Alors tu comprends, si il vient, il faut savoir ce qu’on va faire à manger.

- Oui, oui, je comprends bien » répondit-elle avec un air sérieux. « Et qu’est-ce que tu voudrais que ta maman fasse à manger au Père Noël, grand organisateur ?

- Ben non, pas Maman. C’est moi qui a invité le Père Noël, je veux faire à manger tout seul !

- Mais c’est super ça Sam ! » Anna ressentit une grande fierté.

« Alors, en apéritif, c’est facile, je vais acheter des apéricubes, des pistaches et des chips et je veux faire aussi des feuilletés au comté comme Maman. En entrée, je ne sais pas trop. Des carottes râpées ou des tartines de pâté, comme à la cantine. En plat, je sais pas si c’est difficile à faire des pommes de terre toutes rondes... Et en dessert, j’aurais bien fait une buche, mais c’est super dur, le Père Noël devrait aimer si je fais un gâteau au chocolat, non ? »

Les larmes aux yeux, elle acquiesça. « Je vais t’aider à remplir les trous de ton super repas de Noël ! Mais je peux t’assurer mon chéri, que le Père Noël va adorer ton repas, il va trouver ça délicieux ! »

10 décembre 2015

« Anna ?

- Oui, salut Yann. Alors, ton rendez-vous ?

- Ben quand on reçoit une lettre de convocation pour un licenciement économique, on peut difficilement s’attendre à ce que ça se passe bien...

- Merde ! Un licenciement... Pourquoi tu ne m’en as pas parlé hier ? C’est vraiment.... euh...pas cool.

- Ah oui, je te confirme, c’est « pas cool » comme tu dis. De toute façon, on peut dire que ça va plutôt mal en ce moment : le boulot, Rosy qui ne sort pas la tête de son contrôle fiscal, l’état d’urgence, les élections... Enfin... toi, ce dernier point ne doit pas trop te chagriner...

- Yann...

- Oui, je sais : on n’est pas d’accord, on le sera jamais et on n’en parle pas. Tu es ma sœur, je t’aime... mais que tu prennes sa défense et que tu votes pour son parti...

-... »

On entendait le souffle malaisé de Yann. La colère d’Anna était silencieuse. Elle finit par lâcher :

« Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Tu m’appelles pour qu’on s’engueule ?

- Non... Non, je t’appelle parce que Sam m’a parlé d’une histoire de Père Noël qui va venir diner chez nous ? Il est persuadé qu’il doit apprendre à cuisiner pour lui...

- Oui, je suis au courant, c’est lui qui m’a demandé de l’aider.

- Mais tu es au courant que le Père Noël ne va pas venir ? C’est un personnage stupide qui n’existe pas ! Qu’est-ce qui t’a pris de lui mettre ces idées dans la tête ?

- Déjà, je ne lui ai rien mis dans la tête, c’est parti d’une invitation qu’il avait écrite lui-même et qu’il a perdu un soir où vous vous disputiez avec Rosy...

- Ca va être de notre faute maintenant...

- Il l’a perdue et je l’ai juste aidé à la réécrire. Mais ce n’est pas moi qui lui ai fait croire que Saint-Nicolas était venu prendre sa lettre !

- De quoi tu parles ?

- De la lettre qu’il a posée dehors, du verre de lait bu et de la clémentine et du chocolat mangés.

- Vous êtes vraiment bien allumés au Front National !

- Yann ! Arrête !

- Mais je ne vois pas de quelle lettre tu parles...

- Si tu parlais à ton fils aussi ! Si tu t’intéressais à lui, tu saurais qu’il a posé une lettre, un verre de lait, une clémentine et un chocolat sur le rebord de la fenêtre de sa chambre dimanche dernier et que tout a disparu.

- C’est le vent.

-... qui a bu le lait sans en renverser et mangé le chocolat et la clémentine en laissant le papier et la peau ? Quand il m’a dit ça, j’ai pensé que vous étiez dans le coup. Je ne l’aurais pas aidé à faire tout un menu si je pensais que vous n’alliez pas jouer le jeu ! Je vote peut-être pour le Front National, mais je ne suis pas si conne que ça ! Et si la gauche et la droite avaient fait leur boulot, tu ne serais peut-être pas en train de perdre le tien ! Et si ton fils vient me demander de l’aide, c’est peut-être parce que je prends le temps d’écouter ce qu’il me dit et de m’intéresser à ce qu’il fait ! Tu as de la chance que je vous aime tous les trois, et surtout Sam, sinon vous pourriez vous asseoir sur votre nounou gratuite du mercredi après-midi ! Salut ! »


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