19 heures, 24 minutes et 13 secondes

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Image de Hiver 2013
6 h 45. Bruit strident. J'écrase le bouton violemment. Je ferme les yeux deux secondes. Je les rouvre. 7 h 12. Merde.
Je bois mon jus de pomme d'une traite, je me lave les dents de la main droite et me rase de la main gauche. Je me coupe la joue gauche. J'aurais mieux fait d'inverser les rôles de mes mains. Je file sous la douche. Pas d'eau chaude. J'enfile un caleçon, un tee-shirt, un short, des tongs, et je sors en courant. J'avais oublié qu'on était en novembre. En allant à la gare, je passe devant l'horloge de la mairie. 8 h 04. Merde.

J'arrive à la gare. Le train a du retard. Trop de retard. Tant pis, je prends le tram. Alors que le tram commence à s'éloigner de l'arrêt, je vois le train arriver à quai par la fenêtre. 8 h 26, mon cours a commencé il y a vingt-six minutes. Merde.

Manifestations en ville, le tram est bloqué. J'en descends, je cours jusqu'à la ligne de bus la plus proche. J'attrape un bus immédiatement, puis je me rends compte que je vais dans le mauvais sens après quatre arrêts. Je traverse, attends un quart d'heure pour un autre bus, me rends compte que mon sac de cours est vide. 9 h 41. Merde.

J'arrive à la fac. Je ne trouve pas mon groupe. Dix-sept SMS, huit appels et deux coups de poing dans le mur plus tard, j'apprends que mon cours est dans le bâtiment du centre-ville. Troisième coup de poing. 10 h 57. Merde.

Foutu pour foutu, je vais à la boulangerie m'acheter un sandwich. Il me manque quatorze centimes pour payer le sandwich le moins cher, personne n'a de monnaie. Je m'achète deux pommes. J'éternue. Le rhume commence à pointer son nez. Je vais à la bibliothèque pour préparer ma prochaine classe. Je rencontre mon copain Selim. On joue à Angry Birds, on regarde de vieux clips de rap puis, quand on n'a plus de batterie, on se lance dans une bataille de boulettes de gomme. J'en prends une dans l'œil. Je lui demande l'heure. 13 h 42, mon cours a commencé depuis douze minutes. Merde.

J'arrive dans l'amphi. Le prof me regarde avec consternation. En plus de mon œil gauche enflé, mon tee-shirt blanc est taché de sang. Ma coupure à la joue s'est rouverte à cause du froid. Il m'envoie à l'infirmerie. L'infirmière est en pause-café. Elle revient, m'engueule parce qu'elle estime que je la regarde de travers. Ce qui est vrai, puisque je ne vois plus que d'un côté. Elle m'engueule à nouveau parce que je viens la voir pour une petite coupure et un bobo à l'oeil ; elle sait que je viens uniquement pour éviter d'aller en cours. Je ne peux pas lui en vouloir, c'est le cas d'habitude. Elle me donne quand même une capote, parce qu'elle y est obligée. Je veux la ranger dans mon portefeuille. Je ne trouve pas mon portefeuille. Je l'ai laissé sur le comptoir de la boulangerie. J'y retourne. La boulangère n'a rien vu. Comme j'ai perdu ma carte de bus, je dois rentrer chez moi à pied. Après plus de deux heures de marche, j'arrive enfin chez moi. Je m'allonge sur le canapé. J'allume la télé. Pas de dessin animé, ce qui veut dire que l'on n'est pas mercredi. Ce qui veut dire que je dois aller chercher mon frère à l'école à 16 h 30. Je regarde l'horloge. 17 h 13. Merde.

J'arrive en courant à l'école. Le prof de mon frère me jette un regard réprobateur. Mon frère lui signale qu'il lui avait bien dit que j'étais un drogué fainéant. Le prof me regarde dans le blanc des yeux, dont il trouve le gauche bien rouge. Il décide de convoquer mes parents pour leur dire qu'il refusera désormais que je vienne à l'école, même pour récupérer mon frère. Je prends les choses du bon côté, ça fait un problème de moins. Je rentre, fais goûter mon frère. Je lui demande pourquoi il a menti à son prof. Il me répond que j'aurais dû lui acheter la Playstation qu'il m'avait demandée pour son anniversaire. Je lui demande avec quel argent. Il me dit que l'argent, je le trouve quand je veux aller boire un coup. Je ne trouve rien à lui répondre, alors je le frappe à l'arrière de la tête. Ma mère rentre à ce moment-là, me crie de sortir et de ne pas rentrer avant demain, hurle qu'elle en a marre de me voir parasiter leurs vies. Je regarde l'heure avant de sortir. 18 h 49. Demain, c'est dans cinq heures et onze minutes. Merde.

J'éternue et j'ai mal à la gorge. Je n'arrive pas à déterminer quel virus c'est. J'ai jamais été balèze en bio. Je décide d'appeler mon copain Arthur pour aller manger chez lui. Plus de batterie. La faute à Angry Birds. Je marche vingt minutes, j'arrive chez lui. La porte n'est pas verrouillée. Je rentre sans prévenir, je vois ma copine en sous-vêtements en train de se servir du café. Elle me voit, s'immobilise. Le café est sur le point de déborder de la tasse. J'arrête la machine, prends la tasse des mains de ma désormais ex-copine, attrape un paquet de pains au lait et sort en refermant doucement la porte. Je bois mon café en marchant vers le centre-ville, en espérant y trouver quelque chose à faire. Un groupe d'enfants d'une douzaine d'années me dépasse en me dévisageant, puis l'un d'eux me jette son Yop dans le dos en me traitant de sale clodo. Mon allergie au lactose reprend ses droits. Le bas de mon cou et mon épine dorsale commencent à m'irriter sérieusement. Alors que je commençais à me résigner à passer la nuit à me gratter le dos jusqu'au sang, je trouve dix euros par terre. Je cours à la pharmacie la plus proche. Elle ferme à 21 heures. Je regarde l'heure sur une des télés du magasin à côté. 21 h 07. Merde.

Je m'assois au bar le plus proche. On passe un match de mon équipe préférée. Elle mène 1-0. Je prends trois bières. Elle a pris deux cartons rouges, et son numéro 10 et blessé. Elle perd 3-1. Je me lève pour chercher un endroit où dormir, croise un groupe de gens que je connais vaguement mais qui, eux, ont l'air de m'apprécier. Ils décrètent que j'ai sale mine et que j'ai besoin de faire la fête. On va en boîte de nuit. Après quelques verres payés par mes nouveaux meilleurs amis, je croise ma néo-ex-copine en train d'embrasser un garçon qui n'est pas Arthur, et manifestement pas moi non plus. Elle me voit, vient me parler. Me dit que je n'ai pas à la juger. Pleure. Crie. Je ne comprends rien à ce qu'elle dit, la musique est trop forte. Elle pleure à nouveau. Me passe la main dans le dos. Ma peau s'enflamme, je me suis trop gratté et j'ai la chair à vif. Je repousse sa main brutalement. Elle me gifle. Essaie de le faire une seconde fois, mais j'arrête son geste en lui saisissant le poignet. Elle pleure toujours. Un videur nous voit, me saisit par la peau du dos et me jette dehors. Avant que la porte ne se referme, je vois ma néo-ex-copine avec un sourire pervers aux lèvres. Elle doit interpréter mes larmes de douleur comme des larmes de dégoût. Mon dos me torture trop pour marcher trop longtemps. Je m'arrête sous un arbre. Je m'allonge.
Avant de fermer les yeux, je vois sur le panneau du périph' à vingt mètres de moi qu'il est exactement 2 h 20 min et 47 s. Voilà donc dix-neuf heures, vingt-quatre minutes et treize secondes que je suis réveillé. La journée a été longue, riche en péripéties, mais la seule chose à laquelle je peux penser c'est que j'ai de la chance qu'il ne pleuve pas. Ne pleuvait pas. Merde.



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Arlo G · il y a
Votre nouvelle que je découvre est excellente. Mon vote. À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Eowyn · il y a
Texte vif, intense, très visuel. j'ai beaucoup apprécié. Je te propse; à tout hasard, la lecture de ma nouvelle Ad vitam aeternam ou Métros.
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Milène Zuddas Fricano · il y a
Qu'est-ce que j'ai ri! Très bonne histoire, j'ai adoré! Bravo
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Histoires au creux de la main · il y a
Je tombe sur votre nouvelle par hasard, et j’aime. Style pas éléboré? Merde alors, qu’est-ce qu’il leur faut? Le style va bien avec le fond genre VDM où il est normal que ce gros raté (?) remplisse sa vie par du « je ». Phrases courtes pour des virgules de vie. C’est bien.
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Denis Costa · il y a
C'est un vrai cauchemar, ou bien faut aller consulter un marabout, mdr! Non, en fait, j'ai bien aimé, le style n'est pas très élaboré, mais c'est alerte, incisif et agréable à lire.
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Mona Diraison · il y a
Vrai: le style est un peu lourd à cause de la répétition de" je" qui aurait pu être évitée mais quelle vivacité, quel humour! On sent bien la jeunesse de l'auteur et sa vitalité. J'aime bien!
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Anne Chauvin · il y a
Je n'ai pas voté et je ne sais pas encore ce qui ne m'a pas emballée dans cette nouvelle. Oui c'est plutôt agréable à lire mais je trouve le texte vachement lourd... sans doute la répétition du pronom personnel "je"... Ou autre chose. Cette nopuvelle me pose problème !
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Anne Chauvin · il y a
Assez d'accord avec Elodie. Le récit est rapide, enlevé malgré les répétitions, mais peut-être trop rapide justement. On ne sait plus très bien où l'auteur veut en venir et la répétition des pronom personnels est vraiment trop lourde! Pourtant, il y a une bonne idée et les ponctuations par le mot de Cambronne sont bienvenues. Je pense que le travail n'est pas assez abouti pour mériter une édition tel qu'il est maintenant. Je ne vote pas, mais aimerait relire ce texte retravaillé!
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Élodie Lécrit · il y a
Lu mais vais-je voter? Mon avis est mitigé. Le rythme est soutenu, vivant, la sujet traité avec un peu d'originalité. Cependant il y a des répétitions peu agréables, beaucoup de mots pauvres et au moins un problème de temps ("Le bas de mon cou et mon épine dorsale commencent à m'irriter sérieusement. Alors que je commençais à me résigner à passer la nuit à me gratter le dos jusqu'au sang, je trouve 10 € par terre). Ceci étant dit, il y a une vraie ambiance et cette fin m'a fait sourire. Je vais réfléchir...parce qu'il y a quand même une vraie idée!
PS : J'espère que mon commentaire ne vous blessera pas, il se veut avant tout constructif au nom de l'écrit... et ce n'est que mon avis, après tout ;).

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Sebastien Sarraude · il y a
on est concurrents mais j'aime la fraîcheur de ce texte, je vote.
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Frederique Panassac · il y a
...et, bien loin d'être terne, votre récit palpite et respire la vie.
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Frederique Panassac · il y a
Je ne partage pas le commentaire consterné de Pierre Emmery sur la prétendue pauvreté de votre texte. Cette tranche de vie à un rythme endiablé n'a rien à envier à d'autres styles d'écriture, et j'ai beaucoup apprécié, pourtant j'ai de l'âge et de l'expérience mais je ne juge pas à l'aune d'un classicisme qui n'est plus la seule valeur. Bravo, je vote pour et vous félicite.

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