1920 Sweet Blues

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« Ce n’est pas pour les orgueilleux ignorant la lutte qui fait rage que j’écris ces pages mouillées d’embruns. Ni pour les morts sans mesure avec leurs rossignols et leurs psaumes. Mais pour les amants et leurs bras enlaçant les chagrins du temps... »
Dylan Thomas - Mon art morose (In My Craft Or Sullen Art, 1946



21 Avril 1927
Cette douce et gracieuse Angleterre me ramenait à elle sans aucune pitié. J’avais l’habitude de dire que nous ne pouvons pas fuir notre passé, où que nous allons, il nous suit, nous traque. Un sage tel que j’étais aurait volontiers pu vivre avec, mais à la place je prévoyais de mourir sans. La sagesse a une odeur relative quand on prévoit de mourir, elle vous rappelle qu’il existe paradis et enfer et qu’il va bien falloir finir dans un des deux camps.
Une seule chose, un seul être je crois me faisait plus peur que la mort elle-même, c’était ma sœur, Suzanne, de cinq ans mon aînée, d’une naïveté à en faire pâlir les jeunes vierges, mais d’une bienveillance à en faire douter les adorateurs du mal. Ma naïve et bienveillante sœur avait épousé très jeune le cousin de notre grand Édouard VIII, elle y voyait un avenir joyeux mais avec quelques compromis. Georges son époux n’avait guère de patience, et mon aimante sœur n’avait pas un caractère des plus faciles. Je crois savoir que son exigence lui tenait de mère. Tout compte fait, lui faire écouter « You Made Me Love You » d’Al Jolson à l’âge dix-huit ans lui avait inculqué la romance et la passion des instants qui ne durent
Moi, au contraire j’appréciais l’instant présent et ne me projetais aucunement dans l’avenir radieux et plein de promesses de Suzanne. Les dîners mondains, les réunions d’affaires à la table du Society’s coffee, l’attirance des femmes et la convoitise des hommes plus âgés à mon égard, ainsi que l’admiration des jeunes garçons envers ma bonne situation financière étaient une banalité. Ce qui m’a permis les plus gros caprices. J’ai une anecdote de ma jeunesse pour vous, je me souviens avoir acheté à ma sœur un magasin entier, elle qui raffolait des robes audacieuses de Schiaparelli, et ne lui préférait pas moins Coco Chanel qu’elle trouvait fade et tendancieuse.
En parlant d’audace, j’oubliais : Je me présente, David Beauchamp Richardson. Mon nom vous parait – il étranger ? Vous avez deviné. Ma mère, Ingrid Beauchamp est d’origine française. Mère avait un goût raffiné, surtout pour les belles choses. Elle savait qu’une femme devait se faire attendre, et père l’avait appris à ses dépens. Mère pensait qu’une femme ne pouvait être armée aux dangers du monde sans être pleinement accomplit, elle essaya d’instruire Suzanne par la musique, la danse, et bien évidemment la lecture, mais en ce qui concernait l’amour... ah.... l’amour ! Suzanne n’était encore qu’une enfant. Et Georges, Georges était maintenant son pire cauchemar. Mère lui disait de tenir bon et qu’il finirait par arrêter ses liaisons, mais Suzanne comparait cet amour à ceux des plus belles tragédies grecques. Elle dansait sur les vinyles de Gene Austin avec cette fameuse mélodie du titre My melancholy baby. Elle dansait, dansait, les poings serrés contre sa poitrine en pensant : « Pourquoi la vie m’a-t-elle faite femme de Georgi et non de d’Austin ? »
Suzanne et moi avions hérité d’une grosse fortune venant de notre père Charles Richardson. Grand homme fût-il, minime sens de l’humour eut-il. Père était fin de bonnes manières et nous éduqua avec la plus stricte des éducations anglaises. Ordre. Discipline. Et détermination. Ces trois mots reflétaient aussi bien notre enfance que celle de mon meilleur ami Gabriel Austin Strauss, qui depuis petit avait un faible pour Suzanne. Celle-ci n’y prêtait guère attention, car pour ma sœur, mes amis ne peuvent être les siens et on peut imaginer qu’ils ne peuvent encore moins être de potentiels amants.



Bien que Gabriel ne manquait pas de charme et d’attention, il essaya maintes fois de séduire ma sœur mais cette dernière refusa chaque présent qu’il lui offrit en oubliant sa politesse légendaire, celle que père lui avait inculqué. Je regardais ce petit jeu d’amour avec ironie et me plaisais à me dire que Suzanne avait entendu les conseils de mère sur les hommes, mais s’y frottait contre le mauvais.
Ce matin-là, Suzanne avait quelque chose de différent, un air féroce et décidé. Elle rentra dans ma chambre avec précipitation :
— David, réveil toi ! Il est plus de onze heures et tu as rendez-vous avec tes associés au Society’s coffee ne l’oublies pas. Je sais... je sais... tu te demandes ce que je fais là. Et bien c’est encore...
— C’est encore Georges... c’est cela ?

Suzanne fronça les sourcils en s’efforçant de donner à son visage un air fastidieux et méprisant.

— C ‘est.. terrible. Tu vas finir par me surpassé. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas moi que tu dois convaincre aujourd’hui. Niel ! Niel ! Où es-tu bon sang ? Mr. Beauchamp doit prendre son déjeuner, et rapidement.
— Il est temps que tu partes maintenant Suzanne. Merci encore, mais la prochaine fois je te promets que ton aide ne sera pas nécessaire.
— Monsieur Beauchamp, Monsieur veuillez excuser mon retard, j’étais en bas avec les gouvernantes quand [...]
— Ce n’est rien Niel. Je n’ai pas vraiment envie d’aller à ce dîner d’affaire finalement.
— Un de vos associés un certain... Bruce. Bruce de la branche des Winchester je crois, a appelé pour dire que Mr. Hodkings a invité Rosenbach, il a insisté sur l’importance de votre présence.
— Appelez donc Bart Hodkings pour prévenir de mon retard Niel.
— Tout de suite monsieur.

Je me rendis donc à pied ce matin-là au Society’s coffee. Une des plus grandes familles d’Allemagne était venue en Angleterre pour s’associée à notre importation de cigares cubains.






— Où sont Mr. Hodkings ainsi que mes autres associés ?demandais-je au directeur.
— Ils sont partis dans la salle des alcools Mr.Beauchamp, ils vous attendent depuis plus d’une heure déjà.

C’était un événement pour mes associés Bruce, Dean ainsi qu’Aaron, mais encore plus pour notre patron, Mr. Hodkings, qui après la mort récente de sa femme Jane, ne voyait plus d’intérêt que dans les affaires. Je voyais en cet homme plus qu’un patron, un père. En me voyant arriver dans la pièce celui-ci se leva brusquement :
— Beauchamp, encore une minute de plus et nous allions partir sans vous !
— Mais où donc allez-vous ? Nous ne restons pas au Society’s coffee ?
— Non mon cher. Mr. Rosenbach souhaite allez au Cherrys, il verra notre magnifique Scarlett nous chanter des airs de jazz de sa douce et belle voix. N’est-il pas Dean?
— Oh bien sûr Monsieur mais il n’y a pas que cela à voir, Haha !
— Voyons Dean...ne soyez pas vulgaire !
— Excusez-moi monsieur.
— Quand est-il d’Aaron ? suggéra Bruce.
— Aaron ne viendra pas aujourd’hui, et avec chance, il ne reviendra plus jamais. marmonna Hodkings.

Un grand silence ainsi qu’une légère gêne embaumât la pièce.

— Mais que veut-il dire par là Bruce ? Chuchotais-je
— D’après le conseiller de Mr. Hodkings, Aaron aurait par son malheur donné des informations à la concurrence en gage d’y avoir une place ; si ces informations s’avérèrent être véritables... je ne le juge pas mais...
— Je comprends mieux maintenant pourquoi il ne voulait pas que je l’accompagne à ses soi-disant dîners de charité.

Dean nous interrompit.

— Nous avons changé de table. Nous sommes plus près de Scarlett, comme le veux vous savez qui...

Nous nous assîmes confortablement dans cette douce ambiance chaleureuse et calfeutré d’odeurs sucrées, d’alcool et de tabac.
C’était un endroit où régnait la sensualité, un véritable paradis artificiel, aussi bien transformé par les mains d’un homme, que par celles du divin. Les regards se croisèrent et l’attente parue une éternité afin de pouvoir admirer et écouter la pulpeuse Scarlett. Les hommes n’avaient d’yeux que pour elle, et Bart malgré une journée déplaisante ne faisait pas exception.
Bruce, Dean et moi-même savions ce qui se tramait derrière le regard de Bart Hodkings. Seules les personnes proche de celui –ci et qui avaient gagné son estime pouvaient l’appeler par son prénom. Tel était mon cas. C’est Bart qui m’a fait entrer dans ce commerce international. Il était le meilleur ami de mon père avant que celui- ci ne décède brusquement d’une crise cardiaque. Je crois que Bart pense être pour moi une figure de réussite, d’autant qu’il est un exemple concernant les femmes qu’il choisit avec précaution, et avec beaucoup de goût, je dois bien l’admettre.
Bien qu’il entretenait une liaison qui perdurait après la mort de sa femme, Scarlett savait qu’étant amante elle n’adviendrait jamais à remplacer Jane. Elle aurait surement espéré avoir rencontré Bart dans une autre vie.
J’entendis pour la première fois la voix de Mr. Rosenbach. Il avait un charisme naturel et un franc parlé indéniable, cela lui venait surement de ses origines Allemandes et de son éducation. Je me reconnaissais en cet homme et il me fit forte impression quand il coupa court à cette distraction qu’était le Cherry’s.

— Parlons affaires maintenant voulez-vous bien ?dit-il d’un ton sec et détaché.
— Hum... bien sûr. Commençons. dit Bart avec quiétude tout en dirigeant son regards vers moi.

J’étais fin par mes paroles, grand orateur et Bart le savait plus que quiconque. Les mots ont un pouvoir que bon nombre de gens sous-estiment. Ils ont le pouvoir de vous mettre en pièce, de vous détruire, ou de vous rendre la meilleure des récompenses : la gloire et les honneurs. Je pris ce soir—ci la parole avec aisance :



— Mr. Rosenbach, il est vrai que Havan’s and Co est notre plus grand concurrent au niveau international, mais c’est aussi notre meilleur arme. Je vais vous expliquez. Leur existence dépend de la main d’œuvre et ils la mettent en avant au profit de la qualité du produit, l’idée d’un commerce plus respectueux des attentes des agriculteurs m’a envahie l’esprit, les producteurs cubains ont besoins d’être rassurés, et nous pouvons leur donner satisfaction, une nouvelle sorte de tabac est arrivé sur le marché, j’en ai l’exclusivité.
— Comment cela ? demanda Dean stupéfait.
— Pendant mes nombreux voyages, j’ai croisé Aaron plusieurs fois, il ne m’a pas vu bien évidemment, j’ai alors compris sa traitrise, j’ai préféré ne rien dire. J’ai donc fait mon enquête et il s’avère qu’il travaillait bien en secret pour Havan’s and Co mais ce n’est pas tout. Le tabac dont j’ai l’exclusivité me vient d’un producteur cubain qui devait faire affaire avec eux, j’ai alors pris un risque.
— Qu’avez-vous fait ? demanda Rosenbach
— J’ai gouté son tabac.
— C’est tout ?!
— Non bien sûr que non. En le fumant j’ai tout de suite compris, il n’en existe aucun autre croyez moi. J’ai alors convaincu le producteur de nous en fournir, et devinez quoi ? Ils seront en vente d’ici la semaine prochaine, et chez qui ? Chez nous.



Rosenbach et les autres n’y revenaient pas. Comment avais-je réussis à convaincre un producteur collaborant avec un de nos plus grands concurrents... J’avais omis de mentionné que mon père avait des relations de ce côté-ci, car il connaissait bien la famille qui produisait ce tabac, lui-même m’avait parlé d’une « exclusivité » avant de mourir.
En un mot, j’avais réussi mon pari. Succéder un jour à ce que mon père avait pris tant de temps à construire. Sa vie reposait sur un empire qu’il savait fragile, malgré cela il voyait un grand avenir se dessiner chez H&R, car il savait qu’à sa mort, celui-ci serait entre de bonnes mains : entre celles de son fidèle et meilleur ami, Bart Hodkings.



La surprise étant qu’il ne m’a pas légué ses pars directement, il a émis une condition sans laquelle je ne serais pas majoritaire ; cette condition est celle de tout homme, redoutée par la mère et mise en garde par la sœur. Plus clairement, le terme d’épouse serait plus convenable. En parlant d’amour, je ne crois n’être jamais tombé amoureux à part d’une chose, l’art, cette beauté envoutante, divine, qui n’a aucune équivalence à part elle-même, je trouverais bien encore quelques liaisons, mais je suis lasse de tout cela, il me faut trouver la passion.

J’appréciais la douce compagnie de Daisy, j’appréciais aussi son culot, comme sa tendresse et sa pétillante fraicheur.

— Dites-moi en plus sur vous Daisy, vous qui êtes si...
— Entreprenante ?
— J’aurai pu tout aussi bien dire indépendante et farouche.
— Cela me convient très bien voyons. Ce caractère me vient de mère je crois ; ne le dites surtout pas à père ; il est certain que je tiens cela de lui. chuchota-t-elle.
— Je ne dirai pas un mot, mais permettez-moi de vous enlever ces gants.
Je lui pris le bras et enleva son gant délicatement, je vis une gracieuse main qui n’avait bien entendu pas eu à faire à un lourd travail. Elle me lança un regard déstabilisant quand nous entendîmes Suzanne et Georges se disputer :
— Je sais que tu le vois. Ne me mens pas Suzanne !
— Oh écoutes qu’est-ce que ça peut te faire ? de toute manière je suis...
— Tu es MA femme nom de dieu, MA femme ! Tu me dois le respect qui convient.

Il porta la main sur Suzanne en public, elle tomba à terre quand Daisy couru pour la secourir.
Georges m’avait vu, il savait qu’il ne reverrait plus Suzanne pendant un long moment, mais ce qu’il savait encore moins, c’est que j’allais le lui faire payer tôt tout tard. Je ne voulais pas m’emporter involontairement. Je suis plutôt du genre à attendre, attendre et quand il s’y attendra le moins, je serai là, tout près.

— Où est-il ? Où est-il ?! s’écria Daisy. Je vais lui....
— Vous n’allez rien du tout. Je m’en occupe.
— Ne fait rien David, c’est de ma faute, tout est de ma faute.
— Comment cela ? demanda Daisy
— C’est que... avec Gabriel je me sens...
— Revivre ? Ajouta Daisy
— Oui tout à fait. Georges me fait suivre et je ne supporte plus toutes ses crises, je suis lasse de tout ce spectacle.
— Je pense que tu ferais mieux de rentrer te reposer, si ça ne dérange pas. Cela ne vous dérange pas Daisy ?
— Venez, restez chez moi tant qu’il vous siéra, voulez-vous ?
— Je ne voudrais pas vous déranger... David ça ne te pose aucun problème ?
— ...
— David ? David ?! Suzanne appelle David !

En vérité je n’écoutais plus Suzanne, j’avais une idée derrière la tête au sujet de Georges et cette idée me mettait hors de moi.

— Excusez-moi mesdames mais je dois partir. Suzanne appelles moi dans la semaine. Daisy, je m’excuse mais j’ai à faire.

J’embrassais ma sœur, et je sentais en Daisy un certain malaise, comme si elle eut voulu me dire quelque chose par le regard, c’est à ce moment-là, que j’ai su qu’elle ferait partie de ma vie. En marchant, j’entendis le sable s’écraser sous mes pas, et je ne cessais d’imaginer Georges dans sa maison de campagne, s’exaltant avec ses maitresses.
Georges était d’un caractère froid et sanglant, il pouvait se montrer persuasif dans certains cas de circonstances, par exemple quand mère l’a rencontré pour la première fois, elle qui pensait que Suzanne était pleinement épanouie.
Mère voyait en Georges l’homme qui pouvait faire ressortir la femme de caractère et non l’enfant gâtée de père. Quant à moi, je ne lui faisais pas confiance, il m’inspirait l’animal, ce loup sauvage qui dans l’intime se montre d’une féroce agressivité.
Je rentrais chez moi avec hâte et je vis Gabriel parlant avec la gouvernante. Cela faisait déjà quelques semaines que je ne l’avais pas vu. Aucun coup de téléphone, aucune lettre ; la gouvernante lui fit signe de mon arrivée, il se retourna et me dit :

— Ah enfin ! David, mon cher et beau David ! Tu m’excuseras mais j’ai eu tant à faire tu comprends... aller je vais me rattraper, j’ai tellement à te dire !
— Tu aurais pu rentrer tu sais ?
— Je viens à peine d’arrivé et ta gouvernante m’annonce que tu étais de sortie avec Daisy. On parle bien de Daisy Rosenbach ?
— Ahah que tu es curieux mon frère ! Cette femme avec du caractère, eh oui c’est bien elle, mais parlons plutôt de toi et de ma sœur veux-tu ?
Stupéfait Gabriel me regarda avec gêne, comme si je l’avais pris en flagrant délit. Comme à l’époque de son adolescence quand il était sorti avec Kitty Dawson (la fille dont j’étais amoureux).

— Et bien...
— Tu as perdu ta langue ? Je plaisante voyons ! Allons au Cherry’s, rester chez moi dans cette grande demeure, je n’en peux plus.
— Tu m’as fait peur David ! Allons, va pour le Cherry’s ! Je t’offre le verre !
— Oh si tu insistes... Je ne dirai pas non.
Le Cherry’s, était connu de tous et de toutes dans les environs et même au-delà, il nous permettait de nous détendre. C’était l’after d’un diner au Society’s coffee, le rendez-vous des hommes et de leurs maitresses mais aussi des couples en trio. Cet endroit était quelque peu farfelu à des détails près, mais il était agréable, Scarlett était celle qui avait par sa voix et son charme fait la réputation du lieu.
Nous nous assîmes à une table d’un coin privilégié. Un pianiste accompagnait Scarlett, elle chantait « Oh my love please stay, i wanna touch your lips again, I wanna breath your smell again » elle écrivait seule ses chansons, il n’était pas difficile de savoir qu’elle s’adressait à Bart, qui n’était d’ailleurs pas présent ce soir-là. Etrange... car il y venait chaque dimanche. Scarlett le cherchait désespérément du regard, elle balayait toute la salle en proie au désespoir.
En parlant de désespoir, Gabriel me raconta à quel point il aimait ma sœur, mais il savait pertinemment qu’elle ne quitterait jamais Georges sous peine de ne trouver un meilleur parti. Il me raconta qu’elle déclenchait en lui les rires de l’enfance et la naïveté de ces temps-ci. J’aime à penser qu’il ne s’était jamais senti aussi bien qu’en sa compagnie. Son discours sur le fond de la musique m’a presque émut, il y avait quelque chose de sincère en Gabriel qui m’était particulièrement agréable, puisqu’il s’agissait de ma sœur.
J’entendis une bande d’hommes et de femmes s’esclaffés, je me retournais et je vis Georges ainsi que ses camarades accompagnés de leurs maitresses. Gabriel les remarqua à son tour :
— Que fait Georges ici ? Ce n’est pas un lieu pour lui, et qui sont toutes ces femmes ?
— Je reviens tout de suite Gabriel. Quoi qu’il arrive tu restes ici. Est-ce que cela est clair ?
— Que comptes-tu faire David ?
— Lui faire payer ce qu’il a fait à Suzanne. Crois-moi, il s’en souviendra.

Gabriel me retenu alors : — Qu’a-t-il fait à Suzanne ? Il me secoua – Dis-moi donc ? que lui a-t-il fait bon dieu ? !
Je marchais avec détermination jusqu’à lui, il me reconnut dès l’instant, il tenait un cigare entre ses doigts, et de l’autre côté entre son bras se tenait une jeune femme, brune, à peine la vingtaine me dévisageant comme une petite fille de douze ans. Ils s’arrêtèrent de rire à ma vue, sans doute l’instinct de l’homme face au danger qui l’entoure. Il se leva brusquement, la fille n’eut même pas le temps de se détacher de lui, et ses camarades se murmurait à l’oreille mon prénom comme une vielle rumeur.

— Oh mais c’est toi ! Mon cher beau-frère. Viens avec nous voyons. On a des cigares, de l’alcool et des femmes, que te faut-il de plus ?
— Tu n’es qu’un idiot Georges. Toi, moi ainsi que tes camarades nous le savons bien.
— Qu’as-tu osé me dire Beauchamp ?
— Tu es un i-d-i-o-t. Faut-il que je me répète ?
— Ah... c’est Suzanne et la chose de toute à l’heure, mais ce n’est rien ça, tu sais comme Suzanne aime être dressée.
C’est alors que je lui donnais un coup de poing. Il Se mit à saigner du visage tout en rigolant à terre comme un fou furieux sortant de sa torpeur. Son rire avait quelque chose d’effrayant, il me mettait particulièrement mal à l’aise ; Gabriel est intervenu, moi qui pensait qu’il allait m’arrêter, il passa devant moi, attrapa par le col de son costume Georges et lui chuchota quelque chose à l’oreille.
Je n’ai pas pu entendre quoi, mais l’expression du visage de Georges se décomposa, puis il enchaina par un coup dans le ventre, la réaction des camarades de cet abruti ne se fit pas attendre

Ils avancèrent d’un pas décidé vers nous telle une meute affamée. Je n’étais pas fière, j’étais satisfait. Georges ordonna à l’un d’entre eux, une espèce de costaud qui ressemblait plus à une grande masse qu’à un être humain, d’arrêter et de partir ; il secoua son veston et lança un regard noir et craintif à Gabriel et me tapota l’épaule en me disant « On se reverra bientôt Beauchamp » Gabriel me fit signe de me contrôler.

Après le départ de la meute, Gabriel décida de me payer un verre, le bar était pour nous une source de libération. Quand tout d’un coup, il me parla de Daisy :
— Alors comme ça, m’a-t-on dit, tu te serais entiché de cette petite Daisy ? Elle a fort caractère dit-on
— Quand tu dis « dit-on » tu parles plutôt de Suzanne ?
— Eh bien, je ne peux rien te cacher, alors dis-moi en plus. Je sais qu’elle et Suzanne s’entendent à merveille et que c’est la fille de [...]
— Oui. C’est la fille de Rosenbach.
— A te l’entendre dire, tu joues gros ! J’espère que ta relation avec elle ne mettra pas en risque tes affaires.
— Ne t’en fait pas pour moi. Je sais ce que je fais, puis son père ma presque adopté, crois le où non, je la vois demain soir.
— Demain soir ? Mais tu ne devais pas partir pour cuba ?
— Qui te dit que je ne peux pas faire les deux ?
— Sacré David ! Tu me surprendras toujours.

Cette soirée, je m’en souviens comme si c’était hier, nous étions forts, riches, et l’ambiance de ces années ci nous inspirait toujours plus chaque jours.
— Monsieur ? Monsieur ? Monsieur voyons, réveillez-vous !
— Niel ? Que faîtes-vous dans ma chambre ?
— Monsieur, Cuba vous attend.
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